L. V, c, 5 et
2. Justitia —, quæ nibil aliud est quam Dei unici pia et religiosa cultura. L. V, c. 7.
3. Dans læquitasil y a « vis omnis et ratio » de la justitia; 1. V, ce. 14 ; excludit inæqualitas ipsa justitiam, cujus vis omnis in eo est, ut pares faciat eos, qui ad hujus vitæ conditionem pari sorte venerunt ; ibid.
désavantages do la terre. C’est ainsi que les chrétiens, pris par les païens pour des fous, ne le sont d'aucune sorte. Et ici Lactance revient encore une fois aux persécutions aussi criminelles qu'insensées, comme il le dit, en montrant les motifs pour lesquels Dieu les tolère.
Le sixième livre : De vero cultu, traite du vrai culte de Dieu, lequel, nous l'avons vu, consiste dans la justice : c'est dans ce culte que l’âme pieuse s'offre à Dieu elle-même comme un sacrifice sans tache. Il faut apprendre ici comment on peut atteindre ce but. On doit enseigner la justice aux hommes. Néanmoins l’auteur ne veut donner que les préceptes de haute morale, de la morule chrétienne, celle que n'ont pas connue les philosophes ct qui est nécessaire pour une parfaite justice. Il commence par la comparaison du double chemin, tel qu'on la trouve dans les poètes et les philosophes, avec cette différence que ces derniers ne l'ont pas comprise, L'un des chemins, celui des vertus et des privations, mène à Dieu ; l'autre, celui des vices et des liens terrestres, mène au démon. Là, est Ja récompense, l'immortalité; ici, lechâtimentsans fin. Lesphilosophes qui n'ont connu ni Dieu, ni son ennemi, n’ont jamais eu en vue que la vie terrestre. La loi divine seule aboutit au vrai chemin. Or, le premier point capital de la loi est de connaître Dieu, de lui obéir et de n'adorer que lui seul (e. 9). C'estlà le premier devoir de la justice, la religion. A Dieu, nous devons la religion; à l’homme, au contraire, nous devons une seconde vertu, que néanmoins nous consacrons aussi à Dieu, parce que l’homme est son image : c'est la compassion ou l'humanité, hwmanitas. Dieu qui a créé l’homme nu et faible, lui a donné le sentiment de la compassion. L'humanité est le plus grand lien des hommes entre eux, car, descendant d’un seul père, ils sont tous frères. En conséquence, nous ne devons jamais faire du mal à autrui, mais toujours du bien; nous devons aussi venir au secours des pauvres. Mais, sous ce rapport, les philosophes n'ont établi aucun précepte; et, tandis qu'ils affirment pour la plupart qu’il faut conserver l'union réciproque de la société humaine, ils s’en séparent eux-mêmes précisément par la sévérité de leur vertu qui n’a rien d'humain. Comme devoirs principaux de l'humanité,
Lactance considère ensuite particulièrement l'hospitalité, par rapport aux indigents, le rachat des prisonniers, les secours à donner à la veuve et à l'orphelin, le soin des malades, etenfin l'ensevelissement des voyageurs et des pauvres : c’est là le plus grand d’entre les devoirs (c. 12). Les philosophes n'ont pas pensé à un tel devoir; bien plus, ils ne pouvaient pas y songer, vu qu'ils mesurent tous les devoirs d'après les avantages. Ici se montre, dans tout son jour, le contraste entre la morale chrétienne etla morale païenne, contraste que Lactance expose bien aussi pour les autres vertus qui sont recommandées en partie par les païens, mais dans la proportion seulement où l'égoïsme y trouvait son intérêt. Lactance prend ici surtout comme point de départ le Traité des Devoirs de Cicéron. Sa morale n'est pas néanmoins pure de tout égoïsme. D'après son avis, la générosité efface les fautes, sans cesse renouvelées, dela chair (c. 43), car 1l pense qu'il n'est pas possible à l'homme de s’en abstenir complètement; c’est donc que la triple progression de la vertu consiste à ne pas pécher par les actions, les paroles et les pensées. L'auteur se prononce ensuite contre l'exigence stoïcienne de la répression des affections, ainsi que contre l'exigence péripatéticienne de la modération de ces mèmes affections : ce n’est pas là qu'est la vertu ; elle est dans l'usage droit qu'on en fait. Après avoir passé encore en revue une série de devoirs plus faciles, il considère, avec plus de détails, la volupté des cinq sens et il donne, entre autres avertissements, celui de prendre garde à la fréquentation des spectacles, surtout des combats des giladiateurs, et aux discours et poèmes si dangereux pourles chrétiens lettrés (c. 21). Quant à ceux qui sont tombés, il les exhorte à ne pas désespérer, mais à devenir meilleurs. — Il termine en disant que l'offrande des chrétiens consiste dans l'intégrité du cœur, et que son sacrifice est l'hymne et la louange.
Dans le septième et dernier livre, De vita beata, l'édifice élevé par l’auteur doit arriver à son couronnement. Il traite de Ja félicité éternelle, envisagée comme récompense divine de la plus grande de toutes les vertus, c’est-à-dire du vrai culte divin. Car à quoi bon tout ce qui précède, si cette félicité restait incertaine? Lactance veut donc exposer ici la raison du monde,
ratio mundi, qui devait rester cachée aux philosophes, simples mortels, quoique chacune de leurs écoles ait connu quelque parcelle de la vérité. Le monde a été créé à cause de l'homme, ainsi que le disent les stoïciens eux-mêmes; l'homme au contraire, pour connaître son créateur et celui de l'univers : il le connaît pour l'adorer ; il l'adore pour acquérir l'immortalité ; en compensation des peines quecomporte l'adoration de Dieu ; il obtient cette récompense, afin que, devenu semblable aux anges, li serve Dieu pendant toute l'éternité (1). L'immortalité est donc déjà motivée; mais Lactance entreprend encore de la prouver par des arguments tirés de la vraisemblance. En voulant enseigner comment et quand l’homme J'obtient, il traite en détail des fins dernières (c. 14 el s.). De même que le monde a été créé en six jours, il doit rester dans Ie mème étal six sæcula, c'est-à-dire six mille ans. Le sixième touche à sa fin : il ne s’en faut tout au plus que deux cents ans ; alors toute méchanceté sera détruite en ce monde ; la terre se rajeunira, et aussitôt commencera le règne du Christ pendant mille ans, correspondant au jour du repos de Dieu après la création. C’est ainsi que s'achève la grande semaine. Mais ce règne du Christ pendant mille ans est précédé du règne de l'Antechrist, annoncé par des signes dont les plus éloignés sont l'extrême décadence de la moralité et la guerre générale. Cette dernière est occasionnéce par la chute de la puissance des Romains et le retour de l'empire en Asie, en sorte que l'Orient régnera et l'Occident scra asservi (c. 15) (2). Lactance parle
1, V. VIT, c. 6 init.
2. Cf. VII, ce. 25 : Les chronologisies qui à la vérité diffèrent d'opinion, enseignent quand les 6,000 ans seront accomplis : « Omnis tamen expectatio non amplius, quam ducentorum videlur annorum. Etiam res ipsa declarat, lapsum ruinamque rerum brevi fore, nisi quod incolumi urbe Roma nihil istius modi videtur esse metuendum. At vero cum caput illud orbis occiderit et fun esse cæperit, quod Sybillæ fore aiunt : quis dubitet, venisse jam finem rebus humanis orbique terrarum ? Illa, illa est civitas, quæ adhuc sustentat omnia, precandusque nobis et adorandus est Deus. ne citius, quam pulemus, tyrannus ille sbominandus veniut, qui tantum facinus moliatur, ac lumen illud effodiat, cujus interitu mundus ipse lapsurus est, » Cette opinion de la signification de Rome (v. plus haut, p. 50), longtemps en faveur parmi les chréliens et qui persiste dans les temps postérieurs, est trop importante pour que je n’aie pas cru devoir la reproduire, en citant le passage qui précède.
ensuite en détail, en s'appuyant sur les livres sybillins, de l'époque de l’Antechrist et des prodiges qui l'accompagneront, de son emprisonnement et. de son enchainement par le Christ, de la première résurrection et du premier jugement universel qui ne se rapportent qu'à ceux qui connaissaient Dieu (c. 20). IL traite ici en détail la question de savoir comment l’âme immortelle souffre par le feu de l'enfer et peut ainsi être châtiée. Il parle ensuite de la fondation de la cité sainte au milieu de la terre, où Dieu réside avec les bienheureux qui ne meurent plus (c. 24). Mais, après les derniers mille ans, le démon est de nouveau déchaîné pour assiéger la ville sainte avec la masse innombrable du peuple païen. Ce n'est qu'alors que Dieu anéantira toute la race des impics ; après quoi, la deuxième résurrection générale et la condamnation de tous les impics au feu éternel de l'enfer, tandis que les justes deviendront semblables aux anges (c. 26). Lactance, à la fin de son grand ouvrage, avertit tout le monde d'adopter la sagesse en même temps que la vraie religion, cette sagesse dont l'essence consiste à mépriser les choses terrestres pour n'aspirer qu'à la récompense du ciel.
Cet ouvrage, quelque visible qu’en soit le côté faible au point de vue théologique et philosophique, nous semble pourtant une production remarquable pour l'époque. Lactance, qui a pris Minucius Félix pour modèle et. dont il suit fidèlement l'Octavius. dans la marche du récit des deux premiers livres (1), se place de nouveau, comme l'avait fait le plus ancien apologiste romain, sur le terrain de la spéculation, en face des adversaires païens, et, le premier en Occident, il essaie lui-mème, en passant de la négation à l'affirmation, d'asseoir le chnistianisme sur la philosophie et de ramener les idées chréliennes à un système général basé sur la morale chrétienne. Ce sont, en effet, le cinquième et le sixième livre qui forment vraiment le corps de l'ouvrage ; ils surpassent les autres livres par l'originalité de la pensée et par la beauté de la narration, qui est souvent ici l'expression vivante du sentiment et de la passion de l’auteur. Lactance fut certainement captivé d’abord
1, À ma connaissance, on a fort peu jusqu'ici remarqué ce rapports
par le côté moral du christianisme ; car il avait, selon toutes les apparences, sacrifié auparavant au stoïcisme. C'est avec un véritable enthousiasme qu’il caractérise la morale chrétienne en opposition avec la morale païenne, et ce dernier point a une grande valeur pour l'histoire de la civilisation. Mais l’ouvrage tout entier montre, dans le but que se propose l'auteur non moins que dans ses développements, combien le chrisianisme se trouve déjà à la veille de sa victoire et combien la littéraiure chrétienne elle-même, en possession de toutes les qualités de la forme du paganisme de l'époque, aspire avec succès, dans l'Occident latin, à la domination. C’est ainsi que cet ouvrage, qui fait époque, paraît dédié avec raison, quoique fort tard, à l'empereur Constantin le Grand (1). Il est enfin d'une importance universelle de voir pour la première fois, en Occident, introduire et soutenir l'opinion de l'unité de la théologie ct de la philosophie, à laquelle tout le moyen âge devait rester attaché (2).
Comme supplément aux Institutions, Laclance composa le livre De tra Det déjà annoncé dans le précédent ouvrage (3), et auquel il se rattache, en effet, entièrement. Dans cet écrit, adressé à Donat, Lactance veut réfutcr l'opinion très répandue, comme il dit, et partagée même par quelques philosophes, que Dieu ne se met point en colère; celte opinion est, d’après lui, la plus grande crreur. Sa polémique s'adresse en partie aux stoïciens qui n'accordaient à Dieu que la grâce, gratia, en partie et surtout aux épicuriens qui représentaient Dieu comme privé de passions. Contre les premiers il soutient que la qualité de la colère n’est qu'une conséquence de la grâce. Dieu sait tout aussi bien se mettre en colère contre les impies, qu’il manifeste son amour aux âmes pieuses. Toute la religion