‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 46 sur 352 · CF. C · texte numérisé non relu

CF. C

[84-5. DE MORTIBUS PERSECUTORUM 99

dans l'expression, c'est-à-dire dans le vocabulaire, quoique le style du dernier, par ses périodes, par une concision dont le motif fut moins la nécessité d'écrire vite qu'une certaine recherche de rhéteur, contraste avec l'abondance oratoire des Institutions. J'ai montré dans mes recherches, que l'ouvrage sur la mort des persécuteurs se rattache étroitement au cinquième livre et surtout à la fin du cinquième livre des /nstituions, lequel traite des persécutions sous Dioclétien et Galère. Il en forme comme un supplément : la vengeance de Dieu que Lactance met devant les yeux des empereurs persécuteurs, en s'appuyant sur les oracles des prophètes, est dépeinte comme un fait accompli dans l'écrit De mortibus persecutorum.

Nous voilà arrivés à la fin denotreétudesur la prose delalittérature chrétienne-latine dans cette première époque. Elle est représentée parun petit nombre d'auteurs(1); toutefois, parmi eux, il y en a qui ont beaucoup produit; les limites dans lesquelles se meut la littérature générale sont, à la vérité, très restreintes; la littérature est dominée par la didactique et c'est la tendance apologético-polémique qui prédomine ; mais, dans ces limites se manifeste pourtant une grande variété, une réelle originalité. C’est d'abord l'apologie proprement dite, dans vingt formes différentes ! Nous avons l'apologie populaire et philosophique, sous la forme dialoguée de Minucius Félix ; l'apologie juridique et de publicité, sous la forme d'un plaïdoyer prononcé devant les tribunaux dans l’Apologeticum de Tertullien ; l'apologie purement oratoire d’Arnobe, celle de Lactance, élargie et élevée jusqu’à une étude spéculative, sans parler des écrits apologétiques de moindre importance, qui, comme quelques-uns de saint Cyprien, apparaissent aussisous forme de monologue ou de lettre. C’est ensuite la didactique, au sens strict du mot, consacrée soit à la morale, soit à l’édification et à l’exhortation ou bien à l'instruction religicuse, comme dans les petits écrits de Tertullien et de saint Cyprien;

1. Il n'y en a mème qu’un ou deux dont les ouvrages soient perdus. Mentionnons, parmi eux, Novatianus, le fondateur de la secte des xx0asot et un contemporain de saint Cyprien. Autant qu'il est permis d'en juger, les ouvrages perdus n’avaient point un intérèt littéraire et historique général ; c'est un molif suffisant pour n’en pas parler ici.

nous la voyons traiter aussi, comme dans ceux de Lactance, des questions dogmatiques à un point de vue populaire et phi- Josophique. Mentionnons encore une littérature épistolaire, représentée déjà, avec une variété extrême, dans la collection des lettres de Cyprien qui sont parvenues jusqu'à nous. Et enfin, nous avons aussi, dans l'écrit analysé en dernier lieu,

un représentant de la narration historique. Avec cela, quelle :

originalité dans les auteurs, quelle variété dans la forme! Le style apparait ici, on peut le dire avec vérité, comme l’expression vivante de l'individualité de chacun de ces auteurs.

Page 1