‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 53 sur 352 · Carmen apolog., v. 138 et s · texte numérisé non relu

Carmen apolog., v. 138 et s

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impériale; peut-être mème était-ce un résultat du rapport intime existant entre le phénix et le dieu du soleil si en honneur dans la maison de Constance Chlore, etauquel Constantin lui-mème et surtout Julien rendaient leurs hommages. Toutefois, ainsi que le témoignent les légendes de ces monnuies, c'est l'idée de la renaissance de l'empire universel qui en faisait principalement la base. Il semble donc qu'il faille de prime-abord, rapporter de préférence à cette époque la composition de notre poème.

En voici le contenu : Il y a, au loin dans l'extrême Orient, un lieu fortuné : là se rencontre, plus élevée que les sommets des plus hautes montagnes, une vaste plaine où resplendit, dans son éternelle verdure, le bois sacré du soleil. Ni l'embrasement de Phaéton, ni le déluge de Deucalion n'ont pu l’atteindre. Ni la Maladie, ni la Vieillesse, ni la Mort, ni les Passions terrestres et les Crimes, ni les Chagrins, ni la Pauvreté n’ont été capables d'aborder en ce lieu enchanteur ; la Tempête, le Froid et la Pluie ont été semblablement tenus à l'écart. Par contre, tout au milieu du bois sacré, se trouve une source qui, chaque mois, l’arrose une fois. Or, c'est là que demeure le Phénix, oiseau unique dans son espèce. Il obéit à Phébusen qualité de satellite (sate/les). La mère Nature luiconfia cet office (1) : au lever de l'aurore, il plonge son corps douze fois dans les ondes libres et, autant de fois, il offre l’eau en sacrifice (Æbat); il s'élève ensuite au sommet d’un arbre qui domine tout le bois sacré, et, tourné vers l'Orient, il attend les rayons du Soleil. Dès que ce dernier ouvre les portes de son palais, le Phénix salue la nouvelle lumière avec les chants incomparables d’un saint cantique. Puis, dès que Phébus s'élance sur son char, il applaudit avec un triple battement d'aile, et, après avoir adoré trois fois son chef lumineux, il se tait. Prêtre du bois sacré, il est seul, à Phébus, à connaître tes mystères; et, la nuit comme le jour, il annonce les heures par des chants indicibles.

Cette introduction forme la partie la plus originale du poème ; elle est des plus remarquables par soft caractère

|. « Hoc patura parens munus habere dedit » (v. 34).

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religieux, de quelque façon qu'on le comprenne. Le poète raconte ensuite la légende (v. 59 et s.). Après mille ans, courbé par l'âge etdésireux de se rajeunir, l'oiseau abandonne son asile sacré; «il cherche cet univers où la mort a son empire » (1). Il gagne la « Phénicie, » et se choisit un haut palmier que les Grecs, en s'inspirant de son nom, appellent Phénix ; il y construit, avec les herbes les plus précieuses, « son nid ou son tomheau, car 1l meurt pour vivre » (v. 77 et s.). C'est là qu'il expire au milieu des parfums (2). Son cadavre, échauffé par sa propre chaleur, s'allume à l'aide de la lumière éthérée. De la cendre, sort et se développe un ver, blane comme la neige, qui, après avoir considérablement grandi, se métamorphose en chrysalide et vit alors sculement de la rosée du ciel. Mais, de cette chrysalide, s'échappe, comme un papillon, le Phénix; avant de retourner dans sa patrie, il porte le reste de ses dépouilles au temple du soleil, en Égypte, et les y offre en sacrifice. Ici le poète dépeint son extérieur (3) : car dans son voyage aérien les Égyptiens l’aperçurent, et ils gravèrent son portrait sur le marbre sacré (v. 153). Toute la famille des oiseaux se réunit autour de lui ; chacun oublie le butin et la crainte, pour l'accompagner; tous ne pensent qu'à se réjouir dans l’accomplissement de ce pieux devoir (4). Cela fait, chacun retourne dans sa patrie. Enfin le poète chante le bonheur du Phénix : l'amour nele retient pas dans ses liens; « la mort est son seul amour; dans la mort seule est sa passion ; afin de pouvoir renaître, il soupire après la mort. C'est toujours à la vérité le Phénix lui-même, mais ce n'est pas le même Phénix qui obtient la vie immortelle par le bienfait de la mort. »

Quoique le Phénix apparaisse, dans la forme la plus

4. « Tum petit hunc orbem, mors ubi regna tenet » (v. 64). 2. « Tunc inter varios animam commendat odores, Depositi tanti nec timet illa fidem » (v.93 et s.).

3. V. 125 et s. ; le nimbe n’y manque pas non plus : « Phæbi verticis alta decus. » V. la description de cet oiseau chez les autres anciens auteurs, dans l'extrait de Martini, p. 30 et s.

&. « Munere læta pio » (v. 158); le munus se rapporte, selon moi, à l'action du Phénix et non à celle des autres oiseaux.

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ancienne de la légende, comme un animal consacré au soleil ; quoiqu'’on lui attribue, au sens antique, le caractère de la piété, en lui faisant déposer dans le temple d'Hélios les dépouilles du père qu'il va porter si loin, les éléments de ce mythe ont cependant reçu, sous la plume de notre poète, un développement extraordinaire, qui distingue essentiellement son poème de celui de Claudien (1). Cette renaissance y apparaît de plus comme une conséquence de la piété. Cette nuance fortement religieuse, jointe à plusieurs autres traits isolés (2), laisse facilement soupçonner un poète chrétien, qui n'était point en hostilité ouverte avec la cullure hellénique el païenne et qui ne se faisait pas scrupule de revêtir son récit du vêtement traditionnel et mythologique de la légende. Mais on pourrait aussi prendre l’auteur pour un adorateur de Mithra ou pour un néo-platonicien. Quoi qu'il en soit, cette poésie n'est pas un simple jeu de mélrique, comme plusieurs ont été empressés à le prétendre, car la matière est développée d'une manière toute caractéristique et tout intime. Sa signification symbolique forme le nœud de l'intérêt poétique (3), ainsi que le montre très bien la fin du poème : tout cela du reste est pleinement dans l'es-

1. Idylle I. Mais les deux poèmes ont tant de ressemblance dans certains traits et certaines expressions, qu'il est difficile de ne pas croire que l'un a dû connaitre l’ouvrage de l’autre. Tout bien examiné, c'est, à mon avis, Claudien, car l’autre poème semble appartenir à une époque antérieure. S'il avait été composé sur celui de Claudien, il ne pourrait pas être de Lactance ; mais il faudrait en conclure avec plus de certitude que l’auteur était chrétien.

2. Il suffit de rappeler la partie du moude où la mort avait son empire, la glorification de la chasteté, la patrie de l'oiseau si semblable au paradis. Mais, sous ce rapport, les vers cités plus haut, p. 111, rem. 2, me semblent dignes d'observation : d’abord le « commandare animam » qui rappelle le « in manus tuas commendo spiritum meum » (Luc, 23, v. 46), détail qu'on napas fait, à ma connaissance, remarquer jusqu'ici; puis, surtout, le vers suivant, à cause de son contenu. Il n'est pas impossible que le Phénix soit ici le symbole du Christ. auquel Commodien l’a comparé, et qui se retrouve gneore postérieurement dans l'art. Sous ce rapport, le vers 58 serait signi-

ficatif.

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