DE SODOMA ET DE JOXA
nive, qui, du reste, se trouve dans un Codex, serait bien mieux approprié à cet ouvrage (1). De cette circonstance, il résulte déjà que le deuxième poème n’est qu'un torse : ce qui restait précisément à raconter, c’est la pénitence que fit Ninive et le pardon que Dieu lui accorda. Les deux poèmes sont toujours réunis dans les manuscrits et il est d'autant plus certain qu'ils sont d’un seul etmême auteur, qu ils se ressemblent complètement non seulement dans la langue, le style et le mètre, mais encore dans la manière dont le récit biblique est traité. La grandeur seule des poèmes, comparée aux passages correspondants de la Bible, montre la liberté et l'indépendance du poète : aux vers 19-97 du fragment de Jonas, correspondent seulement les versets 3-16 chap. Î du prophète Jonas, par conséquent soixante-dix-huit hexamètres pour treize versets de la Bible, et le rapport est le même dans l'autre opuscule. L'élargissement de la matière est amené par le récit détaillé des descriptions (dans le premier poème, par exemple, la description de la mer Morte ; celle de la tempête, dans le second) : ces descriptions sont aussi vivantes et vraies qu’elles sont poétiques. On y trouve des images et des comparaisons heureuses, et parfois des-métaphores qui ont presque un caractère moderne (2). C'est ainsi que la narration de ces gracieux poèmes, comme les appelle avec raison Luc. Muller, est aussi originale qu’entrainante, malgré les défauts de la langue et du mètre qu'il faut rejeter sur le compte de la transmission: corrompue ; spirituel partout, le premier contraste considérablement, sous ce rapport, avec la partie correspondante de la Genèse attribuée à Juvencus ; elle est ici très abrégée et n’a
1. C’est l'opinion de Luc. Muller qui, le premier, reconnut les rapports respectifs des deux poèmes. Mais je ne partage pas plus que lui l’opinion que le titre De Ninive soit le titre original. Les motifs qu'il en donne sont moins convaincants pour moi que la matière biblique elle-même qui devait être d’un poids bien décisif pour le titre.
2. Il y est dit de la baleine (Jon. v. 91) : « Cumque viro cœli rabiem pelagique voravit ; » voici pour l'esprit: « Nec mere vivit ibi, mors est paris ipsa maris pax » (Sod. v. 139), dit-il de la mer Morte dans la description de laquelle ila, au reste, mis Solin à profit; bien réussie est la comparaison de Sod., v. 62 et s. L. Muller a déjà montré combien la construslion du vers relève le pittoresque de la narration; v. surtout Jon., v. 92.