‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 64 sur 352 · DE FRATRIBUS SEPTEM MACCHABÆIS · texte numérisé non relu

DE FRATRIBUS SEPTEM MACCHABÆIS

de traiter la matière biblique et celle de l’Ancien-Testament. Ce poème appartient encore vraisemblablement à cette période, à cause de la pureté relative de la langue et de la correction du mètre; néanmoins, et vu surtout l'incertitude complète relative à l'auteur, il n'offre aucun point d'appui pour en déterminer l’époque. C’est le septième chapitre du deuxième livre des Macchabées qui fournit la matière, on pourrait pres- . que dire le thème des trois cent quatre-vingt-treize hexamètres de l'ouvrage. L'auteur dramatise presque le récit biblique dans un style élogieux et qui sent son rhéteur; 1l fait de la mère une héroïne dont les longs discours aux fils et au roi forment la principale partie du poème. Les enfants finissent par mourir en l’honneur de la mère qui enflamme sans cesse la rage du tyran, afin que tous sept soient sacrifiés à sa gloire.

Non seulement le poète s'éloigne ici du récit de la Bible, mais il en défigure le contenu. L'esprit dans lequel il traite son sujet, c'est l'amour de la gloire païenne et romaine : son héroïne nous rappelle de la manière la plus vivante les héroïnes de Sénèque et celles des tragiques français qui l'imitèrent. Cette raison devrait aussi contribuer à le rattacher à cette époque. Le choix seul du sujet indique le goût du rhéteur. Les sept frères sont tués l’un après l'autre parce qu'ils ne veulent pas renoncer à la loi liturgique des juifs et qu'ils refusent de manger de la viande de porc. Le motif d'une semblable mort n'avait rien de bien entraînant pour un chrétien, quoiqu'on y ait vu cependant de bonne heure le plus ancien exemple du martyre (1); mais exécuter sur un seul et même thème- sept variations brillantes, était chose tentante pour un rhéteur. La narration est, en conséquence, vide et ampoulée; c'est une perpétuelle répétition des mêmes termes et des mêmes phrases ; le style et la langue sont, en général, ceux de l'épopée romaine d’après le modèle fourni par Virgile, mais mêlés aux

posé par un rhéteur chrétien. Le 1 août était le jour consacré à honorer la mémoire de ces saints, comme nous le voyons déjà au martyrologe de Bède.

1. On le trouve ainsi qualifié dans l'écrit de saint Hilaire contre Constance, c. 6, et, plus tard, il sera souvent glorifié, comme on le verra dans le cours de cette Histoire.

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expressions les plus prosaïques et les plus triviales; nulle trace d’une expression qui traduise un sentiment vrai. C’est donc à peine si le génie chrétien se montre encore dans cet ouvrage.

On peut en dire autant d'un autre ouvrage qui appartient très vraisemblablement à la seconde moitié de ce siècle, et dont nous voulons parler ici à cause de sa parenté avec ceux qui précédent. C'est le Cento Virgihanus de Proba Faltonia (1). Dans cet ouvrage de mosaïque les faits les plus remarquables de l'Ancien-Testament jusqu'au déluge et ceux du Nouveau jusqu'à l’Ascension, sont rapidement exposés à l’aide de vers hexamètres empruntés aux Géorgiques, aux Eglogues et surtout à l’Enéide de Virgile. Il n’est pas invraisemblable que l'auteur ne soit l'épouse (2) de Sextus Anicius Petronius Probus, cette femme célébrée par un Claudienet par un saint Jérôme, et dont le mari, fameux par sa richesse et estimé pour sa culture intellectuelle, occupa les positions les plus élevées sous Valentinien [" et sous ses successeurs. Elle composa l'Opuscule, qui compte plus de sept cents hexamètres (3), d'abord pour ses enfants; elle le dit elle-même dans son prologue (v. 42). Il est clair qu'il était destiné à être appris par cœur; il devait réunir ainsi l'avantage de la forme virgilienne au fond de ia doctrine chrétienne. Cette dernière, il est vrai, n'y trouve pas son compte. Le sens est souvent complètement obscur, ou ceux-là seuls peuvent le deviner à qui la Bible est

1. Probæ Falconiæ (sic) Cento Virgilianus historiam veteris et novi testameati compleæus, recens. J. H. Kromayer, Halle, 1719; Aschbach, Les Anicius et le poëte romain Proba. (Dansles Rapports de l'Ac. philos. histor. de Vienne, vol. LXIV, 1870 )

2. Ce qui le semble confirmer, c'est que la donnée de saint Isidore, Script. eccles., c.5, peut s'entendre en ce sens, en admettant, bien entendu, une erreur facile à commettre du reste et qui consiste à faire de cette Proba l'épouse d’Adelphius, au lieu d’en faire la fille. V. Aschbach, p. 423.

3. La division en petites parties distinctes, donnée dans plusieurs éditions, et dont le titre indique le contenu et facilite l'intelligence, ne provient pas de Probsa. Ces morceaux ainsi détachés forment plutôt un tout homogène et se rattachant chacun à Ja division correspondant aux deux Testaments, qui appartient À l’auteur. Je cite néanmoins d'après ce£ coupures, vu que je me sers de l'éd. de Kromayer. Le premier prologue qu'il reproduit, d'après un manuscrit romain et qui contient une dédicace à l'empereur Honorius, n'est pas l'œuvre de Proba.

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familière : les noms propres ne pouvaient pas évidemment être rendus. L'expression est fréquemment amphibologique : ce défaut se remarque surtout aux endroits les plus importants, d'où il faut conclure que l’entreprise entière fut manquée et n'atteignit pas même le but pratique qu'elle visait (1). Cette mosaïque est même parfois pleine de disparates (2). L'appropriation de la forme antique se montre donc dans ces centons avec toute sa crudité.

Mais cette manière de traiter poétiquement la Bible, d’abord en vers épiques, ainsi que nous l'avons vu dans Juvencus pour la première fois, se développa encore, sous plusieurs formes, pendant cette période. En se rattachant soit à Virgile, soit à Ovide, elle passe à la poésie latine des siècles suivants et, plus tard même, aux littératures nationales, où nous ne trouvons, il est vrai, qu’à partir de l’époque moderne, des ouvrages d'une grande importance historique et littéraire comme la Semaine, de Dubartas, les Sette giornate, du Tasse, le Paradise lost, de Milton, et la Messiade, de notre Klopstock. Mais, de telles poésies avaient une grande portée intellectuelle dans notre période, car, répandues sous cette forme poétique dans des cercles plus étendus, et employées dans les familles chrétiennes comme moyens d'instruction, elles durent contribuer puissamment à réconcilier la culture antique avec la culture chrétienne. |

4. Nous renvoyons au passage où l’auteur traite de la conception de la sainte Vierge (N. T. I, v. 8) et du crucifiement I. 1. XXV. Dans ce dernier, il ne parle même pas de la « croix. » L'on verra aussi comment il rapporte les dernières paroles du Christ sur le gibet. La fuite en Égypte est tout à fait incompréhensible sous la forme où elle est représentée. Parmi les noms propres, l'auteur n’a essayé de rendre que Moïse par Moseus, en le calquant sur le Musæus, de Virgile (Enéid., VI, v. 667.)

2. Par exemple, v. T. XI, v. 7: « Harum unam inveni | laterum | compagibus |} artis. » Les trois premiers mots forment la première partie, Enéide, XI, v. 356; « laterum compagibus » se trouve En. I, v. 122, et « compagibus artis » En., I, v. 293. Mais d’après les lois métriques des Centons, il n’y a que laterum qui forme la deuxième partie, et compagibus appartient à la troisième. Voir, pour ces règles, la préface du Cento nuptialis, d'Ausone.

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