V. là-dessus Reinkens, 1. c., et surtout p
par elle-même, la plus haute élégance dans l'expression, une élégance qui soit en rapport avec son importance et avec sa dignité. C’est ainsi qu’en demandant à Dieu de l’assister dans la composition de son ouvrage sur la Trinité (1), .ille prie de lui accorder non seulement la lumière de l'intelligence et la fidélité à la vérité, mais jusqu’à la signification des termes et la beauté de l’expresion « dictorum honor ». C'est ainsi, dit-il dans un endroit du Commentaire sur les psaumes (2), que celui qui manie la parole de Dieu doit faire honneur à l’auteur de cette parole, même par la beauté du discours, absolument comme ceux qui composent les rescrits d’un roi doivent procéder avec diligence et précaution afin d'être à la hauteur de la dignité du prince. Les prédicateurs doivent donc moins penser qu’ils parlent à des hommes qu’à ce fait qu’ils annoncent la parole de Dieu. Nous devons veiller et prendre garde, dit-il, à ne rien dire de bas, mais à nous exprimer avec la dignité convenable.
On pourrait discuter (et on l’a fait) jusqu'à quel point il remplit lui-même les conditions qu'il établit. On ne saurait nier que, par rapport au vocabulaire, 1l ne s'éloigne souvent du latin de l’âge d’or, voire mème de la bonne latinité de l'âge d'argent ; cependant au rapport de saint Jérôme (3), il aurait imité les {nstitutions de Quintilien. Saint Hilaire, en écrivant, le premier parmi les Latins, un ouvrage d’une spéculation aussi profonde que l'est son livre sur la Trinité, dut se créer à lui-même une partie de ses expressions; il connaissait très bien la pauvreté de la langue latine, si on la compare à la langue grecque. Sa construction est assez souvent pénible : ainsi, il a de longues périodes qui manquent d'ampleur et de clarté; sans prévenir le lecteur il lui laisse le soin parfois de suppléer des mots, soit à l’aide du contexte, soit d’après ce qui précède ; enfin il a recours, outre mesure, à la construction grecque. D'autre part, sa diction est vigoureuse et énergique, jamais triviale et sans relief; toujours elle a du caractère et elle attache
. De trinitate, I, c. 38.
. Tract. in Ps. XIII.
. Epist. 83, ad Magnum.
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constamment par un certain charme personnel; elle va mème jusqu'à vous entraîner par le feu de la passion qui y éclate çà et là. Saint Hilaire toutefois chausse le cothurne gaulois, comme dit saint Jérôme (1). Ajoutons, à notre tour, qu'il ne le fait que par intervalles. Il a grandi dans l'école de cette éloquence, mais Île parler pompeux de cette école n'est point vide chez lui; c'est encore moins une éloquence de convention; elle a même toujours pour principe un sentiment vrai et intérieur, qui excuse du moins l’exagération fade du mot. Souvent, par contre, un souffle vraiment poétique se répand sur sa narration. Alors, grâce à l'emploi hardi de la métuphore, le récit se revêt des charmes du style moderne, charmes que n'ont pas connus les anciens classiques (2).
Les commentaires de saint Hilaire sur la Bible sont également d'une grande importance pour la littérature générale, à cause des explications allégoriques etsymboliques qui s’y trouvent empruntées à l'école d'Alexandrie. Ces explications apparaissent ici,en Occident, pour la première fois, avec des développements tout à fait remarquables. A partir de cette date elles dominent l'explication de la Bible durant le moyen âge presque tout entier ; elles se font jour, surtout dans les sermons,etellesexercentsurl'imagination du peupleuneinfluence considérable. Ce genre d'exégèse a exercé une influence prépondérante sur les arts plastiques des chrétiens ainsi que sur la poésie ; bien plus, c'est sous cette influence que s'est développé un genre absolument chrétien, celui de l’allégorie ou de la poésie allégorique dont nous considérerons plus loin les débuts dans la littérature latine chrétienne. Ce genre de poésie était appelé à jouer un grand rôle aussi dans les littératures nationales du moyen âge. Cette exégèse biblique a pour point de départ, comme idée fondamentale, que, sous l'enveloppe