‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 80 sur 352 · DE ISAAC ET ANIMA, DE BONO MORTIS, ETC · texte numérisé non relu

DE ISAAC ET ANIMA, DE BONO MORTIS, ETC

cet esprit qui, dans Adam, était encore complètement attaché à la matière, passe, dans Abraham (1), à l’état de vertu. Si Abraham (Gen. c. 43, v. 1), reçoit l'ordre de quitter sa patrie, ses parents ot sa maison, cela signifie ici que celui qui veut se purifier complètement doit se détacher du corps, des sens et de la voix(vor)(2).La voir, dit saint Ambroise, «est la maison de l'esprit qui habite dans les discours. » C'est dans ce style que continue le récit. Saint Ambroise s’appuie sur Philon, dont il emprunte souvent les détails, en sorte que cet ouvrage peut, mieux que tout autre, rendre sensible et faire connaître la double explication de la Bible, telle qu'elle exista au moyen âge.

L’écrit De Isaac et anima ressemble au livre De Abraham. Isaac, en qui on vit déjà de bonne heure, à cause du sacrifice, le type du Christ, représente ici le Aëyes. Prenant pour base une explication mystique du Cantique des cantiques et s’appuyant très vraisemblablement sur l'explication d'Origène, l’auteur décrit le mariage du Logos avec l’âme humaine, c’està-dire, ici, avec Rebecca. — L'opuscule moral De bono mortis se rattache étroitement à celui qui précède. L’écrit De Isaac, terminé par une exhortation à ne pas craindre la mort, a pour but de montrer que la mort, ne pouvant nuire à l’âme, ne saurait être un mal, mais plutôt un bien. L'auteur y montre surtout comment le juste et le sage imitent la mort elle-même par la mortification de la chair. En exhortant à un pareil ascétisme, il peint, dans un style poétique et imagé, le bonheur de l’âme qui se détache de la chair comme si elle sortait d’un tombeau (c. 5) (3).

1. Ergo ut mens quæ in Adam lotam se delectationi et illecebris corporalibus dederat, in formam virtutis speciemque transiret, vir sapiens (c.-à-d. Abraham) nobis ad imitandum propositus est. » Abraham doit signifier aussi entre autres choses « transitus. »

2. C'est à ce point de vue qu'il faut se mettre pour s’expliquer le vœu du silence de la part de plusieurs ordres monastiques ; il est possible que ce passage ait joué un certain rôle dans ce sens.

3. Saint Ambroise parle ici (c. 10) du séjour de l'âme, depuis la mort du corps jusqu'au jugement dernier. V., sur ce sujet, les recherches détaillées de Zarncke (Dissertation sur Muspilli), dans les rapports de la Société royale de Saxe, vol. XVIII, p. 193.

Dans ses sermons, qu'il retoucha ensuite pour leur donner la

forme de livres, saint Ambroise choisit aussi le récit biblique

de la vie de Jacob et de Joseph pour en faire le sujet de méditations et d'explications morales et allégoriques. Dans l’un de ces ouvrages, composé de deux livres, et intitulé De Jacob et vita beata, ce patriarche sert de type à l’auteur pour exposer la doctrine qui montre que les âmes vraiment pieuses ne sauraient perdre la félicité de la vie dans l’affliction et dans le danger ; il renvoie en même temps à Éléazar (14, c. 40) et aux sept Machabées ; il raconte leur mort en détail et il trouve, surtout pour dépeindre le courage de la mère, des termes éloquents et souvent pleins d’un élan tout poétique (14, c. 12): l'on peut donc considérer la fin de cet ouvrage comme un spécimen de l’art oratoire personnel de saint Ambroise. Joseph, « dans les mœurs et les actions de qui l'on voit briller partout, avec la pureté, une certaine splendeur de grâce, qui est comme la compagne de cette pureté, » Joseph, dis-je, est donné comme modèle de la chasteté dans le livre que saint Ambroise lui con

sacre De Joseph patriarcha : il est également pour l'auteur, lorsqu'il explique son histoire d’une manière allégorique, un type du Christ. — Dans l’écrit composé de quatre livres De Interpellatione Job et David, il fait, des plaintes de Job et de David, le sujet de considérations édifiantes sur les misères de la vie terrestre et sur le phénomène d'après lequel les méchants prospèrent souvent ici-bas, tandis que les justes n'éprouvent que déceptions.

Trois autres livres qui ont eu aussi pour point de départ des sermons sur l’Ancien-Testameent et auxquels des homélies de saint Basile servent de base, nous offrent un intérèt général bien plus grand encore, surtout au point de vue historique. Tous trois ont une tendance purement morale et en partie ascétique. Ce sont : De Elia et jejunio, dans lequel saint Ambroise recommande la tempérance dans le manger et le boire, en montrant les exemples et les préceptes donnés dans l'Ancien-Testament. Le début nous montre brièvement dans Élie un de ces exemples les plus remarquables. Vient ensuite le livre De Nabuthe Iesraelita, où l'histoire de la persécution injuste de Naboth par le roi Achab, qui voulait lui prendre sa

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vigne (v. Livre des Rois, c. 21), est prise pour texte d'un sermon contre les riches. Vientenfin le livre De Tobia, dans lequel saint Ambroise, s'appuyant sur un passage de ce livre biblique, s’élève contre le prêt d'argent à intérêt et surtout contre l’usure. La simplicité du style, souvent fort belle, les détails sur la moralité et les mœurs de son époque, la vie qui anime certaines peintures, comme celle, par exemple, qui se trouve dans le premier livre (c. 13) et où ilnous montre d’une manière très énergique et détaillée un banquet d'officiers qu'il compare à une bataille, en rendent aujourd'hui encore la lecture agréable et font voir quelle action devait exercer, de son temps, cette éloquence de la chaire dans le domaine purement moral.

Mais l'ouvrage le plus intéressant et le plus important, au point de vue littéraire et historique, parmi les écrits de saint Ambroise qui appartiennent à cette classe, est, sans contredit, celui qu’il composa, en six livres, dans les dernières années de sa vie, l’Hexaméron. Saint Ambroise, expliquant le texte de la Genèse, traite des six jours de la création, chacun dans un livre spécial, et il mêle à son récit des considérations détaillées soit au point de vue spéculatif, moral et scientifique, soit seulement au point de vue poétique lorsqu'il célèbre la beauté et les dispositions harmonieuses du Cosmos. Neuf sermons, prèchés en six jours du carème, forment la base de cet ouvrage : le premier, le troisième et le cinquième livres comprennent chacun deux sermons qu’il prêcha le matin et le soir de trois jours différents; les trois autres livres se composent chacun d’un sermon. Cet ouvrage n’est aussi qu’un

travail, plus ou moins indépendant, mais plus développé,

d’après neuf homélies du grand saint Basile et pour la composition duquel saint Ambroise a, au rapport de saint Jérôme (1), mis à profit des livres, perdus encore aujourd'hui, d'Origène et d'Hippolyte (2). Quel que soit le peu d'originalité qu'on trouve dans l'ensemble de ce traité, il est pourtant vrai de dire que saint Ambroise y reproduit les pensées d'autrui

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