ANDRÉ
conseil. Voilà que le démon apparaît et leur montre André, qui est présent, mais encore invisible aux païens (1) : c'est lui qui a délivré les prisonniers ; qu'il soit immolé ! André honnit Satan, pendant que le peuple le cherche avec rage. La voix du Seigneur exige qu'André se manifeste lui-môme (v. 1208). Là-dessus, le saint est enchaîné et mis à la torture ; on le traîne sur des rochers et des pierres, et ensuite on le jette en prison. Ce martyre se renouvelle encore pendant deux jours entiers. Le démon apparaît aussi dans la prison, avec six de ses enfants qui cherchent, mais en vain, à tuer le saint à l'aide de leurs javelots empoisonnés ; le signe de la croix (fait sur le front) rend André invulnérable (v. 1337 sqq). Le troisième jour, le Seigneur a pitié du martyr qui se lamente; pour lui prouver que ses tourments sont finis, il lui montre des arbres chargés de fruits qui ont poussé fécondés par son sang (v. 1448), etil le rétablit complètement (2).
André s'adresse enfin à une colonne qui se trouvait dans la prison (3), et la conjure de répandre des torrents d'eau sur la ville. La pierre obéit. Les païens s'enfuient épouvantés ; mais, un ange — saint Michel, à la prière du saint — les empêche de quitter la ville, qu'il environne lui-même de feu. Le poète dépeint, dans un langage plein de vie et riche d'images (v. 1523 sq.), la crue des vagues, le mugissement des eaux, le vol des étincelles et les cris des malheureux qui se noient. Un homme du peuple engage (v. 1558) ses compatriotes à délivrer André de sa prison et à implorer son secours, maintenant qu'on peut voir combien on lui a fait tort. En apprenant
1. Ainsi que l'admet manifestement le poète en suivant la source (v. c. xxiv des npâlscç), sans toutefois le dire expressément.
2. Le poète indique lui-même la fin du martyre, en se plaignant (v. 148 sq.) de ne pouvoir chanter toutes les souffrances ; mais ce n'est ici qu'une figure de rhétorique, si l'on tient compte de la source. Il est tout à fait inacceptable de vouloir admettre par là, ainsi que le fait Fritzche, p. iSo, une seconde partie qui aurait été composée plus tard, soit par notre auteur, soit par quelque autre.
3. Seule, la source dit expressément que cette colonne se trouvait dans la prison. Mais, d'après elle, il y avait sur la colonne une statue d'homme, àvSptaç, et c'est à elle que s'adresse le saint; c'est elle aussi qui répand des torrents d'eau. V. IIpalsK; c. 29.
ces bonnes intentions, le saint arrête le déluge (1) dont les tlots s'élèvent déjà jusqu'aux aisselles des hommes, et il ordonne à la montagne de s'ouvrir : Feau s'élance dans l'orifice et, avec elle, disparaissent quatorze des plus mauvais de ces malfaiteurs. (2). Désormais, le peuple anxieux est prêt à se convertir : André ressuscite les enfants noyés '3). On bâtit une église en cet endroit; le peuple reçoit le baptême, et le saint, qui les quitte, malgré leurs prières, leur donne un évêque nommé Platan f4 . Le Christ cependant apparaît à André et lui ordonne de retourner chez les nouveaux convertis et de les instruire pendant sept jours. Après ce laps de temps, André, accompagné jusqu'au rivage par le peuple reconnaissant, s'embarque pour l'Achaïe, où il devait trouver la mort (5) ; mais son meurtrier fut précipité dans les abîmes de l'enfer.
La rhétorique se fait moins sentir dans ce poème que dans les autres récits anglo-saxons, quoique le poète ne manque pas de payer çà et là son tribut à un penchant national, malheureusement favorisé par l'allitération : la cause en est dans la richesse des faits que le poème doit à la source d'où il est tiré. La description n'envahit pas non plus le récit, et, aux endroits même où elle paraîtrait le plus à sa place, l'auteur ne sort pas des bornes de la modération. Le poète aime à peindre, mais sous des traits rapides et poétiques, le lever du soleil et le déclin du jour. L'Auglo-Saxon se révèle de nouveau dans sa tendance à décrire la nature : témoin, par exemple, sa belle peinture de la gelée de la nuit (v. 12oo sq.; '6\
Cet ouvrage accuse plus d'un point de parenté avec les poèmes authentiques de Cynewulf; toutefois, les dissemblances,
1. Il promet à la statue : s'. Trsco-ôtoatv otuoXï-cai Tr,ç TioAcoi: Trj-r,ç otxooojxr,(7ü> ey.x).r((7tav y.at czr^ciù gz sv a-jxr,. L. c. 30.
2. Dans la source (c. xxxi), ce sont les o/.a'.oi, et en outre le vieillard qui sacrifia ses enfants et qui conjure ici André de le sauver.
3. La source (c. xxxii) parle également des hommes et des femmes. A Platan, v. 1651; il n'est pas nommé dans la source.