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Thèbes. C’est seulement par ces trois Vies de saints que cette branche spéciale, si florissante au moyen âge, fut véritablement greffée à la littérature chrétienne de l'Occident. Il y avait bien, auparavant, des légendes, des actes ou récits des actions et des souffrances des martyrs dont quelques-uns même ont une forme tout à fait antique; mais les premières n'avaient aucun caractère littéraire, et les seconds manquaient d'art et de style : témoins, par exemple, la Passion des quatre Saints couronnés (Passio Sanciorum quatuor coronatorum), quelque attachante qu’elle soit par sa naïveté. Ces produits de la nature, comme on scrait tenté de les appeler, restèrent sans effet au point de vue de la forme (1). Il est possible aussi que, prenant le contrepied de ces histoires des martyrs, on en ait, dans les écoles des rhéteurs chrétiens, et à titre d'exercices de style et de rhétorique, composé quelques-unes de semblables à celle dont saint Jérôme nous donne peut-être un exemple dans sa première lettre (2). C'était moins dans ces déclamations, où la pompe du style était tout, que dans un ouvrage grec, que saint Jérôme devait trouver une route tracée. Le fond même de cet ouvrage le poussa à écrire la première de ses Vies de saints. Cet ouvrage grec, qui avait rencontré des lecteurs si enthousiastes et avait été déjà traduit en latin (3), c'était la Via de saint Antoine par saint Athanase. La Vie de saint Paul, qui parait avoir été composée vers 374, est la plus ancienne de toutes les publications de saint Jérôme (4); elle fut suivie après, à Bethléem, de deux autres Vies, celle du moine Malchus et celle de saint Hilarion. Chacune des trois montre des
1. Elles forment un pendant en prose à la poésie populaire, mais avec Ja différence capitale que cette dernière a une forme artistique déterminée.
2. Cette lettre, qui n’a de la lettre que l'adresse, est envoyée Ad Innocentium, « De muliere septies percussa ». L’héroïne de ce « miracle » est traitée par saint Jérôme comme une sainte, ainsi que le montre le début. — Des poésies comme celles de Victorin « De fratribus septem Machabeis »(v. plus haut p. 136) indiquent de tels exercices.
3. S. Hieron., Vita Pauli,c. 1; voir aussi, plus loin, l’histoire de la vie de saint Augustin. — Les légendes contenues au livre 2. De virginibus de saint Ambroise (v. plus haut. p. 469) ont été composées trois ans après la première Vie de saint Jérôme.
&, C'est par elle que’ saint Jérôme commence le catalogue de ses écrits dans le De rir. illustr., c. 135.
particularités de style distinctives : ce genre de la littérature chrétienne-latine est donc représenté d’une manière variée dans les Vies des saints de notre auteur. Saint Jérôme avait même la pensée de composer, au moyen de biographies des saints et des martyrs, une histoire de l'Église depuis les apôtres jusqu’à son temps; il considérait uniquement ses Vies de saints comme un exercice préparatoire à ce grand ouvrage (1).
Dans la Vie de Paul de Thèbes; saint Jérôme célèbre le premier ermite chrétien, celui qui donna, pense-t-il, naissance à la vie monastique. Dès le début de cet écrit, l’auteur revendique pour saint Paul, au détriment de saint Antoine, l'honneur d’avoir marché Île premier dans ce chemin de l'ascétisme. Saint Jérôme nous dépeint avec vivacité, en quelques coups de pinceau, la persécution de Dèce : or, à l’époque où cette persécution sévissait à Thèbes, le jeune :Paul prit la fuite. Pour s'emparer de sa fortune, son beau-frère voulait le dénoncer comme chrétien. Il se retire au désert, à l’est du Nil. Il découvre, au pied d'une montagne, une grotte qui a une ouverture par le haut, ct, au milieu, un palmier et une source : elle peut donc satisfaire aux besoins les plus nécessaires de l'existence, C’est là qu’il vit depuis bientôt un siècle quand saint Antoine, qui séjournait depuis quatre-vingt-dix-ans dans une autre solitude, apprend par une vision qu'un moine plus parfaitque lui habite dans l'intérieur du pays. Il faut qu'il aille à sa recherche. Il se met en route. Le récit de ce voyage forme le principal sujet de ce petit livre. On y trouve racontées plusieurs aventures arrivées au saint anachorète, notamment le combat qu'il eut à soutenir contre un centaure et un satyre ; puis la rencontre des deux vieillards, l’entrée instamment sollicitée de saint Antoine dans la caverne, où un corbeau leur apporte un pain chaque jour. Le récit se termine à la mort de saint Paul, que saint Antoine ensevelit avec l’aide de deux lions qui creusent une fosse. — Cette histoire, si souvent racontée avant d’être retracée ici, a un caractère à la fois très légendaire et très populaire, qui se manifeste déjà dans le rôle qu'y jouent les animaux. À ce caractère correspond admirablement la