La fin du ch, 8 de ce livre renvoie à tous les deux
NE Le : dr
port le livre précédent. Ce genre de parallèle n'a pas seulement la signification d’une simple chronique, il.a en même temps une valeur intrinsèque : Saint Augustin ne se borne pas à faire ressortir des analogies dans lesquelles il trouve un sens profond — comme, par exemple, la simultanéité de la fin de la captivité des Juifs à Babylone et de la fin de la royauté à Rome (e. 26); — mais il veut surtout montrer par là que la sagesse des juifs est bien plus ancienne que celle des païens (c. 39) et que le polythéisme est bien postérieur au culte du Dieu unique. Du reste, la narration, déjà passablement dépourvue d'ordre et de liaison, se trouve coupéeencore par diverses digressions sur les sujets les plus hétérogènes, comme l’apothéose de Diomède, la dénomination d'Aréopage, la question de la métamorphose des hommes en bêtes, etc. Un autre chapitre, le vingt-troisième, enclavé dans le récit, traite de la sybille d'Érythrée et renferme un sens plus profond : l'auteur veut nous y faire voir, dans un chant attribué à la sybille, que la venue du Christ a été prédite au milieu des païens. — Après avoir terminé ce supplément, saint Augustin traite des deux derniers âges du monde — depuis la captivité de Babylone jusqu'à la naissance du Christ (5° âge); puis, les temps qui suivent (6° âge) — sans cependant les nommer ni les distinguer (1) : toutefois, il n’a en vue ici que les progrès (procursus\ de Ja Cité de Dieu; encore, les développe-t-il d'une manière plus inégale que d'habitude. Il traite d'abord et en détail des prédictions des prophètes relatives au Christ (c. 27 sq.) ; il fait entrer ensuite, dans un seul chapitre, l'histoire des Juifs depuis la reconstruction du Temple jusqu’à la naissance du Christ (c. 45); cette naissance est racontée dans le chapitre quarante-sixième ; après quoi, l’auteur parle brièvement de la diffusion du christianisme et de l’affermissement qu'il reçoit des persécutions et des hérésies elles-mêmes (c. 50 sq.). C'est à peine s’il est ici question, même implicitement, de la cité terrestre.
Le dernier point de la deuxième partie ou conclusion de
4. Cela n'a lieu qu'à la fin de l'ouvrage (1. XXII, c. 30). Le nombre des âges du monde, y est-il dit, correspond au nombre de jours de la création.
tout l'ouvrage a pour sujet le but final (Anis) des deux cités. Saint Augustin commence par en traiter le côté subjectif en examinant, dans le livre dix-neuvième, la question du bien suprême et de son contraire, le plus grand des maux, la « fin du bien et du mal » (Anis boni et mali), question si souvent agitée et si diversement résolue par les philosophes païens. Il veut montrer à ces sages, en s'appuyant sur la raison, la justesse de la doctrine chrétienne et leur faire voir qu'on ne saurait ici-bas arriver à posséder le bien suprême; bien plus, que ce bien suprême n’est autre que la vie éternelle, de mème que le mal suprême consiste dans la mort éternelle ; l’un est la fin de la : cité de Dieu, civitas Dei, l’autre celle de la cité terrestre (civitas terrena). Les philosophes placent en ce monde le bien suprême, soit dans l'esprit soit dans le corps. Saint Augustin combat leurs opinions par une peinture saisissante des misères de cette vie, et du combat perpétuel de la vertu elle-même tant contre ses propres vices que contre ceux d'autrui (c. 4). La vie éternelle est donc simplement la paix éternelle, la paix parfaite, la paix de la cité céleste, qui n’est elle-même que « l’ordre social parfait, l'union suprême dans la jouissance de Dieu : et la jouissance mutuelle de tous en Dieu (1).» Telle est la suprême félicité ; le bienfait de la paix est si grand qu'on ne saurait rien désirer avec plus d’ardeur nirien trouver de meilleur parmi les biens de la terre (2) : l'auteur le démontre dans le langage le plus éloquent. La cité terrestre, elle aussi, aspire à la paix, mais à la paix terrestre. Saint Augustin fait ensuite une disgression remarquable (c. 21), dans laquelle, appuyé sur les définitions de Scipion empruntées au livre de Cicéron, De republica, il'cherche à prouver qu'il n’y a pas eu réellement une république romaine (respublica romana), puisque la république romaine, en manquant à la vraie justice, a manqué des conditions nécessaires à une république. En terminant, il montre encore la condition future des citoyens de la cité terrestre ; c'est la misère éternelle qui les attend, c’est-à-dire la
4. C. 13 : « Pax cœælestis civitatis ordinatissima et concordissima societas fruendi Deo et invicem in Deo. » Voy. aussi le commencement du chap. 20. 2. C. 14, vers la fin.
nde mort, la mort de l'âme, laquelle ne sera pas suivie e autre mort pour y mettre fin, mais sera comme la guerre selle de la volonté contre la passion.
> jugement dernier, objet du livre vingtième, sert de sition et amène l’auteur à parler du but final des deux . Saint Augustin commence par traiter de l'importance de gement en comparaison des autres jugements de Dieu, et rle ensuite du chiliasme (1) et donne de grands développets au récit qu’il fait de la fin du monde et de ses signes urseurs, surtout de l'apparition d'Élie et de l’Antechrist. : cela, il réunit tous les passages de l’Ancien et du veau Testament, et il met à contribution Daniel, les mes, Malachie, les Épiîtres de saint Paul et l’Apocalypse. ouble résurrection des morts est aussi longuement déveée (c. 6 8.). Le livre vingt et unième a pour but de nous voir quelle sera la punition du démon et de tous ceux ui appartiennent, — c'est le but final de la cité de la terre. aint Augustin dissipe d'abord à ce propos les doutes émis re le châtiment de l'enfer, sa nature et sa durée éternelle. orps en effet peut-il subsister dans un feu éternel, et la eur ne doit-elle pas amener sa mort nécessairement ? Dieu, e saint Augustin, peut changer la nature du corps: quede veilles en effet ici-bas, dans la nature, qu’on ne peut expli- ! Voyez, par exemple, le diamant et l’aimant (c. 4). Il ique longuement la nature du miracle. Ensuite il jusl'éternité des peines de l'enfer par la justice même de - 11 faut en chercher le motif dans la grandeur de la pree faute. « Plus l’homme jouissait de Dieu, plus il se séde lui avec impiété, et mérita les maux éternels, pour r détruit en lui le bien qui aurait pu durer éternellement » 2). Ils eussent donc mérité tous la damnation, si la grâce ieu n’en eût voulu sauver une partie, afin de montrer en ce dont elle est capable. Il rejette par contre l'opinion de on, qui dit que le châtiment ne doit servir qu'à rendre leur, de même que différentes raisons basées sur un point ue chrétien et tendant à abréger ces peines, comme l'in-
Royaume millénaire du Christ. (Note des Traducteurs).
Lercession des Saints, etc. — Enfin le dernier livre traite de la félicité de la cité de Dieu, félicité qui est sa fin dernière et qui lui a été promise par Dieu lui-même. Saint Augustin commence ici par défendre chaleureusement la doctrine de la résurrection des morts. Il renvoie les païens à la résurrection et à l'ascension du Christ : elle est attestée par les Apôtres, témoins oculaires, dont les miracles sont les lettres de créance. Si les païens refu sent d'y croire, c’est encore un assez grand miracle que le monde ait pu croire à la résurrection du Christ sans aucune espèce de miracle (c. 5). Pour prévenir l’objection, que de tels miracles n'ont plus lieu à l’époque actuelle, saint Augustin raconte les guérisons merveilleuses qui ont eu lieu de son temps el même sous ses yeux (c. 8). Après avoir abordé la question du corps des ressuscités, traité de son importance au point de vue de la béatitude et dit, à cette occasion, que tous ressusciteront avec l’âge qu'avait le Christ à sa mort (c. 15), 1l parle, en terminant, de l’état des bienheureux et surtout de la vision de Dieu, terme dernier de la béatitude.
Tel est, en ses traits principaux, le sujet de ce remarquable :
travail : autant la marche des parties, même des livres, semble indécise et inégalement conduite (nous l'avons fait remarquer plus haut), autant la composition de l’ensemble est-elle sùre et bien menée. Mais cette particularité, qui fait que certaines parties, voire des chapitres, ont le caractère d'articles indépendants, devait efficacement contribuer elle-mème à la diffusion de l'ouvrage, attendu qu’on pouvait également bien le lire dans sa totalité ou fragment par fragment. Quant à la cause de cette particularité, 1l est assez clair qu'il faut la voir dans le long espace du temps, pendant lequel l’auteur a travaillé son ouvrage pièce par pièce. Le nombre de ceux qui auraient su embrasser ce travail dans son entier et qui le méditaient du commencement à la fin devait être bien peu considérable ; au contraire, le nombre des lecteurs qui s’édifiaient à la lecture de chapitres spéciaux et qui y prenaient plaisir n'en était que plus grand : il trouvaient, ici, une nourriture abondante pour la pensée et pour l'imagination; là, les émotions les plus vives. Il ne serait pas possible de dire combien fut I 17
grande l'influence qu’exerca ce livre sur le moyen âge, tant par la richesse des idées, que par l'abondance et la variété de la matière. Toutes les branches de la littérature médiévale en témoignent. Pendant longtemps surtout il servit de règle pour juger l'antiquité classique et ses rapports avec le christianisme, et, en général, pour l’étude de toute l'histoire universelle des temps passés. Et, d’autre part, un ouvrage où l'auteur excellait à enflammer les imaginations et à captiver les intelligences, ne contribuait pas moins à préciser les idées sur les choses futures.
Sous le rapport du style en général, il méréte d'être placé audessus des Confessions ; la narration en est plus claire ; et l'allure du récit, plus simple, ést plus légère et plus libre. L'auteur n'y a pas renoncé, il est vrai, à divers artifices de la rhétorique, tels que l’antithèse et les jeux de mots; mais il en fait, il faut l'avouer, un usage plus approprié et plus spirituel. L'ironie que saint Augustin manie avec finesse communique au style plus de charme. Là où le sujet l'exige, le sentiment se fait jour aussi dans toute sa vivacité; l’on y trouve des passages d'une éloquence élevée où se révèle une véritable inspiration, et d'autres où le récit est tout pénétré de la chaleur de la vie de l’âme chrétienne : témoin la peinture en l'honneur de la Paix (L. XIX, c. 12) où l’auteur nous représente les natures les plus sauvages et les plus grossières avides de cette paix et soupirant après elle. A tout prendre, les premiers livres et les derniers sont ceux dont la narration est la meilleure.
Les deux ouvrages que nous venons d'étudier méritent, parmi les travaux de saint Augustin, une place à part, non seulement vu leur haute importance au point de vue de l'histoire de la littérature générale, maïs aussi vu la particularité de leur forme qui ne permet de les ranger complètement dans aucune classe déterminée de ses écrits. Cette dernière remarque s applique également à un troisième ouvrage, qui offre aussi un réel intérêt historique et littéraire, et qui sert de complément à une grande partie de ses œuvres. Ce sont les deux livres des Rétractations (Retractationes), qu'il composa en 427, époque où il avait atteint, par l'achèvement de la Cité de Dieu, le plus haut degré de son activité littéraire.