CHAPITRE XV
Suzpicrus SEVERUS (3), dont les productions littéraires sont il est vrai moins nombreuses, est cependant bien plus original et plus remarquable que Rufin, au point de vue du style ; ilse
4. La phrase du prologue : « Quamvis ad tantarum rerum narrationem minus idonei simus, nec dignum videatur ingentium rerum exiguos ac parvos fieri auctores », rappelle également le passage de l'introduction de la vie de saint Hilarion indiqué plus haut, p. 220, remarque 1.
2. Par rapport au vœu du silence, du costume, etc.; v. par ex. c. 3 et 6.
3. Sulpicii Severi libri qui supersunt, recens. et commentar. crit. énstruxit C. [lalm. (Corp. script. eccles. latin. Acad. Vindobon. Vol. I). Vienne, 1866. — J. Bernays, Ueber die Kronik des Sulp. Severus. Im Jahresbericht des jüdisch theol. Seminars Fraenkelscher Stiftung. Breslau, 1861, in-4. — Ampère, Histoire littér. de la France, t, I, p. 296 sq.
rattache sans contredit aux plus élégants écrivains de cette période. Il naquit, en Aquitaine, probablement vers 360, d’une famille bien en vue: comme son ami Paulin, qui était plus âgé que lui, il reçut une excellente éducation littéraire. Il se consacra avec de grands succès à la carrière juridique, devint un avocat recherché et brilla par son éloquence (1). Un riche mariage avec la fille d'un personnage consulaire mit le comble à son bonheur. Mais la mont lui ayant ravi bientôt son épouse, cette perte douloureuse l’attira vers l’ascétisme : Paulin, son ami de cœur, s’y était déjà consacré, et saint Martin en était alors, en Gaule, l’apôtre tout-puissant. La vie et les travaux de cet homme remarquable l'avaient déjà rempli d'enthousiasme ; il entreprit le voyage de Tours pour le voir et pour écrire ensuite sa vie. L'influence personnelle que saint Martin exerça sur lui fut très grande. Le Saint le détermina à donner suite à ses désirs (2), malgré l'opposition de son père, il est vrai, mais aussi avec l’appui moral de sa belle-mère. Sévère se consacra donc à la vie monastique, entra ensuite dans la cléricature et fut, comme Rufin, promu seulement au sacerdoce. Étroitement uni à saint Martin, il fut son partisan le plus fidèle : l'intimité de leurs rapports éclate dans ses ouvrages, où il exprime les vpinions de son maître. Il semble avoir vécu jusques après 410 et s'être adonné, dans la vieillesse, à un ascétisme encore plus rigoureux (3).
Les trois ouvrages que nous possédons de Sulpice Sévère (4) apparliennent tous au domaine de notre histoire et peuvent être mis, d’une façon intéressante, en parallèle avec
4. Paulini, Epp. V, 8 5; à comparer aussi pour ce qui suit immédialement.
3. V. Gennadius, I. c., c. 49, fn : « Hic in senectute sua a Pelagi deceptus et agnoscens loquacitatis culpam silentium usque ad mortem tenuil, at peccatum, quod loquendo contraxerat, lacendo penitus emendarat. » Quelque peu de poids qu'on. accorde à ces paroles, il en ressort, à mon avis, et d'une manière irréfulable, que Sévère vivait encore à l'apparition de Pé iage et que là fin de sa vie fut marquée encore par un ascélisme plus rigoureux : il n'y a pas eu apparemment, entre ces deux fails, le rapport sur lequel Gennade appuie son récit, mais ce récit ne doit pas avoir été, dans son entier, inventé à plaisir,