‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 217 sur 382 · V. 12 sq. : Allera ab undecima annorum currente me · texte numérisé non relu

V. 12 sq. : Allera ab undecima annorum currente me

Ebdomade, sex aeslivi flagrantis solis Solstitia et totidem brumse jam frigora vi

Il est très vraisemblable, de prime abord, que c'est la de treizième semaine qu'il faut entendre par ces mots « alter sans quoi l'auteur aurait eu quatre-vingts ans ; celle interf aussi seule avec toutes les autres dates. V. plus loin, p. #3

-9.] EUCHARISTICON

:e autobiographie doit tenir lieu d’un cantique d'actions de grâces dans lequel le poète, ainsi qu'il s'exprime dans la pré-

face, remercie Dieu, non seulement du bonheur qu'il dans sa jeunesse, mais encore de l’adversité qui, depu ans, n’a pas cessé de s'attacher à ses pas. C’est par l’a que Dieu lui a appris à ne pas faire trop grand cas du de ce monde, et à ne pas trop désespérer non plus malheur, puisque c’est par là qu'il a mérité le secou grâce. Ce n’est donc pas la soif de la gloire qui l'a] prendre la plume pour écrire ces « Éphémérides ; » sont pa® destinées à des étrangers, mais à sa propre tion : voilà comment il excuse par avance, chez les «si cette poésie inculte, carmen incultum. L'histoire q avons sous les yeux et dont la langue est relativement quoique souvent la construction et le style soient as saïques, cette histoire, dis-je, est pleine d'intérêt. N lement elle nous retrace l'image fidèle d’un caractè © d’amabilité et dont la simplicité, la véracité et la bont se réflètent dans chaque ligne, mais elle nous fait le de cette époque ; l'Eucharisticon ne nous livre pas se des documents intéressants pour l'histoire des mœu encore des faits et des dates précieux, ainsi que l” reconnu les historiens qui ontécrit sur la migration des C'est l'Eucharisticon qui nous fournit les renseig suivants. Paulin naquit à Pella où résidait son pè préfet de l'Illyrie. Peu après sa naissance, nous le trc Carthage, où son père fut envoyé en qualité de pre mais il n'y resta que peu de temps, après quoi il vint maison de son grand-père (1), à Bordeaux, patrie de se C'est là qu’il reçut la première instruction. En se plai, la décadence postérieure des études, il rend hommagt

1. L'opinion mise d'abord en avant par Sirmon et défendue e Barth, opinion qui faisait du poète Ausone le grand-père de P peu de solidité, que je ne m'arrèterai pas à la réfuter. Qu'il nous remarquer que, d'après la donnée de Paulin, son grand-père ét alors qu'il n'avait lui-même que trois ans ; Ausone aurait donc dû sul en 385, d'après la chronologie de la vie du poële (v. plus loin, fut en 379.

PAULIN DE PELLA

dans son enfance. Les leçon r l'étude de l'Iliade et de l’Udyssée : le grec, en sa langue maternelle, moins à cause du lieu de sa il n'avait fait que passer, qu'à cause du personnel qui était grec. Il dut, bientôt après, entreprendre lirgile qui, pour cette raison, lui causa les plus ultés. Avec quels sentiments de piété et de reconle-t-il ensuite de l'éducation excellente qu'il reçut s! Il ne manifeste qu'un regret : ils ne partan désir de le consacrer à la vie religieuse. Mais i l'a voulu ainsi, et tout est pour le mux. Il uinze ans, lorsqu'une maladie le forca, hélas! à es études. Sur l'avis des médecins et pour forti- 3, il s’adonna tout entier aux exercices et aux ts d’un chevalier. Son poème nous fournit làdétails pleins d'intérêt : la chasse, la chasse au t, et le jeu de balle, sont au nombre de ses plus 8. Il dut, on s’en doute bien, se permettre à cette 1es écarts de jeunesse (1). Telle fut la vie de Pauvingtième année, époque où il se maria avec une noble famille, mais sans fortune.

t l'ordre l’aidèrent néanmoins à se créer prompsn-être qui hui offrit d'autant mieux toutes les un grand propriélaire (2), qu'il ne sentit jamais l'ambition. Il se laissa aller, jusqu'à l'âge de x charmes de cette vie. Alors, les choses chan- ; son père mourut, et, avec celte mort, coïncida nnemis. La suite de l'Eucharisticon nous montre nemi, dont veut parler Paulin: ce sont les Goths

vis, eu égard aux mœurs du temps, observer une louable

:8 castigans lege incentive repressi,

1ne quando ullam jurisve alieni

rem, carumque memor servare pudorem

et ingenuis oblatis sponte caverem,

us domus illecebris famulantibus uti. V. 462 sq.

ison belle et spacieuse, une table bien servie, de nom- 8, un ameublement d'un goût exquis, des voitures et des pour lui le comble du bonheur,

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qui, en 412, envahirent le pays sous la conduite d'Athaul Cette invasion, et plus encore les démêlés qu'il eut ave frère relativement à l'héritage paternel, furent pour ] source de beaucoup de souffrances. Sa situation devint er plus difficile, quand il se vit, contre son gré, l’objet des far de l'usurpateur Attale ; celui-ci le fit conservateur d’un t qu’il possédait (414). Dévalisé à Bordeaux par les Got] s'enfuit à Bazas où une révolte des esclaves mit sa vi danger: il réussit toutefois à sauver la ville de l'invasio: Goths, en gagnant les Alains qui formaient leur armé secours, et en la faisant entourer par leurs chariots de gu Nous avons là un tableau vivant de ces temps orageux (2) Après cette période de tribulations, Paulin retourna à ancien projet d'émigrer dans la presqu'île d’Illyrie, où s mille possédait encore des biens du côté maternel; mai femme ne pouvait se résoudre à entreprendre sur mer u voyage. Il caressa également le projet de se consacrer à li monastique. Il se laissa retenir par des considérations d mille; mais il ne s’en adonna pas moins à la vie ascétiqu 469) et aux études cléricales, surtout à l'étude et à la: . tation des croyances hérétiques, vers lesquels il semble même avoir penché. Après quinze ans de celte nouvelle vi reçut le baptême, à Pâques; « il y a de cela trente-quatre a écrit-il(3);ilavait par conséquent quarante-neuf ans. — E

4. Il ne saurait être douteux que ce ne soit là cette invasion dont il

parler. Cf., pour ce qui suit, Dahn : Les rois des Germains. (V. p. 56 2. 11 ne renferme que peu de vers, v. 383 sq. : Vallantur urbis pomoeria milite Alanq,

Mira urbis facies, cujus magna undique muros Turba indiscreti sexus circumdat inermis Subject exterius ; muris haerentia nostris Agnina barbsrica plaustris vallantur et armis. 3. Ce passage, important pour fixer la date du poème, est conçu el termes, v. 474 sq. :

Post autein exacte jam trieteride quinta Rite recurrente statuto tempore Pascha Ad tua, Christe Deus, allaria sacra reversus, Te miserante, tua gaudens sacramenta recepi Ante hos ter decies super et hos quattuor annos. Le deuxième vers montre suffisamment qu'ils’agit ici du baptème qui :

PAPIER TRES PURE RARE RTE n +. + + 7, s + * « . à v.

RE v . +

BA

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tôt il se trouva seul avec lui-même, n'ayant plus que Dieu pour lui, car la mort lui enleva sa belle-mère, sa mère et sa femme: ses deux fils suivirent chacun leur chemin. N'ayant que la pauvreté pour compagne, il se relira à Marseille où habitaient plusieurs de ses amis; il vécut quelque temps dans les environs de cette ville en cultivant lui-même un petit bien qu'il y possédait. Le bonheur toutefois fut loin de vouloir lui sourire. Courbé sous le poids des années et des soucis, il revint à Bordeaux. C'est là, tandis qu'il était en proie à la plus extrême misère, que Dieu vint à son secours: un Goth désirant lui acheter un champ de terre, lui en envoya le prix. Cette somme ne répondait pas sans doute à la valeur réelle du lerrain; mais elle fut la bienvenue et le poète ne manque pas d'en remercier Dieu. Il le remercie d’ailleurs également pour tout ce qui lui est arrivé ; il le prie seulement de ne pas permettre que ces tribulations brisent son courage; c'est à Dieu qu'il veut appartenir, dans la vie comme dans la mort.

Cet abandon à la volonté divine, cette confiance inébranlable en la Providence, qui remplissent toutle poème, donnent à ces vers, malgré que le style et le mètre en soient souvent défectueux (1), un charme qui attire et une haute expression d'individualité : abstraction faite de l’intérèt historique, celle-ci nous captive du commencement à la fin. Quel heureux contraste entre ce jet libre et vrai d’un cœur chrétien,

lieu à la fête de Pâques ; le pluriel sacramenta, qui suit, s'explique par le fait que la communion pascale suivait immédiatement le réception du baptème. Dans le dernier vers, il faut lire kos au lieu de his, que donne l'édition princeps; vouloir y substituer bis, avec Barth, c’est arriver à un mauvais calcul. Voici, d’après moi, ce qui résulte de ce passage. L'auteur était âgé de trente ans, ainsi qu'il le dit lui-même et comme nous l'avons fait remarquer, lorsque les Goths envahirent la Gaule, en 412; il était donc né en 382, et, vu qu'il a 83 ans (v. plus haut, p. 432, rem. #4), ilécrivitson poème en 465 ; retranchons 49 (34 + 15), et nous verrons que c'est en 416 qu'il embrassa la vie ascétique, à la suite des événements des’ quatre années précédentes. C’est ainsi seulement qu'on peut meltre en harmonie toutes Îles dates ; il en résulte également que le nombre compris dans altera ab undecima (v. 42) est bien le nombre douze, et non tretzse.

4. V. sur les défauts de la langue et du vers le travail consciencieux de Leipziger, L. cit., p. 10 sq. ; il faut remarquer notamment l'apparition fréquente de l’hiatus. Ilest à peine besoin de faire remarquer que Paulin a, lui aussi, pris Virgile pour modèle,

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malgré les défauts de la forme, et ces produits artificiels, mensongers, pleins de rhétorique, des panégyristes païens ou même des écrivains postérieurs, mais qui n’avaient de chrétien que le nom!

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