‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 285 sur 382 · 8.] DE ANIMA · texte numérisé non relu

8.] DE ANIMA

l'étendue du savoir encyclopédique de Cassiodore. Il est impossible de nier cependant que quelques-unes de ces digressions, lesquelles ne manquent pas de piquant, ont été ajoutées seulement à la rédaction du recueil, en vue de la publication ‘1).

Il nous reste encore à considérer un ouvrage qui complète le tableau de la variété de l’activité littéraire de Cassiodore, et qui, de plus, mérite notre attention en ce qu'il forme comme un lien qui rattache ses ouvrages profanes à ses ouvrages religieux : c’est un tout petit écrit philosophique, intitulé De anima, qu'il composa en très peu de temps, sur les instances réitérées de ses amis, après avoir apporté ses derniers soins à l'édition des Variae. On voit déjà comment Cassiodore commence à substituer sa vocation d'écrivain à celle d'homme pratique; non seulement, dans ce travail, il tourne ses regards vers la vie théorique, mais on y trouve même très manifeste, notamment vers la fin, l’aspiration ou peut-être même la résolution de se consacrer à Dieu et à une vie contemplative dans la retraite.

Pour répondre aux questions posées par ses amis, Cassiodore traite donc, en premier fieu, dans cet opuscule, de l’expression latine anima, « l'âme », terme qui, d’après l'étymolo- : gie bizarre d'où il le tire (2), ne doit convenir qu’à l'homme. En second lieu, il donne et établit la définition de l’âme; d'après lui, c'est une substance spirituelle et toute particulière, créée par Dieu, raisonnable et immortelle, communiquant la vie’au corps, mais se laissant façonner pour le bien comme pour le mal. En troisième lieu, il recherche quelle est sa qualité, et 1l trouve qu’elle est lumière (/umen), parce qu'elle a été créée à l’image de Dieu; il appuie ses déductions sur saint Paul (1 7imoth., c. 6, v. 16) et sur l'Évangile de saint Jean (ce. 1, v. 9.). Dans le chapitre quatrième, il montre que l’âme n’a pas de forme : par forme, il entend qu’elle ne peut pas occuper une partie de l’espace. Au cinquième chapitre, il traite

4. Par exemple (1. 1V, ép. 50\, la longue description de l'éruplion du Vésuve.

2. « Anima quasi ävatua, id est a sanguine longe discreta ; » d'après Cassiodore, la vie de l'âme repose en effet dans le sang. C. 1.

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des vertus « morales, » et, au sixième, des vertus « naturelles » de l’âme. Parmi celles-là, il comprend d'abord les quatre vertus cardinales, auxquelles il en ajoute trois autres comme complément : la contemplation, le jugement (yudicialis), et la mémoire (1). L'origine de l’âme, créée par Dieu, forme le sujet du chapitre septième. Le chapitre suivant traite du siège de l'âme : ce siège, c’est la tête, quoique l'âme se répande dans tout le corps. Le chapitre neuvième considère le corps comme le « temple » de l’âme, la beauté et le but de son organisme.

Ce récit rappelle l'ouvrage de Lactance, De optficio Dei. Le

sujet des chapitres dixième et onzième est tout à fait particulier : celui-là traite des marques auxquelles on reconnaît les méchants, et celui-ci de celles qui font connaître les bons. Il va parler des « signes et indices » qui distinguent extérieurement les uns et les autres. Auparavant, il fait une remarque générale : sans la vraie foi, toutes les âmes sont difformes, même celles des philosophes, qui ne suivent pas les lois de Dieu, mais plutôt l'erreur humaine; celles des croyants sont également difformes, si elles se souillent de crimes: ce sont là les méchants. Leur corps a beau être gracieux, leur visage est sombre ; ils sont tristes au milieu de la joie que suit bientôt .le repentir ; leurs regardssont agités, hagards, anxieux, pleins de soupçons; privés de leur propre jugement, ils cherchent avec inquiétude à deviner celui des autres.

Les bons, aü contraire, ce sont les ascètes, qui mortifient la chair, qui s’estiment peu eux-mêmes et qui s’accusent sans cesse, pour plaire aux autres, ils ne craignent pas de se déplaire à eux-mêmes. Ils sont, quoique emprisonnés dans leurs corps, plus puissants que les mauvais anges, auxquels ils commandent; ils peuvent même opérer des miracles. Leur visage rayonnant et tranquille, maigre et décoré par la pâleur, est plein de joie malgré des larmes continuelles; une longue barbe le rend vénérable; tout en eux est propre sans ornement. Leurs regards préviennent en faveur de la vertu; leur voix est pleine d'égards et de douceur, leur démarche ni trop

1. 11 distingue cinq vertus naturelles : « V, sensibilis, imperativa, priacipalis, vitalis, delectatio. »

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