GILDAS
que cela a lieu dans Eusèbe. Par la défaite de Cléopâtre, la réception du dernier empire préromain dans l'empire romain lui-même, dont l’auteur commence à tracer l’histoire, est un fait accompli, et ce travail, il le considère comme sa tâche proprement dite. Au lieu d'un protocole chonologique, nous voyons, en effet, apparaître un récit historique suivi, qui va jusqu'à la vingt-quatrième année du règnede Justinien. Néanmoins, ce travail de marqueterie peut d'autant moins prétendre à une valeur historique qu'il manque d'une idée particulière dominant le tout (1).
Un auteur bien plus original que Jordanès, c'est Gizpas (2); seulement, son ouvrage a par contre un caractère bien moins historique. Gildas, surnommé le sage (Sapiens), Celte d'une famille illustre, sinon royale, naquit, à ce qu'il parait, en Écosse, l’année de la bataille de Batho (en 516). Entré dans l'état ecclésiastique et, à ce qu'il semble, élève de saint Iltud, « l'instituteur des Bretons, » il élargit le cercle de ses connaissances, objet d'étonnement pour son siècle, par ses différents voyages, notamment par ceux qu'il fit en Irlande. Mais, à la gloire qu'il s'était acquise comme sage, il joignit celle de saint. Dans un temps de décadence complète des mœurs, il employa auprès de son peuple le plus grand zèle en faveur de l’ascétisme, et son activité s’étendit même, de l’autre côté du canal, jusqu’à la Bretagne, où l’on croit qu’il fonda le cloître de Ruys. Qu'il ait été lui-même l'abbé d'un couvent, c’est ce qu'il est permis de supposer ; mais, que ce couvent soit celui de Ruys, c'est assez douteux ; landis qu'il est assez probable, par contre, que c'est dans ce dernier qu'il écrivit son ouvrage (3). I lo
1. C’est une supposition toute gratuite de la part de Baehr (p. 261) de vouloir attribuer ici à l’auteur « un but plus élevé, religieux et chrétien. »
2. Gildas, De excidio Britanniae ad fid. codd. mss. recens. J. Stephenson. Londres, 1838. Ensuite in : Nennius und Gildas, édités par San Marte. Berlin, 1844. Lipsius, in Ersch und Gruber's Encyclop. Sect. I, vol. 67 (1858); Schoell, De ecclesiastica Britonum Scoforumque historiae fontibus. Berlin, 1851,
3. Ce qui semblerait le faire supposer, c’est qu’il ne sait pas au juste si le premier des cinq rois de la Bretagne, qu'il attaque personnellement dans son livre, est encore en vie : « Quasi praesentem arguo, quem adhuc superésse nescio. » $ 29. | …
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[537.] DE EXCIDIO BRITANNIAE 604
composa en l’an 560, et l'on pense qu'il mourut dix ans plus tard (4).
Cet ouvrage est intitulé, dans les éditions, et aussi dans un manuscrit, De excidio Britanniae. La deuxième partie ne se trouve pas dans le plus ancien manuscrit et on l’a édité, complètement à tort, sous le titre de Epistola, comme formant un ouvrage spécial de Gildas. Donnons d’abord un aperçu du contenu de l'ouvrage complet. Après une préface, sur laquelle je reviendrai, l’auteur débute par une courte description de la Bretagne qu'il dépeint, sous des couleurs presque poétiques, comme un pays beau et fertile; passant ensuite sous silence les temps païens où la Bretagne l'emportait sur l'Égypte ellemême par la multitude de ses divinités, il fait aussitôt le récit ($ 4) « de ce qu'elle a souffert et de ce qu'elle a fait souffrir aux autres, au temps des empereurs romains » (les souffrances qu'elle a causées elle-même n’occupent que peu de place). Gildas parle après, en peu de mots, de la conquête du pays par Rome, de l'introduction du Christianisme, et, avec plus de détails, de la persécution de Dioclétien, et des martyrs qu'elle a faits en Angleterre ($ 9 sq.); après avoir mentionné l'hérésie d'Arius et l'usurpation de Maxime, il dit comment Rome en arriva peu à peu à abandonner la Bretagne ; il fait le récit des souffrances de ce dernier pays à la suite des incursions nombreuses des Pictes et des Scots auxquels les Bretons pouvaient d'autant moins opposer de la résistance qu'ils étaient eux-mêmes en guerre civile et démoralisés : la prostitution et le mensonge sont signalés ici comme leurs principaux vices ($ 21). Mais voilà que Dieu, pour les rendre meilleurs, les châtia par la peste et par une sorte d’aveuglement si grand, qu'ils appelèrent à leur secours les Saxons, « peuple détesté de Dieu et des hommes » : ces barbares entrèrent dans la
“* Bretagne, comme les loups entrent dans les bergeries ($ 23). Les Bretons n'avaient donc eu que le châtiment qu'ils méritaient pour leurs crimes antérieurs, jusqu'à ce qu’enfin, sous
4. V. par rapport à la vie de Gildas, Lipsius, qui étudie avec beaucoup de critique les deux biographies du saint : l’une, par un moine de Ruys, écrite au xr° siècle; l'autre parun moine de Llancarvan, du xur siècle; il a réfuté à fond la fausse hypothèse des savants anglais qui iadmettent un double Gildas.
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