Cf. notamment I. II, c
grossiers, dans l’assentiment des hommes desavoir(1), dans la persévérance et la joie avec laquelle les confesseurs sacrifient tout. Les choses terrestres elles-mèmes et la science ne peuvent se passer de la foi. Et telles de nos doctrines que vous raillez, ou du moins des doctrines semblables, se retrouvent dans vos philosophes en qui vous croyez, à commencer par Platon. Arnobe nomme ici l’adoration du « Père des choses, » la résurrection, l'enfer (2). Sur le dernier point, Platon, il est vrai, tombe dans une contradiction, en faisant souffrir les âmes, qu'il déclare immortelles (c. 14). Et en cet endroit, Arnobe commence, sur la nature des âmes, une longue digression qui occupe la majeure partie du livre : il s'efforce de prouver que l’âme est, par nature, un être mitoyen (anceps, mediæ qualhtatis), mortel, et conséquemment engendré, non par Dieu, mais par un autre habitant du cielélevé en dignité (3). Cette digression, dont l'étendue montre déjà quelle importance personnelle l’auteur attachait au sujet, est unie étroitement avec l'apologie. D'après Arnobe en effet, les âmes, aidées par la grâce du Dieu révélé par le Christ et par elle seule, peuvent, si elles s'appliquent à le connaître, acquérir une existence éternelle ou de longue durée (4). Là est le motif principal du christianisme de l’auteur; c'est un christianisme évidemment bien peu correct et tout imbu encore
‘éléments empruntés à la philosophie païenne. Toutefois, c’est dans le christianime seul qu’il trouve, avec la certitude
4. « Quod tam magnis ingenüs præditi oratores, grammatici, rhetores, consulti juris ac medici, philosophiæ etiam secreta rimantes magisteria hæc expelunt, spretis quibus paulo ante fidebant. » (II. c. 6.)
2. « Quid Plato idem vester in eo volumine quod de animæ immortalitate composuit, non Acherontem,non Stygem, non Cocytum fluvios et Pyriphlegethontem nominat, in quibus animas adseverat volvi, mergi, exuri ? » Il, c. 14.
3. « Sienim forte nescitis et antea vobis incognitum propter rei novitatem fuit, accipite sero et discite ab eo qui novit et protulit in medium, Christo, non esse animas regis maximi filias, nec ab eo, quem ad modum dicitur, generatas cœpisse se nosse... sed alterum quempiam genitorem his esse, dignitatis et potentiæ gradibus satis plurimis ab imperatore dis: junctum ; ejus tamen ex auls et eminentium nobilem sublimitate natalium. » IE, c. 36. Et le Christ aurait enseigné cela !
&. « Longævas fieri,» Il, c. 32 ; « perpetuitate donari, » IE, ce, 53. Cf. aussi II, c. 62, *
du salut, un abri contre la mort de son âme (c. 33). Pour cela il renonce volontiers à toute spéculation stérile; comme l'ordonne le Christ, il se remet de tout à Dieu, qui seul est en dehors de tout doute (c. 60); 1lse résigne enfin à ne rien répondre à maintes objections des païens, par exemple, à la question de la coexistence de Dieu et du mal dans le monde (c- 55). Il aime mieux les inviter à suivre son exemple, s'ils ont à cœur le salut de leur âme.
Dans les trois livres suivants, lesquels se rattachent d'une manière immédiate les uns aux autres, Arnobe attaque directement le polythéisme en faveur : il en montre d’abord l’absurdité, puis l’immoralité. Pour ouvrir l'attaque, il relie le sujet à ce qui précède par la question, surprenante à nos yeux, mais typique pour cette époque de syncrétisme religieux, que posent les païens dès le début du livre troisième: Pourquoi les chrétiens, puisqu'ils ont tant à cœur la divinité, divina res, n'adorent-ils pas, avec les païens, les autres dieux aussi et n'ontils pas en commun avec eux les sacrifices et les cérémonies (1)? En d'autres termes, pourquoi, à côté de Dieu et du Christ, n’adorent-ils pas aussi les dieux des païens ? En effet, d'après le point de vue de cette époque, un service divin n'excluait pas l’autre; bien plus, on pensait n’en être que plus pieux en adorant un nombre de dieux plus considérable. Nous pouvons dire, répond Arnobe, que, pour nous, le premier Dieu, père et maitre des choses, source de la divinité de tout ce qui est divin, suffit à nos adorations (2). C'est ainsi que dans les empires de la terre, on n'est pas forcé de rendre spécialement ses hommages à chaque membre de la famille royale : dans le culte rendu au roi, est contenu implicitement celui qu’on doit rendre à chaque membre. Mais c’est à vous de prouver d'abord qu'il y a vraiment d’autres dieux qui existent autrement qu à titre de statues. Vous ne savez même pas d’où vient leur nom et quel est leur nombre. Puis, d'un ton railleur (ce. 8 et s.),
4. « Subiiciunt enim h&e : Si vobis divina res cordi est, eur alias nobiscum neque deos colitis neque adoratis, nec cum vestris gentibus communia sacra miscetis et religionum conjungitis ritus ? » IF, c. 2.
2. « Cumenim divinitatis ipsius teneamus caput, a quo ipsa divinitas divinorum omhium qu&cumdque sunt dicitur. » III, ce. 2.
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Arnobe montre combien la différence de sexe, la figure, les occupations que les païens attribuent à leurs dieux lorsqu'ilsen font des forgerons, des médocins, des bergers, etc., sont peu compatibles avec l'essence de la divinité; il fait voir de plus qu'ils ne sauraient nous fournir aucune protection. Il relève ensuite les nombreuses contradictions dans la manière de concevoir ces dieux (c. 29 et s.) : comment Junon, par exemple, peut-elle ètre l'air, et, en même temps, l'épouse de Jupiter? A cela s'ajoute encore l'identification de plusieurs dieux en une seule divinité. Si, par là, on en détrône plusieurs, une autre opinion des ennemis, qui prétend que le monde est un être animé, en détrône un grand nombre : alors, le soleil, la lune, D les étoiles ne peuvent plus, comme parties du monde, être des . dieux (c. 35). C’est ainsi que les païens eux-mêmes détruisent
ul l'existence de leurs dieux. Comment donc peuvent-ils, en pré- F sence de telles contradictions et d’une telle incertitude, exiger . qu'on leur rende un culte ?
6 Dans le quatrième livre, poursuivant sa démonstration,
1 Arnobe mentionne d'abord les personnifications divines, telles . que Salus, Honor, elc., simples mots et vides de sens dont on fait des dieux ridicules; il examine ensuite la troupe nombreuse et bigarrée des dieux des Indigitamenta, leurs absurdités plaisantes jointes à beaucoup d'autres ; il passeenfin aux mythes immoraux relatifs aux dieux (c. 20); ces mythes ne , sont pas seulement l'œuvre des poètes, ainsi que le prétendent : les païens, mais ils sont même transportés et joués sur les | théâtres, en présence des magistrats et des prètres eux-mêmes. L Or, si vos dieux sont vrais, et s’ils peuvent se mettre en co- 3 ère, comme vous l'admettez, ils doivent s’indigner contre vous, qui les insultez à ce point; c’est vous, par conséquent, qui êtes responsables de toutes les calamités (c. 27). — Dans le cinquième livre, Arnobe montre, dans une série d'exemples (entre autres celui du mythe d'Athis et de la Grande Mère, c. Set s.), qu'on trouve, dans les historiens sérieux tout aussi bien que dans les poètes, des récits aussi ridicules sur le | compte des dieux et que les fêtes, rites et mystères du culte païen, qui se basent sur ces récits, les remettent en mémoire et les reconnaissent pour vrais. Il déclare inadmissible une
| explication allégorique (c. 32 ets.) par laquelle les païens cherchaient à dégager les mythes de tout ce qu'ils ont de scandaleux, parce qu'elle ne peut se restreindre arbitrairement à une séule partie du mythe et qu’on ne saurait non plus l'appliquer au mythe tout entier; les mystères et Les fêtes doivent bien avoir pour fondement des faits historiques.
‘Les deux derniers livres sont aussi étroitement liés entre eux. Arnobe soumet les formes du culte païen à une critique impitoyable en défendant les chrétiens contre l'accusation de manquer de plété; les païens molivaient cette accusation sur l'absence de temples, de statues des dieux ct des sacrifices. | La réponse la plus simple et la plus naturelle eût été sans | doute : Puisque nous n’adorons pas vos dieux, nous n'avons pas | besoin de votre culte et notre Dieu ne le demande pas. Mais | Arnobe suit les païens sur leurterrain même et s’écrie : « Si
vos dieux sont vraiment tels, ils ne peuvent que rire ou s'in-
digner de ces honneurs. » Les temples leur sont inutiles, et ils | le sont également aux hommes pour leur parler, ainsi que | l'objectaient les païens; plusieurs de ces temples, qui auparavant étaient des monuments funéraires, sont même une insulte aux dieux. Arnobe se tourne ensuite contre le culte des images ct la superstition que le peuple y joignait, sans qu'il pôt prévoir que ce culte revivrait bientôt chez les chrétiens sous un aspect nouveau. Dans le septième livre enfin, il traite des différentes sortes de sacrifices qu'il est absurde d'offrir aux dieux sous la forme de nourrilure, de réconciliation, de récompense ou de titres honorifiques. Il raille aussi dans une sorte de supplément les divertissements qu’on leur offre, comme les couronnements, la musique, les fêtes et les théâtres (c. 32 ets.). Toutes ces absurdités viennent de ce que les païens, incapables de savoir ce qu'est Dieu, façonnent les dieux d'après euxmêmes ctleur prêtent leur propre nature. « Qui de nous ou de vous, demande Arnobe aux païens en terminant, a de meilleurs idées sur les choses humaines? Vous pensez que les dieux naissent comme les hommes; nous, au contraire, nous les regardons comme non engendrés, si tant est que leur existence soit certaine (1), et qu’ils aient l'autorité, la puissance
4. « Si modo dii certi sunt. » Arnobe se retranche presque toujours derrière cette restriction en parlant des dieux des païens. 6
et la dignité du nom de dieux: que s'ils ont commencé leur existence par la naissance, il appartient au Dieu suprème de savoir pour quels motifs il les a créés ou bien combien de siècles se sont écoulés depuis qu'il Icur accorda de commencer la durée (perpetuitatem) de leur divinité (VIE, c. 35) (1).»
Telle est la marche de la narration et le contenu de l’ouvrage. La dernière phrase que nous avons fail remarquer dans l’un des derniers chapitres (2) confirme une fois de plus combien peu le christianisme d'Arnobe était passé in succumn et sanguinem, quelques cfforts qu'il fasse por rejeter le polythéisme régnant parmi le peuple ainsi que son culte. Sans doute il n'ose pas nier tout net l'existence des dieux populaires ; mais ce n’est point là ce qui choque, pour cette époque; car les autres apologistes ne le firent pas davantage, et Arnobe ne fait que douter où les autres affirment directement ; ce qui choque, c'est que, leur existence une fois supposée, il ne les classe pas dans la troupe des démons infernaux, mais qu’il en fait des puissances célestes, dans le sens du néoplatonisme, une espèce de dieux inférieurs, de mème qu'il désigne aussi constamment le Dieu des chrétiens, Dieu le père, comme Deus princeps, Deus summus. La conscience religieuse est peu éclairée : de là, dans sa narration, une obscurité que compliquent encore la redondance du style des constructions souvent maniérées, une certaine surabondance (3) qui sent la rhétorique ct où parfois il n’y a que des mots vides de sens el à effet ; le jugement de Saint Jérôme(4): Arnobius inæquals est et nimtus, absque operis sui partitione confusus, est de la sorte pleinement justifié. Dans sa langue, Arnobe est complètement païen (5): c'est un nouveau témoignage que son genre de