‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 78 sur 382 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'appropriation de ce genre de poésie épigraphique de la part des chrétiens ne fut que superficielle ; elle ne conduisit à aucun développement nouveau et formel d'autant plus difficile à atteindre que, par sa nature, elle devait embrasser également bien un sujet païen et un sujet chrétien. Par contre, la poésie chrétienne prit, à cettte époque, un vol plus élevé, particulier au domaine lyrique : c'est là surtout qu'on était en droit d'attendre d'elle de nouveaux développements. Ce genre nouveau se rattache au nom de deux contemporains de saint Damase, à saint Hilaire et à saint Ambroise. Mais, pour étudier simultanément l’activité littéraire de ces deux hommes remarquables, nous allons aborder d’abord le domaine de la prose, car c'est là que se trouve, en quelque sorte, son centre de gravité; et ici nous avons à parler en premier lieu d'un auteur antérieur qui, dans son livre (1), composé vers l'an de J.-C. 347, se rattache immédiatement à la prose de la période précédente et qui, écrivant au moment où les deux époques se dessinent nettement, facilite leur transition. C'est Juzius Firmicus Marennes, l’auteur du pelit ouvrage sur l'erreur des religions profanes, De errore profanarum reltgionum (2).

Nous ne savons rien de positif sur cet auteur; mais il est certain qu'il n’a rien de commun, comme on l'admettait auparavant, avec son contemporain, le mathématicien néo-platonicien Julius Firmicus Maternus Junior. Il semble

1. V. pour la détermination de l'époque, Bursian, Proæm., p. V-VI.

2. Julii Firmici, Materni De errore profanarum religionum libellus, ex recens. C. Bursiani, Leipzig, 1856 (Prolegg.) ; Id. recens. et commentar. crit. instr. C. Halm. v. plus haut p. 35. Rem. 1.

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plutôt que c'était son parent, vu que d'après son livre on serait en droit de lui assigner aussi la Sicile pour patrie (1). Son opuscule peut être comparé à une bouture de la plus antique branche de la littérature chrétienne, de l'apologie. Nourrie par le suc du terrain d’un autre âge, cette bouture a pris un développement particulier où s’accuse la différence des époques, à savoir celle de la période présente et celle de la période qui l’a précédée. Nous en voyons déjà une preuve dans le fait que ce livre est adressé aux deux empereurs Constance et Constans, deux adversaires fanatiques du paganisme. L'élément polémique que l'apologie avait employé seulement comme une arme défensive, y prend complètement le dessus; la défense du christianisme, devenu alors exclusivement religion de l’État, comme l'avait été précédemment le polythéisme, ne consiste plus que dans l'attaque du paganisme, et le livre exhorte les empereurs à le faire disparaître complètement. Il a, en commun avec les apologies antérieures, l'élan de la narration, le feu de l’éloquence; mais on n'y voit pas la noble inspiration de la vérité persécutée; c’est le « zèle pieux » du fanatisme qui se fait entendre. C’est dans l'intérêt des païens eux-mêmes que Firmicus prend la parole ; illes compare à des malades qui reconnaissent, une fois guéris, l'utilité desmoyens, douloureux souvent, qu'on a employés malgré eux (c. 16). On ne saurait nier non plus que la superstition grossière et l’immoralité contre nature de quelques cultes secrets dont tant de personnes étaient victimes, ne produisit chez les chrétiens, qui les croyaient perdues pour l'éternité, une exaspération morale et ne leur montrât la tolérance comme un crime. C’est contre les cultes secrets qu'est écrit surtout le livre de Firmi-

1. À ‘moins que, peut-être, ce livre, qui n’est cité nulle part, n'ait été faussement attribué au mathématicien, par le seul manuscrit même qui nous reste et qui est du x° siècle, en sorte que l’auteur n'ait point porté le nom de mathématicien ; ce qui serait assez possible, vu le manque absolu de critique historique et le manque de réflexion des copistes de cette époque et vu surtout que hous ne possédons plus le commencement du livre qui pourrait nous fournir un point d’appui; les premières ligues nous mettent un peu sur la voie, car le texte, tel que nous le possédons, commence ainsi : « divinationem probabimus esse inventam per diabolum et perfectam. » Le livre du Mathématicien traite d'astrologie, d'horoscopes, etc.

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cus, chose très naturelle, car c'est là que le paganisme de cette époque avait trouvé un lieu de refuge; ces mystères seuls, et non plus la religion païenne de l’état romain, concouraient, pour ainsi dire, avec le christianisme : à cette époque en effet cette religion n'existait plus comme religion de l’État. Aussi les mystères nationaux et romains sont-ils relégués, dans cet écrit, au second plan; ce n’est qu'en passant que Firmicus en fait mention, tandis que les cultes étrangers et mystérieux de l'Empire forment, au contraire, le sujet de son livre, lequel n'a d'autre but que d’en dévoiler la vérité, et de les faire connaître, avant tout, aux empereurs (1). L'auteur, qui suit la méthode explicative d'Evhémère, veut montrer spécialement comment « la mort d'hommes est une chose sacrée-dans ces mystères » «mortes esse hominum consecratas », c. 6), de sorte que les temples ne sont que des lieux de sépulture (c. 16, $ 3) ; 1l veut, en même temps, repousser comme injuste la conduite des néoplatoniciens qui, au moyen d'une explication physique, cherchent à sauvegarder les mythes célébrés dans les mystères et, partant, le paganisme en général (2).

Voici la marche de la narration : Le début — les deux premières feuilles — n’a pas malheureusement été conservé. La phrase tronquéce qui le termine, et par où commence le manuscrit, m'incite fortement à croire que l'auteur y a traité de la création du monde par le Dieu unique, à qui seul appartient, par conséquent, l'adoration; ce n'est que par l'influence du démon que le genre humain s’est détourné de cette adoration sans tache (3). L'auteur parle ensuite, en premier lieu, de l'adoration des quatre éléments : de l’eau par les Egyptiens ; de la terre parles Phrygiens ; de l’air par les Assyriens, et du feu par les Perses. Passant ensuite longuement en revue les mystères d'Isis, de Cybèle, de Juno cœælestis et de Mithras, lesquels

14. V. c. 6, $ 1 : « Sed adhuc supersunt aliæ superstitiones, quarum secreta pandenda sunt ; » c. 8, $ 5 : « persequar ceters, ut publicatis omnibus atque detectis quæ profana consecravit improbitas ; » et cf. c. 17, $ &.

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