Epist. 51, ad Pammachium
2. Cf. pour le dernier, Bunsen, Hippolytus, 1, p. 205 et 211.
avec une grande indépendance de jugement : aussi rejette-t-il net diverses explications de Saint Basile. Son récit ne trahit nulle part un modèle étranger, encore moins un modèle grec, alors même qu’il le suit littéralement. Il savait, comme Cicéron, assimiler complètement à son individualité et aux idées romaines les emprunts qu'il faisait aux Grecs. Voilà pourquoi son ouvrage a été, pour la postérité, aussi original que le De offictis de Cicéron, par exemple. Le style en est clair et limpide; il a quelque chose de confidentiel et d'aisé qui rappelle le prédicateur parlant du haut de la chaire à ses ouailles, comme on parle à sa famille ; il aime les développements, sans jamais tomber pourtant dans la trivialité ; parfois même il a un essor tout à fait poétique (1), et, là surtout où la beauté de la nature l’inspire vous ne trouveriez aucune trace d'artifice ni de rhétorique. Saint Ambroise y a mis lui-même à profit une des hymnes qu'il avait composées (2).
Nous l'avons déjà fait pressentir : le contenu en est très divers. Parfois l'explication est tout à fait littérale, comme si le texte latin avait été lui-mème écrit par Moïse sous l'inspiration divine, notamment dans le premier et le deuxième livre où 1l semble peser dans une balance des expressions comme erat, fiat(«terra erat » , etc., Gen. I, v. 2; « fiat firmamentum», v. 6) afin d'en établir la signification et la valeur propres (I, c. 7 et If, c. 2). On y trouve ensuite, quoique plus rarement, l'explication allégorique : c’est ainsi, par exemple, que la congregatio una, où toutes les eaux se réunissent (v. 9), signifie l'Église : cette allégorie est très développée (III, c.2 et s). Mais ce qu'on y trouve de plus fréquent, dans les derniers livres du moins, ce sont des applications morales, comme, par exemple, une longue digression contre l'astrologie qui
1. Ainsi, dans la description de la mer et dans le panégyrique qu'il en fait (II, e. 5) lorsqu'il lui compare l’Église, les vagues sont le peuple qui s'y précipite en foule ; les mugissements, le chant, etc. Ainsi encore, dans les caractères qu'il donne des différentes espèces d'arbres (1. c., c. 11 et 12), ou bien dans la description des champs couverts de fleurs (1. c., c. 8, 8 36). — Même sous ce rapport, saint Ambroise a trouvé le chemin aplani par saint Hasile dont Humboldt lui-même vante le « sentiment de la nature ». Kosmos,
[, p. 29.) 2. V, c. 24: c'est l'hymne Æterne rerum conditor.
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jouait un si grand rôle à cette époque (IV, c. 4), ou bien encore une étude sur le mariage, à l'occasion du récit de l’accouplement fabuleux de la vipère avec la murène (V, c. 7). Saint Ambroise propose aux hommes les animaux, soit comme exemple ou à titre d'avertissement (1); il fait de ces détails le sujet de longues considérations où il s’attarde avec complaisance ; il raconte des traits à la fois remarquables et véridiques, non sans se permettre pourtant d'en ajouter d’autres qui sont merveilleux et fabuleux. C’est là que le moyen âge les prit avec avidité ; c’est de là qu'il les fit passer dans sa littérature pour servir surtout à l'usage de ses physiologues.
Cet ouvrage, malgré tous ces emprunts, nous offre un beau témoignage delagracieuse éloquence de saint Ambroise ; ici, le côté populaire de cette éloquence se montre dans toute sa noblesse. Il est en même temps aussi remarquable au. point de vue moral et typologique, lequel nous montre le christianisme s'assimilant l'histoire naturelle antique et païenne, qu'au point de vue pris par les nouvelles idées chrétjennes et conservé trop longtemps par elles à l'endroit des sciences naturelles et de leurs découvertes. C'est tout simplement la volonté immédiate et toute-puissante de Dieu qui tient lieu de lois naturelles. La Bible suffit aussi pour la connaissance de la nature : où la Genèse est insuffisante, sé&int Ambroise appelle à son secours les oracles des prophètes. Il est intéressant de voir ce qu'il dit, sous ce rapport, dans une phrase du chap. 6, liv. I ($ 22) : «Traiter de la qualité ou de la position de la terre, n’est d’aucune utilité pour la vie future, ad spem futuri; il est, en effet, suffisant de savoir ce que contient la série des Livres saints, à savoir, que Dieu a suspendu la terre dans le néant » (Job. c. 26, v. 7)(2). « À quoi bon par conséquent discuter pour savoir si elle est suspendue dans l'air
4. Les corneilles, par exemple, sont un modèle de l'hospitalité ; les autruches, un type de la piété filiale ; les hirondelles, des soins maternels ; elles sont aussi le symbole d’une honnête et heureuse pauvreté (V, c. 16 et 17). Les poissons, qui se dévorent les uns les autres, sont au contraire un avertissement à l’adresse des gens que dévore la cupidité (|. c., c. 5).
2. « Quia suspendit terram in nihilo : » ainsi écrit saint Ambroise,
ou au-dessus de l’eau ? » — « Ce n'est donc point, ajoute-t-il . un peu plus loin, parce que la terre est au milieu qu'elle est suspendue comme dans une balance dont les plateaux sont en équilibre, mais parce que la majesté de Dieu la contraint, par la loi de sa volonté, de se maintenirau-dessus de ce qui est instable et du vide (1). » D’après ces idées fondamentales 1l ne cherche ni à étudier, n1 à approfondir le miracle de la nature, c'est-à-dire ce qui s'éloigne des phénomènes et des lois bien connus de la nature; 1l accepte au contraire Île fait miraculeux, tel qu'il se présente, comme étant un signe de la manifestation immédiate de la volonté de Dieu. On ne cherchait nullement à mettre en harmonie les récits bibliques de ce genre avec la nature; on prenait plutôt plaisir à en faire ressortir les contrastes. C'est ainsi qu'un miracle de la nature est confirmé même par un autre miracle : la séparation des eaux d'avec le firmament (Gen. I, v. 6) est donnée comme un miracle; mais, tout aussi miraculeuse est la séparation de l'eau dans la mer Rouge, à l'occasion de la fuite des Juifs. Dieu aurait bien pu les sauver autrement, pense saint Ambroise (IT, c. 3) ; mais il choisit ce moyen, afin queles hommes, témoins de ce miracle, crussent plus facilement à ceux qui avaient eu lieu avant leur création.
À la même classe des écrits de saint Ambroise appartiennent encore les trois suivants qui sont très volumineux: Enarrationes in Psalmos XII, Expositio in Psalmum C XVIII et Expositio Evangelii secundum Lucam ; maïs ici saint Ambroise s'affirme pleinement comme exégète, et l'orateur recule au dernier plan. Ils offrent, à l'égard de la littérature générale, un intérêt tropindirect et de trop peu d'importance pour que nous nous y arrêtions. Quelque considérable que soit l'autorité qu'ils ont eue à cette époque et même plus tard au moyen âge, le genre d'explication de la Bible n'en reste pas moins identique à celui que nous avons étudié dans saint Ambroise; ils’appuie plus ou moins sur Origène. Faisons seulementremarquer, en passant, que le dernier de ces trois ouvrages se sert de