‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 225 sur 353 · V. 12 sq. : Altera ab undecima annorum currente meorum · texte numérisé non relu

V. 12 sq. : Altera ab undecima annorum currente meorum

Ebdomade, sex aestivi (lagrantia solis Solstitia et totidem brumae jam frigora vidi. Il est très vraisemblable, de prime abord, que c'est la douzième et non la treizième semaine qu'il faut entendre par ces mots « altera ab undecima », sans quoi l'auteur.aurait eu quatre-vingts ans ; cette interprétation concorde aussi seule avec toutes les autres dates. V. plus loin, p. 435, rem. 3.

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Cette autobiographie doit tenir lieu d'un cantique d'actions de grâces dans lequel le poète, ainsi qu'il B'exprime dans la préface, remercie Dieu, nun seulement du bonheur qu'il a goûté dans sa jeunesse, mais encore de l'adversité qui, depuis trente ans, n'a pas cessé de s'attacher à ses pas. C'esl par l'adversité que Dieu lui a appris à ne pas faire trop grand cas du bonheur de ce monde, el à ne pas trop désespérer non plus dans le malheur, puisque c'esl par là qu'il a mérité le Becours de sa grâce. Ce n'est doue pas la soif de la gloire qui l'a poussé à prendre la plume pour écrire ces « Éphémérides ; « elles ne sont pas destinées a des étrangers, niais a sa propre édilication: voilà comment il excuse par avance, chez les «savants,» celte poésie inculte, carmen incullum. L'histoire que nous avons sous 1rs yeux et dont la langue est relativement simple, quoique souvent la construction et le style soient assez prosaïques, cette histoire, dis-je, est pleine d'intérêt. Non seulement elle nous retrace l'image fidèle d'un caractère plein d'amabilité el dont la simplicité, la véracité et la bonté d'àme se reflètent dans chaque ligne, mais elle nous fait le tableau de celte époque ; VEucharisticon ne nous livre pas seulement des documents intéressants pour l'histoire des mœurs, mais encore des faits et des dales précieux, ainsi que l'ont déjà reconnu les historiens qui ont écrit sur la migration des peuples. C'est VEucharisticon qui nous fournit les renseignements suivants. Paulin naquit à Pella où résidait son père, alors préfet de l'Illyrie. Peu après sa naissance, nous le trouvons à Cartilage, où son père fut envoyé en qualité de proconsul; mais il n'y resta que peu de temps, après quoi il vint dans la maison de son grand-père (i), à Bordeaux, patrie de ses aïeux. C'est là qu'il reçut la première instruction. En se plaignant de la décadence postérieure des études, il rend hommage au sys-

I. L'opinion mise d'abord en avant par Sirmon et défendue ensuite pat Barth, opinion qui faisait du poète Ausone le grand-père de Paulin, a si peu de solidité, que je ne m'arrêterai pas à la réfuter. Ou'il nous suflise de remarquer que, d'après la donnée de Paulin, son grand-père était consul, alors qu'il n'avait lui-même que trois ans; Ausone aurait donc dû être consul en 385, d'après la chronologie de la vie du poète (v. plus loin) : or, il le l'ut en 379.

ti'me pratiqué dans son enfance. Les leçons de grammaire commencèrent par l'étude de l'Iliade et de l'Odyssée : le grec, en effet, avait été sa langue maternelle, moins à cause du lieu de sa naissance, où il n'avait fait (pie passer, qu'à cause du personnel de la maison, qui était grec. Il dut, bientôt après, entreprendre la lecture de Virgile qui, pour cette raison, lui causa les plus grandes difficultés. Avec quels sentiments de piété et de reconnaissance parle-t-il ensuite de l'éducation excellente qu'il reçut de ses parents ! Il ne manifeste qu'un regret : ils ne partagaient pas son désir de le consacrer à la vie religieuse. Mais c'est Dieu qui l'a voulu ainsi, et tout est pour le mieux. Il n'avait que quinze ans, lorsqu'une maladie le força, hélas! à interrompre ses études. Sur l'avis des médecins et pour fortifier son corps, il s'adonna tout entier aux exercices et aux divertissements d'un chevalier. Son poème nous fournit làdessus maints détails pleins d'intérêt : la chasse, la chasse au faucon surtout, et le jeu de balle, sont au nombre de ses plus grands plaisirs. Il dut, on s'en doute bien, se permettre à cette époque quelques écarts de jeunesse (1). Telle fut la vie de Paulin jusqu'à sa vingtième année, époque où il se maria avec une jeune fille de noble famille, mais sans fortune.

Le travail et l'ordre l'aidèrent néanmoins à se créer promptemenl un bien-être qui hii olfrit d'autant mieux toutes les jouissances d'un grand propriétaire (2), qu'il ne sentit jamais l'aiguillon de l'ambition. Il se laissa aller, jusqu'à l'âge de trente ans, aux charmes de cette vie. Alors, les choses changèrent de face; son père mourut, et, avec cette mort, coïncida l'invasion des ennemis. La suite de Y Eucharisticon nous montre quel est cet ennemi, dont veut parler Paulin: ce sont les Goths

1. Il sut toutefois, eu égard aux mœurs du temps, observer une louable réserve :

Hac mea casligans lege incentiva repressi,

Invitam ne quando ullam jurisve alieni

Appeterem, carumque memor servare pudorem

Cedere et ingenuis oblatis sponte caverem,

Contentus domus illecebris famulantibus uti. V. 162 sq.

2. Avoir une maison belle et spacieuse, une table bien servie, de nombreux domestiques, un ameublement d'un goût exquis, des voitures et des chevaux, tel était pour lui le comble du bonbeur.

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