‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 237 sur 353 · Pur exemple, Carm. XXIII, v. 487 sq · texte numérisé non relu

Pur exemple, Carm. XXIII, v. 487 sq

2. « Elegos vero nunc echoicos, nunc récurrentes, nunc per anadiplosiai fine principiisque connexos. » Epp. I. VIII, 11. Il caractérise ainsi sa poésie lyrique : « In lyricis autem Flaccum secutus nunc ferebatur iniambico citus, nunc in choriambico gravis, nunc in alcaico ilexuosus, nunc in sapphico inllatus. » Cf. également l'éloge qu'il fait de l'hymne de Claudien Mamert, Kpp. IV, 3.

lî. Consistant surtout en ce qu'on appelle vers rapportés. Dans le panégyrique d'Avitus, Rome s'écrie :

Vae mihi qualis eram, cum per mea jussa juberent Sylla, Asiagenes, Curius, Paulus, Pompeius, Tigrani, Antiocho, Pyrrho. Persae, Mithridati Pacem, régna, fugam, vectigal, vincla, venenum? v. 79, sq. Fertig (III, p. 18) a déjà fait remarquer à bon droit que quelque chose dans ce texte n'est pas en ordre.

[407-8.] us IBS

cle considéraienl comme an ornement Bpécial; le moyen âge, aux poètes savants duquel Sidoine resla particulièremenl en honneur, partagea égalemenl cette manière de \ < >i r. La Bigni- Bcation de l'allitération, qui revient si fréquemment en toute autre, est bien pins importante. Elle est souvent, sans doute, employée à dessein; mais, plus fréquemment encore, elle semble venir d'elle-même, en sorte qu'elle n'était point le résultat d'un jeu d'esprit, mais Le résultat d'un sentiment musical ; elle procurait, par L'homogénéité »les sons. Le même charme que L'emploi «le la rime proprement dite (1). La prose de Sidoine nous offre, par contre, l'allitération employée comme jeu d'esprit et ornement oratoire, et nous voyons de plus cette égalité de son s'étendre aux thèmes eux-mêmes (2). Cette prose nous a été conservée dans ses neuf livres de Lettres; ces livres furent édités à part et peut-être même plusieurs d'entre eux réunis ensemble (3) dans la première édition, lorsque, devenu évêque, Sidoine renonça à la poésie et voulut se faire un nom comme prosateur (4). On pourrait peut-être placer la publication de ces lettres entre les années 179 et 48i Elles ont été composées en partie avant celte époque : celles des deux premiers livres sont toutes antérieures à l'épiscopat de Sidoine (S . Symmaque et Pline étaient ici ses modèles, ainsi qu'il nous L'apprend lui-même dans la

1. Presque chaque page nous offre de telles allitérations; en voici des exemples pris dans le panégyrique que nous venons de m entionner :

... C'apreasque Tiberi Et caligtts Caii, Claudii censura secuta est, v. 104, Eq., OÙ «caligas Caii » a seul un sens spirituel.

Vasta per adrersas renabula cogère praedas, V. 194.

... Procerum tain forte potentior il lie, Post eliam princeps, Constantius omnia praestat. V. 210, et sq. Et pudor. Armatas pilo petit impiger alaa Pugnandopugnamquaerens, pavidumque peragmen. Y. 269 sq. Et dire que ces exemples sont pris au hasard !

2. far exemple, les mots cités par Fertig.: » Sedulitas sodalitasque ; «de plus, dans les lettres (VIII, 3) :«Saltim aaltualim; non tarn suspicioni quam fuisse suspectui, » ou bien encore : « Non tam fonte quam fronte. »

iî. Y. Teuftet, Histoire de la Littérature romains, 136, 6. e V. Le poème saphique à la fin du recueil des lettres. ■r>. V. La dissertation de Kaufmann, p. i sq., pour la détermination de l'époque,

i56 SIDOINE APOLLINAIRE [408-!).

dédicace du premier livre adressé à Constance. La plupart de ces lettres sont de vraies missives, expédiées a leurs destinataires longtemps avant d'être publiées, quoique, dans le recueil, elles aient été corrigées et peut-être même amplifiées. Celte remarque s'applique aux premiers livres sans exception. Dans la suite, Sidoine en écrivit plusieurs, en vue du seul recueil, ou, du moins, en vue de la publication (1) : c'étaient des éloges ou des nécrologes de protecteurs et d'amis (2); ou bien, l'auteur voulait, ne fut-ce que par un court billet (comme, Epp. YIII, 5), perpétuer la mémoire des destinataires : son entourage et lui voyaient en effet, dans ce recueil épistolaire, un titre de gloire impérissable : la suite montra bien qu'ils ne s'étaient pas trompés. Il avait enfin en vue, en les écrivant, de raconter à la postérité comme à ses contemporains, des faits intéressants sur sa propre vie, lesquels pouvaient le montrer lui-même sous un jour favorable (3), ou bien il voulait seulement faire connaître quelques-unes de ses œuvres. C'est là. dans ce recueil, le motif de la publication de plusieurs poèmes et d'un discours prononcé par Sidoine, déjà évêque (Epp. VII, 9). C'est bien là aussi ce qui donne à ce recueil un intérêt important et varié, vu qu'il nous offre un riche tableau de l'histoire de la civilisation à l'époque de Sidoine. Ces lettres ont d'autant plus d'intérêt que l'auteur, malgré toutes les bizarreries de son style et malgré ses défauts personnels, y témoigne d'un grand talent d'écrivain dans les descriptions, dans l'exposition des caractères et dans le récit des anecdotes (4). Ajoutons à cela le grand parler de l'éloquence de notre

1 . Ce dernier cas peut avoir eu lieu aussi par rapport à quelques lettres des premiers livres, et cela est même très vraisemblable pour celle qui contient l'éloge de Théodoric II [Epp. I, 2), quoique l'auteur ne songeât pas encore à éditer un recueil de lettres.

2. Comme, par exemple, Claudien Mamert (Epp. IV, 11), Lampride

[Epp.vm, il).

3. Ainsi, par exemple, ses aventures à la table de l'empereur Majorien (Epp. I, 11), et à la fête anniversaire de saint Juste (V, 17).

4. Cette peinture des détails traitée, avec tant de succès, par les romanciers français de notre époque et par les auteurs français des mémoires, au moyen âge, se rencontre déjà dans Sidoine ; on pourrait en citer une foule d'exemples. Je me borne à renvoyer au tableau qu'il nous fait (Epp. II, 2) de sa maison de campagne, et de celle d'un de ses amis (II, 9); aux por-

îii'.i 10. 1 roi res de l'ai rioi e \:\~t

auteur, sa prédilection pour l'antithèse et los jeux de mots, .1 nous trouverons en lui, et d'une manière Frappante, les qualités el les défauts des écrivains français modernes, résultai de la fusion du sang gaulois el de l'éducation oratoire «ks Romains. L'espril païen el profane domine entièrement la prose il«' Sidoine : quand il veul nous faire connaître ses modèles, ce ne sera pas gainl Jérôme qu'il nous désignera, ni d'autres épistolographes chrétiens, mais seulement des ailleurs païens. Plus tard même, quand il sera évêque et qu'il écrira à un évêque pour lui dépeindre la triste situation de l'Église catholique, persécutée par Euric, et qu'il emploiera enfin une fois le style de la Bible (Epp. VII, 6), la recherche, la préciosité et l'enflure de ses expressions nous montreront combien le langage de la Bible lui était étranger (1). En envoyant même à un collègue le discours prononcé à l'élection d'un évêque, il ne semble préoccupé que de la forme el il s'excuse sur la hâte de la composition, s'il ne répond pas ;iux préceptes de la rhétorique. Le début : Refert historia saecularùj etc., ne laisse pas d'être significatif pour notre évêque.

Page 1