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romaine, répondait aussi évidemment ans vœtu «'t aux idées personnelles dé Jordanès, qui devait avoir pins à cœur l'intérêt des Amales que celui des (rothsetqui, en qualité de lettré et d'ecclésiastique, regardait comme un dogme la domination de Rome jusqu'à la lin des temps.
Son abrégé de l'histoire universelle, que nous avons mentionné plus haut, et qui, dans les meilleurs manirfcrits, est intitulé : De summa temporum vet origine actiàusçue gentis
Romanae (1), ne renferi également que des extraits, en
partie littéralement reproduits, de plusieurs ouvrages. Outre la chronique d'Eusèbe saint .Jérôme et de leurs continuateurs, .Maicellin en particulier ; outre Orose et Eutrope, il a surtout reproduit Florus. L'histoire romaine conserve chez lui une supériorité qui l'identifie presque à l'histoire universelle, ce qu'exprime déjà le titre ainsi qu'une épitre dédicatoire adressée à un ami illustre, à Vigilius, qu'il faut bien désormais se garder de considérer comme le pape de même nom (2). Dans cet ordre d'idées, et après avoir fait la généalogie d'Abraham à partir d'Adam, il se contente de donner, comme introduction chronologique et avec peu de remarques historiques, la série des rois des Assyriens, des ftfèdes, des Perses et, comme successeurs d'Alexandre, des Ptolémées, jusqu'à Cléopàtre, ainsi
t. \'. Mommsen, Prooemium, p. xv.
2. Cette hypothèse de .1. Grimm qui, chose remarquable, a été adoptée par les historiens (apparemment, je roux bien le reconnaître, parce qu'elle est très favorable pour appuyer d'autres hypothèses), répugne à la forme coninn' au fond de cette dédicace. Un évoque aussi illustre que l'était saint Cyprien pouvait bien, à l'époque surtout où il vivait, écrire au pape « Canssvne (rater; » mais, que Jordanès, à supposer qu'il fut également évèque, jiùt, do Byzance, cette ville à étiquette, lui donner le titre de « nobilissime, maynifice fiater, » c'est ce qu'il faudrait avant tout démontrer. Le contenu s'y oppose encore bien davantage. 11 suffit de faire remarquer la conclusion dans laquelle Jordanès exhorte cette Magnificence à se convertir ù la vie ascétique et ecclésiastique, après avoir appris à connaître les misères de la vit' du monde dans les deux ouvrages de Jordanès lui-même ; par là elle sera à l'abri de ces misères : «... Uno libello confeci, jungens ei aliud volumt'ii... quatenus diversarum gentium calamitate comperta, ab omni aerumna liberum te fieri cupias et ad Deum convertas, qui est vera libertas. Legens ergo utrosque libellos, scito quod diligenti mundum semper nécessitas imminet. » Voici la fin : « Estoque toto corde diligens Deum et proximum, ut adimpleas legem, etc. » Et le Goth Jordanès aurait tenu un pareil langage à un pape de Rome !
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quo cela a lieu dans Eusèbe. Par la défaite de Gléopâtre, la réception du dernier empire préromain dans l'empire romain lui-même, dont l'auteur commence à tracer l'histoire, est un fait accompli, et ce travail, il le considère comme sa tâche proprement dite. Au lieu d'un protocole chonologique, nous voyons, en effet, apparaître un récit historique suivi, qui va jusqu'à la vingt-quatrième année du règne de Jüstinien. Néanmoins, ce travail de marqueterie peut d'autant moins prétendre à une valeur historique qu'il manque d'une idée particulière dominant le tout (1).
Un auteur bien plus original que Jordanès, c'est Gildas (2) ; seulement, son ouvrage a par contre un caractère bien moins historique. Gildas, surnommé le sage [Sapiens], Celte d'une famille illustre, sinon royale, naquit, à ce qu'il paraît, en Ecosse, l'année de la bataille de Batho (en 516). Entré dans l'état ecclésiastique et, à ce qu'il semble, élève de saint Iltud, « l'instituteur des Bretons, » il élargit le cercle de ses connaissances, objet d'étonnement pour son siècle, par ses différents voyages, notamment par ceux qu'il fit en Irlande. Mais, à la gloire qu'il s'était acquise comme sage, il joignit celle de saint. Dans un temps de décadence complète des mœurs, il employa auprès de son peuple le plus grand zèle en faveur de l'ascétisme, et son activité s'étendit même, de l'autre côté du canal, jusqu'à la Bretagne, où l'on croit qu'il fonda le cloître de Ruys. Qu'il ait été lui-même l'abbé d'un couvent, c'est ce qu'il est permis de supposer ; mais, que ce couvent soit celui de Ruys, c'est assez douteux ; tandis qu'il est assez probable, par contre, que c'est dans ce dernier qu'il écrivit son ouvrage (3). Il le
1. C'est une supposition toute gratuite de la part de Baehr (p. 261) de vouloir attribuer ici à l'auteur « un but plus élevé, religieux et chrétien. »
2. Gildas, De excidio Britanniae ad fid. codd% mss. recens. J. Stephenson. Londres, 1838. Ensuite in : Nennius und Gildas, édités par San Marte. Berlin, 1844. Lipsius, in Ersch und Gruber s Encyclop. Sect. I, vol. 67 (1858); Schoell, De ecclesiastica Britonum Scotorumque historiae fontibus. Berlin, 1851.
3. Ce qui semblerait le faire supposer, c'est qu'il ne sait pas au juste si le premier des cinq rois de la Bretagne, qu'il attaque personnellement dans son livre, est encore en vie : « Quasi praesentem arguo, quem adhuc superesse nescio. » § 29.
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composa on l'an .'>60, et l'on pense qu'il mourut di\ ans plus lanl(l).
('.ri mi\ rage est intitulé, dans les éditions, el aussi dans un manuscrit, De excidto Britanniae. La deuxième partie ne se
trouve jiiis dans le plus ancien manuscrit et on l'a édité, complètement à tort, bous le titre de Epistola, comme formant un ouvrage spécial de Gildas. Donnons d'abord un aperça «lu contenu de l'ouvrage complet, Après une préface, sur laquelle
je reviendrai. Tailleur débute par une courte description de la Bretagne qu'il dépeint, sous des couleurs presque poétiques, connue un pays beau et fertile; passant ensuite sous silence les temps païens où la Bretagne l'emportait sur L'Egypte ellemême par la multitude de ses divinités, il fait aussitôt le récit (§ 4) « de ce qu'elle a souffert et de ce qu'elle a fait souffrir aux autres, au temps des empereurs romains » (les souffrances qu'elle a causées elle-même n'occupent que peu de place). Gildas parle après, en peu de mots, de la conquête du pays par Rome, de l'introduction du Christianisme, et, avec plus de détails, de la persécution de Dioclétien, et des martyrs qu'elle a faits en Angleterre (§ 9 sq.) ; après avoir mentionné l'hérésie d'Aldus et l'usurpation de Maxime, il dit comment Rome en arriva peu à peu à abandonner la Bretagne ; il fait le récit des souffrances de ce dernier pays à la suite des incursions nombreuses des Pietés et des Scots auxquels les Bretons pouvaient d'autant moins opposer de la résistance qu'ilsétaient eux-mêmes en guerre civile et démoralisés : la prostitution et le mensonge sont signalés ici comme leurs principaux vices (§ 21). Mais voilà que Dieu, pour les rendre meilleurs, les châtia par la peste et par une sorte d'aveuglement si grand, qu'ils appelèrent à leur secours les Saxons, « peuple détesté de Dieu et des hommes » : ces barbares en livrent dans la Bretagne, comme les loups entrent dans les bergeries (§ 23). Les Bretons n'avaient donc eu que le châtiment qu'ils méritaient pour leurs crimes antérieurs, jusqu'à ce qu'enfin, sous
i.V. par rapporta la vie de Gildas, Lipsius, qui étudie avec beaucoup de critique les deux biographies du saint : l'une, par un moine de Ruya, écrite au xi° siècle; l'autre parun moine de Llancarvan, du xue siècle; il a refuté à fond la fausse hypothèse des savants anglais qui admettent un double Gildas.
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la conduite du fidèle, brave et véridique Àmbroise A.urélien. ift se relevèrent de nouveau, et remportèrent la victoire de Bath. Mais ce miracle inespéré du secours divin ne produisit d'effet moral que sur les témoins oculaires, notamment sur les rois et les prêtres. Dans la génération suivante, qui esl celle où il écrit, et qui a oublié la précédente, il n'y a plus de trace de vérité et de justice, à peu d'exceptions près, surtout dans les deux états élevés dont il vient de faire mention : on les voit plutôt s'acheminer chaque jour vers l'enfer (§ 26). Là-dessus, et après avoir excusé la liberté de son discours par l'excès de sa douleur et dit un mot des exceptions que n'atteignent pas ses paroles, Gildas fait une mercuriale contre ces deux états : d'abord, contre les rois, dont il prend successivement cinq à partie, de la manière la plus violente (§ 28 sq.) ; ils paraissent toujours plus vicieux, à mesure qu'ils défilent ; ensuite, empruntant dans de longs discours (§ 37 sq.), des sentences de l'Ancien Testament, surtout, des Prophètes, il leur adresse des exhortations et des menaces. Vient ensuite le tour des prêtres (§ 66 sq.) — afin qu'on ne l'accuse pas de partialité (§ 65) — ; ici il ne nomme personne en particulier, il ne fait que peindre les vices du clergé en général, insistant spécialement sur la simonie ; il adresse aux prêtres des remontrances qu'il appuie sur les exemples et la doctrine de la Bible, d'après l'un et l'autre Testaments.
C'est cette mercuriale qui forme la deuxième partie de l'ouvrage, celle qu'on a intitulée Epistola et publiée à part. Elle manque dans le plus ancien manuscrit, par la seule raison probablement qu'elle avait moins d'intérêt que l'autre pour la postérité, peut- être aussi parce que, même plus tard, on craignait encore ses invectives. L'analyse de l'ouvrage en montre déjà l'unité. D'autres raisons encore montrent la dépendance de la deuxième partie comme indubitable (1). Le
1. On n'a pas encore, que je sache, trouvé ces arguments péremptoires, quoique cependant ils sautent aux yeux de celui qui lit cet ouvrage, sans parler de la circonstance que les deux États contre lesquels est dirigée cette mercuriale sont clairement indiqués à la fin de la première partie : ainsi que l'a montré notre analyse, il y a, dans la deuxième partie, un renvoi à la première ; il se trouve au dernier paragraphe (§ 65) : « Sed mihi, quaeso,
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contenu do la préface elle-même milite en faveur de cette unité de composition, quelque obscur qu'il soit dans certains détails, ce qui provient en partie de la corruption et mutilation qu'il a subies avant d'arriver jusqu'à nous. Dans celle préface, (iildas appelle son Eistoriola gentis Britannicae nne admonestation, admonitiuncula, que lui a inspirée son zèle pour la maison de Dieu; c'est pour répondre à la prière de ses frères comme a. son propre désir qu'il L'a écrite. Son ouvrage, toul comme celui de Lactance : De morttbus persecutorum, est un écrit historique, avec une tendance spéciale; il a pour but de montrer que le malheur qui frappa son peuple depuis l'époque des Romains est bien mérité; il fait, en même temps, le tableau du triste état moral de l'époque où vivait railleur, époque qui resta sourde aux avertissements de l'histoire, etil donne cet état comme étant le résultat du passé alin de déterminer la génération présente, les étals surtout qui donnaient le ton, à devenir enfin meilleurs. L'histoire est donc ici au service d'un but moral, et l'on ne pouvait guère espérer autre chose d'un ascète comme l'était (iildas. Malgré cela, et quoique railleur ail puisé, comme il le dit, la majeure partie de ses matériaux à des sources d'outre-mer (1), son histoire contient pourtant quelques faits particuliers qui ne manquent pas d'importance. Mais, ce qui la rend plus remarquable encore, de même que tout son ouvrage, c'est la peinture vivante el fidèle des mœurs de sa nation, peinture dont l'histoire complète des temps postérieurs de cette même nation n'a fait que constater la vérité. Cet ouvrage a en outre un intérêt tout particulier pour la littérature générale du moyen âge : la mercuriale, qui s'adresse aux rois de ce temps-là, laisse déjà poindre, dans les débauches sensuelles qu'elle leur reproche et dans les écarts qu'ils font pour les satisfaire, un des principaux éléments delà légendo d'Arthur (2), lequel événement a par conséquent
ut jam in superioribus dixi, ab lus veniamimpertiri, » etc. ; c'est ce qui a lieu justement, § 26. La citation du livre de Gildas, faite par Alcuin, Ep. 28 (éd. Jaffa, p. 20G), est en complète harmonie avec cette manière de voir.
t. V. § i ; v. sur ces sources Schoell, p. G sq.
2. Un îles cinq rois chasse sa femme, pour épouser sa belle-sœur, vierge consacrée à Dieu (§ 32) ; un autre tue sa femme et son propre neveu pour épouser la femme de ce dernier (§ 35).