V. la lettre d'Euloge à Alvarus, ainsi que le Prooemium
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(lance échangée entre les deux, alin qu il en inîl dahonl connaissance, avant même de le faire tenir aux jeunes filles ellesmêmes. Il cherche à leur procurer des armes contre toutes les menaces des juges, en leur montrant en même temps, sous un jour des plus brillants, les récompenses qui les attendent. Ici même l'auteur laisse percer une tendre inclination pour Flora; il s'adresse à elle seule, vers la lin (§ 20) (1); il dit qu'elle est une rose qui tleurit au milieu des épines, car son père était mahométan. Le roi (du ciel) désire sa beauté. Une prière termine ce livre.
Euloge a composé encore un livre qui paraît, en quelque sorte, une continuation du Mémorial. C'est une apologie des saints, Apologeticiis Sanctorum^ composée en 857; il nous y fait encore le récit de la passion de deux martyrs (Roderic et Salomon), décapités au mois de mars de la même année. Mais ce récit ne forme qu'une seconde partie de ce livi'e, tandis que la première, jusqu'au c. 20, nous donne encore une Apologie du martyre de cette époque : c'est d'après elle que le livre tout entier a reçu son titre. Outre les objections de ceux qui ne voulaient pas mettre ce genre de martyre sur la même ligne que le martyre des temps passés, objections qu'il adéjcà réfutées dans le Mémorial, l'auteur en présente ici de nouvelles, dans le but de les combattre : celle par exemple dont les défenseurs prétendent qu'il y a au moins une différence entre l'Islam, lequel ordonne aussi d'adorer le vrai Dieu, et le culte idolâtrique des païens. Cela donne à Euloge l'occasion d'attaquer l'Islam et son prophète de mensonge, et de nous communiquer ici (c. 16) la biographie de ce dernier d'après un petit ouvrage latin qu'il a trouvé dans un monastère pendant son voyage (2).
1 . Le début de ce passage le montre déjà : u Sed jani me in porta silentii constituto, priusquam volumen finem appelât, et sancto inspiramine educatis arma praeliandi ministrare désistât, tecum mihi paululiim loqui libet, 0 virtutum meritis florens Flora, sanctissima soror, ut nostrae famiiiaritatis verbum auditu placido captans, secretario cordis recondendum admiltas, nostrumque consultum sanctificatis mentibus tuis ut pu patris prae-
ceptum reponas. » • i ti i
2. Nous possédons aussi d'EuIoge quelques lettres, parmi lesquelles la plus intéressante est une longue missive adressée à Wihesind, évoque de
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Tous ces écrits d'Euloge, principalement ses Vies des martyrs et l'histoire de lem^ passion, ont un grand intérêt pour l'histoire de la civilisation; nous yvoyons, entres autres choses, jusqu'où allaient, à cette époque, les relations entre la population mahométane et la population chrétienne, soit dans le domaine de la société, soit dans celui de la famille, par suite de l'apostasie, et de quelle manière terrible se heurtaient l'un l'autre l'islamisme et le christianisme. Ces histoires de martyrs, les plus grandes notamment, dont les héros étaient personnellement connus de l'auteur, sont généralement écrites dans un style clair, simple, auquel même la sympathie émue et souvent enthousiaste de l'auteur communi([ue la chaleur et la vie. En général, on Irouve dans les écrits d'Euloge une éloquence naturelle où se réllète parfaitement bien l'individualité de l'écrivain, lequel possédait une culture intellectuelle rare dans sa nation, à cette époque.
Alvare, Fami d'Euloge. nous offre par contre, même comme auteur, une tout autre personnalité. C'était un laïque de distinction, possédant des terres près de Cordoue, et dont les ancêtres étaient d'origine juive. Marié et père de famille^ il avait été l'élève de Speraindeo, et devait à Euloge une partie de son éducation : nous l'avons déjà fait remarquer en parlant de ce dernier. Mais ce n'est pas seulement la communauté des études; ce sont encore les mêmes sentiments religieux, surtout par rapport à la question controversée du martyre, qui unissaient les deux amis de la façon la plus intime. Alvare, en écrivant la Vie d'Eidof/e, a élevé un monument à cette amitié, notamment dans le dernier chapitre où il adresse la parole au martyr lui-même.
Dans son plus remarquable ouvrage Alvare se rattache à l'activité littéraire de son ami. Il lui a donné le titre étrange de : hidiciiliis l u7ni?io s us, mdicB.lion lumineuse, a parce quil enseigne d'une manière bien claire », comme le dit l'auteur lui-même en expliquant ce titre, dès le début, « ce qu'il
Pampelune. Euloge avait reçu l'hospitalité chez lui, et, clans cette lettre, qu'il fait suivre de reliques données en cadeau à son hôte, il nous fait notamment la description de son voyage. On y trouve même des notices historiques qui ne sont pas sans valeur.
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faut suivre, el qu'il montre sans déluur lenumii de TK-lise que toute la chrétienté doit éviter »(1). D'après les données de l'auteur lui-même, cet ouvrage fut composé on S.')! (2) par conséquent, après le premier livre du Mémorial d^ snn ami Euloge. Mais Alvare s'est d'abord proposé, dans son écrit, Je même problème (lu'Euloge dans son livre : il veut défendre^ contre les attaques des ennemis(3), le martyre spontané de son époque. Mais il le fait, en partie, avec d'autres arguments, et avec plus de passion. Alvare soutient, en effet, énergiquement qu'on se trouve dans un temps de persécution, ce que niait la partie adverse. 11 renvoie aux deux premiers martyrs dont il raconte brièvement l'histoire, martyrs qui, il est vrai, avaient été provoqués par les infidèles à injurier le prophète. Il cherche à prouver par des passages de la Bible, el, en particulier, de l'Ancien Testament, que maudire les ennemis de l'Eglise est une bonne chose. Cette apologie forme la première partie de l'ouvrage et répond à la première phrase de l'explication du titre ; mais, à partir du § 21, commence une deuxième partie, dans laquelle il est démontré que « l'ennemi de l'Eglise », annoncé par la deuxième phrase de l'explication du titre, est le précurseur de l'Antéchrist, le pseudoprophète; que celui-ci ne saurait être un autre que Mahomet, et que les persécutions dont il a parlé dans la première partie annonçaient précisément la fin du monde. L'auteur prouve ce qu'il avance en expliquant les prophéties de Daniel (au c. 7, V. 23-2o et au c. 11, v. 36 sq., du livre de la Bible) passages qu'Alvare applique à Mahomet; il rapporte également à lui, dans une interprétation allégorique détaillée (§ 26 sq.), la description de Béhémoth et Léviathan, au livre de Job. (c.
1. « Hic liber ideo luminosus Indiculus dicilur, quia Juminose (l^'l. luminasse) quae sequenda sunt, docet, et apertis indiciis hosteui Ecclesiae, quem omnis vitare christianitas débet, ostendit. »