‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 42 sur 263 · ASO · texte numérisé non relu

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compagnou à se rendre, avec lui. dans la forêt voisine, où règne une agréable fraîcheur. Celui-ci, dans sa réponse, exalte le bonheur du vieillard dont les chants attirent lés animaux avides de l'entendre ; déposant leur férocité au son de sa llùte, les animaux sauvages s'unissent aux animaux domestiques et vivent en paix avec eux. Ainsi semble se réaliser la devise qu'on a, avec Un couteau divin, incrustée dans l'écorce d'un hêtre, devise que les arbustes et le bois tout entier répètent à l'envi : « Paix aux nations, qu'elle fuie au loin la guerre cruelle î » — L'inscription dit la vérité, réplique le vieillard : une main divine annonce, en effet, aux nations une paix éternelle. Un soleil d'or répand un brillant éclat au milieu de l'univers et envoie ses rayons aux quatre points cardinaux ; n'étant obscurci par aucun nuage, il tient les orages à l'écart. La Saône, le Rhône, la Loire, la Meuse et le Rhin jouissent de ses bienfaits. Cette lumière d'or envoyée par le ciel à la terre, soumet à sa puissance les peuples sauvages, maîtrise par des lois des tribus innombrables ; l'univers tout entier se courbe devant elle. La sédition criminelle prend la fuite, les armes reposent, Bellone enchaînée grince des dents, mais sa rage est inoffensive. Un gouvernement d'or se lève pour les Latins qui n'ont plus besoin de craindre ; l'antique Rome voit déjà reparaître ses trophées. — Ici se rattache une description de l'âge d'or, basée sur Virgile [Egl. lY), Calpurnius (Egl. I) et Ovide [Metam., 1. I). Charles prend sous sa protection impériale l'univers tout entier, qui obéira à son sceptre bienfaisant. Micon a déjà célébré Charlemagne sous le nom de Soleil {{). — Dans l'épilogue, le poète supplie l'empereur de faire à son ouvrage un accueil bienveillant, lui promettant, en retour, déchanter toutes ses grandes actions. Ce poème, qui célèbre ainsi la renaissance de l'empire universel en Occident, par le ministère de Charlemagne et qui montre les grandes espérances qu'on en attendait, fut

^' Huncpgo jcim dudum memini sub nomine solis,

Qui nitet in totum claro vibramine mundum • dit Mic-on, Hu liv. II, V. 118 sq. Par là, il se donne comme lautear du poenie .'[.iriue altribuO à Aii-ilbert. Cf. plus haut, p. 73

[68.1 «.ONFLFr/rrs \i:iiis i;i iiikmis 7îI

composé peu apW'S ccl événciiifiil. mais il iir le lui. ,.ii loni cas, qu'après l'année 80i(l), pcul-éliv .11 80:;, après la lin dos i;*Licrrcs (les Saxons, aiixfiiirllcs le pointe t'ait pciil-èiir allusion, en parlant delà fiiih' do la sédition oriininrllc. Alors, mais alors scnicinont, la [)aix('L la conoonlc du ikhivcI «'iiipiic [)ouvaiont paraître assurée.

Do la morne époque et vraisemblahlemcnl du crrrlt' d Alcuin, peut-être même do la plume de son élJ'Vo Dodo (2), procède une autre égloguo remarquable <|u'on a précédemment attribuée soit à Bède, soit à Milon. Ello a pour titre ConfUclus veris et liiemis (3) ; mais, au lic^u de confllctus le mot propre serait ceHamen^ expression qui se trouve môme dans Téglogue antique. Cette composition est bien la plus ancienne que nous connaissions parmi ces « débats, » si en vogue plus tard dans les littératures nationales. Ils se formèrent donc sur l'ég'iogue imitée de l'antiquité, ou du moins se développèrent sous son influence. Elle comprend cinquante-cinq bexamètres.

Dès le début, dans les neuf premiers vers, le poète raconte que, tout à coup, par un beau soleil de printemps, tous les bergers descendent des bautes montagnes et se réunissent à l'ombre d'un arbn; pour y faire entendre des chants d'allégresse, un ditbyraml)o en Flionnour du coucou ; parmi eux se trouve aussi le jeune Dapbnis et le vieillard Palémon. Voilà que le Printemps vient, lui aussi, couronné do tleurs, ainsi que le froid Hiver tout hérissé et les cheveux raidis par le froid: ils avaient un grand « débat » (certamvn) relativement au chant du coucou, et le Printemps commença. Suit donc ce « débat )) et chacun d'eux chante trois vers à tour de rôle (4). A

1. Car, ainsi que l'a déjà fait remarquer Dueiiiirilur, Oik <\, lauleur prirl«' «rAlcuin comme d'un homme qui est mort (l. I. v. 87 sq). Voy. plus haut, p. 71, rem. 1.

2. Cette hypothèse de ma part est combaLlue par Diiemmler dans la dissertation annoncée à la remarque suivante ; mon contradicteur croit seulement que le poème était adressé à Dodo Cf. sur ce dernier p. 38 et 39.

3. \')tir\s VAnthnlogia latina, p. l,rec. Riese, Fase. 2, n" 687, et dans les Pot'taclat.,], p. 270 sq.; ma dissertation annoncée plus haut, p. 72, rem. 1 ; Duemmler, Ueber die Gedichte, de Cueulo, dans la Zeitschr. f. drulsrk. Alterth., N. F. vol. XI, p. 67 sq.

i. Avec une seule exception.

80 CONFLICTUS VEIUS ET HIEMIS [69.]

partir de là, le récit devient tout dramatique, les transitions cessent presque complètement pour reparaître à peine vers la fin du poème.

Le Printemps désire l'arrivée du coucou, le plus charmant d'entre les oiseaux, cet hôte qui est le bien-venu parmi tout le monde et qui avec son rouge bec entonne des chants joyeux. Ce compagnon inséparable du soleil a pour mission de chasser le froid; il nous ramène les fleurs, nous rapporte le miel; il revêt les champs et apaise les vagues. L'Hiver, lui, ne désire pas sa venue, parce qu'il provoque au travail et trouble le repos si désiré, parce que même il amène la faim à sa suite (1). L'Hiver se réjouit de ses richesses, il complètes trésors contenus dans les coffres, énumère les festins joyeux et les doux plaisirs auprès de Tâtre pétillant. — Mais d'où l'Hiver tirerait-il ses trésors, réplique le Printemps, si FEté et lui ne travaillaient pas à les lui amasser. — C'est vrai, répond l'Hiver, voilà pourquoi aussi vous êtes mes serviteurs. — Tu n'es pas leur maître, toi, pauvre et sans appui, réplique le Printemps. Tu ne peux pas t'entretenir toi-même, si le coucou ne vient et ne te prête ce qu'il te faut pour subsister. » Mais là-dessus, Palémon prend la parole « de son siège élevé, )> et, avec lui, Daphnis et la troupe des pieux bergers : « Tais-toi, ô Hiver, tu es un prodigue, un insolent. Il faut qu'il vienne le coucou, l'ami des bergers, n faut que les collines verdissent, qu'elles produisent des fourrages pour les animaux, et il faut aussi que les oiseaux saluent le soleil de leurs chants variés. Viens donc vite, ô coucou. Tout soupire après ta venue, la mer, la terre et le ciel. « Salve, diiice deciis, cucuias; per saecula salve! »

Dans cette églogue, le coucou est donc considéré et chanté, d'après la tradition allemande, comme le précurseur du Printemps (2); ce débat de chant entre le Printemps et l'Hiver, entièrement conforme au style de l'égiogue antique, repose également sur une antique tradition germaine d'un combat entre ces deux saisons (3); ces deux dernières, l'Hiver surtout,

^ 1. Apparemment parce que les provisions de l'hiver sont déjà épuisées à l'arrivée du printemps.

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