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CIRCONCISION

(fête improprement appelée fête DBS FOUS, DE L'ANE, ETC. )

Avant de traiter de la fête importante de la Circoncision, nous devons parcourir les quelques jours qui nous en séparent encore.

Saint Etienne premier diacre chrétien , chargé par les Apôtres de pourvoir au soulagement des pauvres et des veuves, occupe la pensée de l'Église le lendemain de la fête de Noël. Les diacres se

(1) Répons de Matines après la huitième Leçon. ,

DRABIES UTURGIQUE8 DANS LES ÉGLISES. !!•

partagent les priacipales cérémonies et le chant de roffice. Us isont revêtus de chapes à la procession; un sous-diacre chante rÉpitre. Deux diacres revêtus de chapes, chantent au pupitre une Prose qui remplace la Séquence , dont la facture très-rhythmée comporte ordinairement un plus grand nombre de voix que la Prose. Ce dernier détail donnerait à penser que la hturgie de ce jour avait été composée de manière à procurer aux diacres l'honneur de fêter leur patron.

In die sancti Stephani processio fiât et diaconi in cappis. Subdiacontis cantal Epistolam alta voce et magna rêver entia. Duo diaconi cappis induti cantent in pulpito hanc prosam : "k Stat ut agnus inter lupos Stephanus habens vultum angeli. t» L^Épitre est tirée des « Actes des apôtres, » et renferme le récit du martyre de saint Etienne. La musique est un récitatif solennel sur trois phrases se succédant régulièrement. Nous avons déjà remarqué le même nombre et la même succession dans la superbe Généalogie de Jésus-Christ, qui se chantait après la Messe de la Vigile de Noël.

Dans rÉpitre que nous avons sous les yeux, la musique change à ce cri de saint Etienne rendant le dernier soupir : Domine Jesu, susciPE spiRiTUM MEUH. Âiusi la musiquc suit en esclave docile le sens des paroles, lors même qu'elle est entraînée par l'impulsion d'un rhythme uniforme. Cette Épltre devait être considérée comme une des pièces les plus importantes de l'office, puisqu'elle contient la narration du martyre de saint Etienne; aussi la rubrique citée plus haut invite-t-elle le sous-diacre à la chanter, « Alta voce et magna reverentia. » Nous rencontrerons souvent dans les rubriques des traces de foi et de piété q^ ont disparu successivement dans tous les missels postérieurs à l'époque dont nous nous entretenons.

C'est ainsi que, dans l'office du Vendredi saint, nous lirons des détails d'une onction inexprimable, écrits dans le style le plus simple et le plus sublime, celui du coeur. Après avoir découvert la croix cachée sous un voile, pendant les cérémonies précédentes, la rubrique ajoute :

Hic elevetur Crux. Omnes, viso crucifixo^ se solo tenus proster*

nant et lacrimabili corde in terram adorent, primum archiepisco^ puSy postea diaconi, etc.

Ces invitations^ ces pieux conseils adressés aux prêtres euxmêmes et non simplement aux fidèles, puisqu^on les trouve dans un missel, compares^les avec les froides et sèches indications de nos miâsels-modemes ! Nous ne croyons pas avoir besoin de faire Temarquer que ce Lacrimabili corde montre que les rubriques étaient parfois éloquentes.

La vie de saint Jean TÉvangéliste est certainement l'une des plus intéressantes que lè Nouveau Testament nous ait léguées. Elle est contenue toute entière dans les textes qui composent Toffice de sa fête. Afin qu'on se fasse une idée du style de cette biographie, nous publions la Séquence qui exprime avec une grande simplicité les principaux traits de la vie du disciple le plus aimé et le plus ' aimable du Dieu de charité.

Johannes Ihesos Xristo multum dilecte virgo, Tu cjus amore camalem .

la navi parentem liquisti.

Tu lene coi^ugis pectus respuisti Messyam secutus, Et ejus pectoris sacra meruisses potare fluenta. Taque in terris positus gloriam conspexisti Filii Dei Que soluin sanctis inTÎta creditur contuenda esse perhempni. Te Xristus in cruce triumphans matri sue dédit custodem Et virgo virginem servares atque curam supeditares. Tu te carcere flagrisque fractus testimonio pro Xristo es gavisus. Idem mortuos suscitas inque Jbesu nomine venenum forte vincis. Tibi summus tadtum ceteris Verbum suum Pater révélât. Tu nos omnes precibus sedulis apud Deum semper commenda. iohannes Xristi care.

La Messe de saint Jean nous offre en outre une Prose trèslongue intercalée entre l'Introït et le Graduel. Sa présence à cette place indique que la Prose diffère complètement de la Séquence. C'est donc à tort qu'on les a confondues jusqu'alors. La Prose est une suite de versets non rimes et d'une facture moins poétique et moins accentuée que les strophes de la Séquence. On a été induit en erreur par la substitution;, dans les Graduels modernes, d'une

pièce qu'on appelle Prose y aux anciennes Séquences. Néanmoins quelques-unes de ces dernières ont été conservées, entre autres a Victimae paschali laudes y> , qui porte à tort le nom de Prose dans la Messe de Pâques. Dans les missels du xiii* et du xiv* siècle, elle a pour titre : «c Sequentia » Ce n'est pas, au reste, la seule mutilation qu'on lui ait fa subir. Nous reviendrons sur cette magnifique Séquence^ lorsque le moment en sera venu. Ces usurpations de titre et ces mutilations inintelligentes montrent avec quelle légèreté ont été fabriqués nos livres liturgiques.

La fête des saints Innocents contient encore une prose entre l'Introït et le Graduel, sans préjudice de la Séq[uence ; ce qui corrobore la distinction que nous avons établie plus haut. La peinture du massacre des Innocents est énergique et touchante.

Casira militum dux iniquus aggregat,

Ferrum figit in membra tenera.

Inter ubera lac effudit

Antequam sanguinis fièrent coagula

Hostis nature natos eviscerat atque jugulât.

Toute la semaine de Noël est consacrée aux fêtes et & l'allégresse. Le tableau sanglant et funèbre que nous venons de citer est e£Eacé par l'esprit même de la Séquence, qui fait trouver ordinairement dans la fête, quelle qu'elle soit, des motifs d'enthousiasme et de jubilation. La Séquence du dimanche dans l'Octave rappelle les joies de la Nativité ; elle est abondante en images éblouissantes, en métaphores virginales dont on chercherait en vain des traces dans les plus grands poètes de l'antiquité; Dante seul pourrait nous offrir des beautés analogues. Le liturgiste s'écrie : « Prodige admirable ! L'ange du Conseil est né d'une Vierge ! Soleil sorti d'une étoile ! Soleil qui ne se couche jamais ! Étoile toujours limpide et brillante. L'astre lance le rayon , la Yierge met au jour un fils. Le rayon ne saurait obscurcir l'astre; le fils n'altère en rien la virginité de la mère. »

Voici cette Séquence admirable ; elle est due au génie de saint Bernard^ ce qui en explique suffisamment la beauté.

LeUbuDdus exultet fidelis chorus. Isaias cecinit,

Àlleluia. Synagoga meminit,

Regem regum intacte profùdit thorus, Nunquam tamen desinit

Res miranda. Esse caeca.

Angeius Consilii natas est de Virgine, Si non suis vatibus,

Sol de Stella. Gredat vel geutilibus,

Sol occasum nesciens; Stella semper rutilans Sybillinis versibus baec praedicta.

Semper clara. Infelix, propera; Sicut sydtts radium, profert yirgo filium Crede vel votera.

Pari forma. Gur damnaberis, Neque sidus radio, neque mater filio Gens misera?

Fit corrupta. Quem docet littera Gedrus alta Libani conformatur hyssopo Natum considéra,

Valle nostra. Ipsum genuit puerpera.

Verbum Ens Àltissimi corporari passum est Alleluia.

Game sumpta.

Nous voici arrivés au jour de la Circoncision. Comme notre manuscrit ne nous offre aucune trace des cérémonies qui avaient lieu alors dans plusieurs diocèses/ nous comblerons cette lacune en reproduisant Toffice de la Circoncision composé par Pierre de Corbeil, à l'usage du diocèse de Sens. Ce manuscrit est précieux non-seulement au point de vue de Tart musical, mais encore sous le rapport historique. En effet, il renferme entre autres pièces remarquables, la fameuse a Prose de TAne » et il contient la réfutation formelle, et aussi explicite qu41 est possible, de tous les contes qu'ont débités depuis trois siècles, les incrédules de toutes les écoles , au sujet du prétendu offijce de VAne dont MiUin et Dulaure ont donné des descriptions si burlesques.

Nous ferons précéder cette publication d'une description du msr nuscrit. Lorsqu'un voyageur visitait la bibliothèque de la ville de Sens, on lui montrait mystérieusement et avec orgueil un diptyque en ivoire représentant soit les quatre éléments, soit le triomphe de Bacchus, de Cérès et d'Amphitrite, soit je ne sais quel amalgame mythologique sculpté avec quelque soin, mais privé de sentiment et d'expression, comme la plupart des œuvres de l'art byzantin.

Le voyageur, après avoir examiné le diptyque, se contentait de dire : « c^est bien ancien ! t» et replaçait Tobjet avec précaution dans Tarmoire à côté de tètes de sauvages tatouées d'une manière horrible , de verroteries, de petites momies et de coquillages dont la profusion attesterait que la bibliothèque de Sens est plutôt fréquentée par des pèlerins que par des lecteurs.

Cependant, ce diptyque renferme un manuscrit précieux composé en grande partie par Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, mort en 1222. Il renferme trente-deux folios en parchemin assez fort, formant soixante-quatre pages de musique en notation du treizième siècle. Ce manuscrit joinJt à son origine vénérable un état parfait de conservation. Il a pour titre : Office de la Circon^ cision à FtAsage de la ville de Sens^ et non pas , comme on Ta affirmé, fête des Fous ou fête de l'Ane. On n'y voit aucune trace de bouffonnerie ou d'inconvenance. Tout y est grave, austère ; çà etlà quelques effets 1 yriques sont obtenus parla répétition de mots sonores; voilàtoutce qu'on peutytrouverd'original et d'extraordinaire.

L'office de la Circoncision commence par une sorte de prologue qui se compose de quatre vers chantés aux portes de 1'^ glise et de la Prose Orï^n/w, dite de VAne, Le D^is in adjutorium^ commence les premières Vêpres et est accompagné de paraphrases poétiques. Les cinq Psaumes des premières Vêpres sont ceux de Noël. Après le Capitule se trouve une suite de Répons et de Versets destinés à être chantés probablement par chacun des clercs assistants ou par différents groupes, suivant les rangs de la hiérarchie ecclésiastique. L'Hymne est remplacée par le magnifique chant Trinitas ; puis vient le Magnificat suivi du Benedicamus et du Deo grattas paraphrasés. Les Compiles sont suivies duNunc dimittis et des prières du soir KyriCy Pater y Credo paraphrasés. Ce premier office est terminé par le beau Benedicamus : Patrem parit filia. L'office des Matines se compose de 'trois Nocturnes auxquels le compositeur a donné le même caractère lyrique, en y introduisant des Hymnes et des Séquences. Entre les Matines et les Laudes, les clercs chantaient un Noël et prenaient leur récréation. On revenait ensuite chanter les Laudes, toujours terminées par un Benedicamus en forme de Séquence. Après le chant des heures de

Prime et de Tierce, on allait chercher le prêtre pour dire la Messe, et on l'escortait avec un chant solennel.

Les prières delà Messe sont toutes paraphrasées.

Les offices de Sexte et de None sont les plus courts de la journée, sans doute afin de réserver plus de temps aux Vêpres. On n'y chante qu'un Psaume. Le Benedicamus seul est comme partout ailleurs une pièce importante.

A Vêpres, au contraire, on multiplie les Proses et les Hymnes; chacun des cinq Psaumes est suivi d'un Répons et d'un Verset sans compter l'Antienne ordinaire. On en chante même quatre autres après le Capitule. L'Hymne est remplacée par la Prose si connue : Inviolata.

Entre les versets à\x Magnificat y ce cantique d'actions de gr&ce de la Vierge-Mère, on chante une Antienne qui rappelle les détails de la naissance et de l'enfance du Sauveur. C'est une particularité touchante.

Un Benedicamus et un Deo gratias très-développés et trèssolennels terminent les Vêpres, c'est-à-dire la journée de la fête de la Circoncision.

Les trois pièces qui suivent les Vêpres se rapportent à la récréation des clercs et à leur repas du soir. Lesépltresde saint Etienne, de saint Jean et des saints Innocents forment la conclusion du volume.

Pierre de Corbeil, flos et honor cleri, comme le marque son épitaphe [GalliaChristianay T. XII], n'a jamais songé à composer un office de l'Ane, encore moins un office des Fous. Il est probable qu'il se sera trouvé en présence de coutumes singulières dont les calendes de Janvier étaient le prétexte, et qu'il a cherché à suh- . stituer à des usages qui pouvaient dégénérer facilement en excès une fête attrayante par les cérémonies et les chants, et qui devait occuper activement tout le clergé de sa cathédrale , le bas^hœur et les enfants eux-mêmes. Si malgré ses efforts, les abus se sont glissés de nouveau dans les détails de la fête et en ont motivé la suppression, le savant et pieux Archevêque n'en s'aurait être responsable, et son œuvre bien connue ne peut qu'honorer sa m^ moire comme prélat, comme musicien et comme poète. Un homme

qui, après avoir brillé d'un vif éclat dans rUniversité de Paris, a été le maître du grand pape Innocent III qui s'est toujours honoré de ses leçons, archidiacre d'Évreux, coadjuteur de Févéque de Lincoln, évoque de Cambrai, prédicateur célèbre à Rome , chapelain de Philippe Auguste ; un tel homme devenu archevêque de Sens, a dû vouloir faire une chose utile en composant cet office de la Circoncision.

M. Aimé Cherest a publié dans le bulletin des sciences historiques de l'Yonne des recherches sur les fêtes des Innocents et des Fous. Ce travail conçu dans un bon esprit est certainement ce qui a été publié de plus complet et de plus judicieux sur la célébration de ces fêtes dans le diocèse de Sens. Il établit par des preuves solides les trois propositions suivantes :

l"" La tradition qui attribue le manuscrit de la bibUothèque de Sens à Pierre de Corbeil est confirmée par l'examen attentif de ce manuscrit et de tous les documents qui s'y rattachent.

^ La plupart des morceaux qu'il renferme, et notamment tous ceux qui sont dignes de quelque remarque, ont été composés par Pierre de Corbeil, paroles et musique.

3* Cette œuvre n'a rien qui blesse les idées reçues et préconisées dans l'Église au xiii* siècle.

CIRCUMCISIO DOMINL

IN JANUIS EGCLESIE.

Lax hodie, lux leticie! Me Judice, trisfis Qaisquis erit, removéndus erit solleninibas istis. Sint hodie procul invidie, procul omDia mesta ; Leta Tolunt quicuinque colunt asinaria festa.

Cette invitation à la joie est comme une sorte de précaution oratoire employée par Pierre de Corbeil pour prémunir les partisans de la fête de l'Ane contre la crainte de se voir privés de leurs réjouissances accoutumées. Hais il ne tarde pas & changer la disposition de leurs esprits au profit des choses spirituelles. Ces quatre vers d'ailleurs , les seuls qui fassent allusion à une fête de

TAne n'étaient pas chantés dans l'église , mais aux portes de la cathédrale.

CONDUCTUS AD TABULAH.

Oiientis partibus Aurum de Arabia

Adventavit asinus, Thus et myrrham de Saba

Pulcher et fortissimus, Tulit in ecclesia

Sarcinis aptissimus, Yirtus asinaria.

Hez ! sir asne, hez ! Hez ! sir asne, hez f

Hic in collibus Sichen Dum trahit véhicula ,i

Enutritus snb Ruben, M ulta cum sarcinula,

Transiit per Jordanem, Illius mandibula

Saliit in Beethleem. Hez! Dura terit pabula. Hez!

Salta Tindt hinnulos, Cum aristis ordeum

Dagmas et capreolos, Comedit et carduum;

Super dromedarios Triticnm a palea

Yelox madianeos. Hez! Segregat in area. Hez !

Amen dicas, asine, Jam satur ex gramine, Amen, amen, itéra, Aspemare Tétera. Hez !

Conductus ad tabulam. Cette tablette dont il est question ici, et au sujet de laquelle on a écrit des choses si divertissantes^ n'est autre chose que la règle et l'indication du cérémonial de la fête y un ordo divinorum offidorum que le célébrant lisait à haute voix à l'assemblée et au chœur , afin que chacun sût ce qu'il avait à faire.

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