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DEUXIÈME SÉQUENCE

Ave Maria gralia plena, Doininus tecum Virgo serena, etc.

Nous avons vu cette Séquence dans l'office de la Circoncision ; nous y renvoyons le lecteur. La mélodie en est fort agréable et bien appropriée aux paroles. Nous en publierons plus loin quelques phrases qui justifieront le succès que cette Séquence parait avoir obtenu autrefois, d'après sa reproduction fréquente dans les manuscrits.

Al^TRES SÉQUENCES ET HYMNES, EN l'hONNEUR DE LA BIENHEUREUSE

Vierge Harie.

Le «Lsetabundusexultetfidelis chorus» est trop connu pour que nous le reproduisions ici. Il doit en être de. même du ((Hittit ad yirginem, » composé par Abailard, de l'hymne « Virgo dei genitrix » qui fait encore partie des offices divins.

La Séquence suivante est peu connue, et comme versification elle ne manque pas d'intérêt.

Utérus virgineus Nonc elegit thronum.

Thronus est eburneus

Régis Salomonis; Haec est sedes gratiae,

Tbronus admirabilis Domus pudicitiae,

Dispar et dissimilis Sedes summi Dei ;

Universis Uironis. la hac sede residet

Dominus qui prsesidet

Virgo thronus extitit Universae rei.

Gui decus prestitit

Tum precelleus donum Sicut vellus maduit

Ipse Deus pacificus De cœlesti rore,

Summi Régis unicus Sic venter intumuit

Servato pudore.

Nec vellus corrampitur Imbre pluviali, Nec pudor amittitur In coDceptu tali.

Haec est aromatica Cella creatoris, Fertilis et unica Medela doloris; Nardus odorîfera Effundit odorem, OliTa fructifera, Yirgo ferens florem.

Hxc vas pigmentarii, Regale palatium, Domus est cedrina, Angelorum domina, Benedicta femina, Cœlorum regina.

0 sancta virginitas I Nostra nescit parvitas

Te digne laudare.

Continens in gremto Nec qoem cœli regio Poteat sustentare.

Piilcbrior sideribus Et prse mulieribus Cunctis benedicta,' Plaça tuum filium Et purga fidelium Omnium delicta.

In te pluit.

In te fluit

Deus suam gratiam.

Ergo tuae

Nobis plue

Gratise clementiam ;

Ad beati

Tui nati

Transfer presentiam

Et cunctorum

Debitorum

Confer indulgentiam.

On ne peut s'empêcher de constater avec étonnement la souplesse du talent du versificateur. Les pensées se condensent sous cette forme resserrée sans aucun effort apparent. Cette Séquence est sans nom d'auteur ; mais un examen attentif nous engage à l'attribuer à Abailard. Il suffit de la comparer avec les poésies qu'il a écrites sur le massacre des Innocents, pour être frappé des analogies qu'elle présente. (V. Carmina e poetis christianis excerpta, p. k'SLk «Âd cœlestis ortum Régis; » et pag. 425^ «Est in Ramà vox audita.)

L'Hymne suivante est bien plutôt une Séquence à rimes plates. Il est vrai qu'elle offre la forme de l'iambique dimètre. Elle appartient à la fin de l'époque de transition que nous avons fixée du VIII* au XII* siècle , en parlant de l'Hymne de l'Assomption : « Quem terra, pontus, œthera. »

Lux mundi beatissima Maria splendissima, Cœli terrae nobilitas.

Sanctorum et festivitas.

Per te mundus salvatus est, Per te sursum levatus est,

288 HISTOIfiE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE RELIGIEUSE.

Per te jam mors damnata est, Vitae beats praemia

Per te vita donata est. Instanti prece flagita

Te adesse deposcimus In tui nati patria. Supplicibus nuDC yocibus;

Jam veni, dulcis domina. Concédât tous Glius

Nostra toile incommoda. Hoc Jésus benignissimus

Cum pâtre et paraclito

Dona, confer ccèlestia ; Qui régnât sine termino.

La musique de cette Séquence ne nous est pas connue : la mélodie de la Prose de l'Ascension, conservée dans le rit parisien, <( Chris tus scandens in aethera, » s'accorderait parfaitement avec la forme et le caractère de cette pièce qui ne manque pas d'un certain élan. La doxoiogie seule présente un « Concédât hoc n qui n'est pas heureux. On sait d'ailleurs que la doxoiogie est souvent une addition liturgique dont les poètes ne sont pas responsables.

Nous terminons cette liste déjà longue des compositions liturgiques faites au moyen âge en l'honneur de la sainte Vierge , par l'hymne suivante, un peu plus ancienne que la précédente, et qui, après avoir été chantée pendant quatre ou cinq siècles, a disparu de nos antiphonaires.

Fit porta Christi pervia Sponsus redemptor conditor

Referta plena gratia Sus gigas ecclesiae. Transitque rex et pcrmanet

Clausa ut fuit per sxcula. Honor matris et gaudîum

Imm^sa spes credentium

Genus superni lumiuis Per atra mortis pocula

Processit aula Tirginis Resolvit nostra crimina.

Au milieu des décombres et des ruines d'un vaste édifice, on cherche çà et là quelque bas relief, un chapiteau, une statue, un ornement que la catastrophe ou les temps ont préservés d'une destruction totale; on peut , à l'aide de ces fragments et de l'imagination, relever les portiques, les décorer, circuler dans le temple restauré et se rendre compte de l'existence, des pensées et des coutumes des générations qui s'y sont succédées. En publiant ces études sur le drame liturgique et sur les œuvres lyriques qui ont cessé de faire partie des offices divins, nous avons voulu

montrer la grande fécondité de ces siècles de foi, ces tressaillements de la vie chrétienne , cette sève de piété et d'imagination produisant des compositions nouvelles qui se répandaient d'église en église, de monastère en monastère et souvent s'étendaient dans la catholicité tout entière. De nos jours, on voit aussi des compositions lyriques avoir du succès et devenir populaires, mais ce sont des opéras, des romances et des airs de danse. La poésie et la musique ne se nourrissent que de l'art profane. Elles sont à l'égard de la religion, d'une stérilité presque absolue : les fantaisies plus ou moins heureuses d'un maître de chapelle viennent de temps en temps interrompre la monotonie des chants séculaires; mais il ne compose sa musique que sur les textes les plus ordinaires et les œuvres nouvelles franchissent rarement les limites de la paroisse. Il est sans doute beau et utile de rechercher dans la célébration des offices divins cette immobilité des usages, des cérémonies^ des chants qui accuse la perpétuité de la foi et le respect de la tradition. Maison comparant les deux époques, on ne peut se défendre d'un sentiment douloureux en présence de ces antiphonaires immuables qu'aucune inspiration nouvelle ne vient groçsir, qui ressemblent à ces nécropoles dans lesquelles on ne trouve aucune trace du séjour des vivants. La langue latine elle-même, n'est plus appelée à revêtir les pensées religieuses qui peuvent surgir dans les cœurs. Depuis deux siècles c'est la langue morte par excellence, excepté dans les actes de la chancellerie romaine. En présence de cet état des choses, n'y aurait -il pas lieu de procéder comme on l'a fait dans les autres arts chrétiens, de faire du nouveau avec l'ancien ? Les églises que l'on construit empruntent la plus grande partie de leurs éléments au style roman et au style ogival. Les peintres et les sculpteurs s'inspirent également des œuvres du moyen &ge. La musique et la poésie religieuses ne sauraieni-elles donc participer à ce mouvement ? Ce serait, diraion, une restauration, et les restaurations ne durent point. Oui et non. Elles ne durent point lorsqu'elles imposent des formes politiques et sociales à l'égard desquelles le mouvement de l'esprit humain invoque la prescription. Hais lorsqu'elles ont pour base et pour objet la vérité divine, éternelle, imprescriptible dans ses

applications incessantes et nécessaires aux besoins de la société chrétienne, elles peuvent toujours, aujourd'hui comme autrefois^ porter des fruits excellents.

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