‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 12 sur 59 · CORREGGIO · texte numérisé non relu

CORREGGIO

Le petite seigneurie de Correggio posséda, vers la fin du quinzième et le commencement du seizième siècle, une école de tapisserie qui développa une activité assez grande.

Son principal représentant est le Flamand Rinaldo Duro’, artiste aux aptitudes multiples, qui passe pour avoir donné des leçons au plus illustre des enfants de la localité, au Corrège8. Nous le trouvons établi à Correggio dès 1460°. Le icr mars 1464, d’après un document qui nous a été communiqué avec la plus grande obligeance par M. le chevalier Q. Bigi, associé étranger de la Société des Antiquaires de France, Rinaldo de Duris figure parmi les témoins d’un contrat auquel interviennent également les dessinateurs Enrico de Lodi et Bartolomeo di Giovanni de Milan10. Le 4 avril 1480, le seigneur de Correggio, Nicolas, à la fois poète et guerrier (1450- 1 5o8), fit payer au maître la somme de 57 ducats pour prix des tapisseries que celui-ci lui avait livrées". Le 27 avril 1496, la femme de Nicolas, Cassandre (t 1 5 1 9) , lui céda quelques lopins de terre en payement d’ouvrages de même nature ". Deux années plus tard

l’artiste flamand fit quelques autres acquisitions*. Rinaldo Duro, qui travailla également pour les seigneurs de Novellara», se trouvait en i5o6 encore à Correggio0. Dans la suite il s’établit à Bologne, où il mourut en x5n ou en 1 5 12 mais sa famille semble être restée à Correggio, car sa fille vendit en 1 55 1 seulement la maison qu’elle possédait dans cette cité”.

Dans sa Graticola di Bologna °, écrite en i56o, le peintre Pierre Latno cite un portrait de Rinaldo Dure, peint par le Parmesan. Cette dernière attribution est erronée, comme l’a montré M. Campon’; car le Parmesan n’avait que six ou sept ans lors de la mort du tapissier flamand. Mais l’existence même du portrait ne saurait être révoquée en doute; elle nous montre le cas que l’on faisait de Rinaldo dans le monde des artistes.

A côté de Rinaldo Duro travaillait Antoine de Brabant, fils de feu Gerardin de Bruxelles (Antonius, filius quondam Gerardini de Barbantis, de Brussello, magister rassorum). Ce maître figure dans un acte notarié en date du 26 avril 1488 8. La même année on le trouve à Modène.

Le brodeur Conta délia Zinella, de Trente, paraît avoir quelquefois pris part aux travaux de maître Rinaldo; son nom figure à côté du sien sous la rubrique de « fabbricatori di arazzi e ricamatori

Quant au Milanais Pietro Crivelli, surnommé le Spadone, il n’était point, comme Pungileoni l’a cru, tapissier, mais simplement brodeur10.

Citons encore les haute-lisseurs Antoine de Piémont" et « Johannes de Flandria de Corigia, magister ratiorum » (acte du 2 janvier 1478), ou « Johannes de Corigia, aliàs de Cucchiaris, magister ratiorum, filius quondam Andreæ ■> (18 mars 1476) ", ou encore « M“ Zoane da Corezo tedesco ». Ce dernier, que nous trouvons à Ferrare en 1450, paraît être mort vers 1481".

Telle était la richesse du garde-meuble des seigneurs de Correggio qu’en 1493 le duc de Ferrare leur demanda de lui prêter quelques tapisseries ".

Aujourd’hui, de cette collection à coup sûr aussi brillante que variée, il ne subsiste plus que douze pièces, exposées dans l’hôtel de ville de Correggio. On s’accorde à les considérer comme un produit de la fabrication locale. M. le chevalier Bigi, sur la demande que nous lui en avons faite, a bien voulu nous en envoyer une description détaillée, dont on trouvera le texte en note ls. Il nous suffira de dire ici que ces tentures représentent des scènes champêtres et des chasses, et qu’elles appartiennent, selon toute vraisemblance, au quinzième siècle.

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