ET MARGUERITE DE PARME
MONS — L’industrie de la haute-lisse n’a jamais eu de développement à Mons; elle n’a par conséquent pas d’histoire. Dans la seconde moitié du quinzième siècle il y avait quelques artisans qui sont qualifiés de haute-lisseurs, et qui faisaient partie d’une corporation dont les statuts furent homologués par les échevins, le 17 juillet 1487. Cette corporation comprenait une vingtaine de professions diverses parmi lesquelles figurent les peintres, les tailleurs d’images en tous genres, les brodeurs et les enlumineurs.
On sait avec quel zèle M. Léopold Devillers, conservateur des Archives de l’État à Mons, a dépouillé tous les dépôts existant dans cette ville, mais il n’y a rencontré que de rares mentions se rapportant au sujet qui nous occupe, et encore n’ont-elles guère d’importance \ Il a trouvé enregistrées dans les comptes communaux, des acquisitions de taies pour coussins à l’usage du magistrat faites, en 1428, à Jean le Carpentier, qualifié « d’ouvrier de haulte-liche », et, en 1478, à Gilles le Mosnier, désigné comme « tapisseur»; sur celles qu’avait livrées ce dernier « estoit ouvré à ung costet de pluiseurs coulleurs l’ensaigne du chasteau « de Mons ». En 1 55 1 , un ouvrier étranger qui s’était établi dans cette localité demanda au magistrat de lui accorder 100 carolus « pour monstrer le stil de faire trippes de velour et taindre icelles ». On lui octroya une partie de cette somme à la condition de prolonger son séjour pendant deux ans au moins. Le conseil de ville consentit encore dans la même séance (i3 (nars) à donner 6 livres par métier à douze ouvriers qui s’étaient présentés « pour faire ouvraiges de haulte-liches », au lieu de 12 livres qu’ils prétendaient avoir, et cela sous réserve « de ouvrer ung an continuèlement ». Au mois de juillet suivant le conseil décida de se mettre en rapport avec des teinturiers qui s’étaient offerts à aller demeurer à Mons « pour taindre les ouvraiges de haulte-lisse ». Nous avons énuméré ailleurs (pp. 41 et 48) ce que l'on entendait alors par ces sortes d’ouvrages, et nous rappellerons ici que vers la même époque (1541) une requête, tendant aussi à propager la fabrication des tripes de velours, fut adressée au magistrat de Valenciennes par un « haulte-lisseur et teinturier de Lille ». C’est à partir de cette époque que le métier des haute-lisseurs, bourgeteurs et tripiers de velours prit à Mons un peu d’activité. Les échevins lui octroyèrent des statuts avec l’assentiment du grand bailli, du prévôt et du mayeur, le 28 août 1 585 3, mais il était « encore petit » alors, est-il dit dans le préambule. La nomenclature qui y est faite des différentes espèces de tissus fabriqués par les gens du métier *, et le terme de deux ans seulement fixé pour l’apprentissage prouvent qu’ils ne travaillaient pas de la véritable tapisserie. En 1628, Antoine Quint, bourgeois d’Anvers, sollicita du magistrat l’autorisation de pouvoir résider en la ville de Mons, afin a d’imprimer figures sur toutte sorte de manufactures de haulte-lisse », moyennant de lui accorder une demeure et quelques privilèges'. Quoique l’on ne possède pas de documents qui établissent l’existence de véritables haute-lisseurs à Mons au dix-septième siècle,
« Artilleurs, arbalistres ou faiseurs d’arcs à main et du trait yservant, 0 fourbisseurs d’épées et d’armures, febvres, coutelliers, taillendeurs, poinn deurs> seruriers, hautrisleurs, tapissiers, brodeurs, selliers, tourneurs, « gorliers,claweteurs,caufouriers,pottiers d’étain, pottiers de terre, tailleurs 1 d’image en bosse, élevées, en pierre, de molle, de lame élevées, ou por- 0 traiture, illumineurs. > (De Boussu, Histoire de la ville de Mons; 1725, p. 426.)
s 11 les a publiées dans son livre intitulé : le Passé artistique de la ville
de Mons, pp. 17g et suiv.
3 Ces statuts sont transcrits dans le 1. 1« du Cartulaire des cométaUilS, fol. 288, aux Archives communales de Mons.
* « Polront tous haulte-lisseurs, bourgeteurs et trippiers de velours faire
0 les ouvraiges cy-desoubz déclarez, sicomme estamcttes, canevas royez,
« tannes, treillies,carletz, passemens, œiletz, denteletz.coulombetz, bourgettes, « neudz de Cordeliers damassez, satin de Bruges, trippes royées, camelot de « soye, trippes encarlées, neudz de cordeliers colpez, bâtons rompus, velour, « caffa velourté, velour ample, armoisin, tapis et bourette, avecq tous aultres 0 ouvrages appertenans audict mcstier. » Cette énumération est à compar avec celles des ouvrages semblables que l’on exécutait à Valenciennes età Li e. 3 Devillers, le Passé artistique, etc., p. 184.
TAPISSERIES FLAMANDES
peut-être faut-il attribuer à un artisan de cette localité, tant le travail est grossier, l'exécution d’une tapisserie tissee de laine seulement, que nous avons vue, il y a longtemps, chez un marchand d’antiquités à Bruxelles. Elle mesure plus de cinq mètres en largeur et un peu moins en hauteur, et représente l’allégorie de l’ancien et du nouveau Testament. On y voit, d’un côté, des idoles qui tombent, et des autels de l’autre, avec la figure de saint Jean qui tient un calice, et le même personnage communiant, etc. Le tout est encadré dans une bordure composée de canons, de drapeaux, de fusils, d’armes blanches, etc., avec l’écusson de l’abbaye de Saint- Ghislain, en haut, au centre, et le nom latin de ce monastère : URSIGUND. i636. Vers la fin de cette année mourut 1 abbe Pierre Trigaud, qui pendant les neuf années de sa prélature fit construire divers bâtiments et commanda des ornements sacrés de grand prix. Nous nous sommes demandé à quoi le sujet de cette tapisserie fait allusion, et si ce n’est pas un cadeau du prélat à quelque gouverneur de la ville de Saint-Ghislain. Ce même abbé avait fait executer, pour son monastère, en 1634, par ci un célèbre maître tapissier d’Audenarde, dix grandes pièces « de tapisserie contenant la vie de saint Ghislain et quelques autres représentant le martyre de saints Pierre et Paul « et autres apôtres' ».
Dans les pages qui suivent nous avons groupé les renseignements que l'on possède sur les tapisseries qui ont appartenu aux souverains du Hainaut. Peut-être trouvera-t-on qu’ils eussent été mieux à leur place au chapitre de Valenciennes. Disons d’abord que dans un inventaire d’objets provenant de la succession d’Isabelle de Hainaut, dame de Nesle, veuve de Raoul de Clermont, connétable de France, qui devinrent après sa mort, arrivée en i3o5 ou i3o6, la propriété de Philippine de Luxembourg, sa mère, comtesse douairière de Hainaut, figurent « v noirs tapis as escuchons de Haynnaut et de Neelle » Le plus ancien des documents a échappés à la destruction où sont enregistrées les dépenses privées de ces princes, nous fait connaître que le comte Guillaume 1", étant sur le point de marier ses deux filles aînées, savoir : Marguerite, à l’empereur Louis V, et Jeanne, à Guillaume, comte de Juliers, envoya, en 1 3a3, deux de ses serviteurs à Paris, pour y acheter leur trousseau, ou, comme l’on disait alors, « leurs pourvéances ». « Ils étaient chargés de rapporter de ces luxueux chapeaux enrichis de perles, des couronnes d’or — l’une d’elles coûta a, 000 livres « parisis, — des ceintures d’or, des étoffes de toute espèce, telles que velours, draps d’or, appelés ntarremas, draps de soie diaprés, etc. » Parmi les marchés que les serviteurs du comte de Hainaut avaient arrêtés à Paris, figuraient des tapis pour les lits des deux princesses. « Si a, — dit le texte, — pour les deux lis, douze tapis, cascun de six aunes de lonc et deux aunes de lei; item, y a a-t-il pour les deux lis seize tapis, cascun de quatre aunes de lonc et de deux aunes de lei, à l’aune de Paris. Et sont tout chil tapis « rouge et armoyet, chil ki sont pour medemisielle de Haynnau des armes d’Alemagne, des armes de Monseigneur et des armes de « Valoys ». Jeanne de Valois, sœur du roi Philippe, était la mère de ces deux princesses. Il est parlé dans un compte de i325-i32Ô de réparations à des tapisseries de la comtesse, et aussi de sommes payées à « un tapiseur de Valenchiennes, pour le payement de “ vj blans tapis » qu’il avait faits pour elle*. Cet artisan est peut-être celui qui s’appelait Jean Jollain, et que l’on désigne, vingtcinq ans plus tard environ, avec la même qualification. Il fit alors une chambre a pour Monseigneur 6». C’était Guillaume II qui régnait à celte époque. On possède le compte 6 de l’exécution testamentaire de sa fille Marguerite qui lui succéda, et qui mourut en 1 356. Il y est question de tapis de plusieurs espèces, dont les uns, savoir « iiij vermals et iiij vers, — ij carpites, — et iij bleus », furent achetés à la vente par la comtesse Marguerite d’Artois. De son côté Jean Bernier, prévôt de Valenciennes, se rendit adjudicataire des articles suivants : « une carpite sarrazinoise, — v pièches de tapis gaunes rozeteis, — j noir tapis, — j vert tapis rozeteit, — j autre vers « tapis, — et une autre carpite sarrazinoise ». Dans aucune de ces citations on ne rencontre les mots de haute-lisse, et par conséquent on ne peut rien en déduire quant à la nature de ces tapis.
Nous avons vu qu’en i368 il y avait de véritables haute-lisseurs à Valenciennes. L’un d’eux, Arnould de Bresin, fournit, en 1398 pour le service du comte Aubert, différents petits tapis aux armes de ce prince et de Marguerite de Clèves, sa femme 7. La même année, le comte Aubert fit acheter à la vente des meubles de Gui de Châtillon, comlÿ dc.Blois, qui était mort à Avesnes, au mois de décembre de l’année précédente s, « j grant drap de haulte-lichcs contenant l'istoire dou roy Ottevyen et de le royne Sébille, cousta parmi le « vin, cij liv. x s.; — j autre drap de haute-liches dou Service d'un chevalier, acattée x liv. x s.; — xij pièces de tappisserie; — vi toyes a de cousins de tapisserie et tout armoyet des armes de Blois et de Namur, cousta iiij ° vj livres ; — une cambre de vremel velours et de « tapisserie, ouvrée de Seraines [syrènes], armoyé des armes messire Jehan de Haynnau, cousta exij livres x solz; — j grant drap de haute- 0 lice ouvret à or, contenant le Ystore don roy Alexandre et dou roy d'Aïre, acatteit ij 0 v libvres » Plusieurs de ces tapisseries, et entre autres cette dernière, furent transportées à La Haye par ordre du prince, car on sait qu’il était également à la fois comte de Hainaut et de Hollande. Sur une chambre de tapisserie dite a la cambre perse [bleue] » provenant aussi du défunt comte de Blois, et qui se composait de neuf pièces aux armes de ce seigneur, « Piérart, le tapissier demorant à Mons », fut chargé, à la même époque, de placer cinquante et un écussons « armoyés des armes Monseigneur et Madamme d’ouvraige de son mestier 10 » ; c’était probablement un travail de haute-lisse. Nous rappellerons que nous avons publié (p. 21) une curieuse description des tapisseries qui meublaient, en 1409, l’hôtel des comtes de Hainaut, à Paris, et mentionné (p. 20) une acquisition faite, à un haute-lisseur d’Arras, en 1416, par Jean duc de Touraine, dauphin du Viennois, époux alors de Jacqueline de Bavière, l’héritière de Guillaume IV, comte de Hainaut, son père, d’une chambre de tapisseries, de neuf pièces, tissée d’or, d’argent et de soie, ayant pour sujet la Chasse au cerf et au sanglier. Parmi les objets que cette princesse fit transporter pour son usage, en 1425, à Gand, lorsqu’elle y fut internée après son divorce avec Jean IV duc de Brabant et de Limbourg, il y avait des tapisseries 11 ; elles sont décrites en ces termes dans l’inventaire 18 qui fut dressé des objets
< Baudry, Histoire de l'abbaye de Saint-Ghislain, manuscrit de la Bibliothèque de Mons.
5 Bulletin de la Commission royale d'histoire, a" série, t. IV, p. 1 14.
3 Devillers, Mémoires pour servir à l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, t. III, p. 754. Ce document a été publié d’après la copie existant dans un registre des Archives du royaume, à Bruxelles; le registre original se trouve aux Archives départementales du Nord, à Lille.
* Dehaisnes, la Tapisserie de haute lisse à Arras avant le XVe siècle, d'après des documents inédits, p. 6.
3 Ibidem, p. 7.
3 II est intitulé : 0 Chest li escris dou vendage des cozes dou testament 0 Medame de Haynau, cui Dius absoille. » (Trésorerie des chartes des comtes de Hainaut, aux Archives de l'État, à Mons.)
1 Extraits des comptes de la recette générale de l'ancien comté du Hainaut, ,. I", p. 256. Cet Arnould Bresin est celui que nous avons cité p. 36, et qui fut admis à la bourgeoisie de Valenciennes en i368.
3 Voy. nos Archives des Arts, des Sciences et des Lettres, t. III, p. 12.
» Extraits des comptes, etc., pp. 262, 265 et 266. i» Ibidem, p. 257.
J* Nous avons cité le fait p. 27, mais sans détails.
13 II existe aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon, et commence ainsi : 0 L’an mil cccc xxv inventoire fu faicte des biens de Madame 0 Jaque de Bavière, dame de Haynau, Hollande et Zeellande, le ij» jour de 0 septembre, après son départ de la ville de Gand, etc. s Nous en avons
J 99 ( Messager des Sciences historiques; Gand, 1881), un extrait où sont indiquées les houpelandes de la princesse.
avant appartenu à cette princesse après sa fuite : « x pièces de tapisserie de charge de can .duel et dossciel comprinses, semmées de « feuilles de figuier- - une autre chambre contenant x pièces de sayettes vcrdes, semmees de perdrix; - une chambre de haulte- « liche blanche, sem’mée de papegais, contenant x pièces ». Ces deux dernières figurent parmi les tentures qui furent restaurées
en 1419-
De nombreux exemples de l’usage de décorer les façades des maisons de tapisseries, de tapis et de toiles peintes dans certaines circonstances ont été cités dans les chapitres précédents. Les documents font aussi plusieurs fois mention d’exhibitions de tapisseries à Mons, notamment lors des joyeuses entrées de Charles le Téméraire, le 27 mars 1468 ' ; de Marguerite d’York, sa femme, le 1 5 novembre 1470 ! et du roi Charles, le 1 1 novembre 1 5 1 51 * 3 * *, etc. Pour orner la grande salle de l’hôtel de ville où le jeune monarque devait être reçu, le magistrat s’était adressé à Louis Rolin, seigneur d’Aimeries, maréchal de Hainaut, qui « s’excusa ». La femme de Nicolas de Barbançon, sénéchal de Hainaut, lui prêta pour la circonstance sa tenture de l'Histoire du roi Assuérus *.
En 1645, deux échevins de la ville furent chargés de s’entendre avec les députés des états de Hainaut pour « l’accommodement « des trois chambres de la maison de paix destinées aux assemblées desdits estatz, de toutes choses nécessaires, sicomme de sièges, a tables, etc., et orner lesdites trois chambres d’une tapisserie de haute-lisse en valeur de sept florins l’aulne ou environ, mesure du « Mons 8 9 ». Les cinq tapisseries qui décorent actuellement l’une des salles de l’hôtel de ville où avaient lieu les réunions des états ne remontent pas au delà du dernier quart du xvii" siècle. Elles portent la marque (A C) des fabricants bruxellois nommés A Castro ou Van der Borght 6, et représentent des sujets souvent reproduits par eux, tels que la Chasse, la Pêche, la Danse, etc 7. L’église de Sainte- Élisabeth, à Mons, possédait, d’après un compte du siècle dernier, quatre tapisseries peintes consacrées à l’histoire de cette sainte, que l’on exposait dans le chœur aux jours de fête 8. On voit encore actuellement dans la chapelle de Saint-Jean-Décollé et dans le local affecté à la confrérie de la Miséricorde au couvent des Sœurs-Noires, sept tapisseries de haute-lisse, sans marque, d’une belle conservation, dont les sujets sont tirés de la vie de Jésus : la Présentation au Temple, la Flagellation, le Couronnement d'épines, la scène de la Véronique, l'Entrée à Jérusalem, la Cône et le Lavement des pieds. Elles ont été achetées, paraît-il, vers 1750, mais elles nous semblent avoir été exécutées au dix-septième siècle d’après les cartons de deux maîtres, car le dessin des figures, les fonds sur lesquels elles se détachent, ainsi que les bordures, offrent de notables différences ; les quatre premières sont les meilleures.
Nous avons réuni ici quelques renseignements fort curieux sur des tapisseries qui décoraient des châteaux et des hôtels situés dans l’ancien comté de Hainaut ; ils pourront servir peut-être pour remonter à l’origine de certaines tentures échappées à la destruction. D'après un inventaire dressé en 1 55g “, à l’occasion de la succession de Jacques, comte de Ligne, les tapisseries suivantes existaient alors au château de Belœil : « Noef pièches de tappisseries, que grandes et petites, armoyées des armes de Luxembourg et Fiennes, « avecq le Thoison d’or en aucunes pièces ; — sept pièces de petite tappisserie empersonnaigé ; — sept pièces de tappisserie d’Engleterre, « armoyées des armes de Bourgoigne et dudict Engleterre ; — ung grand tappy à l’esghille armoyé des armes de Ligne et de Fiennes ; « — une vièze pièce de tappisserie ayant pluiseurs sortes de fleurs; — chincq pièces de tappisseries as oyseaux; — deux pièces de « tappisseries de verdure; — trois pièces de ghouttières verdes, sepraées d’abreceaux (sic) ; — une grande pièce de tappisserie à lyons « et oiseaux; — ung aultre pièce de tappisserie ayant ung cerf en une fontaine; — chincq grandes pièces de tappisseries à grands « personnaiges ; — une aultre pièce armoyé des armes de Croy; — une aultre piécette de tappisserie à grand personnaige; — une vièze a pièce de tappisserie ayant grands personnaiges ; — six pièces de tappisserie gasne (jaune) verdoyées, ayant les armes de Luxembourg « et Fiennes, avecq l’Ordre. » Plusieurs de ces tentures dataient évidemment du quinzième siècle.
Dans l’hôtel dit d’Aimeries qu’occupait à Mons Jean, marquis de Berghes, grand bailli du pays de Hainaut au nom de Philippe II, au moment où les biens de ce seigneur furent confisqués au profit de ce monarque qui l’avait fait secrètement empoisonner en Espagne, en 1 568, se trouvaient les tapisseries suivantes, dont la nomenclature est extraite de divers inventaires : huit pièces de r Histoire de Tobie, « ouvraige de Bruxelles », — quarante-trois pièces de verdures, dont dix fabriquées dans la même ville, quatre à Enghien et neuf à Saint-Trond, celles-ci « fort usez » ; le lieu d’origine des vingt autres n’est pas indiqué dans le document où nous puisons ; — quatre vieux tapis de mulets, aux armes de la famille de Molembaix, « vieulx et usés » 10 ; — « sept tapis velus, grans et « petits, bons et mauvais, de diverses faceons ; — neuf pièces de tapisserie de verdure que l’on appelle de Luxembourque, guerre « bonnes ; — trois tapis de muletz armoyez des armes de feu Mr de Molembaix ; — trois tapis de buffetz ouvrez à l’esguille de diverses « couleurs, ausquelz Madame la marcquise prétend action d’autant que c’est ung butin deSainct-Quintin duquel Monsieur le marcquis « luy fit présent11 ». La partie la plus importante du riche mobilier de l’hôtel d’Aimeries fut exposée aux enchères publiques, à Bruxelles, en juin et juillet 1570, mais le duc d’Albe ayant dû s’absenter pour se rendre à Nimègue à la rencontre de la reine d’Espagne, fit suspendre la vente et emballer ce qui restait pour Anvers, où l’on continua plus tard l’adjudication à la criée L’estimation de toutes les tapisseries provenant de la confiscation, avait été faite par Guillaume de Pannemakere, le célèbre haute-lisseur bruxellois dont il sera question plus loin ; elle ne satisfit pas les membres du Conseil des troubles, qui firent faire une autre évaluation par les quatre jurés du métier des tapissiers de Bruxelles l3. Les meubles et ustensiles de l’hôtel que possédait dans cette ville le marquis de Berghes ne furent exposés en vente qu’au mois de juin i5y5. L’inventaire renseigne parmi eux dix pièces de tapisseries en assez mauvais état de la série appelée les Laydes bestes ; — quatorze pièces de « feullaiges » ; — six pièces « de brune verdure dict de « Bruxelles, fort vielles, deschirées et pourries » ; — vingt et une pièces appartenant à une série désignée sous la dénomination d'irios, dont plusieurs étaient également « fort vielles et gastées », — et « trois tappiz de bahule avec les armoiries de Berghes “ ». Voici une liste d’autres tapisseries encore qui furent confisquées sur le marquis de Berghes, et mises en réserve probablement à cause de leur valeur exceptionnelle; la provenance n'en est pas indiquée, mais la description nous en a été conservée 18 : sept pièces consacrées à « la Deffiguration des sept péche\ mortel 1 » qui mesuraient ensemble, en largeur, 60 7/8 aunes 10, et, en hauteur, 20 1/4; — cinq pièces
1 Devillebs, les Séjours des ducs de Bourgogne en Hainaut, p. 12 1.
a Lacroix, Relation de la joyeuse entrée à Mons, en 1470, de Marguerite d'York (publiée dans les Mémoires de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut, i« série, t. II).
3 Gaciiard, Voyages des Souverains, t. II, p. 16.
* Ibidem p. 552.
8 Procès-Verbaux des états du Hainaut, t. IV, fol. 323 v°, aux Archives de l’État, à Mons.
0 Voy. Waüters, les Tapisseries bruxelloises, pp. 328 et 344.
1 Devillers, le Passé artistique de Mons, p. 187.
8 Ibidem, p. :88.
9 Nous avons publié la partie concernant les tableaux, sculptures et objets d’art dans nos Archives des Arts, des Sciences et des Lettres, t. II, p. 26.
10 Cette première liste a été dans nos Archives des Arts, des Sciences et
des Lettres, 1. 1“, p. 22, d’après un inventaire dressé par ordre du Conseil des Troubles, lequel est reproduit dans le registre n° igiSg de la Chambre des comptes, aux Archives du royaume, fol. 89 v».
18 Registre n» 19160 delà Chambre des comptes, fol. 61 r" et 62 r»,aux
13 0 A Paul Wauters, Anthoine de Blnuwere, Jacob Lcmmens et Pieter 0 Scheybelt, jurez du mestier des tapysseurs en la ville de Bruxelles, pour « avoir faict nouvelle tauxation des lapysseries, tant de feuz le comte n d’Egmont, marquis de Berghes, que d’aultres particuliers dont avoit esté n faicte tauxation par Guillaume de Pannemaker. » ( Ibidem , fol. 56 r».)
“ Papiers du Conseil des troubles, t. XXXVIII, f« 58, et registre n» 1916a. de la Chambre des comptes, fol. 67 v° et 85 v°, ibidem.
18 Ibidem, fol. 18 r».
’8 L’aune de Bruxcl les avait 69 centimètres 564 millimètres.
TAPISSERIES FLAMANDES
l’énumération qui précède
t diffigurée Attalenta tirant ung senglier ; ; aultre y estant diffigurée ung sacrefice
de PHistoire d'Absalon (49 1/3 X 3q 3/4) ; — si. pièces de PHistoire de Bethsabêe (35 1/3 x 20 5/RI- ,, , .
cT Amiante (28 i/iX3i i/5); - « ung périt tableau ouvré de soye et d’or contenant la fiaure de Notre 4 ■ P d VHistmre
, docteurs, en longeur ung peu plus que une aulne e, en lar.eîr üi oûm! " , „ a N°”-S“«neur "«”?»"■ dea
• a, j , ' en largeur nj quart r, — « ungtebleau de tapyt de Punaise de Nostre-Datne
■ Tn° m ‘Te,'' 1 d" ,r“b‘“ " P1"" J,"‘ d' ■“ »**.” . nne piLe df Î.ÙLrie d^
" Bf!k!fem, () Z® * * ,,/8) ’ P‘èC“ “V™B= « Standes fleurs . ; - deux pièces de . verdures «veeq roses , ■ « ,ept
, pièches de t.p.sserte de drap rouge y compr.n, ie ciel du lideduunp, et 1. dorture enfr.iaillee de velou, noir, e’ armoyé des a,™
, de Berghe, avecq deux aultres p.éches non amoj-és . ; - . dix pièche. de tapisserie de rae.rde, avec, unee pièche de drap Lie ,e“”“ . » tnectre desoube I.d.c.e rae.rde a. La sérte des Pické, mortels que l’on nommerai, aujourd'hui les PéefcS lit.u» n’avaî pas itmpomuce de. sep, t.pr.s.r.e, représentant les même, sujets qui furent trouvées dan. une de, salle, occupées château de G.nd par e comte d Egmont, e, don, nous parlerons ailleurs. Le, documents désignent 1. Colère, 1, Luxure e, 1. Paresse par le. mot. Ire, Tolupti e, Aectdm,- a Gourmand,,» par ceux ÜÈtrUU ou Gloutonnerfe ; un antre di, que . 1. Paresse es, deffiguré. avec, * ”E P!P' “ “f1"1 •' V0‘!‘U“ précieuse pou, retrouver la tapisserie. Snrl’une de. cinq pièces de l'Histoire d’Absalon il
y en avait naturellement une oit cet infortuné ponce était . dtffiguré pendant avec, les cheveux a ung arbre a. Dans l’énumération de, sujets on . es. peu préoccupe d. 1 ordre chronologique des fai,,. Sur 1, deuxième étal, représenté Amnon ; su, 1. troisième „ Absalon esàn, à chariot trtumphant sur la quatrième « David prenant congié de se, dix concubine, ., «sur 1. dernière . David auquel debvoit verges a. Voici quelles «aient les scènes de la seconde histoire du même monarque figurée en tapisseries dans , 1 tv u T 1 * B““b" » I» fontaine ; David estant avec Bar.abe. souba ung tabernacle t - David estant
. . cheval ; - David et Barnabe» estant ensemble en leur majesté ; - David oi qu’il résigna son roy.ulme 1 son fila Salomon ; - ung . triomphe de danse. . Les sujets mythologique, ne son, guère plus familiers aux rédacteurs de l'inventaire que ceux de la Bible et ils ont décrit en ces termes ceux de l’histoire de I, fille du roi d’Arcadie ta Une pièche oi, est diffigurée An.ienta oi. qu’elle coûtée ;
« une aultre y estant diffigurée Attalenta estant dessoubz ung tabernacle , une aultre où esi " ""
« — une aultre y estant diffigurée la présentation d’une hure à quelque ecclésiasticque ; — ü 0 d’autel ; — une aultre y estant diffigurée Attalenta où qu’on luy présenta une hure. »
En * 585, ce même hôtel d'Aimeries, où avait demeuré le marquis de Berghes, était la propriété d’Anne d’Aimeries, veuve de Robert de Melun, marquis de Roubaix et gouverneur d’Artois. Il s’y trouvait alors douze tapisseries de verdure, - une tenture dont six pièces aux armes d’Aimeries et de Hamal, — une tenture de six pièces a avecq des roues de Fortune; » — une tenture composée de huit pièces « avecq personnaiges et diversités de bestes »,- — « six pièches de tappisseries avecq les armes d’Aimeryes et de Hamal pen- « dant au mittant à ung arbre »; — enfin, « quinze pièches de l'Histoire de Joseph », dont sept furent vendues à Bruxelles. L’inventaire d’où sont tirés ces détails indique en outre les tapisseries qui décoraient à la mort du marquis de Roubaix plusieurs immeubles faisant partie de sa succession ». En voici la nomenclature. Au château de Beuvrages, près de Valenciennes : « six pièches faict par « bandes de gri, damassées noir, gri et jaulne, avecq les armes de Rollin et Bourbon ; — une tapisserie blanche avecq des bestes et « fleurettes, avecq les armes de Meleun au milieu portant la Thoison d’or, dont il y en at cinq pièches ; — huict pièches avecq des « hommes sauvaiges de diverses sortes ; — quatorze pièches à personnages de diverses fâchons ». Dans l’hôtel du défunt à Arras : cinq pièces de l’Histoire des Machabées ; — six pièces de l’Histoire des Caramara [sic]; — huit pièces « ouquel y at des bestes au « millieu » ; — neuf pièces « des bosquillons » ; — une pièce « de la Sainte-Escripture » ; — huit pièces de l'Histoire de Judith ■ — huit pièces de l’Histoire de César , — et « une tapisserie de l’Histoire de Hester ». Dans une maison à Hesdin : a une tappisserie à « petites fœuilles avecq les armes de Meleun et de Hornes, contenant cincq pièches avecq un des quattre évangélistes » ; — huit pièces de l’Histoire d’ Abraham; — six pièces d’une tenture « des bergières »; — huit pièces de l’Histoire de Pétrarque; — et cinq pièces « d’une tapisserie avec des petites fleurettes ». Enfin, citez un particulier à Tournai, l’inventaire constate l’existence de huit pièces de l'Histoire de David, — et celle d’une autre tenture en huit pièces dont le sujet n’est pas indiqué, et de quatre pièces de u vieille « tappisserie ».
Nous connaissons un inventaire des meubles du château de Beuvraiges 3 fait après le décès de Claire-Eugénie, duchesse d’Arenberg, princesse douairière de Chimai, qui y mourut le 24 décembre 1660, mais il n’y avait à cette date, en fait de tapisseries, que cinq pièces de fabrique d’Audenarde, une tenture de dix pièces, ù sujets inconnus, contenant deux cent cinquante-trois aunes, estimées valoir 1771 florins, et e huit pièces de tapisseries travaillées à l’esguille ou vignoble ».
La demeure seigneuriale la plus somptueuse qu’il y eût dans le Hainaut, au dix-septième siècle, était le château ou plutôt le palais de Beaumont. Charles de Croy, duc d’Arschot, prince de Chimai, etc., y avait accumulé d’innombrables collections d’objets d’art et de curiosité de toutes sortes. Ce célèbre gentilhomme mourut entouré de ces trésors dans les premiers jours de l’année 1612, et c’est dans un des inventaires * de son riche mobilier que nous avons relevé l'énumération suivante des tapisseries qui étaient disséminées dans les appartements du palais. Disons, pour expliquer les armoiries que l’on voyait sur plusieurs d’entre elles, que Charles de Croy était fils de Philippe et de Jeanne de Halewyn : « Trois vieilles pièces de tapisseries de l’Histoire et guerres de Judas « Machabeus ; — sept pièces de tapisseries de l'Histoire des éléphans ; — cincq pièces de tapisseries faictes par carieau (carreaux) » de « P et A, avecq les armes de messire Philippe de Croy, premier duc d’Arschot 3 ; — huit pièces de tapisseries avecq les armes de 0 Haleuwin et leurs quartiers et devises; — treize grandes pièces de tapisseries à l'Histoire de Tullius Hostilius ; — dix grandes q pièces de tapisseries fort belles de l'Histoire du roy Charlemaigne; — dix pièces des Histoires du roy Cadmus; — huit pièces des « Histoires des Indes; — quattre pièces de T Histoire cT Amour ; — une grande vielle pièce représentant quelque histoire de malade « visité par une saincte ; — une aultre grande vielle pièce de personnages nuds saulvaiges et diverses bestiaulx ; — sept vielles pièces de « l'Histoire de Florence ; — vingt et une pièces des histoires des bosquillons; — sept petittes pièces de bosquillons ; — dix pièces de « tapisseries de jeunette (genêts) avec des Y; — deux aultres de mesme plus petitte; — une longue bande de tapisserie servant de bor- « dure avecq les armoieries de Haleuwin, et deux aultres petittes; — unze pièces de tapisseries de doloirs *, comprins deux petittes; — 0 six pièces de vielles tapisseries à fleuraige, herbaige et oiseaux grands et petis; — trois fort beau tapis velu faict de diverses coleurs « de sayettes, et par armoiries de feu monsieur de Chièvres 7 ; — deux aultres plus petis tapis veluz faict de blanc et noir sayette, « avecq les escriteaux : » Raison le veutt. Haleuwin; — six pièces de tapisseries de lacure de fillet blan, doublet de thoile noir. » Plusieurs de ces tapisseries furent transportées à Bruxelles dans l’hôtel qu’occupait Alexandre d’Arenberg, qui avait hérité de Charles de Croy, son oncle, les titres de prince de Chimai et de comte de Beaumont, entre autres les tentures de l'Histoire de Charlemagne et de F Histoire de Judas Machabée, et la « vielle tapisserie des hommes sauvages ». On voyait en outre dans cet hôtel à la mort d’Alexandre d’Arenberg, en 162g, une tenture en dix pièces de THistoire d'Adraste, une autre en sept pièces de THistoire de Paris, neuf pièces aux armes de Halewyn et de Lannoy et plusieurs autres représentant des chasses 8.
> Papiers du Conseil des Troubles, t. XXXVIII, cité, fol. 18 v».
* Ces renseignements nous ont etc communiqués par feu M. Preux, qui
d’une part, et Florent, comte de Berlaymont, et Hélène de Melun, sa femme, procès qui se trouve dans les Archives du parlement de Flandre, à Douai, (fonds dit de Malines, n« 180).
3 Archives de l’État, & Mons.
* Ibidem.
1 U s’agit très probablement de Guillaume de Croy, mort en i5ig, et qui est connu dans l’histoire sous le nom de seigneur de Chièvres.
* Nous avons publié dans le Bulletin du bibliophile belge, 1 « série, t. IV, n» 6, l’inventaire des tableaux, bijoux, livres, tapisseries, etc., d’Alexandre d’Arenberg. - Voy. aussi Hagemans, Histoire du pays de Chimay, t. I«, p. 3i3.
L’ameublement du château d'Enghien au moment de la mort de Charte., comte d’Arenberg, duc d Amchot, etc., arrivée le ,8 jattvier .6 1 6 n’était guère riche en tapii.eries de haute-lisse. L’inventaire qui en a été publte ’ ne mentionne que quatre tentures . de teui- . loge, avec de. bc.te. et oy.eaux contenant ensemble trente pièces, et nne autre tenture de sept pièces, jaune et rouge, ornée d'armoines, avec la devise : Il n'est que d'estre.
BINCHE. — Il est une première fois question de cette localité dans la lettre adressée par la reine Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, au grand bailli de Hainaut, le 22 décembre i539, pour faire conduire à Valenciennes et à Mons le plus de tapisseries possible afin de garnir les principales maisons dans les rues par où devait passer l’empereur Charles-Quint, qui revenait d’Espagne à travers la France \ Il ne s’ensuit pas de cette mention qu’il y avait des haute-lisseurs à Binche. Cette ville est encore citée dans le préambule de l’édit général du 16 mai 1544 sur la fabrication de la tapisserie dans les Pays-Bas, et dans la liste des localités auxquelles des lettres closes furent envoyées, le 17 octobre suivant, avec les copies de cet édit pour les faire publier’. Peut-être faut-il considérer comme des bautcs-lisseurs les « tapissiers » dont nous avons rencontré les noms dans les registres aux actes passés devant les échevins *, ou bien n’étaient-ils que des artisans qui travaillaient l’une ou l’autre espèce de tissus rentrant dans la catégorie des tripes de velours ? Les recherches auxquelles s’est livré, pendant plusieurs années, M. Th. Lejeune, pour son Histoire de Binche , actuellement sous presse, ne lui ont rien fait découvrir pour élucider cette question.
Le domaine de Binche, qui était considérable, fut donné par Charles-Quint, à sa sœur Marie, reine douairière de Hongrie, à titre de récompense et par affection, pour en jouir sa vie durant, par lettres patentes du 20 février 1 5+5 (n. st.). Un an plus tard, par lettres du 1" mars 1546 (n. st.), l’empereur lui fit une autre donation également fort importante, celle de la ville et seigneurie de Tumhout. C’est dans le château de cette dernière localité que la gouvernante réunit plus tard sa riche librairie composée de plus de trois cent trente volumes manuscrits “. Cette princesse fit entièrement reconstruire le vieux château de Binche sur les plans de l’architecte Jacques du Brœucq, et les travaux furent poussés avec une telle activité qu’elle put y recevoir son neveu Philippe, lorsqu’il vint, en 1549 •, se faire inaugurer dans les Pays-Bas. La nouvelle demeure était un véritable palais, tout de marbre, de porphyre et de fine marqueterie, dans lequel elle avait accumulé des œuvres d’art de toutes sortes’, sculptures, tapisseries, raretés, bronzes, tableaux de prix s, etc. Son existence fut malheureusement de très courte durée, car l’armée française qui fit invasion dans le pays d’entre-Sambre-et-Meuse, en 1554, s’empara de la ville de Binche, et le roi Henri II la livra au pillage ainsi que le château % et y fit mettre le feu pour se venger de la perte de sa résidence de Folembray, en Picardie, dont il faisait ses délices, et que les soldats de l’empereur avaient incendiée peu de temps auparavant. Ce n’est pas ici le lieu de décrire la réception splendide qui fut faite au château de Binche au futur héritier de Charles-Quint, et dont un écrivain espagnol nous a laissé une narration détaillée l0. Il y fait la description des tapisseries qui décoraient les salles et les chambres où la reine avait installé ses illustres hôtes, mais il n’indique les sujets que des suivantes « une très riche et très ancienne tenture avec des histoires romaines; neuf petites pièces bien plus précieuses que les précédentes, représentant les Amours de Vertumne et de Pomone l!; une tapisserie du Jugement de Paris; une tenture consacrée à la reproduction des Vertus et des Conquêtes de Scipion l'Africain; une riche tenture de verdures, et l'Histoire de ta Bataille de Pavie et de la Prison du roi de France. L’auteur qui nous fait connaître ces particularités ajoute que Marie de Hongrie supplia son frère de les recevoir et de les emporter pour s’en servir. Mais la dernière de ces tapisseries, qui avait été confectionnée à Bruxelles, n’était pas la propriété de la reine, car elle avait été donnée à Charles-Quint par les états des différentes provinces des Pays-Bas réunis en assemblée générale au mois de mars 1 5 3 1 On y voyait la prisedu roi de France, son embarquement pour l’Espagne, son internement au palais de Madrid, etc. Elle était tendue dans la salle du palais de Bruxelles, lors de la réception de l’amiral de Coligny pour la signature de la trêve de Vaucelles avec le roi Henri II, qui eut lieu le 26 février 1 556, et ce fait avait causé un singulier mécontentement à ce seigneur et à toute sa suite u.
Les documents relatifs aux dépenses privées de la reine Marie qui ont été conservés ls fournissent quelques détails sur des achats de tapisseries qu’elle a faits. En i535, Guillaume Dermoyen, fabricant de Bruxelles, lui vendit, pour le prix de i,5i2 livres, de 40 gros de Flandre la livre, une tenture représentant l'Histoire d'Hercule et contenant douze pièces, dont chacune mesurait six aunes de long sur cinq de large "h La même année, Guillaume de Kempenaer, autre haute-lisseur de la même ville, lui fournit différentes petites tapisseries de peu de valeur1’. Un nommé Jean Pierre travaillait pour elle, en 1 539, à la confection d’une tapisserie de soie que
1 Voy. l’article de M. l’abbé Ronsmahs, intitulé: l’Ameublement du château d'Enghien au commencement du xvn® siècle, qui est imprimé dans le t. Ier des Annales du Cercle archéologique d'Enghien.
* Voy. p. 3g.
s Collection des Papiers d’Étatetde l’audience, aux Archives du royaume.
* Jean Naret et Jacques Damerencourt, 1545 ; - Mathieu de Ranssart, 1546; — Sébastien l’Escuyer, 1547; — Martin de Pottes, 1071 ; — Jean de le Warde et Henri Iinbrech, 157a, etc. ( Registres des embrefures commençant â l’année 1540 et à l’année i566.)
5 M. Gachard en a publié l’inventaire dans les Bulletins de la Commission royale d’histoire, ir" série, t. X, n° 2.
6 En cette année se trouvait à Bruxelles le célèbre sculpteur italien Léon Leoni {voy. Alex. Pirchart, Histoire de la Gravure des médailles en Belgique, p. i3), qui fit la statue de bronze de Marie de Hongrie que l’on voyait au siècle dernier dans le jardin du palais du Buen-Retiro, à Madrid,
Nouveau voyage en Espagne fait en 1777 et 1778, b I»r, p. 38; — Posz, Viage de Espaùa, t. VI, p. 106, et Ceax Bermudez, Diccionario historico de las bcllas artes en Espaiia, t. III, p. 24.
7 Voy. Heure, Histoire de Charles-Quint, 1™ édition, t. X, p. i3i.
8 Nous avons publié l’inventaire des tableaux que possédait cette princesse, avec des notes, dans la Revue universelle des Arts, t. III, pp. 127-146.
0 Herse, loc. cit., p. i3o; — Lejeuse, le Palais de Marie de Hongrie à Binche; 1878.
"• Calvetk de Estrella, el Felicissimo viaje del muy alto principe don
Phelippe, etc.; Anvers, i552. M. J. Petit a publié les premiers volumes d’une traduction française de ce curieux ouvrage.
11 Voy. p. 18a v®, 182 r", i85 r® et v“, et 204 V®. Ces renvois correspondent dans l’édition française aux p. 83, 86, 88, 89, 90 et i5i du tome III. Vardenesse, qui a écrit une narration des voyages de Charles-Quint, que M. Gachard a publiée dans le tome II des Voyages des souverains, mentionne aussi les tapisseries qui décoraient le palais de Binche, mais il ne cite le sujet d’aucune d’elles. Toutefois il a eu soin de noter qu’elles étaient travaillées, les unes, en fil d’or et de soie, d’autres, en fil d’or et d’argent.
’2 Cette série se trouve aujourd’hui au palais du roi à Madrid; elle comprend dix pièces de toute beauté, dont neuf en largeur et une en hauteur. Toutes ont été photographiées par la maison Laurert et C®.
18 « - . .met sekere tapisserye die te Bruessel was gemaeckt op den Slach « van Pavia, etc. (Registre intitulé : Root-boeck, fol. 99 r», dans les archives des états de Brabant, aux Archives du royaume.) Voy. Gachard, les Anciennes assemblées nationales de la Belgique {Revue de Bruxelles, novembre i83g, p. 34).
H M. Wauters a raconté, dans son livre des Tapisseries bruxelloises, p. 95, une anecdote arrivée à cette occasion d’après Ribier, Lettres et Mémoires d’Estat servant à C histoire des rois François /«' et Henritl, t. II, p. 633.
is On conserve aux Archives départementales du Nord, à Lille, les comptes de ses dépenses desannées i53i à i533 et i535 à i540, et des acquits de comptes d’années postérieures. Nous les indiquons par leurs cotes
18 Registre n® M. an, fol. ix>‘ vj r®, et fol. ix“ xix r®.
17 Registre n® M. 140, foi. ij“ xliiij v®.
TAPISSERIES FLAMANDES
sa mort laissa inachevée1. On lit encore dans le compte de cette année l'nrtirle nui c„;f . „ , u T ,
a Pannemekere, tapissiers de Bruxelles, la somme de vii e iiij « v libvres viii uni? h» 1 e?.'7’ Clan et Guillaume de
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. .chuté deulx . En 1544, 1. mne fit deux acquis», on.tmport.nte, 4dèS marchands cTAayer, t l’un, con.i.t.it en . pièce, de
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8,aa6 livres; autre fut celle . d une riche t.pptssene de soye contenant môlaire de Chifian Ahrican [Sciplon l’Africain], achetée à Eresme Schcht, au prix de 3, 67» livres . En ,.nv.er i549, Nicolas Rousseau, marchand d’Enghien, n’étai, pas encore entièrement payé de 1. ltvra.son qutl avat, f,„e de huit cent quatre-vingt-quinze aunes d. tapisserie, i an sous l’aune a, Guillaume de P.nnenraiere dey... .usa, recevoir nue partie de 1. somme de tyo livres, prix d’une . petite piéc de JW. ‘a. Dans un compte d une autre catégorie que ceux dont sont extraite, les particularité, qui précédent, il est dit qu’une somme de 4 livres, de 40 gros de Flandre, fu, p.yee, en .53a, à Jean Vermeyen le peintre de. carton, de CHUtoir, le Tunis, . pou, avoir p.ino, hui, quartiers du pays . d Hongrteltvrez en 1, v.lle d Andenarde • .11, y .valent été envoyé, sans aucun doute pour être reproduits eu tapisseries. La rein. Marie pour gardien de ses tentures, Jean du Quesne, qui fut licencié avec la majeure partie des serviteurs constituant sa maison, après resigne le gouvernement des Pays-Bas. Leroi Philippe II leu, lit 4, ou, une pension, , a, lettre, patente, dufi novembre ,555-, ‘ eml»"l“ “ Fle.stngu. pour l’Espagne avec l’empereur, son frère, et sa sœur Eléonore, veuve du roi François 1-, le 1 7 septembre ,556; elle mourut 4 Cigalès, près de V.ll.dolid, le ry octobre ,558, un mois environ après Charles-Quint. On lit dan, sou dernier testament, qui est écrit de sa main et daté du 27 septembre de l’année de sa mort, qu’elle lègue 4 Jeanne, princesse de Portugal, sa ntece, au cas qu’elle lut survive, tous ses meubles pour maison, « corne tapisseries, doceseres frie], linges ouvrés ou non . ouvrés, et toute chose de sambl.le coûté [sic], pour en user franchement et librement, sa vie durant ., et ensuite retourner 4 son héritier principal, qui fut le roi Philippe II ’.
qu’elle ’
Marie de Hongi
ENGHIEN ET LES ENVIRONS. — Nous extrayons les lignes suivantes de l 'Histoire des seigneurs d Enghien (p. 67), publiée en 1634 par P. Colins, qui avait vu le jour dans cette ville en i56o, et où il était devenu en 1 583 bailli des bois de la seigneurie : « Ce fut Sohier, duc d’Athènes, comte de Brienne, etc., qui ordonna la a police sur la belle et fine tapisserie qui de longtemps se faisoit en la ville d’Enghien, et fit le statut que personne « de ladite ville ne pourroit vendre draps, si de sa main n’avoit tissu certaine quantité de pièces. » On ne saurait accepter pour vrai le fait avancé par Colins, et qui remonterait au commencement du quatorzième siècle, en tenant à la fois compte que le Sohier ou Siger dont il parle mourut en 1364, et de l’expression « de longtemps » qu’il a employée. Cet auteur a très probablement eu sous les yeux une ordonnance sur la fabrication des draps, qui était en effet florissante au temps où vécut ledit Siger, et comme il écrivait à une époque où les haute-lisseurs d’Enghien étaient en vogue, il a appliqué à la tapisserie un règlement qui ne regarde que la draperie 9. La fin même du texte rapporté plus haut le prouve, car il eût été par trop absurde de défendre à un haute-lisseur de vendre ses produits, avant d’en avoir confectionné plusieurs pièces. Nous croyons que la fabrication des tapisseries de tenture n’a commencé à être en activité à Enghien que dans la seconde moitié du quinzième siècle. Cette seigneurie, une des plus importantes des Pays-Bas, était alors la propriété de la célèbre maison de Luxembourg. C’est même dans le château de cette ville que naquit Louis, comte de Saint-Pol et châtelain de Lille, dont les biens furent confisqués par Charles le Téméraire, en 1470, « pour ce qu’il tenoit son parti contraire », selon l’expression ancienne; nous avons mentionné ailleurs (p. 46) des tapisseries qui avaient été saisies sur ce seigneur. Le dépouillement des comptes de ses domaines situés dans les États du duc de Bourgogne et administrés au profit de ce prince, nous a fait découvrir, dans celui de la terre d’Enghien de l’année 1470 9, un passage où il est question de dépenses pour garnir de toile « une chambre de tapisserie de rouge et gris », qui se trouvait au château, et que l’on peut considérer comme étant sortie de l’atelier d’un artisan de la localité. D’après Vinchant, historien du Hainaut qui écrivait dans les premières années du dix-septième siècle, c’est ce puissant seigneur qui « pour maintenir ceste ville [d’Enghien] en bon nombre « de bourgeois et trafique, augmenta les privilèges des tapisseurs en leur establissant une foire l’an 1469 » ,0. La fabrication de la haute-lisse dans cette ville jouissait déjà d’estime vers la fin du quinzième siècle, puisqu’on y acheta, en 1479, à un marchand tapissier du nom d’Étienne Van der Bruggen, «pour en parer deux chambres à l’hostel de « Monseigneur [l’archiduc d’Autriche] », six cents aunes de tapisserie qui coûtèrent 36o livres, de 40 gros, « assavoir « les iijc aulnes qui sont ouvrées de soye, ou pris de xviij solz l’aulne, et les autres iij' aulnes ouvrées de traymes, ou <r prix de vj solz l’aulne 11 ». On lit d’autre part dans le compte communal de l’année 1 504 que le magistrat paya le tiers de la dépense des tapisseries qui furent offertes au seigneur d’Enghien, — c'était alors Philippe de Clèves, du chef de Françoise de Luxembourg, sa femme, — et dont le prix s’éleva à 1,400 livres fenviron ,s. Le château d’Enghien
manuscrits. 11 en a été publié une analyse par Weiss, Papiers d’Élat de (jranvcllc, t. IV, p. 5io.
* M. Matthieu, auteur d’une Histoire de la ville d'Enghien (1876), est de la même opinion (p. 406). Nous lui devons, ainsi qu’à M. L. Devillers, des remerciements pour plusieurs renseignements qu’ils nous ont communiqués. » Registre n° 19,741 de la Chambre des comptes, aux Archives du royaume.
10 Annales de la province et comté d’ Hainaut, t. IV, p. 210.
11 Registre n- F. 170, fol. iij'xxxiij v-, de la Chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, à Lille.
i! Matthieu, loc. cit., p. 4°2-
TAPISSERIES FLAMANDES
1 Registre n° M. 210. fol. cix v».
8 Ibidem, fol. iij» j r°.
8 Liasse d’acquits cotée n“ C. 424, ibidem.
» Ibidem.
‘ Registre n” C. 178, fol. 9 r", de la Chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, à Lille.
8 Voy. les comptes des domaines de Bruxelles aux Archives du royaume, cas, existe aux Archives du royaume dans la collection des cartulaires et
yo
est aujourd’hui la propriété de la famille d’Arenberg, et parmi les tapisseries qui se trouvent à l’hôtel ducal, à Bruxelles, il y en a une avec plusieurs écussons aux armes de Clèves et de Luxembourg 1 ; c’est probablement une de celles dont il vient d’être question. Elle mesure plus de 8 métrés de largeur sur 4”i 5 de hauteur, et a pour sujet, à gauche, le roi Modus debout, et, à droite, la reine Ratio assise sur son trône, entourés l’un et l’autre de nombreux personnages. Entre eux la vue du château d’Enghien, que Philippe de Clèves fit en partie reconstruire, avec des groupes de veneurs. Dans le haut et dans le bas des cartouches contenant des légendes en français, et dans la zône inférieure les armoiries de la ville d’Enghien trois fois répétées \ Notons ici qu’Anne de Bourgogne, la douairière de Ravestein, qui était la mère de ce seigneur, lui légua, par acte du 14 décembre 1507, cinq tapisseries de l’Histoire de Samuel ’.
C’est Philippe de Clèves qui octroya des statuts au métier des tapissiers, le 18 octobre i5i3, en vertu desquels tous ceux qui demeuraient dans les localités faisant partie de la terre d’Enghien, et, par conséquent, non-seulement dans la ville, mais dans plusieurs villages des environs, avaient le droit de s’y faire inscrire \ Quelques modifications, furent apportées à ces statuts par lettres du même seigneur des 5 janvier i520 (n. st.) et i3 avril 1527 (n. st.) % Ces dernières déterminaient plus explicitement les matières dont l’emploi était défendu sous peine d’amende et de confiscation. Le métier était placé sous le vocable de saint Laurent, et il avait dans l’église paroissiale une chapelle dont le devant d’autel en tapisserie représentait le martyre de ce saint *. La connaissance des conflits et des contraventions aux statuts n’appartenait pas, àEnghien, au magistrat, comme cela se pratiquait ailleurs ; elle était de la compétence du bailli ; ainsi l’avait déclaré un acte du 16 mai i532 émanant du gouverneur et bailli \ qui était alors Charles de Carondelet, seigneur de Potelles. Ce fonctionnaire fut gratifié, en 1540, d’une chambre de tapisseries payée sur les revenus de la ville, à 40 sous l’aune B. La corporation des tapissiers d’Enghien devait être assez riche puisqu’elle put faire, en i532, les frais de la construction d’une teinturerie à son usage”. Le nom de cette localité figure dans le préambule de l’édit général du 16 mai 1544, parmi celles où l’on exerçait l’industrie de la haute-lisse.
La réputation des manufactures d’Enghien s’accrut considérablement par les commandes que fit Marguerite d’Autriche, gouvernante des Pays-Bas, à plusieurs fabricants de cette localité. Le 27 août i523, l’un d’eux nommé Laurent Flaschoen, qualifié de « maistre tappissier », fut mandé à Bruxelles par ordre de cette illustre princesse « pour « parler et faire marché de quelque tappisserie que icelle dame luy vouloit faire affere » Ce marché ne fut conclu que le 1 9 novembre ; dans l’intervalle qui s’était écoulé entre les deux dates Marguerite avait fait confectionner les patrons. Flaschoen se mit à l’œuvre et fournit dans le courant de l’année 1524 «six belles pièces de tapisserie contenant ije « xxxiiij aulnes, faictes de bonne estouffe, armoyée des armes de Madame, avec autres beaulx ouvraiges » 11 ; elles furent payées au prix de 18 sous, de 2 gros, l’aune’8. La gouvernante les destinait à orner le chœur de l’église des frères prêcheurs de Poligny, en Bourgogne, afin que « les religieux d’iceluy couvent fussent tenuz prier Dieu pour « elle ». Le même fabricant livra encore à la princesse, en i525, quatre tapis décorés de ses armes, qu’elle donna au chapitre de l’église de Saint-Gommaire, à Lierre, pour en parer les stalles du chœur ’3, et, en i528, deux autres tapis dont furent gratifiés les couvents de religieuses dits de Galilée et de Sainte-Agnès, à Gand “. Le 3o janvier de cette derniere année, Marguerite passa un contrat avec Henri Van Lacke, autre fabricant d’Enghien, pour la livraison dans les six mois, de différentes tentures, qui devaient lui être payées à 40 sous de gros l’aune, et être exécutées d apres des patrons qui lui furent remis , et « de telle et semblable estouffe qu’est la pièce de tapisserie puis « nagueres eu de lui » ls. Il reçut la somme de 556 livres pour tout ce qui est spécifié ci-après : « pour quatre pièces « de belle et esquise tappisserie faicte de soye et de sayette par grans feullaiges, à fort belle façon, armoyée « des armes de la descente de Madame, estant au bas d’une chascune desdictes pièces ung lyon et une aul- « triche [autruche], contenant chascune pièce xxx aulnes ; — item, pour v aultres pièces de ladicte tapisserie faicte
1 Ce seigneur portait pour armoiries : écartelé de Clèves et de la Marck, avec l’écusson de Bourgogne en cœur. Les armes de Luxembourg sont burelées d’argent et d’azur, de dix pièces, au lion de gueules. (Voy. Rietstap, Armorial général.)
» Cette tapisserie est également décrite dans Wauters, les Tapisseries bruxelloises, p. g3.
3 <1 ...de tapitseryc van der Historye van Samuel in vyf stucken... » (Original dans la Trésorerie des chartes de la Chambre des comptes de Flandre,
* Reweildes statuts et privilèges des corps de métiers de i3Sg à 1661, f» 217, aux archives communales d’Enghien.
* Ibidem, fo 228 v“
« Elle se trouvait, il y a peu d’années, à l’hôtel d V Voy. Wauters, loc. cit., p. 94.
1 Recueil des statuts, cité, fol. ij« Ixiij.
8 Compte de 1539-1540, aux archives communale! « Voy. le compte communal de x53x-i53a, ibidem de la ville d’Enghien, pp. 29 et 405.
-nberg, à Bruxelles.
i’Enghien.
et Mathieu, Histoire
10 Registre n» 1799 delà Chambre des comptes, aux Archives du royaume.
11 Ibidem. L’ordonnance de payement existe dans la collection des acquits des comptes de l’hôtel de Marguerite d’Autriche, aux Archives du royaume; elle est datée du 9 décembre i5a3.
,J Registre n° 1800 de la Chambre des comptes, ibidem.
18 0 Je Laurens Flascon, tappissier, résident à Anguien, confesse avoir reçu a du trésourier et receveur général de Madame, la somme de iiij“xix livres,
« moyée des armes de Madame, contenant chascune xj aulnes de long et « ij aulnes et demie de large, faisant ensemble ex aulnes de tappisserie, au « prix de xviij solz, de ij gros le sol, chascune aulne; laquelle tappisserie b madictc dame a donné au chappitre de Lyère pour servir sur les formes « de la grant esglise Suint-Gommart. Tesmoing mon seing manuel cy mis « le x° jour de mars xv« xxv, stil de Romme. (Signé) Laureis Flascoen. » (Collection des acquits citée.)
18 Reçu de Flascoen d’une somme de 3a livres 8 sous, de 40 gros, en date du 23 novembre 1528, ibidem.
15 Le contrat fait partie de la collection des acquits citée.
TAPISSERIES FLAMANDES
« comme dessus, contenant chacune pièce xxv aulnes ; - item, encoires pour une pièce que madicte dame a retenu , en ses ma, ns pour en faire à son noble plesir, qui fa. faicte pour assay de ladicte tapisserie, laquelle ne servira , avec celles cy-dessus ; item, pour le patron de ladicte tapisserie d'assay et les patrons à petit pied des autres « pièces cy-dessus spécifiées ». '
Nous n'enregistrons ici que pour mémoire le nom de Pierre Van Aelst, dit d'Enghien, tapissier déjà établi à Bruxelles des la fin du qumzième siècle’; il en sera parlé plus loin au chapitre consacré à cette ville. Nous avons mentionné plus haut (p. 88) un achat fait, en , 548, par la reine douairière Marie de Hongrie, à un tapissier d'Enghien nommé Nicolas Rousseau. Le nom de ce fabricant, qui fat mayeur de la ville, se retrouve dans un compte des dépenses de Charles de Croy, évêque de Tournai, à propos du payement d'une somme de 470 livres qui restait due à ses hermers sur une tapisserie que ce prélat lui avait commandée en ,545 ■; Enghien figure dans la lettre que la reine Marie adressa en i539 aux haute-lisseurs de différentes villes, et dont nous avons parlé ailleurs (p 39) pour envoyer des tapisseries à Mons, à l'occasion de l'arrivée de Charles-Quint dans cette ville, à son retour d’Espagne.
Huit tapisseries fabriquées à Enghien furent achetées en i559, par ordre de Marguerite de Parme, à Nicolas Hellinc, marchand de Bruxelles, au prix de 3 florins 12 sous l’aune. Elles devaient présenter un certain intérêt • puisqu’elles avaient été successivement marchandées pour le compte du duc de Savoie, du prince d’Orange et du comte de Swartzenberg. Or il arriva à propos de l’acquisition qu’en fit la gouvernante des Pays-Bas un incident dont il nous est resté une longue narration. Ce sont les résultats de l’enquête faite par Viglius, président du conseil privé, sur la question de savoir si ces tapisseries, ou plusieurs d’entre elles, avaient porté la marque d’origine d Enghien sur la bordure, et si cette marque avait été enlevée pour les faire passer comme ayant été fabriquées à Bruxelles. Guillaume de Pannemakere, un des principaux haute-lisseurs de cette ville, se rendit avec un serviteur de la princesse et par son ordre, au domicile du marchand, où ils ne purent voir qu’une seule des huit pièces, les autres se trouvant alors à Anvers chez Amand Vrancx, courtier en tapisseries. Marguerite y envoya deux de ses serviteurs poulies acheter. Dans son interrogatoire, Hellinc déclara qu’il « ne voit cause ny apparence pour quoy l’on eust effacer « la marque d’Enghien puisque illec se faict aussy bon ouvraige qu’en ceste ville (de Bruxelles), et que autre- « ment pourroient sembler tappisseries faictes en lieu incogneu, estant content de les reprendre sy Son Altèze ne « se contente d’icelles » \
Marino Cavalli, ambassadeur de la République de Venise, à Bruxelles, en i55i, dans un rapport au conseil des Dix, mentionne Enghien comme étant une des trois localités où l’industrie de la haute-lisse était le plus en renom ; Bruxelles et Audenarde sont les deux autres 1 * 3 * 5 6. Un témoignage tout aussi précieux est celui de l’historien Guicciardini, qui, en parlant de cette ville dans son livre consacré à la description des Pays-Bas, livre qu’il rédigeait en i56o, dit qu’il s’y fait « une grande quantité de bonnes et belles grandes « tapisseries de plusieurs sortes *. » L’historien Vinchant (+ i635) dit aussi (t. I", p. 33) que la ville d’Enghien « est, mais paravant a davantaige, recommandable par la manufacture de tapisserie ». Avant les troubles du règne de Philippe II, au temps où cette manufacture était donc fort active à Enghien, il y avait des ouvriers qui s’en occupaient dans la plupart des villages des environs, à Hérinnes, à Marcq, à Saint-Pierre-Capelle, à Petit-Enghien, etc. et jusqu’à Lembecq et Hal. Ces deux dernières localités sont nommées dans un document de l’an t5Ô2 7 .
Voici quelques citations de tapisseries travaillées dans les ateliers d’Enghien que nous avons rencontrées dans divers documents, avec une mention constatant à la fois leur genre et leur origine. Dans un inventaire, dressé en 1564, des meubles qui se trouvaient à l’hôtel qu’habitait à Bruxelles Antoine de Lalaing, comte de Hoogstraeten, on lit qu’il y avait « en la chambre où monseigneur et ma- « dame couchent nœuf pièches de tapis atout [avec] des roses rouges, et trois coussins de mesme, tout ouvrage d’Engien ; un ciel, quatre « goutières , un couvertoir et un bancquier du mesme ». Ce sont peut-être les mêmes pièces qui sont désignées par ces mots : « neuf « petites pièches de vielle tapisserie par petites fleurs, ouvraige d’Engien, » dans un autre inventaire dudit hôtel, fait en 1590; celui-ci était alors la propriété de Guillaume de Lalaing 8 * *. Une lettre de l’an i58o apprend que Jean de la Courstuerie, tapissier d’Enghien, travaillait pour un autre membre de cette célèbre famille, nommé Philippe, qui était grand bailli de Hainaut, et pour le comte de Mansfelt *. Parmi les tapisseries confisquées sur Jean, marquis de Berghes, qui décoraient l’habitation qu’il habitait à Mons (1 iqj'. p. 86), il y avait « quatre pièces de tapysseric de verdure, ouvraige d’Enghien » L’annaliste Colins, dont nous avons parlé au commencement de cet article, rapporte 11 qu’en 1 585, par conséquent de son temps, on y fabriqua des tapisseries qui représentaient « les « festins, joustes et combats à pied et à cheval », qui avaient eu lieu à Paris, en 1573, lorsque les ambassadeurs de Pologne y étaient allés offrir la couronne de ce royaume à Henri, duc d’Anjou, frère de Charles IX, roi de France. Les tentures citées ici d’après d’anciens inventaires comme provenant d’Enghien, portaient très probablement dans la bordure, la marque de cette ville, qui était à la fois les armes que cette localité avait empruntées à ses anciens seigneurs, et qui se blasonnent de la manière suivante : un écu gironné d’argent et de sable de dix pièces ; chaque pièce de sable chargée de trois croisettes recroisetées, au pied fiché d’or.
1 Registre n° >804 de la Chambre des comptes, aux Archives du royaume.
! Houdoy, les Tapisseries de haute-lisse, p. 141.
3 Archives de l’évêché de Tournai, aux Archives du royaume.
* Archives du Conseil privé, liasse n® 90, ibidem. M. Wauters a
aussi raconté cet incident dans son livre des Tapisseries bruxelloises, PP- '72 I74-
6 Gacharo, les Monuments de la diplomatie vénitienne, p. io3 [Nou¬
veaux Mémoires de VAcadémie, t. XXXII); - Alberi, le Relajioni degli
ambasciatori Veneti al senato, 1 « série, t. II.
6 « . dove si fa gran’ quantité di buone et belle tappezzerie di più
et sorte. » [Descrittione di tutti i Paesi Bassi; Anvers, 1567, p. 268.)
’ t . noch langer zouden willcn dift'ereren daer nochtans die steden
1 van Bruessele, Loeven, Thienen, Diest, Ghendt, Brugge, Doirnick, Aut. denaerde.Geertsberge, Engene, Binst, Halle, Limbeke [sic] ende mecrandere
« die voirschrevc ordinantie onderhielen . » (Registre n® 624, pièce n» 35,
du Conseil de Brabant, aux Archives du royaume.)
• Les deux documents qui viennent d’être cités n'appartiennent pas à un dépôt public.
» Collection des Papiers d’État et de l’audience, aux Archives du royaume. 10 A. Pinchart, Archives des A rts, des Sciences et des Lettres, 1. 1®', p. 22. n P. 5i8.
Celte marque H sans ces dernières paniculiarités toutefois, accompagnée du monogramme du fabricant, a été recueillie par M. C. Conti 5, l’auteur des Ricerche storiche sull’arte degli Aratfi in Firen\e, sur une tapisserie d une belle conservation, tissée e aine et e soie, qui appartient à M. Constantin Morrocchi, à Florence. Elle mesure 3"5o de haut sur 3-73 de large, et a pour sujet Samson présentant Dalila à ses parents, composition de dix-huit personnages, encadrée d’une magnifique bordure, ou se voient es 0ures, es animaux, des fleurs, des fruits, etc. M. Conti croit pouvoir l’attribuer à la seconde moitié du seizième siècle.
La peste qui fit à Enghien plus de 5oo victimes, d’après le compte communal de 1524-1 525 s, y causa un tort considérable au développement du métier des tapissiers. Déjà, son existence avait été singulièrement compromise par suite de l’incendie arrivé en juillet 1497, car, suivant un document contemporain, « la plus grande partie « des riches manans d’icelle ville habandonnent journellement, et est doubte que tant peu de manans qui encoires y « sont demourans s’absenteront et yront prendre aultre lieu pour y résider » *. Mais les troubles arrivés en 1 566 furent particulièrement funestes à leur industrie. Les enquêtes faites de 1 566 à 1 568, révélèrent la participation d’un fort notable contingent de la population aux événements qui s’y étaient passés ; les échevins eux-mêmes furent jetés en prison. Un certain nombre de tapissiers et plusieurs peintres de patrons figurent sur les listes des compromis. Les uns avaient aidé à saccager les églises et les couvents; d’autres étaient accusés de s être rendus a prêches clandestins qui avaient précédé ces actes de vandalisme. Un tapissier présida même un jour la réunion, en l’absence du ministre; le bailli reçut l’ordre de le faire arrêter, mais il le fit avertir en secret de prendre la fuite; cet officier paya de sa tète sa condescendance 6. Nous avons à l’égard de la décadence de l’industrie de la haute-lisse à Enghien sous le règne de Philippe II, un témoignage précieux, celui d’un marchand de tapisseries de cette ville, du nom de Philippe Van der Cammen. En i582, il adressa une requête au prince de Parme, gouverneur général, tendant à obtenir un passeport afin de se rendre à Anvers, où il voulait remettre les tapisseries qu il y avait envoyées à des facteurs étrangers chargés de les vendre. Il ajoutait que son intention était en même temps d’y acheter « de l’estoffe pour employer les pouvres manans, dont la pluspart sont tapisseurs miz en œuvre et entre- 1 tenuz par Iedict remonstrant et aultres exerçant la même marchandise des tapisseries, lesquelles devant ces trou- « blés se transportaient en Anvers, pour d’illecques les faire passer oultre en Espaigne et Italie 6 ».
Par son mariage en 1487 avec François de Bourbon, duc de Vendôme, Marie de Luxembourg, qui fut l’héritière de si Françoise, morte en 1 523, sans postérité, les seigneuries d’Enghien, de Condé, de Gravelines et tant d’autres beaux domaines, devinrent la propriété de cette illustre maison dont est sorti Henri IV, roi de France, qui fonda à Paris une manufacture de tapisseries de haute-lisse dans les premières années du dix-septième siècle avec le concours de maîtres et d’ouvriers des Pays-Bas. Ce prince a'
eu sous les yeux dans ses châteaux de Pau et de Nérac, en Béarn, des tapisseries historiées de toute espèce, mais les inventaires qui en donnent la nomenclature n’en mentionnent malheureusement pas le lieu de fabrication7 ; peut-être y en avait-il parmi elles qui provenaient d’Enghien. Au temps où ce monarque n’était encore que roi de Navarre, il avait déjà conçu le projet d’établir dans quelque localité importante de ses Etats en Béarn, une semblable manufacture, et l’on possède sur ce sujet un mémoire 8 rédigé en i583 par un nommé Taffin, très probablement parent ou frère du ministre calviniste qui a joué un rôle fort important lors des troubles arrivés à Tournai. On y parle de la colonie d’artisans de nos provinces qu’il fallait engager dans ce but, et qui devaient être choisis parmi c qui avaient été « chassés et bannis de leurs maisons et biens par la rigueur des guerres ». Il ne fut, paraît-il, donné aucune si projet 9. En 1606, Henri IV aliéna la seigneurie d’Enghien et la vendit à Charles d’Arenberg, duc d’Arschot, qui descendait par les Croy de Pierre de Luxembourg, comte de Saint-Pol l0.
Une lettre de Maximilien I", duc de Bavière, adressée à l’archiduc Albert, le 14 juin 1604, nous apprend qu’il avait engagé Jean Van der Biest, tapissier d’Enghien, à émigrer à Munich avec trois ou quatre compagnons. Il prie ce prince de vouloir accorder sa protection à ce maître, dans le cas où celui-ci rencontrerait des difficultés pour aller se fixer à l’étranger". Il paraît que la corporation des tapissiers de Bruxelles s’était émue à ce propos, car une seconde lettre du duc de Bavière, du 3o août de la même année, fait mention
Pyrénées, à Pau, en 1862. M. C. Rahlenb: a publié, des extraits des inventaires d intitulée : les Tapisseries des rois de P Messager des Sciences historiques de 181 8 li a été publié par M. Jules Guiffi Nouvelles Archives de Part français, sér
8 Nous n’avons rencontré dans les comptes que des mentions de réparations de tapisseries, et les noms qu’ils renseignent ne semblent pas appartenir aux Pays-Bas, à moins qu’ils n’aient été traduits, ce qui arrivait ordidionales où l’on prononce difficilement les noms d’origine germanique. Voici le passage le plus intéressant que nous avons relevé dans l’un de ces comptes, qui embrasse du 1" octobre i5qi au 3i octobre 1592 (côté B. 283) : « A Pierre de Labre et Jacop di 0 tapissers, per lo pritzjfcyt ablor de racoutrar quaterzo pesses de tapisseries
0 saver ès : sieys pesses de la tapisserie de Roboan; cincq de . ; et très de
« la grande tapisserie de Hcrcuteç et Destruction de Troy. »
1» Matthieu, toc. cil., p. 140. Il rapporte à la p. 401 du même ouvrage, qu’un écrivain de cette ville, du siècle dernier, nommé Maetens, dit dans son ouvrage resté jusqu’ici en manuscrit, que les plus beaux tapis qui se trouvaient au palais de Versailles avaient été fabriqués à Enghien lorsque cette
11 0 . ghegewourtiger Hanns Biest, Tappeciermacher, der Zeiten zy
« Enngen, in Nederlânden wohnhafft, die wir zu unnseren Dicner bes-
TAPISSERIES FLAMANDES
d'on procès qu die avait intente peur . opposer au déplacement de plusieurs ouvrier, travaillant dan, cette ville, auxquels Yen der Biest avait proposé de raccompagner. Une autre missive de Maximilien à l’archiduc, de beaucoup postérieure aux précédentes (4 millet 161 5] constate que Van der Bien était encore i son service, mais qu'il se disposait 4 retourner aux Pays-Bas • avec Jean Van den Bosch de Bruxelles ; mats comme il, craignaient d'éprouver des embarras 4 leur arrivée de 1. part de leurs confrères de cette ville le pr’inee électeur demanda 4 l’archidnc de le, protéger •. Après leur retour, il, exécutèrent plnsieur, tapisseries pour Maximilien • Un autre tapissier d'Enghien, Jean Peegre, nom mal lu évidemment (Zeghers?)- s’en fut mourir 4 l’hdpital de Maincy, près de Melun en 1660 ■ : il était aile travailler avec d’autres ouvrier, de nos contrées dans la manufacture de tapisseries qu'avait établie le surintendant Nicolas Foucquet, à son château de Vaux-le-Vicomte 6.
A l’époque où fut ordonnée l’enquête dans le, ville, oh l’industrie de 1. tapisserie était active, au sujet de, artisan, exerçant ce métier qui avaient émigré, le bourgmestre d’Enghien répondit, dan. une lettre datée du ao février ,62,, que le, officier, du métier de cette ville arment déclaré ne connaître personne . qui se soit retiré en Angleterre a A quelque, année, de 14 nous avons rencontré le. noms de trois tapissiers d Enghien qui étaient domiciliés à Bruxelles, et y avaient acheté le droit de bourgeoisie en i638, en i643 et en 1644 8 ; il y en eut très probablement davantage, mais les rédacteurs des listes des bourgeois ont généralement omis d’inscrire les noms des professions et d'indiquer les lieux d’origine. Déjà, en i6r3,les tapissiers d’Enghien avaient manifesté l’intention d’aller demeurer dans cette ville; ils le disent dans une requête adressée à leur seigneur afin d’être exemptés des impôts sur les boissons, privilège dont jouissaient les haute-lisseurs de Bruxelles 9.
Voici les documents les plus récents que nous connaissons relatifs à la manufacture de la haute-lisse, à Enghien. Louis Spinola, gouverneur du pays de Winendaele, en Flandre, et colonel d’un régiment de Hauts-Allemands, déclare dans un acte du io novembre 1642, avoir acheté à Henri Van der Cammen, marchand de cette ville, «deux a chambres de tapisseries, consistant en huict pièces représentans l’Histoire d’Alexander Magnus, » pour la somme de 1,975 florins; elles mesuraient ensemble un peu plus de deux cent trente-quatre aunes, à 8 florins 10. Dans la préface d’un recueil publié à Paris en 1718, on lit, à propos des tapisseries travaillées à Enghien, l’appréciation qui suit : " « La fabrique d’Anguien a beaucoup été dans ses commencemens pour les personnages, qui ont toujours « été très mal dessinez. Cette fabrique est devenue fort atténuée et très aride; un de leurs deffauts ordinaires est de « mal monter leurs ouvrages, ce qui est cause que leurs chaînes ne sont pas bien couvertes. Leurs verdures sont « passables, quoique toujours travaillées dans un certain goût antique qui en diminue le prix. » On doit se garder de déduire de là que l’on fabriquait encore à Enghien, à l’époque où s’imprimait le livre d’où ces lignes sont extraites. Leur auteur était venu aux Pays-Bas à la fin du dix-septième siècle, et avait visité, en 1691 ou 1692, des ateliers de haute-lisseurs à Bruxelles. A en juger par les appréciations qu’il a consignées sur les produits manufacturés en France, en Angleterre et dans nos provinces (à Anvers, Audenarde, Bruges, Bruxelles et Enghien), c’était un homme fort compétent dans la matière; il déclare du reste qu’il a travaillé à Beauvais.
Un des derniers maîtres tapissiers d’Enghien, fut Jean Oedins, auquel le magistrat de Tournai [voy. p. 83), fit des offres, en 1671, afin d’y aller installer « le mestier de tapisserie », car la fabrication de la haute-lisse dans cette ville avait été entièrement abandonnée. Quoiqu’il en soit de l’époque où l’on cessa tout-à-fait cette même fabrication à Enghien, il existe un témoignage authentique qui prouve que Nicolas Van den Leen était, en i685, le seul tapissier qui y maintenait encore quelques métiers en activité. Par acte du 8 août de cette année11, il donna à la confrérie de Notre-Dame et aux pauvres de la ville, toutes les rentes que ses prédécesseurs dans le métier avaient fondées pour messes, anniversaires, etc. Toutefois, une clause est mise à ce legs; il ne fait la cession que « jusques « au temps du restablissement du mestier (si le cas arrive) tant seullement; lors, qu’ils les debvront laisser suivre « audit mestier; et le restablissement ne se faisant, en jouiront à tousjours. » Cet espoir ne devait pas se réaliser.
1 Ces lettres de Maximilien l°r existent en original dans le t. 1e ' de la Correspondance de Maximilien Ie’, duc de Bavière avec l'archiduc Albert,
Recherches sur l'histoire delà tapisserie en Allemagne, qu’il a publiées dans les t. XXIX et XXX de VArt (1882), et qui doivent être réimprimées dans l'Histoire générale de la tapisserie de haute-lisse.
a Nous avons été le premier à faire usage de ces documents et de bien d’autres existant dans les Archives du royaume, et à les signaler dans notre mémoire sur l 'Histoire de la tapisserie de liaute-lisse dans les Pays-Bas, qui a été couronné par la Classe des Beaux-Arts de l’Académie royale de Belgique, le 23 septembre i85g, et sur lequel M. Éd. Fktis a publié un long rapport, qui a été tiré en brochure, et maintes fois cité par les écrivains qui se sont occupés du même sujet. Ce mémoire est reste inédit par suite du
pouvoir le compléter par de nouvelles recherches.
3 L'Art, n° 400.
* C’est un nom de la localité. Voy. Matthieu, loc. cit., p. 222.
6 Archive i de l’art français; documents, t. VI, p. 16; — Bulletin du Comité flamand de France, t. IV (1867), p. 238.
3 Voy. sur les tapisseries qui ornaient cette splendide demeure, la 337° livraison de VA rt (t. IV de la 7° année, ou t. XXVII de la collection).
I Collection des Papiers d’État et de l’audience, aux Archives du royaume. * Georges Leemans (iG38); Jean Bauwens (1643), et Philippe Ots (1644).
Voy. les comptes des ammans de Bruxelles, ibidem.
» Registre des statuts et privilèges des corps de métiers d’Enghien, cité, fol. ij° iiij" iiij. Voy., sur les exemptions accordées aux tapissiers de Bruxelles, Wauters, les Tapisseries bruxelloises, p. 204.
10 Protocoles de Jérôme de Beerthe, notaire à Bruxelles (liasse n° ig33),
contrat avec un marchand de Bruxelles pour une tapisserie à paysages, fabriquée dans cette ville.
II Deville, Recueil de statuts et de documents relatifs à la corporation des tapissiers; Paris, 1875, p. 118.
i* Il est transcrit sur la copie sur parchemin de l’édit du 28 juillet i55i, que l’on conserve aux archives communales d’Enghien; cet édit n’est que le renouvellement de celui du 16 mai 1544.