XLV. — Maison de Narbonne
Frédelon, évêque d'Elne, qui assista à cette assemblée, avoit succédé ' depuis peu à Béranger premier du nom. Ermengaud, archevêque de Narbonne, frère de Raimond, vicomte de cette ville, donna^ le 3o d'octobre de la septième année du règne du roiRobert, ou de l'an ioo3, à l'abbaye de Cuxa en Roussillon, l'alleu de Cauchenne, dépendant de celle de Saint-Laurent sur la Niesle, du consentement de ce prélat, d'Adalbert, évêque de Carcassonne, & de la vicomtesse Ermessinde surnommée Bonne, à la charge d'y faire construire une maison dont la moitié appartiendroit à la première Se l'autre à la seconde de ces deux abbayes, avec défense de l'aliéner qu'en faveur de l'archevêque de Narbonne 5t de l'abbé de Saint-Laurent. Nous concluons de là : i" que quoique cette dernière abbaye fût unie à l'archevêché de Narbonne, elle étoit cependant gouvernée par un abbé ; 2° qu'Ermengaud, archevêque de cette ville, Frédelon, évêque d'Elne, Adalbert de Carcassonne, 8<. la vicomtesse Ermessinde, qui concoururent également à cette donation, dévoient être parens ou alliés.
XLVL — Assemblée tenue à Vabbaye de Psalmodî.
Plusieurs prélats Se seigneurs de Languedoc Se de Provence tinrent en 1004
une autre 3 assemblée à Psalmodi, dans le diocèse de Nimes, à l'occasion du "'°"4 rétablissement de cette abbaye, alors presque entièrement ruinée. Ils chargèrent de ce soin Warnarius qu'ils y nommèrent pour abbé. L'acte, dont il ne reste qu'un fragment, est souscrit par cinq évêques, deux abbés Se plusieurs comtes ou seigneurs séculiers. Les premiers étoient Frotaire, Héribaldus, Dolon, Fulcrand Se Pierre j on ne marque pas leur siège, mais nous savons par d'autres monumens que le premier étoit évêque de Nimes, le second d'Uzès, le quatrième de Lodève Se le cinquième de Maguelonne. Les deux abbés étoient Warnarius dont on vient de parler Se Gérard de Saint-Gilles. Entre les seigneurs séculiers, Adélaïde, comtesse de Provence, mère Se tutrice du comte Guillaume II, souscrivit la première. Se après elle Guillaume, comte de Toulouse, le comte Pons son fils, un seigneur nommé Ictérius, le même Guillaume II, le comte Rotbold, oncle de ce dernier Se beau-père de Guillaume, comte de Toulouse, le comte Hugues Se Pons son frère. L'abbaye de Psalmodi reçut diverses donations depuis son rétablissement. Guillaume II, comte de Provence, sa femme Adélaïde ^^ le comte Rotbold, son oncle. Se Guillaume, son frère, lui donnèrent entre autres le lieu de Mudaisons, dans le diocèse de Maguelonne, Se celui de Bergen dans le comté d'Aix. Guillaume, comte de Toulouse Se Emme de Provence, sa femme, lui avoient restitué quelques
■ Voyez tome IV, 'Note XXVIII, n. 3. ^ Mabillon, ad ann. 1C04, n. 59.
" Marca Hispanica, p. 961. ^ Voyez tome IV, Note XIV, n. 14 & siiiv.
An 1004 '
années auparavant', vers l'an 997, & à Wittard son abbé, le prieuré de Saint- Julien de Corneillan. Nous conjecturons ^ que le comte Hugues qui se trouva à cette assemblée n'est pas différent de Hugues, frère puîné de Raimond II, comte de Rouergue & marquis de Gothie.
XLVII. — Mort de Raimond II, comte de Rouergue ^ marquis de Gothie.
Hugues, son fils, lui succède.
Ce dernier étoit alors déjà décédé, ou décéda du moins peu de temps après. Il est certain 3 en effet que sa mort arriva après l'an 1000 Se avant l'an loio. Il donna "^ peu de temps auparavant l'alleu de Palais, dans le diocèse d'Agde, à l'abbaye de Saint-Sauveur de Conques en Rouergue, pour en jouir après sa mort, 8c lui vendit quelques autres domaines. Suivant la charte, cet alleu confinoit avec les terres de Garnier de Loupian, de Matfred, évêque de Béziers, 6- de Bernard, fils d'Almérade. Celui-ci pourroit bien être le même^ que Bernard, seigneur d'Anduze, dont nous aurons lieu de parler ailleurs, ce qui nous donneroit sa filiation.
Pour revenir à Raimond II, comte de Rouergue, un auteur contemporain rapporte*^ qu'il entreprit le voyage de la Terre-Sainte ou de Jérusalem h. qu'il mourut en chemin j ainsi son sort fut à peu près semblable à celui de Raimond I, son père, qui décéda dans le cours d'un pèlerinage qu'il fit à Saint- Jacques en Galice, avec cette différence cependant que ce dernier fut assassiné. Raimond II donna '^ encore, avant son départ, à l'abbaye de Conques les
Éd. origin. salines voisines du lieu de Palais qui s'étendoient le long; des côtes de la mer; t. II, p. 141. , 1 1 i> • .
il fit aussi présent à cette abbaye d une vingtaine de vases de vermeil très-bien
travaillés, 8c d'une selle magnifique du prix de cent livres, dont le travail surpassoit de beaucoup la matière 8c dont il avoit coutume de se servir aux jours de cérémonie. Il l'avoit remportée avec plusieurs autres dépouilles sur les Sarrasins dans une occasion où il les avoit battus.
Ce prince avoit épousé vers l'an ^ 986 une dame nommée Ricarde, dont le nom peut donner lieu de conjecturer qu'elle étoit de la famille de Richard, vicomte de Millau, en Rouergue, qui vivoit alors. Il en eut un fils appelé Hugues, qui lui succéda ^ dans le marquisat de Gothie, le comté de Rouergue 8c ses autres domaines, sous la tutelle 8c l'administration de la même Ricarde qui étoit encore jeune à la mort du comte Raimond II, son mari. C'est ce que nous apprend le même auteur'° contemporain qui fait mention de cette comtesse 8c de sa dévotion envers sainte Foy, dont on conservoit les reliques
■ Archives de Pcnlmodi. — Dom Estiennot , * Voyez tome IV, Note XXI, n. 3.
Fragm. Iiist. ms. latin, n. 12763. * Voyez tome V, Chroniques, n. II.
^ Voyez tome IV, Note VIII, n. 24 & suiv. ' Ibid.
3 Ibid. n. 29. * Voyez tome IV, Note VIII, n. 29.
■• Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Ih'id. n. 14.
méro CXXXIX, la 1"^ charte citée sous ce numéro. '" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. III.
clans l'abbaye de Conques, à laquelle elle fit présent d'un de ses plus précieux bijoux.
XLVIII. — Mort de la comtesse Berthe, mère du même Raimond II.
La princesse Berthe survécut aussi à Raimond II, comte de Rouergue, son fils. Elle vivoit en effet encore sous l'épiscopat d'Arnaud, évêque de Rodez, qui ne succéda au plus tôt qu'en ioo5 à Deusdet, 5c qui convoqua ' un synode auquel elle se trouva. C'est sans doute de la même Berthe qu'un autre auteur^ a voulu parler sous le nom de la comtesse de Narbonne , qui, vers la fin du dixième siècle, fit présent d'un calice de cristal enrichi de pierres précieuses à l'abbaye d'Aurillac, en Auvergne; car il est certain que Raimond I Se Raimond II son fils, comtes de Rouergue, possédèrent le comté particulier de Narbonneavec le marquisat de Gothie.
XLIX. — Guillaume, comte de Toulouse, fait sa résidence ordinaire
en Provence.
Nous avons déjà remarqué que Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, leur cousin, fit son séjour ordinaire en Provence depuis son mariage avec Emme, fille de Rotbold, comte en partie de cette province. Cela paroît entre autres par une^ charte de Pons, évêque de Marseille, de la maison des vicomtes de cette ville, suivant laquelle ce prélat confirma en ioo5 les donations que lui &. ses parens avoient faites en faveur de l'abbaye de Saint- Victor. L'acte est souscrit &. autorisé par Rotbold, qui se qualifie comte par la grâce de Dieu, par la comtesse Adélaïde Se Guillaume, comte de Provence, son fils, par Guillaume, comte de Toulouse, 8c par Ermengarde, femme du comte Rotbold. On y voit aussi les souscriptions de divers évêques, abbés 8c seigneurs séculiers, en particulier celle de Warnarius, abbé de Psalmodi.
L. — Testament d'Ermengaud de Narhonne, archevêque de cette ville.
Il est encore fait mention de Guillaume, comte de Toulouse, dans le testament que fit ^ vers le même temps Ermengaud, archevêque de Narbonne. Ce prélat nomme dans cet acte 5, qui est sans date, pour ses exécuteurs testamentaires : 1° le comte Bernard, le même sans doute que le comte de Besalu 8c de Fenouillèdes de ce nom, qui vivoit alors 8c qui avoit déjà donné, ou donna du moins peu de temps après en mariage Garsinde, sa fille, à Béranger, fils de Raimond, vicomte de Narbonne, neveu d'Ermengaud j 2° la vicomtesse Ricarde, sa bellesœur; 3° Deusdet, abbé de Saint-Paul de Narbonne; Francon, prévôt de la
' Labbe, Bibl, nova manusc. t. 2, p. 537. — P* ^4 & suiv. — Gallia Christiana, nov. edit. t. i.
Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 3. • instrum. p. 1 09 & suiv,
' Mabillon, Analect. t. 2, p. 24. '' Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 2.
^ Bouche, Histoire des comtes de Provence^ t. 2, ^ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CXL.
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An ioo5
An ioo5
t. II, p. 142.
cathédrale, &C. Il lègue différentes terres tant a son église qu'à celle de Saint- Paul Se aux chanoines de Sainte-Marie de Quarante, auxquels il laisse de plus deux coupes d'argent. Il lègue aussi quelque argenterie aux abbayes de Villemagne, de Saint-Pons, de Caunes Se de la Grasse 5 il donne deux coupes d'or avec une selle précieuse à Raimond, vicomte de Narbonne, son frère, Se à Bélanger, son neveu, fils de ce dernier 5 à Guillaume, son autre neveu, l'alleu qu'il avoit acquis dans le Minervois; à Raimond, comte de Barcelone, sa mule 5 à Guillaume ) comte de Toulouse y ses faucons 5 à Deusdet, abbé de Saint-Paul, deux coupes d'argent Se les tasses qui avoient appartenu à Aymeri, son prédécesseur, à la charge de les remettre à celui qui après son décès seroit archevêque de Narbonne, pour s'en servir de même que ses successeurs. Il laisse aussi de l'argenterie à Frédelon, Etienne, Matfred, Se Adalbert, évêques, dont il ne dit pas le siège : nous apprenons d'ailleurs que le premier étoit évêque d'Elne, le second d'Agde, le troisième de Béziers Se le quatrième de Carcas- Éd origin. sonne. Il fit enfin divers autres legs à plusieurs personnes, à quelques ecclésiastiques Se à ses domestiques. Se donna à chacun de ses exécuteurs testamentaires dix sols, une jument Se une vache. Se à la vicomtesse Ricarde, sa belle-sœur, cinq jumens avec un alleu qu'il substitua à l'abbaye de la Grasse. Nous avons cru que ce détail ne seroit pas inutile pour faire remarquer les usages du siècle. Ce prélat survécut encore dix à onze ans à son testament.
LL — Troisième concile de Toulouse.
Il assista vers l'an ioo5 à un concile que Raimond, évêque de Toulouse, Se Guillaume, comte de cette ville, y convoquèrent'. Les anciens seigneurs de Caramaing ou Caraman, lieu situé à quatre lieues de Toulouse vers le sudest, avoient obtenu de nos rois le privilège de faire tenir un marché les trois derniers jours de la semaine, en tel endroit de leur domaine qu'ils jugeroient à propos, depuis le lieu de Stap jusques aux murs de Toulouse, Se d'y faire lever certains droits. Ces seigneurs abusant de leur autorité, étendirent si fort ce privilège par l'établissement de divers péages, Sec, que leurs vexations interrompoient entièrement le commerce. Donat, l'un de leurs descendans, résolu de le rétablir, renonça publiquement à ces mauvais usages entre les mains de l'évêque Se du comte de Toulouse, Se déclara qu'il s'en tenoit aux droits portés par les chartes de nos rois 5 mais dans la crainte que ses successeurs ne renouvelassent les mêmes vexations, l'évêque Raimond Se le comte Guillaume convoquèrent le concile de Toulouse dont on a parlé. L'archevêque de Narbonne, les évêques de Carcassonne, de Béziers Se de Maguelonne ses suffragans, l'archevêque d'Auch, Se trois évêques de sa province dont les noms ne sont pas marqués, s'y trouvèrent avec plusieurs abbés Se y dirent anathème à tous ceux qui rétabliroient ces mauvais usages. L'acte est sans date, mais il doit être du
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, CXLI. — Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc^ p. 862.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2ùi ~ T"
' An ioo5
commencement du onzième siècle. Guillaume y est qualifié comte des peuples de V Albigeois j du Querci 6* du Toulousain.
Le même Donat de Caraman signala sa piété envers l'église de Saint-Sernin de Toulouse, par une donation ' qu'il fit avec Rixende, sa femme, du marché de Baziége dans le Lauragais. L'acte est du temps du comte Guillaume 8<. de Raimond, évêque de Toulouse. Ce dernier obtint en 1007 du pape Jçan XVIII une bulle ^ qui maintient dans la possession de leurs biens la cathédrale de de Saint-Etienne 8c les monastères de Saint-Sernin &. de Notre-Dame de la Daurade de Toulouse, avec défense à tous les évêques de faire, sans la permission de ce prélat, aucune ordination dans son diocèse.
LU. — Mort de S. Fulcrand, évêque de Lodève.
S. Fulcrand, évêque de Lodève, étoit en ioo5 dans un âge fort avancé ; mais quoique courbé sous le poids des années^, on ne le vit jamais se relâcher en rien de sa première ferveur & de sa vie pénitente. Les désordres que causoient alors dans tout le royaume la licence des mœurs 8c la tyrannie des seigneurs séculiers, l'obligèrent d'user quelquefois de rigueur pour rétablir la paix 8c la tranquillité. Il eut entre autres recours aux armes pour reprendre le château de Gibret, dans le domaine de son évêché, dont une troupe de brigands s'étoient emparés, 8c qu'il soumit à ce qu'on prétend par un miracle. Il poussa un jour si loin son zèle pour la religion, que ne pouvant entendre sans indignation le récit de l'apostasie d'un évêque du voisinage qui avoit abandonné la foi pour embrasser le judaïsme, il lui échappa de dire publiquement que ce prélat méritoit d'être brûlé vif, ce qui arriva bientôt après, par la fureur du peuple animé contre cet apostat. La crainte d'avoir donné lieu par la véhémence de son discours à cette violence causa un grand scrupule à Fulcrand. Il en fut si touché que, soit pour expier la faute dont il se croyoit coupable, soit pour satisfaire à celle du peuple qui avoit fait mourir cet évêque, il entreprit trois divers pèlerinages à Rome au tombeau des saints Apôtres, où il fit une pénitence publique. A son premier voyage il quitta ses habits aux approches de Rome, se couvrit d'épines, 8c se fit conduire publiquement, en se faisant fustiger, dans l'église de Saint- Pierre où il demeura longtemps dans les veilles, la prière 8c le jeûne, avant que de recevoir son absolution. Au troisième voyage, il passa tout le carême dans un exercice continuel de pénitence 8c défraya tous les cardinaux jusques au jour de Pâques. A son départ de Rome, le pape lui fit présent de quelques reliques de S. Sébastien , 8c Dieu, pour marquer qu'il lui avoit pardonné, Éd. origin. continua d'opérer depuis divers miracles par son ministère.
Ce prélaf^ se voyant à la fin de sa carrière fit appeler autour de son lit les chanoines de sa cathédrale, les abbés de son diocèse 8c Matfred, évêque de
' Catel, Histoire des comtes Je Toulouse., p. 176. ^ Vita S. Fuîcranni , Bollandistes, fcvr. t. 2,
' Catel, Mémoires de l histoire du Languedoc, p. 7 1 2 &. sulv. p. 853 & 861. — Voyez tome IV, Note XIX, n. 2. '' Vita S. Fulcr. Bollandistes, mai, t. 6, p. 824.
An 1006
An 1006
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Béziers', qui lui étoit très-cher 5 il se fit lire en leur présence le testament qu'il avoit déjà fait depuis longtemps 8c qu'il confirma dans tous ses points. Il se fit transporter ensuite, le 4 de février de l'an 1006, dans sa cathédrale, où il bénit le tombeau qu'il s'y étoit fait préparer par avance, se fit rapporter sur son grabat, reçut les derniers sacremens des mains de l'évêque de Béziers &. s'étant fait mettre à terre sur la cendre &. le cilice, il y expira le mercredi i3 de février de la même année, après un épiscopat de cinquante-sept ans &: quelques jours. Il fut honoré d'un culte public environ cent ans après. On leva alors son corps de terre pour l'enfermer dans une châsse qui fut placée avec les autres reliques de la cathédrale; mais ce précieux trésor fut brûlé ou dissipé par les calvinistes, lorsqu'ils s'emparèrent en iSyS de la ville de Lodève, & l'on ne put sauver qu'une main &. quelques autres ossemens.
On prétend^ que Ra'imond, comte de Toulouse , donna à S. Fulcrand & à son église quelques villages du comté d'Agde; mais, comme nous ne trouvons aucun Raimond qui ait été comte de Toulouse sous son épiscopat, on doit attribuer cette donation à Raimond I ou à Raimond II , son fils, comtes de Rouergue 8c marquis de Gothie, de la maison de Toulouse. On croit ^ que Matfred, évêque de Béziers, qui succéda à ce saint prélat dans l'évêché de Lodève, Se qui posséda en même temps "^ ces deux évêchés jusques à sa mort, étoit natif du dernier; peut-être étoit-il issu de la famille des vicomtes du pays, ce qui lui aura donné lieu, suivant l'usage de ce siècle, d'envahir l'évêché. Il paroît du moins qu'il étoit parent d'Ermengaud, archevêque de Narbonne, ainsi que nous l'avons déjà remarqué.
LUI. — Plaid tenu dans le diocèse de Narhonne.
Ce dernier tint^ un plaid dans le village de Saint-Georges, autrement dit Ravinian , dans le comté de Narhonne, au mois de mars de Vannée 1007, la onzième du règne du roi Robert , avec Raimond, vicomte de Narbonne, son frère, Deusdet, abbé de Saint-Paul, Bernard, chevalier {miles)^ Aton Vassadellus, viguier, 5c plusieurs autres personnes tant ecclésiastiques que séculières; il est fait mention dans l'acte des sols (y des deniers de Narbonne. Le même Deusdet*^, abbé de Saint-Paul de Narbonne, 8c ses chanoines, reçurent en échange, le 10 du mois d'avril de Vannée 1006, la dixième du règne du roi Robert, un alleu ou bénéfice situé à Bages, dans le comté de Narbonne, dont la vicomtesse Adélaïde 8c ses fils Ermengaud , archevêque de cette ville, 8c Raimond, vicomte, avoient fait donation au père de celui qui le donna en
' Il y a i/e Rode^ dans l'édition que Bollandus ' Plantavit, Chronologla praesulum Lodovensiutn ,
a donnée de la Vie de S, Fulcrand; mais il faut p. 75.
lire de Béliers avec le manuscrit de Saint-Guillem '' Ihid.
du Désert & l'édition de Plantavit. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
' Plantavit, Chronologia praesulum Lodovensium, méro CXLII, la z'^ charte citée sous ce numéro.
p. 70. <- Ihid,
An I 007
An i{
échange. La date de ces actes prouve d'une manière très-précise l'époque du règne du roi Robert 8<. de la mort du roi Hugues, son père.
LIV. — Assemblée provinciale tenue à Urgel. — Étendue de la province
ecclésiastique de Narbonne.
L'archevêque Ermengaud assista, le 18 de novembre de l'an loio, à une grande assemblée tenue à Urgel pour l'établissement de la vie canoniale parmi les chanoines de la' cathédrale de cette ville, suivant ^institution que l'empereur Louis le Débonnaire en av oit faite à Aix-la-Chapelle. « Raimond, comte ^ « marquis de Barcelone} Ermessinde, sa femme j la veuve d'Ermengaud, comte « d'Urgel 5 son fils Ermengaud encore enfant; Guifred, comte de Cerdagne (( Se sa femme Guisle j Soniarius, comte de Pailhas 8c ses filsj Ermengaud, « autre comte de Pailhas; Ermengaud, archevêque de Narbonne; les co-diocéu sains 6- sujfragans de ce prélat y savoir : Adalbert de Carcassonne, Matfred « de Béziers, Pierre de Maguelonne, Frotaire de Nimes, Etienne d'Agde, « Eriballus d'Uzès Se Raimond de Toulouse ; 5c enfin ses sujfragans espagnols, (c Pierre de Girone, Borrel d'Ausone, Oliba d'Elne, dont Vevêché est en deçà « {cis) des Pyrénées , Deusdet de Barcelone Se Aymeri de Ribagorça » se trouvèrent à cette assemblée Se confirmèrent la donation qu'Ermengaud, évêque d'Urgel, fit dans cette occasion à ses chanoines. Cet acte nous donne lieu de Éd. origin remarquer: 1° que la province ecclésiastique de Narbonne comprenoit alors seize diocèses, tant en deçà qu'au delà des Pyrénées, avec celui de la métropole. Il n'est pas fait mention de l'évêque de Lodève , parce que Matfred occupoit alors cet évêché conjointement avec celui de Béziers; 2° que le diocèse d'Elne étoit alors compris dans l'Espagne , quoiqu'il appartînt naturellement à la Gaule Se à la Septimanie, par la raison qu'il dépendoit pour le temporel de divers comtes de la Marche d'Espagne, soumis cependant à la souveraineté de nos rois. Ce diocèse renfermoit en effet les trois comtés de Roussillon, de Confiant Se de Valespir, dont le premier étoit possédé^ par Guillabert qui avoit succédé à Wifred ou Guifred, son père. Celui-ci eut un frère appelé Gausfred, auquel les comtés d'Ampurias Se de Pierrelate, portion du diocèse de Girone, échurent en partage. Se à qui son fils Hugues avoit succédé alors. Bernard, comte de Besalu, étoit maître du comté de Valespir, Se Guifred son frère, comte de Cerdagne, de celui de Confiant. Au reste, l'endroit de cet acte où il est marqué^ que le diocèse d'Elne est situé en deçà des Pyrénées par rapport à Urgel est certainement fautif. Se il faut lire au delà.
On a parlé ailleurs de la plupart des évêques de la Province qui assistèrent à l'assemblée d'Urgel. On ajoutera seulement qu'Eriballus étoit déjà"* évêque d'Uzès dès l'an 994, qu'il se trouva au concile d'Anse dans le Lyonnois, Se que sous Tépiscopat de Pierre, évêque de Maguelonne, Bernard, comte de Substan-
' Marca H'ispan'ica, p. 974 8c seq. ' Marca Hispanica, p. 974 & seq.
' Ihid. p. 968. ■* Martène, Thésaurus anecd, t. 4, p. 78.
t. II, p. 144.
An K
tion', donna en ioo5 à l'abbaye de Saint-Michel de la Cluse, en Piémont, l'église de Sainte-Croix auprès de Melgueil. Ce dernier prélat fît, à ce qu'il paroît, un voyage à Rome en ioi3, puisqu'il souscrivit alors à une bulle du pape Benoît VIII en faveur de l'église d'Urgel^.