‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 162 sur 227 · LXXI. — Roger II, comte de Foîx, succède à Pierre, son père · texte numérisé non relu

LXXI. — Roger II, comte de Foîx, succède à Pierre, son père

Le concile de Girone de l'an 1068 est le plus ancien monument que nous ayons où il soit fait mention de Dalmace, abbé de la Grasse, qui dans la suite parvint à l'archevêché de Narbonne. Cette époque peut servir à fixer à peu près celle d'un acte sans daté, suivant lequel^ « le comte Pierre-Bernard, du et consentement du comte Roger, son fils, abandonne à Dalmace, abbé de « la Grasse 8<. à la prévôté de Camon, soumise à ce monastère, différens droits « qu'iTexigeoit dans le village de Calsan, moyennant une mule Se dix sols, « monnoie de Toulouse, qu'Arnaud, prévôt de Camon Se ses religieux lui « donnèrent. »

Le prieuré de Camon est situé dans la partie méridionale du diocèse de Mirepoix, Se le lieu de Calsan dans celui de Pamiersj ainsi ils dépendoient^ l'un Se l'autre du domaine des anciens comtes de Foix, Se le comte Pierre-Bernard qui fit ce délaissement doit entrer dans la généalogie'^ de ces comtes. Or, comme nous apprenons d'ailleurs que Roger II, fils de Pierre, se qualifioit^ comte de ,j^," ""['l'jj Foix Qr\ 107 1, c'est une preuve que le dernier mourut entre l'an 1068 Se cette année. On a remarqué ailleurs (^ que ce comte Pierre étoit fils puîné de Bernard, comte de Conserans Se de Foix, Se en partie de Carcassonne ; que le comté de Conserans lui étoit échu vraisemblablement en partage , Se qu'après la mort de Roger I, comte de Foix, son frère, décédé sans enfans, il ]ui succéda dans le dernier comté. Il épousa une dame nommée Ledgarde dont il eut Roger II qui, de son vivant, prenoit la qualité de comte comme on vient de le voir; d'où l'on pourroit peut-être inférer que Roger I , comte de Foix Se comte en partie de Carcassonne, avoit fait ce dernier héritier de ses domaines. Il paroît^ en effet que Roger II succéda immédiatement dans le comté de Foix à Roger I, son. oncle paternel. Quoi qu'il en soit, Roger II épousa une dame nommée Sicarde Se succéda aussi, ce semble, au comté de Conserans 8. Nous voyons du moins qu'il posséda divers comtés, car suivant une donation ^ qu'il fit vers l'an 1074 avec Ledgarde, sa mère, à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, il accorde aux religieux de ce monastère la liberté d'acquérir des biens fonds Se même les fiefs qui dépendoient de sa mouvance Se de les posséder en alleu

' Conciles, édition de Hardouin, t. 9, p. i 195 & ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCLIV.

sujv. 6 Voyez tome IV, NotcWW, n. 20 & sutv.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCXLV. rnéro CCCLV.

' Ih,d. n. CLXX. ■ 8 Ihid. n. CCX.

♦ Voyez tome IV, Note XXII, n. 20 & suiv. ® Ihid. n. CCLX.

An 1068

An 1069

An 1070

•dans les évèchés, les comtés 6' les terres qu'il possédoit actuellement ou qu'il acquerroit dans la suite.

Au reste, il paroît ' que le comte Pierre, qui en 1084 donna ^ à l'abbaye de Cluse en Piémont un alleu situé dans le Toulousain, conjointement avec ses deux fils Roger &. Raimond, étoit frère puîné dé Roger II, comte de Foix.

LXXII. — Nouvelles acquisitions du comte de Barcelone en deçà des Pyrénées.

Nous ignorons si ce dernier ou le comte, son père, s'opposèrent à l'aliénation qu'Ermengarde, leur cousine, fit à leur préjudice des comtés de Carcassonne 5c de Razès en faveur du comte de Barcelone, 8c s'ils se mirent en état de faire valoir leurs droits contre ce prince j on sait seulement que Roger II, héritier de Roger I, comte de Fôix, son oncle paternel, qui avoit possédé la moitié^ du comté de Carcassonne, prétendit que ce comté lui appartenoit, qu'il intenta là-dessus une action contre Ermengarde, sa cousine, Se qu'il céda"^ enfin, en 1095, à cette dernière, tous ses droits par une transaction dont nous parlerons ailleurs.

Le comte de Barcelone n'omit rien de son côté pour s'assurer la possession des comtés de Carcassonne Se de Razès, Se c'est sans doute dans cette vue qu'il acquit en 1068, avec sa femme Almodis, les droits qu'avoient Pierre & Bernard, cousins d'Ermengarde, sur les mêmes comtés, en qualité de fils du comte Guillaume, oncle paternel de cette vicomtesse. Ces deux frères vendirent alors au comte Se à la comtesse de Barcelone la part qu^ils avaient 6» qui devoit leur revenir par droit héréditaire dans les comtés de Carcassonne Se de Razès Se dans le Narbonnois, pour cinq cents mancuses, monnoie de Barcelone, tant en or quen argent, ce qui ne faisoit qu'environ soixante Se douze onces d'or. L'on peut juger par là quelle étoit la part qu'ils avoient dans ces domaines.

Le comte Se la comtesse de Barcelone acquirent^ encore, au mois de septembre de la dixième année du règne du roi Philippe, le château du Dourne dans le comté de Ra-^ès, pour le prix de cinq cents mancuses d'or fin, monnoie de Barcelone, Se cent sols de deniers de Carcassonne, ce qui fait voir le dessein qu'ils avoient de s'agrandir en deçà des Pyrénées Se d'y former un domaine considérable en faveur de Raimond-Béranger, leur fils.

Le comte de Barcelone étoit déjà en possession en 1070 du comté de Carcassonne, comme il paroît par une lettre*^ que Bernard, comte de Besalu, écrivit à Bernard, abbé de Saint-Victor de Marseille, pour le prier de prendre sous son gouvernement l'abbaye de Sainte-Marie de Ripoll située dans son comté de Besalu, laquelle étoit alors en proie à l'avidité des simoniaques. Il y est marqué en effet que le comte de Barcelone avoit soumis depuis peu l'ab-

' Voyez tome IV, ?/ote XXII, n. 20. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro CCCX. méro CCXCIII. ' Ibid. n. CCXLIII.

* Ibid. n. CLXX. ^ Martène, Ampl. collect. t. i , p. 473 8t seq.

An lo^o

baye de la Grasse, dans le diocèse de Carcassonne, à celle de Saint-Victor. Cette lettre est sans date, mais on peut en fixer l'époque par celle de l'union' de l'abbaye de R^ipoll à la congrégation de Saint-Victor, qui e^tdu 28 de décembre de Vannâe 1070, la dixième annîe du règne du roi Philippe. Nous apprenons de cette même lettre que Guifred, archevêque de Narbonne, 8c les évêques de uu°ol"iii. Girone Se d'Ausone, ses frères, aidèrent le comte de Eesalu à chasser l'abbé simoniaque qui s'étoit emparé du monastère de R.ipoll. Du reste, il ne paroît pas que l'union de l'abbaye de la Grasse à celle de Saint-Victor ait duré longtemps^. Deux religieux 3, entre autres, se rendirent célèbres vers le même temps dans la dernière : l'un, nommé Jean de Toulouse, qui y mourut en odeur de sainteté, Se l'autre, Béranger de Minerve, qui étoit sans doute de la maison des vicomtes de ce nom dans le diocèse de Narbonne.

LXXIII. — Nouvel achat des comtés de Carcassonne 6* de Rajès par le comte

de Barcelone.

Le comte de Barcelone dominoitdoncen 1070 sur le comté de Carcassonne*, dont il ne fit proprement l'acquisition que cette année j ce qui peut donner lieu de croire qu'il doutoit de la validité des actes précédens. Le vicomte Raimond-Bernard, surnommé Trencavel, St la vicomtesse Ermengarde, sa femme, vendirent le 26 de juin de la même année, « à ce comte, à Almodis « sa femme 8<. à leur fils Raimond-Eéranger, pour le prix de deux mille onces (X d'or cuit Uoctum) de Barcelone , tous les droits qu'eux 5c leurs vassaux « pouvoient prétendre sur le comté de Razès, le Conserans, le Comminges, le « Carcasses, le Narbonnois 8c le Toulousain, de la même manière qu'avoient « possédé ces domaines Roger le Vieux, comte de Carcassonne, Eudes u son frère, comte de Razès, Bernard-Roger, R.aimond-Roger 8c Pierre- K Roger, évêque, fils tous les trois de R.oger le Vieux, le comte Pierre-Raimond, « Pvoger son fils, la comtesse Pvangarde 8c leurs vassaux, soit villes, comtés, « évêchés, vicomtes 6» autres dignités, soit châteaux, forteresses, églises, pa- « roisses, villages, maisons, cens, rentes, marchés, 8cc., à l'exception cepen- « dant des deux abbayes de Saint-Jean de Valseguier (ou de Montolieu) 8c « de Saint-Pierre de Caunes que les vendeurs se réservèrent pour les tenir en « fief du comte 8c de la comtesse de Barcelone 8c de leur fils. » Le vicomte Raimond-Bernard déclare dans l'acte « que tous ces biens lui étoient échus « par sa femme Ermengarde, 8c celle-ci assure, de son côté, qu'ils lui apparte- « noient tant par la succession de ses parens que par le don que lui en avoit « fait Roger, son frère. » L'un 8c l'autre ratifient en même temps en faveur du comte 8c de la comtesse de Barcelone la vente qu'ils leur avoient faite auparavant de ces mêmes droits. Se ajoutent qu'ils comprenoient dans cette vente le

' Martène, Ampl. CoUect. t i, p. 47!? & seq. ' Martène, Ampl. coîlect, t. 1 , p. 479.

• Voyez tome IV, Note XCII, la suite chfonolo- ^ Voyez to:ne V. Chartes 8c Diplômes, nu-

giquc des abbés de la Grasse. [E. M.] n.cro CCXLVII.

-: Syo HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.

An 1070 '

château d'Ornesons dans le diocèse de Narbonne, 5c celui de Peyriac dans le Minervois, avec leurs dépendances. Ils se réservent enfin les alleux que Guillaume, vicomte de Bé-^iers, aïeul de Pierre-Raimond, père d'Ermengarde , possédoit dans le comté de Narbonne & le Minervois, avec les fiefs que le même Pierre-Raimond tenoit dans ces pays de l'archevêque de Narbonne. Cet acte est souscrit après le vicomte Raimond-Bernard Se la vicomtesse Ermengarde, sa femme, par Guillemette, leur fille, qui le confirma, par Guifred, archevêque de Narbonne, Guillaume, évêque de Girone, la comtesse Rangarde 5c Adélaïde, sa fille.

Le lendemain, 27 de juin, le vicomte Raimond-Bernard 5c sa femme s'engagèrent par un acte' particulier à ne vendre ni aliéner, en faveur de qui que ce fût, les deux abbayes de Montolieu 5c de Caunes quils tenaient en fief du ♦ comte 5c de la comtesse de Barcelone 5c de leur fils, excepté néanmoins en

faveur du même comte 5c de sa femme, de leurs fils Se de leurs filles, ou du religieux qu'on enverrait dans ces monastères pour y faire le service divin. Ils confirment en même temps les aliénations qui avoient été déjà faites des dépendances de ces abbayes dans le temps que Raimond-Etienne de Servian 5c Arnaud-Guillaume de Sauvian s etoient rendus à Girone pour servir d'otages au comte 5c à la comtesse. Il est marqué de plus dans cet acte, que si le vicomte 5c sa femme venoient à décéder sans enfans mâles, ces deux abbayes reviendroient au pouvoir du comte 5c de la comtesse 5c de leurs enfans^, à la réserve du fief qui avoit appartenu à Aton le Vieux, vicomte d'Amhialet ou d'Albi^. Le vicomte Scia vicomtesse ratifient ensuite la vente qu'ils avoient faite le jour précédent de leurs droits sur le Pvazès , le Carcasses, Sec, en faveur du comte 5c de la comtesse de Barcelone, auxquels il donnent en otage sept de leurs vassaux qui dévoient s'aller remettre à Carcassonne, à Saissac, à

Éd origin. Laurac, à Pvazès, ou dans tel autre château que le comte, la comtesse 5c leurs 1. 11, p. 224. ' ^ ' ^ 1 '

fils leur indiqueroient, avec or.lre à ces otages, « en cas que le comte 5c la ce comtesse eussent quelque grief au sujet de cette vente 5c que le vicomte 5c u la vicomtesse ne voulussent pas y satisfaire, d'ordonner le duel dans le ce comté de Carcassonne Se de fournir pour cela un champion à cheval qui tt n'eût jamais combattu dans une pareille occasion 5c qui se battroit armé d'un « bouclier 5c d'un bâton, en présence de quatre juges qu'on choisiroit de part ce 5c d'autre. »

Le 2 du mois d'août suivant, Adélaïde , sœur d'Ermengarde, fit de son côté une donation"^ entre-vifs au comte 5c à la comtesse de Barcelone 6» à leur fils Raimond-Béranger, de tous les droits qu'elle avoit sur le comté de Razès, le Conserans 5c les autres pays marqués dans l'acte du 26 juin précédent} u droits, dit-elle dans l'acte, qui me sont échus par la succession du comte

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- tiste de Montolieu & de Saint-Pierre de Caunes.

méro CCXLVIII. J Voyez tome IV, Note XXI.

'Voyez tome V, le catalogue analytique des ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nuactes relatifs aux abbayes de Saint- Jean - Bap- méro CCXLIX.

An lo-jo

« Pierre-Raimond, mon père, de Roger, mon frère, 6i de la comtesse Ranci garde, ma mère. »

Enfin la même Rangarde, par un acte ' dans lequel elle se dit fille de la . comtesse Amélie, vendit le 22 d'avril de l'année suivante, k pour le prix de ~7^7TÔ « quatre cents onces d'or pur, à Raimond, comte de Barcelone, à la comtesse <( Almodis, sa sœur, femme de ce comte. Se à Raimond-Béranger , leur fils, « tous les droits qu'elle avoit ou devoit avoir sur le comté de Razès, le Conse- « rans Se les autres pays dont il est parlé dans les actes précédens 8c qui lui (( étoient échus, soit par acquisition, soit par donation, soit par le testament <i du comte Pierre-Raimond, son mari, soit pour son dixième (ou douaire)^, K soit par la succession du comte Roger, sonfils^y soit enfin de quelque autre « manière que ce fût. » La comtesse Rangarde déclare en même temps qu'elle comprend dans cette vente les châteaux de Coufoulens, de Razès, Vèntagion, Capendu, Peyriac Se Auriac, avec leurs domaines, monnoies, justices Se le droit de reprise^ ou autres qu'elle y avoit; ce qui nous fait comprendre que ces sept châteaux lui avoient été assignés pour son douaire. Le dernier étoit situé dans le Toulousain, celui de Peyriac dans le Minervois Se le diocèse de Narbonne, Se les autres dans les comtés de Carcassonne Se de Razès.

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