‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 176 sur 227 · tome IV, Note XXXIX. ' Grégoire VII, 1. 7, epist · texte numérisé non relu

tome IV, Note XXXIX. ' Grégoire VII, 1. 7, epist

'Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , ^Ihid.

t. 3, p. 783. — Conciles, t. 10, p. 411. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Voyez au tome V de cette édition , Chartes & mcro CCLXXVI. Diplômes, numéro CCLXXXV.

An 1079 '

doient auprès de l'île de ce nom. Bertrand, évêque de Maguelonne, le prévôt, divers chanoines de la cathédrale & plusieurs seigneurs du pays furent présens à ces donations'. Le même Pierre, dans un acte daté du mois de janvier de l'an io83, se qualifie comte de Suhstantion 6- comte de Melgueil dans une donation^ qu'il fit au mois de février suivant à l'abbaye de Saint- Pons de Thomières, de l'église de Saint-Martin de Casello, qu'on appelle Ba~ laruc. Ce lieu, situé dans le diocèse de Montpellier, sur l'étang qui règne le long de la côte, est célèbre par ses eaux, chaudes & minérales. Outre ces marques de piété, le comte Pierre Se sa femme Almodis en donnèrent^ de leur attention au bien public en remettant vers le même temps, en faveur du peuple, une leude ou péage que le père b V aïeule de ce comte avoient établi dans les lieux de Castelnau 8c de Substantion.

X. — Bertrand, évêque de Maguelonne, déposé pour simonie. — Richard, ahhé

de Saint-Victor de Marseille.

Bertrand fut donc évêque de Adaguelonne depuis enviroti l'an 1061 qu'il s'étoit emparé de cet évêché jusques au mois d'août de l'an 1079. Il en fut dépouillé peu de temps après pour cause de simonie, & Godefroy fut élu en sa place dans les formes canoniques. Ce dernier étoit déjà élu en"^ 1080. Il ne fut cependant sacré que longtemps après, puisque ce fut^ Dalmace, archevêque de Narbonne, son métropolitain, élu seulement en 1081, qui fit cette cérémonie. On prétend «5 qu'il fut nommé /?«r Raimond, comte de Suhstantion, mais on ne donne aucune preuve de ce fait; d'ailleurs c'étoit Pierre 8c non pas Raimond, qui étoit alors comte de Substantion.

Pons, nouvel évêque de Rodez, unit^ à la fin de l'an 1079 l'abbaye de Saint- Amand de Rodez à celle de Saint- Victor de Marseille Se la donna à Richard, abbé de cette dernière, qui avoit succédé alors depuis peu à Bernard, son frère.

On a remarqué ailleurs que ces deux abbés étoient fils de Richard II, vicomte de Millau 8c de Gévaudan, 8c que l'un 8c l'autre s'étoient consacrés à Dieu par la profession monastique dans l'abbaye de Saint-Victor. Bernard, qui tfn,°p.'^254 ^^ ^^^ ^^^ abbé en io65, se rendit recommandable par sa piété, sa prudence 8c sa capacité qui lui méritèrent la dignité de cardinal, avec diverses légations tant en Allemagne 8c en Espagne qu'en France ; il s'en acquitta avec honneur^ sous le pontificat de Grégoire VII, qui en faisoit beaucoup de cas. Bernard étant mort le 20 de juin de l'an 1079, ce pontife écrivit*^ au

'Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes^ nu- ^ Garisl, Séries praesulum Magalonenslum, x^éàit.

méro CCLXXXVH. p. n?-

' Ibld. '' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Uià. méro CCLXXVII.

* Arnaud de Verdale, Chronicon episcoporum Ma- « Mabilion, Annales ordinis Sanctï Benedicti, ad

galon, p. 798 8c seq. ann. 1079, n. 70 & seq.

^ Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , " Grégoire VII, 1. 7, epist. 7 & 3. p. 784.

commencement du mois de novembre suivant une lettre aux religieux de Saint- Victor, dans laquelle il approuve le choix qu'ils avoicnt fait de Richard, frère de Bernard, pour lui succéder dans la dignité abbatiale. Richard, quoique jeune, étoit déjà connu par son mérite qui avoit engagé Grégoire à l'élever au cardinalat 8c à l'envoyer légat en Espagne où il étoit alors. Le pape continua de l'employer en diverses affaires importantes Se le chargea', le 18 d'avril de l'an 1080, de travailler à la réforme des abbayes de Montmajour & de la Grasse & de faire restituer leurs biens usurpés. Il confirma ^ le même jour en sa faveur les privilèges de son abbaye, entre autres la possession d'une église que Pierre, évoque de Nimes, lui avoit donnée dans son diocèse, en présence des évoques (S* des cardinaux de l'Eglise romaine ^ preuve que Pierre Ermengaud avoit déjà succédé dès lors à Frotaire, évêque de Nimes, lequel avoit été peut-être du nombre des évêques de la Province qui furent excommuniés ou déposés pour cause de simonie.

XL — Pierre^ archevêque nommé de Narbonne ^ Frotardj évêque d'Albîj

excommuniés 6* déposés.

Dès que Grégoire VII, qui faisoit une guerre implacable aux prélats accusés ou coupables de ce crime, eut appris que Pierre, ci-devant évêque de Rodez, s'étoit fait élire archevêque de Narbonne d'une manière peu canonique, il le déposa^ 8c l'excommunia dans le concile qu'il tint à Rome au commencement de mars de l'an 1080. Ce pape approuva "^ le 27 de mars suivant, en faveur de Seguin, abbé de la Chaise-Dieu, Tunion qui avoit été faite à cette abbaye, Vannée précédente, des monastères de Saint-Michel de Gaillac 8c de Saint- Martin de Montauban, dont les abbés s'étoient soumis volontairement à ceux de la Chaise-Dieu, du consentement de Guillaume, évêque d'Albi, 8c d'Etienne, évêque de Cahors, leurs diocésains. Le pape Pascal II confirma^ l'union de ces deux abbayes à la congrégation de la Chaise-Dieu.

On voit par là que Guillaume avoit succédé à Frotard dans l'évêché d'Albi dès l'an 1079. Il paroît"^ que ce dernier, avant sa déposition, avoit fait un voyage à Rome pour tâcher de se justifier du crime de simonie auprès de Grégoire VII, 8c que, n'ayant pu réussir, il se maintint dans son évêché malgré l'anathème, qu'il se déclara en faveur de l'antipape Clément III, élu le 26 de juin de l'an 1080, 8c qu'il mourut vers l'an 1084, après avoir enfin reconnu son crime 8c s'être démis volontairement de l'évêché. Ce prélat unit l'ancien monastère de Vieux, dans son diocèse, à l'abbaye d'Aurillac en Auvergne. Grégoire VII, dans la lettre qu'il écrivit "^ le 12 d'avril de l'an 1080 aux évêques catholiques des provinces cîe Bourges, de Narbonne 8c de Bordeaux, confirma cette union

' Grégoire VII, 1. 9, epist. 6. — Mabillon, ad ■* GalUa Christiana, nov. edit. t. i, p. 52; t. 2,

ann. 1080, n. 10, Sul^anene, Ampl. Colîect, t. i, p. 33o.

p. 102 & seq. ^ Mabillon. ad ann. i 102, n. 47.

^ Mémoire de dom Polycarpe de la Rivière. " Voyez tome IV, Note XXXIX, n. 5. ,

^ Conciles, t. 10, p. 382. ' Grégoire VII, 1. 7, epist. 19.

An 1080

An jooo ' ~

qui avoit été faite, dit-il, de V autorité des princes du pays, 6* du consentement de Vévêque 6* de son clergé.

XII. — Vicomtes de Gévaudan ^ de Lodève. — Légation du cardinal Framaldus. — Monastère de Moissac.

Le pape se plaint, dans cette lettre, de Béranger, vicomte de Cariât en Auvergne, qui refusoit de rendre l'hommage qu'il devoit à l'abbave d'Aurillac. Ce seigneur, qui étoit frère de Richard, abbé de Saint-Victor, Se qui possédoit aussi les vicomtes de Millau, de Gévaudan 8c de Lodève, vivoit donc encore au mois d'avril de l'an io8o. Nous apprenons d'ailleurs' qu'il contribua en 1079 à l'union de l'abbaye de Saint-Amand de Rodez à celle de Saint-Victor de Marseille. On assure* qu'il fonda le monastère de Montsalvi sur les frontières de l'Auvergne & du Rouergue, ou du moins qu'il en confirma la fondation avant l'an 107 1, avec ses trois fils, Richard, Gilbert 8c Raimond. Il les avoit eus d'Adèle, sa femme, héritière des vicomtes de Cariât 8c de Lodève. Après sa mort^ dont on ignore l'époque précise, les deux premiers partagèrent ses domaines. Richard, qui fut le troisième de son nom, eut pour sa part la vicomte de Lodève 8c la meilleure partie de celle de Cariât, 8c les transmit à ses descendans avec le comté de Rodez qu'il acquit dans la suite. Gilbert, le puîné, hérita des vicomtes de Millau 8c de Gévaudan 8c d'une partie de celle de Cariât, entre autres du château de ce nom.

Il paroît que le cardinal Framaldus faisoit en 1080 les fonctions de légat dans la Province. Nous apprenons d'abord d'un ancien monument que Frat!^n. p^'îS^'. rnaldusy prêtre du siège apostolique, reçut"^ vers ce temps-là, au nom du Saint- Siège, la donation qui fut faite à l'Église romaine de celle de Saint-Pierre de Valeriis, située dans le diocèse de Béziers ou aux environs. Nous voyons^ ensuite qu'un seigneur nommé Guillaume-Alchérii donna en 1080, en présence (\q Framaldus, cardinal de l'Eglise romaine, l'église 8c l'alleu de Sainte-Marie de Cassan au diocèse de Béziers, aux chanoines qui la desservoient. Les termes de l'acte peuvent faire croire que ce cardinal étoit prévôt de la cathédrale de Béziers.

C'est ici le plus ancien titre que nous connoissions pour le monastère ou prieuré de Cassan, occupé aujourd'hui par les chanoines réguliers de la congrégation de Sainte-Geneviève. Il est situé dans les montagnes, à quatre lieues au nord de Béziers, vers la source de la petite rivière de Longue. Ce monastère <5 qui a été autrefois fort célèbre, étoit gouverné trois ans après par un prieur. Les vicomtes de Béziers, qui en sont regardés comme les principaux

• Voyez tome V', Chartes & Diplômes , nu- * Baluze, Miscellanea, t. 2, p, 89.

méro CCCLXXXI. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

' Le P. Ange, Hist. généal. des pairs Je France, méro CCLXXXIX.

t. 2, p. 696. « Ihid. n. CCLXXXVIII.

î Voyez tome IV, Notes XXV & XXVI.

fondateurs, y firent de grandes libéralités 8c plusieurs d'entre eux y choisirent leur sépulture.

XIII. — Assemblée tenue à Narbonne. — Vicomtes de cette ville.

Pierre de Narbonne, quoique déposé de larchevêché de cette ville Se excommunié par le concile romain, se maintint cependant toujours dans ce siège. Il se qualifie Pierre, élu archevêque, patron de Véglise de Narbonne, 6- vicomte de cette ville y dans les actes' d'une assemblée qui fut tenue dans la cathédrale le 7 de mai de l'an 1080, Se à laquelle assistèrent avec lui « Matfred, u évêque de Béziers, Béranger, évêque d'Agde, un grand nombre d'abbés, de « chanoines Se d'ecclésiastiques 5 Ermengaud , comte d'Urgel, surnommé de (i Gerb, Aymeri, neveu de l'archevêque Pierre, Raimond Amelii, Alfarius u de Saint-Nazaire Se ses frères, Raimond Tetmar de la Redorte, Se Raimond « son frère, Guillaume Pons de Coursan avec ses frères, Pierre Ferrand de <( Casouls, Béranger-Pierre de Pierrepertuse, Adhémar de Durban, Bernard- K Raimond de Sejan, ^ plusieurs autres centurions, hommes illustres 6* no- <c hles, Se enfin tous les citoyens de Narbonne 6" un grand nombre d'autres (c citoyens 6* chevaliers de la Province, dont on rapporte les noms des princi- (c paux, avec un nombre infini de peuple. » On voit par là que cette assemblée fut composée des trois ordres ou états, distingués entre eux. Se c'est peutêtre le plus ancien monument où on trouve cette distinction. « L'archevêque « Pierre Se ses neveux Aymeri, Hugues Se Béranger donnèrent alors, du con- (c sentement Se à la prière des seigneurs [seniorum) 6* des citoyens de Naru bonne. Se en présence de toute l'assemblée, aux chanoines de la cathédrale « de cette ville qui vivoient en commun, la dîme du sel de toutes les salines « qui étoient sur la côte jusques à Sigean Se à la mer, avec celle de tout le u poisson qu'on pêcheroit dans la mer, les étangs Se l'Aude, depuis Coursan Se « Perignan jusques à Leucate, excepté ce qui étoit de l'alleu de l'église de « Saint-Paul. » L'acte est souscrit par Pierre Se ses neveux, par les principaux de l'assemblée Se de plus par Pierre Artallus, évêque de Carcassonne.

Le 3i du même mois ^, Pierre qui prend toujours le titre d'élu du premier siège de Narbonne, Se Aymeri, Hugues Se Béranger frères, ses neveux, donnèrent aux chanoines de Saint-Paul la dîme du sel Se du poisson dans toutes les terres Se alleux de cette église situés dans le comté de Narbonne. Ils confirmèrent cette donation le lendemain Jour de la Pentecôte durant la grand'messe de la cathédrale, du consentement Se en présence de Matfred , évêque de Béziers, de Pierre Artallus, évêque de Carcassonne, des chanoines de la cathédrale de Narbonne, 6» des nobles 6* non nobles de la ville ^ du pays, dont il est fait mention dans la charte précédente ; preuve que l'assemblée de Narbonne dura du moins depuis le 7 de mai jusques à la fin du mois, Se que les évêques de

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

méro CCLXXXI. méro CCLXXXII.

An I 080

An 1080

Béziers, d'Agde & de Carcassonne communiquoient avec l'archevêque élu de Narbonne, quoique ce dernier fût actuellement excommunié. Ce prélat prend à la fin de l'acte le titre d'archevêque élu de Narbonne & d'abbé de l'église de Saint-Paul, depuis la mort de Guifred de bonne mémoire, 8c donne aux chanoines de cette église une paire de bœufs qu'on entretiendroit 5c qu'on renouvelleroit toujours aux dépens du revenu de cette partie de l'autel de Saint-Paul que l'abbé avoit coutume de retenir par droit héréditaire, H[ °"2'"6 ^^ paroît par ces monumens que Bernard, vicomte de Narbonne, frère de l'archevêque Pierre, étoit décédé dès l'an 1080 5c qu'il avoit laissé à ce prélat la tutelle de ses enfans, ou du moins l'administration de leurs biens. On peut inférer d'ailleurs que Bernard étoit déjà mort en 1077 5c que la vicomtesse Foy, sa veuve, se retira après son décès en Rouergue, auprès du même Pierre alors évêque de Rodez, son beau-frère, d'une donation ' que Foy, vicomtesse de Narbonne, fit la même année à S. Hugues, abbé de Cluny, 5c à Hunaud, abbé de Moissac, de l'église de Sermur sur la rivière du Biaur 5c de plusieurs autres domaines situés dans le diocèse de Rodez, du consentement 6- de la volonté de Pierre, évêque de cette ville. On voit par là que cette vicomtesse possédoit différens biens dans le Rouergue, ce qui, joint à son nom, nous donne lieu de conjecturer qu'elle étoit fille puînée de Hugues, comte de ce pays 8c marquis de Gothie 8c de la comtesse Foy, sa femme. Aux trois fils Aymeri, Hugues 5c Béranger, qu'elle eut de Bernard, vicomte de Narbonne, son mari, 5c dont on a déjà parlé, on peut ajouter vraisemblablement une fille nommée Foy, qui avoit épousé^ Pierre-Aton, vicomte de Bruniquel, au commencement du douzième siècle.

Outre l'administration que l'archevêque Pierre eut des domaines de ses neveux, fils de son frère Bernard, pendant leur minorité, il posséda de son chef une portion de la vicomte de Narbonne. On a déjà vu en effet qu'il prenoit le titre de vicomte de cette ville, 5c il étoit regardé comme tel lorsque Raimond de Saint-Gilles fit une promesse solennelle à Ermengarde^, vicomtesse de Béziers 5c d'Agde, 5c à son fils Bernard-Aton, de les aider contre Pierre- Béranger, Aymeri, son neveu, 6» tous les vicomtes de Narbonne. Raimond, pour l'assurance de sa promesse, donna à cette vicomtesse neuf de ses principaux vassaux en otage, parmi lesquels étoit Guillaume de Sabran. Nous ignorons le motif qui porta ce prince à prendre un pareil engagement 5 peut-être qu'Ermengarde avoit pris alors les intérêts des enfans de Raimond II, vicomte de Narbonne, ses neveux, contre l'archevêque Pierre, leur oncle, 5c les fils de Bernard, leurs cousins, 5c que ceux-ci leur disputoient la succession de leur père alors déjà décédé. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Aymeri, fils de Bernard, posséda seul dans la suite toute la vicomte de Narbonne, 5c la transmit à ses descendans à l'exclusion de ses frères Se de ses cousins.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méroCCCLXXIV. — Voyez tome IV, ?/ofe XXXIII, r-.éro CCLXIX. n. 7.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCLXX.

" ' An 1080

Nous ignorons également si ces derniers lui survécurent & s'ils laissèrent postérité. Un de nos historiens' prétend à la vérité que Bernard Pelet, fils de Raimond II, vicomte en partie de Narbonne, a donné l'origine à la maison de Pelet qui subsiste encore en Languedoc : ce qui prouveroit que l'archevêque Pierre, oncle du même Bernard Pelet 8c Aymeri I, son cousin germain, l'exclurent de la portion de la vicomte de Narbonne qui étoit échue à Raimond II, son père. Maison n'apporte aucune preuve de cette descendance, 8(. il y a lieu de présumer qu'on n'en a d'autre que le surnom de Pelet, qui au onzième siècle n'étoit qu'un sobriquet, que Bernard, petit-fils de Béranger, vicomte de Narbonne, aura pris sans doute pour se distinguer de Bernard, son oncle. Nous avons vu en eftet que Bernard d'Anduze prit ^ le surnom ou sobriquet de Pelitus, ou de Pelet, au commencement de ce siècle. On a fait mention ^ d'un seigneur nommé Bernard Pelet j fils de BUtgarde, qui vivoit vers l'an io36. On trouve enfin un seigneur nommé Bernard Pelet qui présida'^ en 1080 à un plaid tenu au diocèse de Narbonne St dans lequel on restitua à l'abbaye de Caunes & à Guillaume, son abbé, un alleu qu'Udalgerius, prédécesseur de ce dernier, avoit aliéné. Ce Bernard Pelet pourroit bien être le même que le fils de Raimond II, vicomte de Narbonne 5 d'où il s'ensuivroit qu'il vivoit encore en 1080. Quoi qu'il en soit, &(. duquel de ces Bernard Pelet que descende l'ancienne maison de Pelet, cela n'ôte rien de son ancienneté S(. de son lustre j nous en rapporterons diverses preuves dans la suite de cette histoire.

XIV. — Nouveaux bienfaits de Ghillaume IV ^ comte de Toulouse, envers Vahbaye de Saint-Pons. — Il épouse en secondes noces Emme de Mor" taing.

Guillaume IV, comte de Toulouse, & Raimond de Saint-Gilles, son frère, s'étant rendus à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières,le premier y fit expédier deux chartes^ le 16 de juin de l'an 1080. Par l'une, ce prince, qui s'y qualifie « comte 6* duc du Toulousain, de V Albigeois i;' du Querci, du Lodevois, du « Périgord, du Carcasses, de VAgenois 6- de VAstarac, confirme avec sa femme « Emmeld. fondation de ce monastère faite autrefois /J^rion bisaïeul Pons, duc tn^p.Tij. « & grand prince d'Aquitaine, qui l'avoit soumis à S. Pierre de Rome &. à ses « successeurs. Il donne en même temps aux religieux, à Frotard, leur abbé, « 8c à leurs successeurs, tout ce qu'ils avoient acquis ou qu'ils acquerroient à « l'avenir, dans les évêchés, les comtés 8t les terres qui dépendoient actuelle- « ment de son domaine, ou qui y seroient unis dans la suite, même les fiefs « qu'ils avoient acquis ou qu'ils acquerroient de ses vassaux, avec pouvoir de

'Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

p. 582 & suiv. méro CLXXVII.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- "i /i,</. n. CCLXXXIII.

méro CLII. s Ibid. n. CCLXXVIII.

An 1080 '

(c les posséder en alleu. Il leur donne de plus le bois d'Orzval, situé dans le « comté de Toulouse, 8c le territoire de Venerque, 8c leur promet que lui, « ses fils, ou sa postérité n'aliéneront jamais rien de ce territoire qu'en faveur « de l'abbaye de Saint-Pons, 8c qu'il ne le donnera à personne, excepté à son « fils ou à sa fille ; enfin lui 8c sa femme se déclarent les protecteurs 8c les dé- (( fenseurs de cette abbaye. » L'acte est souscrit après eux par le comte Raimond, frère de ce prince, 6' le comte Bertrand, son neveu, fils de ce dernier, qui y donnèrent leur consentement ; par le vicomte Adhémar, qui est sans doute le même qu'Adhémar, vicomte de Toulouse, dont on a déjà parlé 5 par divers autres seigneurs, 8c en dernier lieu par Gaucelin, chapelain, c'est-àdire, apparemment aumônier du comte Guillaume.

Ce prince, par l'autre acte ', dans lequel il ne prend que le titre de Guillaume, par la grâce de Dieu, comte 6* duc du Toulousain, du Carcasses 6» de l'Albigeois, donne avec Emme son épouse, à l'abbaye de Saint-Pons, diverses paroisses situées en Albigeois, tant pour son âme 8c celle de sa femme, que pour celles du comte Pons son père, 8c d'Almodis sa mère. Le comte Raimond, frère du susdit comte Guillaume , le comte Bertrand, neveu de ce dernier, 8c les témoins qui avoient été présens à la donation précédente, souscrivirent à celle-ci .

On voit évidemment par ces actes que Guillaume IV, comte de Toulouse, avoit plusieurs fils 8c une fille en 1080, 8c on sait d'ailleurs^ que l'aîné de ses fils s'appeloit Pons. Il les avoit eus de Mahaud ou Mathilde, sa première femme. Emme qu'il avoit épousée dès lors en secondes noces étoit troisième fille 3 de Robert, comte de Mortaing en Normandie, frère utérin de Guillaume le Conquérant 8c de Mathilde de Montgommery. Un de nos auteurs '^ prétend faussement que ce comte de Mortaing subjugua l'Angleterre 5 il a voulu parler sans doute de Guillaume, duc de Normandie, son frère utérin.

XV. — Raimond de Saint-Gilles perd sa première femme. — Il épouse Mathilde de Sicile en secondes noces.

Bertrand, fils de Raimond de Saint-Gilles qui souscrivit à ces actes, devoit être alors un peu âgé, puisqu'il y est qualifié comte. Raimond l'avoit eu de sa première femme, sa cousine ^ germaine, ou du moins sa parente, qu'il avoit épousée^ en premières noces dès l'an 1066 j ainsi Bertrand avoit au moins douze ans en 1080. Comme le pape Grégoire VII excommunia Raimond en 1076 8c 1078 pour l'obliger à se séparer de cette dame, ainsi qu'on l'a déjà vu, de là vient que quelques anciens, suivis de plusieurs modernes, ont re-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- '' ha VaWle, Annales de Toulouse, t. i,p. 77.

méro CCLXXVIII, la 3'' charte citée. ' Conciles, tome 10, p. 356 & 37i. — Voyez

" nu. n. CCLXXVIII. tome IV, Note XLI.

' Robert du Mont, Chron'icon, ad ann. iiSp. — * Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, nu-

Le P. Ange, Histoire ^ènéal. des pairs de France, méro CCXXIX. t. 2, p. 685.

~ J An iooo

gardé Bertrand comme bâtard ou fils naturel j mais il paroît ' certain * qu'il naquit sous la foi du mariage Se qu'on le tint pour légitime dans sa famille. On doit le regarder en effet comme tel à n'examiner que l'usage autorisé dans, ce siècle parmi les grands 8c les princes, & même parmi les simples gentilshommes, d'épouser leurs parentes, sans que cela ait empêché les enfans nés de pareils^ mariages de succéder au domaine de leurs pères, à l'exclusion de ceux qui étoient nés d'un mariage postérieur 8c conforme aux canons. Cet usage subsista jusques au pontificat de Grégoire VII qui se donna tant de soins pour rétablir l'ancienne discipline au sujet de ces mariages incestueux, qu'enfin il réussit à les abolir. Au reste il nous paroît hors de doute que cette première femme de Raimond de Saint-Gilles'^, dont on ignore le nom, étoit fille 8c héritière de Bertrand, comte de Provence, son oncle paternel ; qu'elle lui apporta ses droits sur la moitié de cette province, 8c que c'est principalement à cause de cette succession qu'il refusa de s'en séparer, 8c souffrit plutôt deux fois l'anathème.

Il faut cependant que Raimond eût enfin quitté cette princesse, si elle n'étoit déjà morte, ce qui paroît beaucoup plus vraisemblable, lorsqu'il épousa en secondes noces, en 1080, Mathilde, fille de Roger, comte de Sicile, prince nd. origîn. normand, frère du fameux Robert Guiscard, 8c de sa première femme Eremberge, fille de Guillaume, comte de Mortaingou Morton. Un historien ^ contemporain, qui qualifie Raimond comte de Provence très-célèhrcy rapporte les circonstances suivantes de ce mariage : « Ce prince, dit cet historien, instruit u de la réputation que le comte Roger s'étoit acquise par ses exploits, lui ente voya une ambassade solennelle pour lui demander en mariage Mathilde, sa « fille, princesse d'une rare beauté. Roger acquiesça volontiers à la demande u de Raimond, dont les ambassadeurs, après avoir signé le traité 8c pris jour « pour la célébration des noces, s'en retournèrent chargés de présens, 8c lui « annoncèrent le succès de leur négociation. Le comte de Saint-Gilles fit voile « peu de temps après pour la Sicile, où le comte Roger le reçut avec toute u sorte de démonstrations de joie 8c d'amitié. On rédigea le contrat de « mariage, dans lequel on fixa la dot de Mathilde, 8c Raimond l'épousa ensuite « en présence des évêques 8c de tous les ordres du pays. Après les noces, qui « furent célébrées avec beaucoup de pompe, Roger retint quelque temps son *> beau-fils dans son île, lui permit enfin de partir, 8c lui fit des présens magni- « fiques. Il en fit de semblables à tous ceux de sa suite, 8c renvoya ce prince « avec son épouse sur une flotte qu'il avoit fait équiper exprès. »

' Conciles, t. i o, p. 356 & Syi. ' Voyez tome IV, Note XIV, n. 2.

" Voyez tome IV, Note XLI. ' Gaufridus Malaterra, Hiu. Sic. éd. Muratorî,

' Ibid. 1.3,c. 14 & ixi ]. 4, c. 8.

An lotio '

XVL — Pierre, élu archevêque de Narhonne, excommunié 6* déposé de nouveau, — Dalmace lui succède.

Raimond de Saint-Gilles se réconcilia sans doute alors avec Grégoire VII '. Ce pape lui écrivit du moins à la fin de l'an 1081 dans des termes qui font assez comprendre qu'ils étoient parfaitement unis ; ce fut au sujet de Pierre, auparavant évêque de Rodez, Se alors archevêque élu de Narbonne, qui se maintenoit toujours sur ce dernier siège malgré les divers anathèmes lancés contre lui.

Ce pape, non content de l'avoir excommunié au concile romain tenu au mois de mars de l'an 1080, confirma^ dans un autre concile, tenu à Rome au "TlTTôs^ commencement de l'année suivante, la sentence de déposition 6» d'excommunication que ses légats avoient puhliée contre les archevêques d'Arles 6- de Narbonne. Comme il est certain ^ que l'archevêque d'Arles, nommé Aycard, fut déposé 5c excommunié comme usurpateur de son siège dans le concile que Hugues, évêque de Die Se légat du pape, tint à Avignon en 1080, c'est une preuve que Pierre, archevêque de Narbonne, y fut aussi déposé Se excommunié avec lui. Toute la différence qu'il y eut dans la condamnation de ces deux archevêques, c'est que le légat en fit élire un autre à la place d'Aycard, Se qu'on ne fit pas encore d'élection à Narbonne.

Grégoire, voyant que tous les anathèmes ne pouvoient obliger Pierre à quitter l'archevêché de Narbonne, à cause qu'il avoit toute l'autorité dans cette ville, fit enfin procéder à une nouvelle élection. Elle fut faite en la personne de Dalmace, abbé régulier de la Grasse au diocèse de Carcassonne, qui fut élu ou nommé au commencement de septembre de l'an 1081. L'auteur"^ qui rapporte des preuves certaines de l'époque de cette élection prétend ^ cependant que Dalmace fut élu incontinent après le décès de Guifred arrivé en 10795 mais il se contredit. Se il est certain qu'il y eut entre la mort de l'un Se l'élection de l'autre près de deux ans d'intervalle, pendant lequel Pierre, évêque de Rodez, jouit de l'archevêché de Narbonne.

Comme ce prélat se maintenoit par son propre crédit Se celui d'Aymeri premier du nom, vicomte de cette ville, son neveu, la difficulté étoit de faire introniser Dalmace Se de le faire jouir des revenus de l'archevêché. Grégoire, qui avoit cette affaire à cœur, écrivit "^ là-dessus le 28 de décembre suivant à deux comtes dont les noms ne sont marqués que parleur lettre initiale R. Se B'^. On convient que le premier est le même que Raimond de Saint-Gilles, qui , étant comte particulier de Narbonne, avoit beaucoup d'autorité dans cette

' Grégoire VII, I. 8, ep'ist. 16. ^ Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc,

' Conciles, t. 10, p. 398. p. 782.

^ Ihid. p. 390 & 391. « Grégoire VII, 1. 8, epist. 16.

"• Catel, Mémoires de l'h'istoirt du Languedoc, ' Ibid.

An 1081

ville 5 mais on prétend' que l'autre est Béranger, vicomte de la même ville, ce qui a donné lieu à un moderne ^ de croire que l'élection de Pierre à l'archevêché de Narbonne avoit été favorisée par Béranger, son frère^ vicomte de cette ville. Mais 1° Pierre étoit fils &. non pas frère de Béranger j 2^ celui-ci étoit déjà décédé depuis longtemps en io8i,8c on a déjà vu que la vicomte de Narbonne étoit possédée en 1080 par le même^ Pierre Se ses neveux j 3° il rj^pTalio' s'agit dans la lettre du pape d'un comte, 8c. non pas d'un vicomte. Elle ne peut donc regarder que Bernard, comte de Besalu, qui, en qualité de comte de Fenouillèdes, étendoit son domaine sur une partie du diocèse de Narbonne.

Grégoire VII à qui il importoit extrêmement que ces deux princes, qui partageoient entre eux la principale autorité dans ce diocèse, fussent favorables à Dalmace, les loue beaucoup sur l'attachement que leur maison avoit toujours eu au Saint-Siège. Il leur marque que cet attachement leur avoit mérité la victoire sur leurs ennemis Se une grâce singulière. « C'est pourquoi, ajoute-t- « il, nous vous prions Se nous vous ordonnons de la part de S. Pierre de venir « au secours de l'église de Narbonne, qui est depuis longtemps en proie aux « membres du démon. Se de favoriser de tout votre pouvoir notre frère Dal- « mace qui a été enfin élu Se canoniquement ordonné archevêque. Quant à <c l'usurpateur qui n'est pas entré par la porte comme un pasteur, mais parail- « leurs comme un larron, qui perd Se sacrifie les brebis de Jésus-Christ pour « les donner au démon, résistez-lui de toutes vos forces, si vous voulez mériter K d'obtenir la grâce du Dieu tout-puissant; tâchez de vous rendre S. Pierre « propice Se votre débiteur, car il peut vous donner Se vous ôter le salut, de (( même que les biens de la vie présente Se de la future. Il ne sait ce que c'est « que d'abandonner ceux qui lui sont attachés. Il résiste aux superbes Se élève « les humbles. » On voit par là que le pape, suivant les faux principes qu'on s'étoit faits alors, menace les deux comtes de les dépouiller de leurs domaines s'ils ne lui obéissoient.

Dalmace, selon le témoignage "^ des papes Grégoire VII Se Urbain II, étoit également recommandable par sa piété, la pureté de ses mœurs. Se son talent pour la prédication. Il avoit déjà succédé dès l'an 1068 à Rainulfe 5, abbé de la Grasse, comme on l'a vu ailleurs. Il conserva cette abbaye après son élection à l'archevêché. Un célèbre auteur prétend "^ qu'il possédoit aussi celle du Mas-d'Azil en loyS avec l'archevêché de Narbonne ; mais il a été trompé par la fausse date d'un acte'^ suivant lequel « Dalmace, archevêque de Narbonne, (c 6» Isarn, évêque de Toulouse, s' étant rendus au chapitre de V abbaye du Mas- <( d'A-^il, le premier pria Vautre de confirmer ce monastère dans la possession des u églises qui lui appartenoient dans son diocèse; » ce qu'Isarn fit en présence du même archevêque 6» abbé, de Pons, prieur. Sec. Ainsi cet acte, qui doit être

' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc, "t Catel , Mémoires de l'histoire du LanguedoCj

p. 781 & suiv. p. y82 8c suiv.

' Baluze, Notae in Coacil. Narb. p. i5 & seq. ' Mabillon, ad ann. 1071, n. 94.

3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Ibid. aà ann. loyS, n. 106.

méro CCLXXXI. " Baluze, Capitulaires, t. 2, p. 1 554 &. suiv.

An looi T

de l'an io85 8c non de Tan 107 5, puisque Dalmace ne fut élu archevêque qu'en 1081, prouve seulement que ce prélat prenoit alors le titre d'archevêque 81 d'abbé j mais c'étoit à cause qu'il conserva l'abbaye de la Grasse après son élection. D'ailleurs le monastère du Mas-d'Azil fut gouverné dans ce même temps par des abbés particuliers : Pierre l'étoit en ' 1067 lorsque Bernard de Durban, château situé dans le comté de Foix, fit un abandon des mauvais usages qu'il avoit établis sur cette abbaye. Au mois de mai^ de l'an 1081, peu de temps avant l'élection de Dalmace à l'archevêché de Narbonne, Pons avoit succédé à Pierre dans l'abbaye du Mas-d'Azil, comme il paroît par un acte suivant lequel Guillaume-Raimond de Marquefave 8^ plusieurs chevaliers , ses vassaux, craignant l'excommunication des conciles de Rome 6- de Toulouse, restituèrent alors à ce monastère l'église de Saint-Christophe. Enfin on ne voit pas que Dalmace fût abbé du Mas-d'Azil lorsque, deux ans^ après, quelques nobles du voisinage rendirent à cette abbaye l'église de Saint-Pierre de Thesac, moyennant cfé-wx c^nfj joZj de bonne monnoie de Toulouse ^ co. qu'ils firent « à cause « que le pape avoit ordonné, sous peine d'anathème, à tous les séculiers, de « rendre les églises qu'ils avoient usurpées sur les monastères, 8c parce qu'ils ce croyoient d'être damnés en les retenant. »

Dalmace garda l'abbaye de la Grasse depuis son élection jusques au mois de mai 1086, que Robert lui succéda. De là vient qu'il prend dans divers actes "^ de ce monastère le titre d'abbé 6* d'archevêque. Comme Pierre de Narbonne, son compétiteur, se maintint durant cet intervalle, malgré son excommunication 8c sa déposition, dans le temporel de l'archevêché dont il s'étoit saisi, cela engagea sans doute Dalmace, pour avoir de quoi subsister, à garder cette abbaye dont il se démit enfin dès qu'il fut paisible possesseur de l'archevêt^ii.p^'lGo '^^^^' ^^ ^^ ^^^ ^^ effet reconnu archevêque dans Narbonne que longtemps après son élection, comme on voit entre autres par une lettre que Grégoire VII ^ écrivit au vicomte Aymeri 8c à tout le peuple de cette ville, 8c dans laquelle il leur marque « qu'il leur enverroit volontiers sa bénédiction aposc( tolique, s'ils n'avoient pas encouru l'excommunication ; mais qu'il la leur « enverroit dès qu'il auroit appris leur repentir 8c leur obéissance à Dalmace « leur archevêque. Il ajoute qu'il leur avoit donné ce pasteur légitime pour « gouverner leur église, qui depuis si longtemps étoit à la merci des simonia- « ques, 8c que Dalmace, qu'il avoit confirmé 8c auquel il avoit donné sa béné- « diction , pourroit par son exemple 8c par ses bonnes mœurs réparer les « maux que les pasteurs mercenaires avoient causés parmi eux. Il les exhorte « enfin à reconnoître celui que l'Eglise romaine leur avoit donné 8c à lui « rendre l'obéissance qu'ils lui dévoient; sinon, il les menace de confirmer la « sentence d'excommunication prononcée par ses légats dans le concile de

' Voyez tome V, Chartes St. Diplômes , nu- * Histoire manuscrite de l'ahhaye de la Grasse.

méro CCXXXIV. ^ Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc ,

' Ihld, n. CCLXXXV. p. ■782 & suiv. — Recueil des ConclleSj t. i o, p. 8 1 o

^ Ihld. n. CCLXXXIX. &SU1V.

(( Toulouse. » On peut conclure de ce que nous venons de rapporter : 1° que Pierre s etoit déjà emparé de l'archevêché de Narbonne avant le concile de Toulouse, tenu en 1079 5 ^° ^^^ Hugues, évêque de Die &. légat du Saint- Siège, qui y présida, défendit au peuple de Narbonne de le reconnoître sous peine d anathème j 3° que Pierre se maintint dans l'archevêché de cette ville longtemps après sa déposition.

XVn. — Mort de Raimond-Béranger II, comte de Barcelone 6 de Carcassonne. — Mathilde, sa veuve, épouse Aymeri I, vicomte de Narbonne.

Cette lettre, qui n'est pas datée, fut écrite vers la fin de l'an 1082 ou même un peu plus tard, car Aymeri, neveu de Pierre, y est qualifié vicomte de Narbonne, & il est fort vraisemblable qu'il ne prit cette qualité qu'après son mariage avec Mahaud ou Mathilde, fille de Robert Guiscard, duc de Pouille St de Calabre j or ce mariage ne fut célébré au plus tôt qu'en io83, 8c non en io54 comme un auteur' l'a avancé.

Cette princesse avoit épousé en premières noces Raimond-Béranger deuxième du nom, comte de Barcelone, qui mourut au mois de décembre de l'an 1082. L'ancien auteur^ des Gestes des comtes de Barcelone a laissé les circonstances suivantes de sa mort: « Béranger, dit cet historien, jaloux de la réputation que « Raimond, son frère, s'étoit acquise par ses excellentes qualités, mais surtout « de ce qu'étant l'aîné, leur père ne l'avoit pas avantagé plus que son frère, « en conçut un si vif ressentiment, qu'un jour qu'ils voyageoient ensemble, « il l'assassina auprès de Girone. Tous les grands, ajoute-t-il, 8<. les nobles « de Catalogne, eurent horreur d'un pareil attentat 5c refusèrent non-seule- « ment de reconnoître ce prince, mais ils le chassèrent du pays j en sorte « qu'étant devenu muet 8c l'opprobre du genre humain, il mourut à Jérusa- « lem où il étoit allé en pèlerinage dans un esprit de pénitence. » Quelques historiens ^ modernes regardent avec raison la plupart des circonstances de ce récit comme fabuleuses. Ils prouvent que Béranger, qui étoit le cadet 8c non pas l'aîné, prit la tutelle de son neveu, fils de son frère, aussitôt après la mort de celui-ci j qu'il la garda pendant onze ans, 8c que pendant tout cet intervalle il continua de porter, comme auparavant, le titre de comte de Barcelone. Il est vrai que les deux frères avoient eu quelque différend au sujet du partage des comtés de Barcelone 8c de Carcassonne j mais ce différend étoit apaisé depuis longtemps, lorsque Raimond-Béranger II mourut. Tout ce qu'il y a donc de certain de la mort de ce prince, c'est qu'il fut assassiné ^ par une troupe de scélérats, le 6 de décembre de l'an 1082, entre Girone 8c Saint- Saloni. On fait un très-grand éloge de ce comte de Barcelone qu'on surnomma Tête-d'Étoupes, parce qu'il avoit la chevelure fort épaisse, selon quelques-uns,

' C„\\t\, Mémoires de Vh'ist. du Languedoc, -ç. 583. c. 67 & sulv. — Marca Hispan'ica, p. 463 & seq. ' Marca Hispan'ica, p. 645 & seq. ■* Voyez tome V, Chroniques, n. VI. — Marca

^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, Hispanica, p. ii3i.

An 1082

ouj selon les autres, parce qu'il avoit reçu diverses blessures à la tête. Il laissa de Mathilde de Sicile, sa femme, un fils unique nommé Raimond, né le 11 de novembre, vingt-cinq jours avant sa mort. Béranger I prit la tutelle de cet enfant, à l'exclusion de Mathilde, Se administra, tant en son nom qu'en celui de son neveu, tous les domaines de la maison de Barcelone, qui comprenoient entre autres en deçà des Pyrénées les comtés de Carcassonne 8c de Razès.

Mathilde ou Mahaud se remaria' avec Aymeri, vicomte de Narbonne, qui, après l'avoir épousée, lui assigna en 1087 ^, pour son douaire, la ville de Narbonne, le cens des juifs, divers autres droits qui dépendoient du domaine t!n',°p"f6i. '■^^ cette ville, tout ce qui avoit appartenu au vicomte Béranger, son aïeul, & enfin les châteaux de Magalas, Neyran, Châteauneuf, Saint-Martin 8c Durban. Aymeri fut le premier vicomte de Narbonne de son nom, car on a déjà fait voir ailleurs ^ que c'est sans aucun fondement que quelques-uns mettent le prétendu Aymeri, père de S. Guillaume de Gellone, à la tête des vicomtes de cette ville.

Il est aisé de comprendre, par ce que nous venons de rapporter, qu'Aymeri I posséda toute la vicomte de Narbonne : ce qu'on peut confirmer par la promesse"^ que Bernard troisième du nom, comte de Besalu, fils de feue Stéphanie, fit au nom de Raimond, comte de Rouergue, fils de la feue comtesse Almodis, à Aymeri, vicomte de Narbonne, fils de feue Foy, de le maintenir dans la possession des biens dont Béranger, vicomte de Narbonne, son aïeul, avoit joui. Nous inférons de cet acte que Raimond de Saint-Gilles avoit fait quelque traité avec Aymeri, 8c que pour la sûreté de sa promesse il lui avoit donné le comte de Besalu 8c divers autres seigneurs pour lui servir de caution. Enfin nous avons un serment de fidélité ^ prêté au même Aymeri par un nommé Roger, fils de Guisle, qui lui promit de l'aider contre tous, excepté contre ses propres vassaux, la vicomtesse de Béziers 8c son fils, Bernard Xadmar de la Redorte, 8c Pierre-Olivier de Termes. Ce dernier, l'un des principaux seigneurs du diocèse de Narbonne, dominoit sur un petit pays appelé le Termenois, qui est situé vers les frontières du comté de Fenouillèdes, 8c qui a pris son nom du château de Termes. Nous aurons occasion de parler dans la suite des successeurs de Pierre-Olivier dont quelques-uns se rendirent célèbres.

XVIIl. — Troubles dans les comtés de Carcassonne ^ de Rainés, dont le vicomte Bernard-Aton se rend maître.

An io83

La mort de Béranger II, comte de Barcelone, fut suivie de divers troubles qui s'élevèrent dans ses États tant en deçà qu'en delà des Pyrénées, durant

' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, c. 78 ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

& suiv. méro CCXCVI, — Voyez tome IV, Note XXVII,

^ Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, n. 9.

p. 583. 'Voyez tome V, Chartes S; Diplômes, nu-

^ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 10. méro CCXCVI,

An io83

la minorité de son fils'. Les chevaliers {milites) des environs de Carcassonne assiégèrent entre autres cette ville, dans le dessein de s'en emparer, peu de temps après la mort de ce prince. Ils incommodèrent tellement les habitans par le ravage qu'ils hrent de leurs terres 5c par d'autres hostilités, qu'enfin ces derniers étoient sur le point de se rendre lorsque le vicomte Bernard-Aton résolut de profiter de cette occasion pour réunir cette ville à son domaine. Il fit dire aux assiégés que s'ils vouloient le recevoir dans leur ville, il s'engageoit de les détendre contre tous leurs ennemis, avec promesse solennelle de rendre la ville 8c le comté de Carcassonne au jeune Raimond-Béranger III dès qu'il seroit parvenu à l'âge de majorité, 6* aurait été fait chevalier. Bernard-Aton ayant été introduit dans Carcassonne à ces conditions fit lever le siège 8c prit ensuite le gouvernement de la ville comme s'il en eût été le seul 8c véritable maître.

C'est ainsi que les Catalans rapportent la manière dont ce vicomte s'assura la possession de Carcassonne, ce qui pourroit donner lieu de croire que les troupes qui en commencèrent le siège agissoient en son nom 5c qu'il usa de ce stratagème pour s'en emparer. Il est du moins certain que Bernard-Aton 5c Ermengarde, sa mère, s'assurèrent vers le même temps, non-seulement de cette ville 8c de son comté , mais encore du Razès , du Lauragais 8c des autres domaines que cette dernière avoit aliénés en faveur de Raimond-Béranger I, comte de Barcelone, 8c qu'ils reçurent^ le serment de fidélité des principaux seigneurs de ces pays, comme s'ils en eussent été les seuls seigneurs, soit qu'il y ait eu quelque nouvelle convention entre eux 8c les comtes de Barcelone, ou qu'ils aient profité des troubles qui suivirent la mort de Raimond- Béranger II.

XIX, — Réforme de Véglise de Carcassonne. — Ahhaye de Sainte-Marie

de Carcassonne.

Nous voyons en effet qu'Ermengarde 8c Bernard-Aton, son fils, jouissoient au mois de mai de l'an io85 du domaine de Carcassonne 8c de son comté, par la donation qu'ils firent^ alors à la cathédrale, des dîmes qu'ils possédoient dans le domaine de cette ville 8c des châteaux de Couffoulens, Preixan, Arsens, Grèzes, Villalier, Capendu, Fontiez, Cassillac, 8cc., domaines qu'elle avoit vendus en 1067 ^ 8c 1070 au comte de Barcelone. Ermengarde fit cette donation 5 pour l'âme du comte Pierre-Raimond, son père, 8c de Rangarde, sa mère, à condition que les chanoines réguliers vivraient régulièrement dans le cloître de cette église, suivant les préceptes de saint Jérôme 6* de saint Au- t^ff pi"'!!?" gustiny 8c que s'ils venoient à quitter l'ordre canonique, les dîmes qu'elle leur

' Voyez tome V, Chroniques, n. 6." — Diago, ' De Vie, Histoire de Carcassonne, p. 62.

Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, c. 79. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numé-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ros CCXXXV, CCXLVII, CCLIII.

méro CCXCV. ' jjg Vie, Histoire de Carcassonne, p. 62.

An io83

donnoit reviendroient au domaine des vicomtes de Carcassonne. Ermengarde Si Bernard, son fils, se regardoient donc alors comme vicomtes de cette ville : 5c en effet, en logo', ce dernier prenoit le titre de vicomte de Carcassonne 6» de Ra-^èSyÇ^ut ses successeurs prirent aussi, quoique par les actes de 1067 81 1070 Ermengarde eût vendu ^ ces vicomtes au comte de Barcelone.

Pierre, évêque de Carcassonne, qui fut présent à cette donation, avoit établi les chanoines réguliers dans la cathédrale de cette ville Se dans les églises de Sainte-Marie Se de Saint-Etienne situées dans les faubourgs. Le pape Urbain IP confirma au mois de mai de Tan 1088, à la demande de ce prélat, ^institution des chanoines réguliers dans ces trois églises, dont la seconde portoit alors le surnom de ahhatia, parce que c'étoit ^ une ancienne abbaye. Elle étoit gouvernée en io85 par un abbé nommé Pons, suivant une donation ^ que la vicomtesse Ermengarde fit alors en sa faveur, du consentement de l'évêque Pierre Si du vicomte Bernard, son fils. L'église de Sainte-Marie de Carcassonne devint ensuite paroissiale 5c fut détruite durant la guerre des albigeois. Le terrain où elle étoit bâtie est aujourd'hui occupé par le couvent des capucins. Celle de Saint-Etienne est présentement détruite Se unie à la cathédrale.

XX. — Mariage du vicomte Bernard-Aton avec Cécile de Provence.

Comtes de Provence.

Levicomte Bernard-Aton épousa <5, en io83, Cécile, fille du comte Bertrand^ qui lui donna en dot cinq mille sols, savoir deux mille en argent comptant, mille en bœufs 6* en vaches, 6* deux mille en chevaux & mulets, avec sept de ses principaux vassaux pour servir de cautions, parmi lesquels étoit Guillaume Pourcelet. Bertrand promit d'en donner dix autres à la vicomtesse Ermengarde, mère du vicomte, le jour de la célébration des noces, pour l'assurance de la promesse qu'il lui fit de la laisser jouir de ses domaines.

Le nom des seigneurs qui cautionnèrent pour le comte Bertrand ne nous permet pas de douter qu'il ne fût comte de Provence. Il y avoit alors en effet dans ce pays deux comtes de ce nom : l'un "7, appelé simplement Bertrand, étoit comte d'Arles ou de la basse Provence, 5c avoit succédé vers l'an 1060 à Geoffroi I, son père. Il posséda d'abord son domaine par indivis avec ses deux cousins germains, Bertrand, ou Guillaume-Bertrand deuxième du nom, 8c Geoffroi II, tous les deux fils de Guillaume-Bertrand I, son oncle paternel, décédé vers l'an 10.54. Bertrand leur céda quelque temps après pour leur partage cette portion de la haute Provence qu'on appela dans la suite comté de Forcalquier Se que Guillaume-Bertrand II Se Geoffroi II, son frère, possédè-

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCII. ' Dom Estiennot, Fragmenta hlst. mss. t. r i. —

" Ibtd. n. CCXXXV, CCXLVII, CCLIII. Ruinart, Vita Urhani papae II, n. 266.

5 De Vie, Histoire de Carcassonne, p. 62. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXC,

'•VoyeztomeV.Chartes&Diplômes.n.CCXXXV. ? Voyez tome IV, NoteWV, n. 21 &suiv.

^ ' Anio83

rent en commun. Il paroît cependant que ceux-ci se distinguèrent entre eux par des titres ditïérens Se que le premier prit celui de comte de Nice. Geoffroi II étant décédé sans enfans après l'an 1094, sa portion échut aux héritiers "*de Guillaume-Bertrand II, son frère. Celui-ci eut de sa femme Adélaïde une fille qui porta le nom de sa mère, & qu'Ermengaud quatrième du nom, surnommé de Gerb, comte d'Urgel, mort en 1092, épousa en secondes noces j ce qui fit passer le comté de Forcalquier dans la maison ' de ce dernier. D'un autre côté Bertrand, comte d'Arles ou de la basse Provence, qui soumit^ en 1081 tous ses domaines à l'Église romaine, n'eut point d'enfans de Mathilde, son épouse; en sorte que Gerberge, sa sœur, femme de Gilbert, vicomte de Millau £<. de Gévaudan, hérita de tous ses Etats.

11 semble, par ce que nous venons de dire, que Cécile, fille du comte Bertrand, laquelle épousa en io83 Bernard-Aton, vicomte d'Albi, de Nîmes, Réziers, Agde, Carcassonne &: Razès, étoit fille de Guillaume-Bertrand II, comte de Provence, Se sœur puînée d'Adélaïde, femme d'Ermengaud, comte d'Urgel ; mais il nous paroît plus vraisemblable qu'elle étoit fille naturelle de Bertrand, comte d'Arles, ou de la basse Provence; ce qu'on peut fonder : 1° sur ce que ce dernier ne mourut que vers l'an ^ 1090, au lieu qu'il n'est pas certain que Guillaume-Bertrand II vécût encore en io83; 2° sur ce que la mère de Cécile, vicomtesse de Béziers, s'appeloit Alemburge "^ ; 3° enfin sur la modicité de la dot de Cécile. Au reste tous ces différens comtes de Provence n'avoient droit que sur la moitié du pays en qualité de descendans du comte Guillaume premier du nom, qui partagea cette province avec Rotbold, son frère, dont t^fi °"^63 Raimond de Saint-Gilles Se Guillaume IV, comte de Toulouse, son frère, qui avoient droit sur l'autre moitié, descendoient par Emme leur aïeule 5.

XXI. — Guillaume IV y comte de Toulouse j se brouille avec le pape à l'occasion de Véglise de Saint-Sernin,

Le zèle de ce dernier prince pour la réformation de l'église de Saint-Sernin de Toulouse lui suscita une affaire avec le pape Grégoire VII. Les clercs ou chanoines, après avoir pris depuis longtemps la place des moines qui desservoient autrefois cette église, située au faubourg de la ville, voulant se réformer, embrassèrent, sous le pontificat du même pape, la vie commune ou canoniale, avec la règle tirée de S. Augustin & des autres pères, telle qu'elle avoit été introduite en ce siècle ^ en diverses cathédrales Se abbayes du royaume. Nous ignorons l'année précise que cette réforme fut établie à Saint- Sernin; nous apprenons seulement que cette église étoit desservie par des

' Voyez to-.ne IV, yofe XIV, n. 21. ■'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nii-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- méro CCCCXVII.

méro CCLXXXVII. '■ Ruffî , Dissertation sur l'origine des comtes, &c.

' Ruffî, Dissertation sur l'origine des comtes de * Mabillon, ad ann. io5o,n. 35 j adann. io83,

l cnaissin & de Forcalquier, p. 33. n. j^i.

An io83

chanoines réguliers dès Tan 1076, par la donation ' que leur fit alors le prévôt de la cathédrale de Périgueux de l'église de Saint-Cyprien, pour y vivre régulièrement selon les institutions de S. Augustin, de S. Grégoire, de S. Jérôme (Sdes autres pères. Cet acte, qui est daté simplement du lundi jour de V Assomption i5 d'août, sous le pontificat du pape Grégoire, 6* le règne du roi Philippe, fut confirmé le samedi, dernier jour de décembre suivant, par Guillaume, évêque de Périgueux; ce qui prouve manifestement qu'il est de l'an 1076. Géraud, évêque de Cahors^, donna aussi vers le même temps « aux a clercs de Saint-Sernin de Toulouse l'église du Vigan, dans son diocèse, pour « y vivre suivant les décrets des pères, savoir de S. Augustin, de S. Jérôme « &. des autres, &cles clercs du V\g2in firent alors profession dans leur église « devant l'autel de Notre-Dame, entre les mains du prévôt de Saint-Sernin « auquel ils promirent obéissance. »

Les clercs ou les chanoines Ide Saint-Saturnin, après leur réformation, curent quelques démêlés 3 avec Isarn, évêque de Toulouse, Se son chapitre, qui prétendoient exercer une entière juridiction 8c avoir des droits particuliers sur leur église. Les premiers s'adressèrent alors, à l'insu d'Isarn 6c de son chapitre, au pape Grégoire VII, lequel, sur les représentations qu'ils lui firent qi^e leur église étoit soumise immédiatement au Saint-Siège, 8c sur l'offre de payer tous les ans dix sols de redevance à l'Eglise romaine, les mit sous sa protection 8c leur accorda un privilège que les chanoines de la cathédrale trouvèrent moyen de leur enlever. Ceux de Saint-Sernin s'en plaignirent au pape 8c lui portèrent en même temps leurs plaintes contre les religieux de Moissac, qui, sous l'autorité de Guillaume, comte de Toulouse, s'étoient emparés d'une église qui leur étoit soumise, 8c qu'Ame, évêque d'Oloron, leur avoit adjugée en présence des autres évêques, c'est-à-dire, sans doute dans le concile de Toulouse de l'an 1079. Sur ces plaintes le pape écrivit au cardinal Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille, 8c lui manda que l'église de Saint-Sernin, auprès de Toulouse, étant soumise à son autorité immédiate, 8c les chanoines qui la desservoient 6- qui avoient embrassé nouvellement la vie canoniale, vivant régulièrement, il obligeât le chapitre de la cathédrale, les religieux de Moissac 8c le comte de Toulouse à leur rendre justice, 8c l'évêque à ne pas les inquiéter, mais plutôt à protéger leur communauté (^canoniam).

Isarn, voyant"^ que la tentative qu'il avoit faite pour soumettre l'église de Saint-Sernin à son autorité ne lui avoit pas réussi, chercha un autre expédient. Comme il savoit que S. Hugues, abbé de Cluny, avoit beaucoup de crédit sur l'esprit de Grégoire VII 8c que ce pape, qui avoit été tiré du cloître, étoit très-affectionné à l'ordre monastique, il passa un concordat avec Hunaud,

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc,

méro CCLXV. p. 867. — Grégoire VII, 1. 9, epist, 29.

' Mabillon, ad ann. io5o, n. 3o j ad ann. io83, ^ Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc j

n. 41 . p. 873 & suiv.

An io83

abbé de Moissac, par lequel il céda à cet abbé St à celui de Cluny l'église de Saint-Sernin pour y établir des moines. Il se réserva cependant sur cette église, tant en son nom qu'en celui de son chapitre, la quatrième partie des offrandes, la clef du sépulcre du saint martyr, celle de l'autel de S. Asciscle le domaine sur les revenus de l'œuvre, jusques à ce que le bâtiment de l'église de Saint-Sernin fût achevé, la liberté d'inhumer dans le cimetière de la cathédrale tous ceux qui y choisiroient leur sépulture, & plusieurs autres chefs. L'abbé Hunaud consentit à toutes ces réserves, & Guillaume, comte de Toulouse, qu'Isarn avoit eu soin de mettre dans ses intérêts, autorisa non-seulement le traité, mais il s'engagea encore, en considération de ce qu'Isarn avoit donné l'église de Saint-Sernin à l'ordre monastique qu'il affectionnoit beau- ,% °'''5Jj"coup, de ne le jamais inquiéter dans la possession des domaines de son église, quand même le pape ou son légat useraient d'excommunication pour Vy obliger. Il s'engagea aussi à n'exercer sa juridiction sur aucun des clercs de la ville &c du faubourg, dès qu'ils auraient reçu la couronne cléricale, non plus que sur les officiers Se les sergens de l'évêque qui demeuroient dans la ville 5c dans le faubourg 5 8c pour gage de sa promesse il donna un baiser aux chanoines de la cathédrale. On convint enfin qu'il n'y auroit jamais d'abbé à Saint-Sernin, mais que la communauté seroit gouvernée par un prévôt, sous l'auforité de l'abbé de Cluny. Arnaud, abbé de Saint-Audard , aujourd'hui Montauban, fut présent à cet acte, qui n'est pas daté, mais qui doit être rapporté à la fin de l'an 1082 ou au commencement de l'année suivante, comme nous le verrons bientôt.

Le comte de Toulouse prit si fort à cœur l'introduction ' des moines de Cluny dans l'église de Saint-Sernin, que sur le refus que firent les chanoines de céder la place, il les chassa de sa propre autorité, 8c leur substitua les moines. Cette affaire fit beaucoup de bruit, 8c le pape à qui les chanoines expulsés se plaignirent de la conduite du comte, fit là-dessus à celui-ci une réprimande très-vive. Le cardinal Richard 8c Hugues, archevêque de Lyon, légats du Saint-Siège, Dalmace, archevêque de Narbonne, 8c S. Hugues, abbé de Cluny, tous quatre moines bénédictins, de même que le pape, les évêques 8c les principaux du pays désapprouvèrent également le procédé de Guillaume, qui se vit enfin obligé de restituer l'église de Saint-Sernin aux chanoines. 11 fit donc dresser un acte par lequel il témoigne son repentir d'avoir chassé de cette église les chanoines qui vivaient régulièrement , 8c il en rejette la faute sur l'abbé de Moissac qui le lui avoit conseillé. Il manda Géraud, évêque de Cahorsj 8c ce prélat ayant ramené les chanoines qui avoient été expulsés, 8c qu'il avoit sans doute retirés dans son diocèse, ce comte les remit dans la possession de leur église, en présence 8c par l'avis du même prélat, de Pierre, évêque de Carcassonne, 8c de Frotard, abbé de Saint-Pons de Thomières. 11 s'engagea par serment de laisser ces chanoines paisibles possesseurs de cette

' Catcl, Hlitoire des comtes de Toulouse^ p. 126.

r- 440 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XV.

An io83 ~~

église tant qu'ils vivroient canoniquement, leur assura la liberté de leur cloître, 8c promit que ni lui, ni sa femme, ni aucun de ses fils y n'y feroient plus à l'avenir aucune entreprise. Il les maintint dans la possession de leurs biens, 5c pardonna à tous ceux qui lui avoient résisté dans le temps de leur expulsion. Se dont il avoit résolu de tirer vengeance. Il révoqua enfin l'acte précédent qu'il avoit passé avec l'évêque Isarn Se l'abbé Hunaud, Se le déclara y^zwx. Le comte de Toulouse fit ce rétablissement le 28 de juillet de l'an io83 ; sa femme Emme y souscrivit après lui, Se ensuite les évêques de Cahors Se de Carcassonne, l'abbé de Saint-Pons, Isarn, vicomte de Saint-Antonin, Frotard, son frère, Sanche, vicomte de la Barthe, Guillaume de Biron, & plusieurs autres seigneurs.

Nous remarquerons par occasion qu'on trouve ici pour la première fois des vicomtes de Saint-Antonin, petite ville située à l'extrémité du Rouergue sur la rivière d'Aveyron, Se sur les frontières du Querci Se de l'Albigeois. Les noms d'Isarn Se de Frotard attacbés à leur maison, de même qu'à celle des vicomtes de Lautrec en Albigeois, peuvent donner lieu de conjecturer qu'ils étoient de la même race, ou du moins que les premiers s'étoient alliés avec les autres.

Les chanoines réguliers demeurèrent depuis paisibles possesseurs de l'église de Saint-Sernin, Se continuèrent d'être gouvernés par un prévôt jusque vers l'an II 19 qu'ils avoient un abbé' régulier, lequel fut sécularisé avec eux en i526. Il y a lieu de croire que le titre abbatial de cet ancien monastère n'avoit été éteint dans le onzième siècle que parce que les comtes de Toulouse s'en étoient emparés, à l'exemple des autres grands vassaux du royaume qui s'érigèrent en abbés séculiers des principaux monastères de leur domaine. Quant à l'évêque Isarn, on assure^ qu'il prit une nouvelle voie pour faire valoir les droits qu'il prétendoit sur l'église de Saint-Sernin , qu'il fit un voyage à Rome, Se que, sur les plaintes qu'il fit au pape Grégoire VII du privilège tfu,p"l'65. qu'il avoit accordé aux chanoines de cette église à son insu Se sans sa participation, ce pontife le révoqua en présence de Dalmace, archevêque de Narbonne, de l'archevêque d'Auch, des évêques de Porto Se d'Albano, de S. Hugues, abbé deCluny, d'Hunaud, abbé de Moissac, Se de plusieurs autres personnages de la cour romaine.

Page 1