‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 199 sur 227 · LIVRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIÈME

I. — Alphonse, comte de Toulouse, va en pèlerinage à Saint- Jacques en Galice. Il tient un plaid en Provence. — Comtes d'Orange.

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ALPHONSE-JOURDAIN, comte de Toulouse, ayant fait sa paix avec le comte de Barcelone, résolut d'entreprendre un pèlerinage qui dans • V 1 . • r V 1 1 A -1 1 1 • Ed. origin.

ces siècles etoit tort a la mode, même parmi les plus grands princes : 1. 11, p. 399.

c'étoit celui de Saint-Jacques en Galice, où il alla, en 11 25, accompagné d'Amélius, èvêque de Toulouse'. Après son retour, il restitua^, le samedi 24 d'avril de l'an 11 26, à l'église de Saint-Sernin les biens que le comte Raimond, son père, avoit donnés à cette église dans le temps de sa consécration par le pape Urbain II & que le comte Bertrand, son frère, avoit usurpés. L'acte est souscrit par le même Amélius, par Raimond, abbé de Saint-Sernin, Sec.

Alphonse fît un voyage dans ses États de Provence, la même année 11 26, 8c se rendit à Orange^ au mois de septembre. Béranger, évêque de cette ville, lui demanda alors, du consentement de Tiburge, fille Se héritière de Raimbaud, comte de cette ville, la restitution de quelques domaines que son église avoit possédés avant la guerre 6» la destruction de sa cathédrale, entre autres du cloître de Saint-Florent d'Orange, d'un étang voisin que la comtesse, mère t^'u ""^'^oô de Raimbaud, avoit donné à ce monastère, 8c enfin de la maison épiscopale 8c de l'ancien palais, situé devant la même cathédrale. Alphonse, trouvant que cette demande souffroit quelque difficulté, différa de la lui accorder 8c

■ Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc, ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. i8(5.

p. 879 & suiv. 3 Gallia Christiana, nov. edit. t. 2 j instr. p. i32.

An 1,26 ^^^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

tint un plaid au Pont de Sorgues, où il examina, avec ses baronsy les litres Se la déposition des témoins : on vérifia qu'Udalric, évêque d'Orange, avoit possédé le cloître de Saint-Florent avec l'étang voisin j qu'après la mort de ce prélat, la comtesse Adélaïde avoit restitué par son testament la maison épiscopale qu'elle avoit usurpée &c qu'elle avoit fait donation d'une condamine, du consentement de son fils Raimbaud , à l'abbaye de Saint-Florent. Après cet examen, Alphonse, qui dans l'acte se qualifie comte de Toulouse 6- marquis de Provence, adjugea tous ces biens à la cathédrale de Sainte-Marie & à l'abbaye de Saint-Florent d'Orange, leur céda tous les droits qu'il pouvoit y prétendre, mit ces églises sous sa protection spéciale & fit, pour cela, expédier un diplôme qu'il fit sceller de son sceau (^Praeceptum... 6* annuli nostri sigillo muniri Jussimus), afin de lui donner plus d'autorité. La charte, dans laquelle ce comte se sert à peu près des mêmes termes que nos rois dans les leurs, est datée d'Orange, le 8 de septembre de l'an 1126, la seconde année du roi Lothaire, empereur d'Allemagne, 8c souscrite par Raimond de Bajac , Ripert de Caderousse, Rostaing de Milon Se Pierre-Guillaume de Mornas , qui sont, à ce qu'il paroît, les principaux barons qui assistèrent Alphonse dans ce jugement. Gausfred , abbé de Saint-Florent d'Orange, 6<. plusieurs autres personnes de considération y souscrivirent aussi. C'est un des plus anciens monumens où les comtes de Toulouse fassent mention de leur sceau , qui étoit sans doute chargé de la croix pomettée qu'ils portoient dans leurs armes. Alphonse peut l'avoir prise après Raimond de Saint-Gilles, son père, qui, à ce qu'il paroît, se servoit aussi d'un sceau', en 1097, pour sceller ses actes ^.

Au reste, cette charte prouve évidemment la suzeraineté des comtes de Toulouse sur la partie de la Provence située entre l'Isère 8c la Durance; car la ville d'Orange avoit des comtes particuliers, comme il paroît par le même acte. Tiburge, alors héritière de ce comté, étoit fille de Raimbaud deuxième du nom, qui suivit Raimond de Saint-Gilles à la Terre Sainte 8c mourut durant cette expédition. Raimbaud II avoit succédé à Bertrand , comte d'Orange^, son père, qui vivoit sous le pontificat d'Alexandre II, 8c qui l'avoit eu d'Adélaïde, sa femme. Enfin Bertrand étoit fils de Raimbaud I, comte d'Orange. Tiburge, fille 8c héritière de Raimbaud II, épousa dans la suite Guillaume d'Omelas , frère de Guillaume VI , seigneur .de Montpellier, 8c porta par ce mariage le comté d'Orange dans la maison de ce seigneur.

n. — Libéralités d'Alphonse envers les églises de Toulouse. — // est garant de la paix entre le comte de Barcelone 6- les Génois.

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Alphonse, étant de retour à Toulouse, y donna deux, chartes l'année suivante. Par la première, il fait une donation "^ à l'église de Saint-Sernin , 8c

' TomeV, Chartes 8cDiplômes,n. CCCCLXXXVI. ' Gallia Christiana , nov. edit. t. i ; instrum.

' Voyez, au tome XII de cette édition, la note p. 120. sur la sigillographie de la province de Languedoc. ^ Catel, Mém. pour l'hist. du Languedoc, p. 186.

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confirme, par l'autre, qui est datée' du mois de juillet, la Fondation du prieuré ou monastère de Saint-Antoine de Toulouse, que ses prédécesseurs avoient tait bâtir hors des murs, près le château Narbonnois, sous la dépendance de l'abbaye de Lézat. Alphonse fit sceller de son sceau cette dernière charte, qui est souscrite par Pierre, son chapelain 6* son chancelier, ik dans laquelle il se qualifie par la grâce de Dieu comte de Toulouse, duc de Narbonne 6» marquis de Provence. •

Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, avoit alors un différend avec les Génois au sujet du droit que dévoient payer leurs bâtimens qui abordoient dans les ports de Provence & de Catalogne. Ce prince 8c la comtesse Douce ^, sa femme, convinrent^ enfin, le 28 de novembre de l'an 11 27, d'un traité de paix &. de commerce avec ces peuples, qui donnèrent pour leurs garants Alphonse, comte de Toulouse, Aymeri , vicomte de Narbonne, & les habitans de Montpellier. Le comte & la comtesse de Barcelone donnèrent pour les leurs aux Génois les évêques de Fréjus 8c d'Antibes. Il est marqué, dans un article de ce traité, que les vaisseaux génois jouiroient du même privilège que ceux de Montpellier, & qu'ils payeroient un pareil droit dans les ports du comte de Barcelone. Les seigneurs de Montpellier avoient sans doute mérité ce privilège par les services importans qu'ils avoient rendus aux comtes de Barcelone, durant leurs guerres contre les Maures. Il paroît d'ailleurs que Raimond-Bé- Éd. origin.

r . . , . t. Il, p. 401.

ranger III fut toujours très-uni avec Guillaume VI, seigneur de Montpellier.

III. — Dijjèrends 6 paix entre Bernard IV, comte de Melgueil, 6* Guillaume VI, seigneur de Montpellier.

Il restoit encore entre ce dernier 8c Bernard IV, comte de Melgueil ou de Substantion, quelques différends qu'ils terminèrent au mois de juillet de l'an II 28. Le comte, parle nouveau traité'^ qu'il fit avec Guillaume, s'engage : 1*5 de ne point faire fabriquer de la monnoie à Melgueil, sans le consentement de ce seigneur 8c de ses vassaux, que conformément à l'aloi 8c au poids marqués dans l'acte 5 2° il déclare que s'il laisse des enfans après sa mort, le même Guillaume 8c ses successeurs auront leur haillie ou tutelle, savoir : des mâles jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à l'ordre de chevalerie 8c qu'ils soient en état de gouverner leur domaine par eux-mêmes, 8c des filles jusqu'à ce qu'elles aient atteint l'âge nubile; 3° enfin Bernard se désiste de toutes les demandes qu'il faisoit à Guillaume, à la réserve des articles qui avoient été réglés par l'archevêque de Tarragone 8c l'évêque de Maguelonne, 8c lui laisse entre autres le château de Montferrier. Le seigneur de Montpellier se désista

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- Provence. [Gesta comitum Barcinon. c. x\\. Marca

méro CCCCV. H'upanica, col. 646, &c.) [E. M.]

' Douce, femme de Raimond-Eéranger III, comte ' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 9

de Barcelone, était fille aînée & héritière de Gil- c. 109. bert, vicomte de Millau 8t de Gévaudan & comte de ^ Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCCCVII.

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de son côté des demandes qu'il faisoit au comte & lui prêta, en considération de cet accord, la somme de treize mille sols melgoriens que ce dernier promit de lui payer des premiers deniers qui proviendroient de la moitié du droit qu'il avoit sur la monnoie; en sorte que de douze deniers qu'il prenoit par livre, Guillaume en auroit six jusques à l'entier payement de cette somme. L'acte fut passé en présence de Decan de Posquières, Bernard d'Anduze, Bertrand de Lunel-Viel, Arnaud d'Omela», Aymeri , écuyer de Decan, Sec. Bertrand de Lunel étoit sans doute parent de Raimond-Pons de Lunel , dont il est fait mention dans un acte' de l'an 11 27, passé en présence d'Aymar de Montlaur.

IV. — Voyage de Guillaume ^ seigneur de Montpellier, 6* de son frère à la Terre Sainte. — Mariage du premier.

Guillaume de Montpellier fit ^ peu de temps après, avec Guillaume d'Omelas, son frère, un voyage à la Terre Sainte, d'où il rapporta diverses reliques. Ces deux seigneurs étoient de retour de ce pèlerinage en 11 29. Le dernier fut présent alors au contrat^ de mariage d'Arnaud d'Omelas, son vassal, avec Sybille, fille de feu Pierre d'Obilion j il marque, en souscrivant à cet acte, qu'il étoit revenu la même année de Jérusalem. Sybille épousa Arnaud d'Omelas du conseil de Pierre d'Obilion, son oncle paternel, de ses autres parens, entre autres de Pierre, évêque de Lodève, de Guillaume-Raynon de Caylar & de la plus grande partie des chevaliers de Melgueil, parmi lesquels dix cautionnèrent pour elle. Se dix autres pour son mari.

Le seigneur de Montpellier épousa lui-même, au mois d'août de l'an 11 29, une dame appelée Sybille, que quelques auteurs disent sans fondement fille du roi de Jérusalem : d'autres prétendent"^ qu'elle étoit native d'Aragon ou de Catalogne, Se cousine de Pons de Mataplane. Il est vrai^ que Guillaume VI, seigneur de Montpellier, appelle ce dernier son cousin dans son testament; mais cela ne prouve nullement que Sybille, sa femme, fût de cette famille, Se cela devroit plutôt s'entendre d'Ermessinde, sa mère. Quoi qu'il en soit, Guillaume, par son contrat de mariage avec Sybille, lui'^ assigna pour son douaire le château de Montferrier, avec quelques autres villages, entre autres celui de Substantion, Se cinq cents sols melgoriens de rente, pour en jouir après sa mort, outre la somme de dix mille sols dont il lui permit de disposer. Il promit de lui donner mille sols melgoriens tous les ans pendant qu'il vivroit, 6* de ne la répudier que par un juste jugement. Quarante chevaliers jurèrent l'observation de tous ces articles. Arnaud, archevêque de Narbonne, Bernard, archevêque d'Arles, les évêques Raimond de Maguelonne, Bernard (ou plutôt Bermond) de Béziers, Se Pierre de Lodève entre les ecclésiastiques;

' Trésor des chartes de Toulouse, sac 2, n. i. ^ Gariel , Séries praesulum Magalonensium G

' Gariel, Séries praesulum Magalonensium, -p, 141, Montispeliensium , p. 247. 2*' édit. ' D'Achery, Spicilegium, t. 9, p. i38 & seq.

' D'Achery, Spicilegium, t. 9, p. i38 & seq. ^ Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCCXI.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIL Gd, ~T

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Bernard d'Anduzc, Guillaume d'Omelas, frère du seigneur de Montpellier, Decan de Posquières, &. plusieurs autres seigneurs séculiers furent présens au contrat de mariage.

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