‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 201 sur 227 · IX. — Union des trois vicomtes, fils de Bernard-Aton · texte numérisé non relu

IX. — Union des trois vicomtes, fils de Bernard-Aton

En conséquence du testament de Bernard-Aton, Roger, son fils aîné, fut

vicomte de Carcassonne, de Razès Se d'Ambialet ou d'Albi \ mais il prit plus

communément le simple titre de Roger de Bé~[iers. Raimond, son second fils,

prit le surnom de Trencavel, Se il fut vicomte de Béziers Se d'Agde. Enfin

Ed origin. Bcmard-Aton, le troisième, fut le cinquième vicomte de Nimes de son nom.

On pourroit croire qu'il rencontra d'abord quelque difficulté de la part des habitans de Nimes, lorsqu'il prit possession de la vicomte de cette ville. Il est marqué en effet, dans une ancienne chronique'^, que le château de Nimbes fut assiégé en ii3o, mais nous ignorons les circonstances Se le véritable motif de ce siège. Ce qu'il y a de vrai, c'est que ces trois frères vécurent toujours très-unis. Les deux premiers, peu de temps après la mort de leur père, passèrent un accord^ par lequel ils confirmèrent son testament, se substituèrent leur domaine Se promirent de s'entr'aider envers tous Se contre tous, excepté contre Cécile, leur mère. Chacun fit jurer en même temps par dix de ses prin-

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCCCLX , l'alinéa commençant par : De ista hora in antea ego Guillelmus, &c.

' Catel, Mém. pour l'hist. du Languedoc, p. 585.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCCCXXXV, dernier alinéa.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCLXXI.

5 Uid. n. CCCCLXII.

" Voyez tome V, Chroniques, n. V.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCXIV.

cipaux vassaux, l'observation de ce traité, qui est souscrit par la vicomtesse, leur mère, Béranger de Ventajon, abbé de Saint-Aphrodise de Béziers, Bernard de Canet, son frère, 5(.c.

Ces deux vicomtes se promirent' encore par un nouveau serment, le 23 de février de l'an ii3o, de défendre le domaine l'un de l'autre pendant cinq ans, à compter depuis la fête de Pâques prochaine, contre leurs ennemis communs, 8c de ne pas faire la paix avec eux sans le consentement de l'un &(. de l'autre Se celui de leur mère. Dix-sept chevaliers ou gentilshommes, entre autres Rostaing de Posquières^, leur beau-frère, 8c Guillaume de Minerve, firent serment en même temps par leur ordre d'abandonner celui des deux qui enfreindroit l'accord 8c de tourner leurs armes contre lui. Guillaume de Montpellier, Bernard d'Anduze, le comte de Foix, Gausfred, comte de Roussillon, beau-frère des deux vicomtes, 8c plusieurs autres seigneurs furent présens à cet acte.

X. — L'aîné se ligue avec Roger III, comte de Foix. — Alphonse, comte de Toulouse, leur accorde sa protection.

On voit par là que Roger III, comte de Foix, vécut en bonne intelligence avec les fils de Bernard-Aton. Il fit serment^, vers le même temps, aux deux aînés de les protéger 8c s'unit plus particulièrement avec le vicomte Roger, par un serment mutuel de s'entr'aider envers tous 8c contre tous, excepté contre le comte de Toulouse. Le comte de Foix promit de plus au vicomte Roger de lui faire prêter le même serment par ses enfans, lorsqu'ils seroient parvenus à un âge compétent. Roger de Béziers promit de son côté au comte de Foix que lorsqu'il auroit des enfans 8c qu'ils seroient en âge, ils lui feroient un pareil serment.

La protection qu'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, accorda aux trois fils de Bernard-Aton, peu de temps après la mort de ce dernier, contribua aussi sans doute à les maintenir dans la paisible possession de leurs domaines. Il leur promit par serment'^ de les laisser jouir en paix de leurs villes, bourgs 8c châteaux, 8c de ne leur causer aucun dommage, à moins qu'ils ne se fissent la guerre l'un contre l'autre. Alphonse fit cette promesse en présence de Raimond de Baux, Rostaing de Posquières, Guillaume-Hugues de Monteil, Rostaing de Sabran, Éléazar de Castries, Pierre-Bermond de Sauve, Aymeri de Narbonne, 8cc.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- Nous reviendrons sur cet ouvrage qui modifie en

méro CCCCXIV. plusieurs points la Note LU du tome IV de cette

" C'est B.ostaing II de Posquières, qui a donné édition, lorsque nous donnerons, dans le tome VII,

naissance à la branche des seigneurs de Posquières. la suite chronologique des seigneurs d'Uzès. [E. M.]

Voyez G. Charvet, Etude historique & généalogique ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

sur la. première maison d'Usés, suivie du Catalogue méro CCCCXV.

analytique des éyêques d'U'^ès. Alais, 1870. In-8°. ^ Ihid.

An I i3o

An j i3o

XI. — Cécile, mère des trois vicomtes, prend V administration de leurs

domaines.

Il paroît que Cécile de Provence, mère des trois vicomtes, établit sa résidence, après la mort de son mari, au château de Cessenon dont elle devoit avoir la jouissance. Se qu'elle prit l'administration de tous leurs domaines, conformément au'testament de Bernard-Aton, leur père, de l'an 1118. Nous voyons, en effet, qu'elle reçut non-seulement le serment de fidélité' pour ce château, mais encore conjointement avec Roger èi. Raimond, ses fils, pour ceux de Razès, &c. Hugues de Saissac promit aussi à la même vicomtesse Se à son fils Roger de ne pas leur faire la guerre, moyennant la somme de mille sols melgoriens neufs Se cent sols hugonens qu'ils lui donnèrent.

XII. — Nouvel accord entre Bernard, comte de Melgueil, 6* Guillaume

de Montpellier.

Éd. origin.

Cette monnoie neuve de Melgueil fut fabriquée en ii3o, en conséquence d'un nouvel accord^ que Bernard, comte de Melgueil, Se Guillaume de Montpellier, son beau-frère, passèrent ensemble au mois d'avril de la même année. Par cet acte 1° Bernard donne en fief à Guillaume Se à ses successeurs, seigneurs ou dames de Montpellier, trois deniers pour livre sur la monnoie de Melgueil, tant à cause qu'il l'avoit affoiblie, qu'en reconnoissance de la somme de dix-huit mille sols melgoriens que ce seigneur lui avoit donnés; 2° il règle l'aloi Se le poids de la monnoie qu'il fera fabriquer à l'avenir ; 3° il déclare qu'en cas que les enfans qu'il pourroit laisser en mourant ne fussent pas dans un âge à pouvoir se gouverner par eux-mêmes, ils seroient sous la tutelle de Guillaume Se de ses successeurs qui seroient chargés de l'administration de 'a monnoie Se du château de Melgueil , du comté de Substantion , Se enfin de tout son domaine jusqu'à ce que les mâles fussent faits chevaliers Se que les filles fussent mariées, de l'avis'du même Guillaume Se de ses successeurs; 4° il promet, en cas que quelqu'un des cinquante otages ou cautions qu'il donne à ce seigneur pour la sûreté de cet accord vînt à mourir, d'en substituer un autre à sa place, à condition que les successeurs de Guillaume lui prêteront' le même serment que ce dernier lui avoit prêté. Il ordonne en même temps aux comtes (S- aux comtesses de Melgueil qui lui succéderont de faire, de leur côté, aux seigneurs de Montpellier le même serment qu'il avoit fait à Guillaume. Ces deux sermens sont à la suite de l'accord. Guillaume promet par le sien à Bernard de ne pas contrefaire la monnoie de Melgueil, Se ce comte promet à Guillaume de le faire jouir des trois deniers pour livre qu'il lui avoit donnés

'Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, numéro CCCCXV.

' Voyez tome V, Chartes & Diplôme méro CCCCXIX.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVil. ôyj

sur cette monnoie. La comtesse Guillemette, femme de Bernard Se sœur de Guillaume, ratifia tous ces actes qui furent passés en présence de divers seigneurs 8c d'Arnaud, archevêque de Narbonne, qui les confirma par ordre d'Innocent 11.

XIIL — Arrivée du pape Innocent 11 dans la Province. — Plusieurs prélats 6* seigneurs du pays se déclarent en sa faveur contre V antipape.

Ce pape se trouvoit alors en France, où il avoit été obligé de se réfugier. Il avoit été élu le i5 de février de Tan ii3o, par la plus saine partie des cardinaux, après la mort d'Honoré II, son prédécesseur. D'un autre côté, le cardinal Pierre de Léon, qui prit le nom d'Anaclet II, ayant été élu par le reste du sacré collège, il se forma deux partis dans Rome en faveur des deux contendans à-la papauté. Celui d'Anaclet prévalut 8c Innocent fut obligé de sortir de cette ville. Celui-ci s'embarqua' sur deux galères qu'il trouva sur le Tibre, 8c après s'être arrêté quelques jours à son passage à Pise 8c à Gênes, il aborda enfin à Saint-Gilles sur le Rhône. Il se rendit de là à Arles 8c à Avignon 8c envoya aussitôt divers légats au roi Louis le Gros 8c aux grands vassaux du royaume, pour les portera le reconnoître comme canoniquement élu.

Si nous en croyons un moderne^. Innocent aborda d'abord à Maguelonne, d'où il se rendit à Saint-Gilles; mais cet auteur ne donne aucune preuve de ce fait. Il ajoute que Guillaume, seigneur de Montpellier, n'eut pas plutôt appris l'arrivée du pape, qu'il alla au-devant de lui pour lui offrir ses services, ce qui est assez vraisemblable. Nous avons, en effet ^, un bref d'Innocent II, adressé à Guillaume Se daté d' Avignon le 24 de mars, la première année de son pontificat, par lequel, après avoir loué ce seigneur de son dévouement envers le Saint-Siège 8c envers lui-même, il le met avec la ville de Montpellier 8c tout son domaine, sous sa protection, 8c le qualifie chevalier spécial de saint Pierre (ac specialem B. Pétri militem). On voit encore l'union qui étoit entre Innocent Il 8c Guillaume, par quelques autres lettres de ce pape, entre autres par celle'^ qu'il lui adressa de Saint-Germain le 21 de septembre suivant, pour le prier, comme son propre fils spirituel 6* de saint Pierre, d'agir pour les intérêts de l'Église romaine, avec promesse de conserver une éternelle reconnoissance de ses services. Ces lettres prouvent 1° que Guillaume de Montpellier fut un des premiers seigneurs du royaume qui reconnut Innocent II 8c qu'il s'employa pour le faire reconnoître dans le pays; 2° que ce pape arriva en France bien plus tôt qu'on ne l'avoit cru^ jusqu'ici : on vient de voir, en effet, qu'il étoit à Avignon dès le 24 de mars de l'an ii3o, trente-neuf jours après son élection.

' Jeta Innocenta II, apiid Baron, ad ann. i i3o, ' Gnriel, Séries pracsulum Magatonensium, p. 170.

n, 67. — Orderic Vital, 1, i3, p. SçS. t lèid.

' Gcirïel, Séries praesuluin Mtigalonensiiim, p. ijo. ^ Pagi, ad ann. ii3o, n. 34 & 36.

An I I 3o

An 1 i3o

Éd.

Les légats qu'Innocent avoit envoyés au roi Louis le Gros & dans les diverses provinces de France lui attirèrent beaucoup de partisans. Le roi ayant convoqué à ce sujet un concile à Étampes, vers le mois d'avril ' de la même année, ce prince se déclara en sa faveur avec toute l'assemblée. Anaclet, de son côté, se donna de grands mouvemens pour prévenir les François, &. envoya d'abord un légat au roi & un autre en Aquitaine. Il se flattoit d'autant plus de trouver de la protection en France, qu'outre qu'il y avoit été élevé & avoit pris l'habit monastique à Cluny, il s'étoit fait beaucoup d'amis durant la légation qu'il avoit exercée en diverses provinces du royaume, & en particulier^ dans p'.'S. la Narbonnoise &. l'Aquitaine ; mais tous ses soins eurent fort peu de succès. On prétend qu'il avoit mené une vie très-déréglée dans ces provinces, &. ses adversaires lui reprochèrent entre autres le scandale qu'il avoit causé alors par ses débauches, à Montpellier &: aux environs. Innocent avoit au contraire des mœurs très-pures, ce qui ne contribua pas peu à lui gagner les cœurs. Aussi tout le royaume se déclara-t-il bientôt pour lui, à la réserve d'une partie de l'Aquitaine que Gérard, évêque d'Angoulême, homme ambitieux 8c débauché, attira au parti d'Anaclet, qui le créa son légat sur cinq provinces de France. Tous les efforts de Gérard en faveur de l'antipape auroient abouti cependant à peu de chose, si Guillaume X, duc d'Aquitaine, n'avoit eu le malheur de se laisser séduire par cet évêque. On a déjà vu qu'Arnaud, archevêque de Narbonne, reconnoissoit déjà Innocent au mois d'avril de l'an ii3o, 8c ce fut sans doute par reconnoissance que ce pape le confirma dans la fonction de légat du Saint- Siège dès le commencement de son pontificat, comme il paroît par divers monumens.

"XIV. — Conciles du Puy 6- de Ctermont.

S. Hugues, évêque de Grenoble, fut aussi un des plus zélés partisans d'Innocent. Quoique infirme^ 8c extrêmement âgé, il se fit porter au Puy, où il assista à un concile qu'on y tint dans le même temps qu'on tenoit celui d'Etampes, 8c dans lequel les évêques des provinces méridionales du royaume reconnurent unanimement ce pape 8c excommunièrent Anaclet. Un historien "^ moderne ajoute qu'Innocent II assista en personne au concile du Puy 5 mais ce pape étoit encore alors à Avignon 5. Il se rendit de cette ville à Viviers 8c de là au Puy, où il n'arriva qu'après la tenue du concile. Il partit ensuite pour la Bourgogne 8c demeura onze jours dans l'abbaye de Cluny, dont il consacra^ l'église à la mi-octobre. Il revint en-Aquitaine 8c présida au concile

' Pagi, ad ann. ii3o, n. 35. ' Bollandistes, avril, t. 2, p. 144, Vie de saint

'' Arnulphi Sagiensii archid'tacon'i, post ep'iscop'i Hugues. Lexoviensis , Tracîatus de Schismate orto post Ho- ■* Le P. Daniel, Histoire de France, t. i, p. 1 161.

norii papae II decessum, c. i3, Spicilegium, t. 2; & ^ Acta Innocentii II, apud Baron, ad ann. i i3o,

éd. in-f°, t.i,p.i52. n.67. — Pagi,adann.ii3o,n.35.

* Pag'i 3d ann. i i3o, n. Sy.

'' Anii3o

de Clermont en Auvergne qui fut tenu au mois de novembre de la même année.

Huit archevêques ' de France, entre autres Guillaume de Bourges, Etienne devienne, Arnaud de Narbonne &c Guillaume d'Auch, assistèrent au concile de Clermont avec leurs sujjragans ; ce qui nous donne lieu d'inférer que tous lesévêquesde la Province s'y rendirent^ nous savons du moins que Humbert, évêque du Puy, s'y trouva. Tous les prélats du concile promirent obéissance à Innocent 5c dressèrent treize canons. Aycard^, prévôt de Saint-Étienne de Toulouse, qui y assista, avoit résolu d'y porter ses plaintes contre l'union qui avoit été faite longtemps auparavant, de l'église ou monastère de la Daurade à l'ordre de Cluny, au préjudice du droit que les chanoines de la cathédrale prétendoient sur cette église 5 mais l'archevêque d'Auch le détourna de ce dessein, 8c il se contenta de s'adresser à Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui étoit présent 8c qui, en qualité de supérieur médiat du monastère de la Daurade, écrivit à Roger, abbé de Moissac, pour le charger du soin d'accommoder cette affaire.

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