‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 225 sur 227 · LXXIX. — Études.' — Origine de l'université de Montpellier · texte numérisé non relu

LXXIX. — Études.' — Origine de l'université de Montpellier

Les Juifs exerçoient aussi la médecine dans le Languedoc, au douzième siècle, Se on vient de faire mention du rabbin Juda, médecin de Lunel : ainsi

' Itinerar'tum Benjam'inï Tudelensïsj edit. i633, p. 4 & seq.

' Nous avions cru, sur l'autorité de Constantin l'Empereur, traducteur de l'Itinéraire de Benjamin de Tudèle, que ce voyageur parloit de Beaucaire j mais M. Astruc ' a fait voir qu'il s'agit, dans l'endroit cité, de Posquières, près de Vauvert, au diocèse de Nimes, & qu'il n'en parle que comme d'un gros bourg & non comme d'une ville considérable. Ainsi il faut appliquer à Posquières ce que nous avons dit qu'il rapportoit de Beaucaire. M. Astruc fait voir aussi que c'est mal à propos que les traducteurs de ce Juif lui font donner le nom de Nogres au bourg de Saint-Gilles, & que Benjamin a voulu dire seulement qu'il trouva, au village appelé Bourg Je Saint-Gilles^ le rabbin Abba-Mari, intendant de Raimond V, comte de

' Mémoires pour l'Histoire naturelle du Languedoc, p. 199 & suiv.

Toulouse & de Saint -Gilles. [Note additionnelle placée par dont Vaissete au tome V de l'édition originale, p. 681 .]

^ Les matières qui font l'objet des derniers chapitres de ce livre ont été traitées par dom Vaissete d'une manière fort sommaire. Depuis la publication de l'Histoire générale de Languedoc, quelques-unes d'entre elles ont donné lieu à de nouvelles études. Nous citerons entre autres, sur l'histoire de l'université de Montpellier, le mémoire publié par M. Germain, sous le titre de la Renaissance a Montpellier, qui renferme des détails intéressants sur la faculté de médecine de cette ville; les différentes publications de MM. Bartch , Paul Meyer, &c., sur la langue romane du Midi & sur la poésie des troubadours. On trouvera, du reste, l'indication détaillée de ces différents travaux, dans les notes spéciales que nous avons déjà plusieurs fois mentionnées & qui seront insérées dans les tomes VI] & X de cette édition. [E. M.]

nous ne doutons pas qu'ils n'aient été les premiers qui professèrent publicjuement cette science à Montpellier, où ils avoient alors une académie célèbre. Nous voyons du moins qu'on y enseignoît la physique ou médecine, en 1180, par le privilège que' Guillaume VIII, seigneur de cette ville, accorda alors à toute sorte de personnes, de quelque pays qu'elles fussent, d'y professer publiquement cette science, avec promesse de ne plus les restreindre à l'avenir, comme auparavant, à un seul professeur, quelque prière qu'on lui fît, ou quelque somme qu'on lui présentât. Ce monument est le plus ancien que nous connoissions en faveur de la faculté de médecine de Montpellier, l'une des plus anciennes Se des plus célèbres de TEurope. On fait remonter^ son origine jusques au onzième siècle, & peut-être même, ajoute-t-on, jusques au dixième. On convient cependant qu'elle ne fut érigée en faculté publique qu'en 1220.

Le droit romain fut aussi enseigné ^ publiquement à Montpellier au douzième siècle, 8c le fameux jurisconsulte Placentin mourut dans cette ville en 1192, après l'y avoir professé pendant longtemps. Se l'avoir éclairci par ses commentaires. Il fut inhumé dans le cimetière de Saint-Barthélemi. Azon, autre célèbre jurisconsulte, natif de Bologne en Italie, professa aussi le droit à Montpellier dans la suite : ils eurent des successeurs qui se distinguèrent par leur mérite & leur capacité. Ces jurisconsultes enseignoient les Pandectes florentines, ou le Digeste 8c le Code de Justinien, qui depuis la fin du douzième siècle prirent enfin en Languedoc la place du Code théodosien ou de l'abrégé d'Anian , lequel jusques alors avoit été le seul en usage dans cette Province. Quant à la grammaire, à la philosophie 8c à la théologie, on ne les enseignoit alors que dans les cloîtres"^ des cathédrales 8c des abbayes.

LXXX. — Le Languedoc compris dans la Provence généralement prise. Poésie provençale. — Poètes provençaux natifs de la Province.

On cultiva aussi la poésie latine 8c la provençale en Languedoc dans ce même siècle. On a déjà dit ailleurs que Pierre le Vénérable 5, abbé de Cluny, fait mention d'un religieux de Toulouse de son ordre qui avoit rétabli de son temps la poésie latine dans cette ville, où elle avoit été anciennement en honneur. Nous avons divers monumens qui prouvent que la provençale y étoit alors fort en vogue. On comprenoit au douzième siècle, comme dans le précédent*^, sous le nom général de Provençaux , les peuples de la Provence proprement dite 8c ceux des provinces voisines, mais surtout du Languedoc; en sorte qu'on divisoit alors le royaume en France 8c en Provence, suivant les deux différens idiomes dont se servoient les peuples de ces deux parties de la

' Gariel, 5<rries/>raeiuZ«m Ma^aZort. p. 229 & seq. ^ De Vie, Chronolog'ia episcoporum Carcassonen-

" Voyez le Journal de Trévoux, août 1 78 1 , sium, p. 74.

p. ij,26. ■■■ Pierre le Vénérable, 1. 4, Ep'ist. 23.

' Gariel, Séries pracsulum Magalon. p. 241 &.seq. ® Voyez ci-dessus, livre XIV, n. ci.

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Ed.ongin. monarcliie : c'est ainsi que Pierre le Vénérable ' & Geofïroi , abbé de Haute-

combe ^, auteurs contemporains, mettent Nîmes en Provence, & que Robert, abbé 3 du Mont-Saint-Michel, autre historien du temps, parlant du voyage qu'Alexandre III fit en France, en 1162, dit que ce pape arriva à Montpellier en Provence. On voit aussi que les auteurs du même siècle mettent Saint- Gilles en Provence, quoique cette ville soit en deçà du Rhône, 8c que les templiers & les hospitaliers donnoient le nom de Provence, ou de langue de Provence, à toutes les provinces méridionales des Gaules où ils avoient des commanderies, dont le chef-lieu étoit Saint-Gilles en Languedoc.

Enfin les anciens auteurs qui ont recueilli les ouvrages des poètes provençaux, & composé leur vie en langue provençale, nous fournissent une preuve que sous le nom de Provençaux on entendoit, au douzième siècle Se dans le suivant, non-seulement ceux qui se mêloient de la poésie vulgaire dans la Provence propre, mais encore dans le Languedoc Se les pays voisins. Il est marqué, en effet, dans ce recueil qui se trouve dans deux manuscrits de la Bibliothèque du roi"^, 1° dans la vie de Gaucelin Faidits, poète provençal, natif d'Uzerche en Limousin, « que sa femme étoit née dans un bourg fort « riche appelé Alest (c'est-à-dire Alais), dans la Marche de Provence, de la (' seigneurie de Bernard d'Anduje ^ « 2° dans la vie de Pons Capdueill, autre poète provençal, « que le même Bernard d'Anduze étoit un honnête baron de « la Marche de Provence. » On voit d'ailleurs par cet ouvrage que la poésie provençale étoit beaucoup plus cultivée au douzième siècle par les Languedociens & les peuples des provinces voisines, que par les Provençaux proprement dits 5 que tous les grands seigneurs de la Province se faisoient une gloire de protéger ceux qui s'y adonnoient, Se qu'ils s'y appliquoient souvent eux- w

mêmes.

Entre les poètes provençaux dont les auteurs de ce recueil font mention, est un nommé Pierre Cardinal, natif du Vêlai, qui fut^ fort honoré par Jacques I, |

roi d'Aragon 5 « Se moi Michel de la Tor, écrivain, est-il marqué dans le manus- « crit, fais à savoir que Pierre Cardinal, lorsqu'il mourut, avoit bien environ « cent ans} Se moi susdit Michel j'ai écrit ces sirventes (sorte de poèmes que « Pierre Cardinal avoit composés) en la ville de Nimes, Sec. )> On parle dans le même ouvrage de Bernard de Ventadour, autre poète provençal , de la manière suivante : « Bernard de Ventadour étoit fils d'un fournier de ce « château. La vicomtesse de Ventadour le prit en affection, Se ils s'aimèrent « longtemps tous les deux. Il en fit le sujet de ses vers Se de ses chansons. « Mais le vicomte, s'étant aperçu de leur liaison, congédia le poète Se fit « enfermer sa femme. Bernard se retira auprès de la duchesse de Normandie, c jeune princesse qui le reçut fort bien. Il demeura longtemps à sa cour, h.

' Pierre le Vénérable, 1. 5, Epht. 4. '' Numéros 7226 & 7698, aujourd'hui 864 & 1749

' Bollandistes , Vita S. Pétri Tarent, mai, t. 2, du fonds français.

p. 827. ^ Bibliothèque du roi, mss. 7226 ou 854 du fonds

' Robert du Mont, Chronicon, p. 70 1, français.

FIISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XYIIL 86n — ~

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« ils s'aimèrent. Il étoit auprès d'elle lorsque Henri, roi d'Angleterre, alla

« pour l'épouser & la mena en Angleterre. Bernard se retira alors triste Se

« dolent auprès du bon comte Pvaimond de Toulouse avec lequel il demeura '

« jusques à sa mort, après laquelle Bernard, qui en avoit un extrême regret,

« se rendit dans l'ordre de Dalon (c'est-à-dire se fit religieux dans l'abbaye

« de Dalon en Limousin). Et moi (ajoute l'auteur de cette vie, qui est la

<< quatrième du manuscrit), Hugues de Saint-Cire, qui écris ceci, ai su ces

« particularités du vicomte Ebles de Ventadour, fils de la vicomtesse que

« Bernard aima. »

On peut fixer par là l'époque des principales circonstances de la vie de

Bernard de Ventadour, rapportées bien différemment dans Nostradamus, Se le

temps où Hugues de Saint-Cire écrivit la vie de ce poète, avec une grande

partie de celles des autres poètes provençaux qui se trouvent dans les deux

manuscrits de la Bibliothèque du roi. Le bon Raimond, comte de Toulouse y

auprès duquel Bernard de Ventadour se retira après avoir quitté la cour de

la duchesse de Normandie^ n'est pas en effet différent de Raimond V, mort

en 1194. Quant à la duchesse de Normandie auprès de laquelle Bernard

s'étoit retiré auparavant, c'est la même par conséquent qu'Alix de' France,

qui étoit encore dans sa jeunesse^ lorsque le roi Louis le Jeune son père la

promit en mariage, en 11 74, à Richard, duc de Normandie. Henri II, roi

d'Angleterre, père de ce prince, l'épousa alors en quelque manière au nom

de son fils. Se la mena dans ses Etats de Normandie, Se ensuite en Angleterre,

où il la fit élever à sa cour: mais le duc Richard ne voulut plus l'épouser Fd.oripin. , 1 • V V 1 UA 1 -^ t. ii,p. 519.

lorsqu il eut succède au roi son père a la couronne a Angleterre, en 1187.

Bernard de Ventadour quitta alors, ou peut-être même quelque temps auparavant, la cour de cette princesse pour se retirer dans celle de Raimond V, comte de Toulouse. Enfin nous avons dans le même recueil^ la vie de Hugues de Saint-Cire, poète lui-même, Se on voit qu'il étoit contemporain du Dauphin d'Auvergne, de Savaric de Mauléon, d'Alphonse II, roi d'Aragon, mort en 1196, Se de Pierre, fils Se successeur de ce prince.

Hugues de Saint-Cire, Michel de la Tour Se les autres qui ont écrit les vies des poètes provençaux, dont la plupart étoient leurs contemporains, sont sans contredit les plus anciens auteurs que nous ayons de ces vies. Le premier est le même dont Jean de Nostradamus ^ ignoroit le nom. Se dont il parle en ces termes dans la vie de Bernard de Ventadour : « Ebles de Ventadour, fils de la u vicomtesse que Bernard aimoit tant, raconta tout ceci (savoir les circonstances <i de la vie de ce dernier) à un savant personnage de lors, duquel le nom est (c inconnu, qui étoit poète provençal, qui le rédigea par écrit, duquel S. Cezari (( dit avoir extrait. Se le mit au catalogue des poètes provençaux. Le Monge

' Le P. Ange, Histoire généalo^i<fue de la maison ^ Jean de Nostradamus, Histoire des Poètes pro-

de France, p. 77. ven^aux, p. 72.

^ Bibliothèque du roi, mss. 7226 ou 854 du fonds français.

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« des Iles d'Or & S. Cezari écrivent avoir lu ses œuvres, &C. « On apprend par là que les auteurs cités par Nostradamus dans les vies qu!il nous a données des anciens poètes provençaux. Se dont il s'est servi pour la composition de son ouvrage, sont fort postérieurs au douzième siècle. En effet, on voit en comparant ces vies avec celles qui se trouvent dans les deux manuscrits de la Bibliothèque du roi, que Nostradamus, ou les auteurs où il a puisé, ont ajouté à ces vies un grand nombre de fables, fait divers anachronismes & transplanté dans la Provence proprement dite, pour faire honneur à leur patrie, plusieurs poètes qui étoient natifs des autres provinces. On doit donc faire peu de fond sur l'autorité de cet écrivain. Nous en citerons ici un exemple qui fait à notre sujet : c'est la vie de Pierre-Rogier qui est rapportée de la manière suivante dans un des deux manuscrits de la Bibliothèque du roi. « Pierre Rogier', « natif d'Auvergne, chanoine de Clermont 5c gentilhomme, quitta sa prébende « pour se faire jongleur : il étoit bien fait & savant, 8c avoit un bon sens «■ naturel. Devenu jongleur, il parcourut les cours 5c vint à Narbonne à celle « d'Ermengarde, dame de grande valeur 5c de grand prix. Elle lui iit un (( accueil favorable 5c le combla de biens. Il en devint amoureux, 5c elle fit « le sujet de ses vers 5c de ses chansons. Elle prit de son côté de l'affection c( pour lui pendant le long séjour qu'il fit à sa courj ce qui donna occasion c( à divers bruits désavantageux à la réputation de cette dame, qui pour les <( faire cesser congédia Pierre-Rogier. Ce poète se retira alors à la cour de « Pvaimbaud d'Orange, 5c après quelque séjour ^ auprès de ce prince, il alla « en Espagne à la cour du bon roi Alphonse de Castille. Il fréquenta aussi (( celles du bon roi d'Aragon, 6" du bon comte Ralmond de Toulouse j 5c « mourut ensuite dans l'ordre de Grammont. » Telle est la vie de ce poète, qui florissoit par conséquent avant la fin du douzième siècle; bien différente de celle qu'on voit dans Nostradamus^, qui le fait retirer à la cour « de dame « Ermengarde de Narbonne, femme de Roger-Bernard, comte de Foix, où il « devint amoureux d'une de ses demoiselles, nommée Huguete de Baux, <( surnommée Baussete , fille de Hugues de Baux, 5cc. » Il ajoute, sur le témoignage de S. Cezari, « que Pierre-Rogier florissoit du temps de Robert, « roi de Sicile, comte de Provence, 5c qu'il fut présent en la cité de Grasse en « Provence, lorsque Pierre de Corberia, antipape, surnommé Nicolas V, en <( un prêche qu'il fit dans l'église, se dédit publiquement, environ l'an i33o, « des erreurs qu'il avoit tenues. » Récit qui n'est qu'un tissu de fables 5c d'anachronismes.

La protection que Raimond V, comte de Toulouse, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, 5c les autres principaux seigneurs de la Province accordèrent, au douzième siècle, aux poètes provençaux, fit que la poésie vulgaire y fut alors fort cultivée. Le recueil manuscrit de la Bibliothèque du roi fait

' Bibliothèque du roi, mss. 722.5 ou 854 du fonds ' Nostradamus, Histoire des Poètes provençaux,

français. p. 202 & suiv.

' Ibid, mss. 7698 ou 1749 du fonds français.

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mention d'un grand nombre de ces poètes natifs de la Province, qui vivoient

vers la fin de ce siècle, & dont nous aurons occasion de parler ailleurs. On

compte plusieurs Toulousains parmi eux, entre autres un nommé « Pierre"

« Guillems', homme courtois 8t affable, qui fit de bons couplets, mais trop

« emphatiques. On assure qu'il fit aussi des sirventes Jongleurs, qu'il médit (""n *""' 5?ô

« des barons, &. qu'il se mit de l'ordre de l'Épée. » Il est représenté avec

l'habit de cet ordre dans la vignette du manuscrit qui est à la tête de sa vie

Se de ses ouvrages. Il porte une longue barbe, un bonnet vert, une robe

couleur d'incarnat, &. une chape blanche, sur laquelle est cousue du côté

droit une longue épée dont le fourreau est de couleur rouge, la poignée

au-dessous du coude 5c la pointe en bas. Le manuscrit rapporte trois de ses

chansons ou pièces de vers.

Les dames de la Province s'appliquoient aussi à la poésie vulgaire, au douzième siècle. Se on tait^ un grand éloge d'Adélaïde de Porcarages, « gentilu femme de la contrée de Montpellier qui étoit parfaitement instruite. Se qui « aima Gui Guerrejat, frère de Guillaume de Montpellier, sur lequel elle fit- <( plusieurs chansons. » On en voit une de sa façon dans le manuscrit. Gui Guerrejat mourut vers l'an iiyS, ce qui peut servir à nous faire connoître le temps où vivoit Adélaïde de Porcarages.

Nostradamus^ attribue à un poète provençal nommé Guillaume Adémars, qu'il fait mourir à Gresignan ou Grignan en Provence, en i igo, un catalogue en rime provençale des femmes illustres ; mais il se trompe certainement sur la naissance de ce poète, qu'il dit fils de Gérard de Grignan, Se gentilhomme provençal, à prendre ce terme dans sa signification étroite j car, suivant le recueiH dont on a déjà parlé, u Guillaume Adémars étoit natif d'un châ- « teau nommé Merueys en Gévaudan, Se fils d'un pauvre chevalier. Il étoit (( vaillant, beau parleur. Se savoit bien trouver. Le seigneur de Merueys le <( fit chevalier} mais ne pouvant soutenir son rang, il se fit jongleur Se fut (( extrêmement goûté par le peuple. Il se fit enfin religieux de l'ordre de « Grammont. »

Le Gévaudan eut aussi, vers le même temps, un autre poète provençal, qui se distingua beaucoup : ce fut « Guarin d'Apchier^, gentil châtelain (( de Gévaudan dans l'évêché de Mende, vaillant Se bon guerrier, libéral « 6- hon trouveur, beau chevalier Se savant en galanterie. Il fut le premier « qui composa une espèce de poésie appelée descort. » Le manuscrit rapporte deux de ses poèmes ou sirventes. Il est représenté à cheval dans la vignette, le casque en tête, l'épée d'une main. Se tenant de l'autre un bouclier chargé d'un écu d'azur à la bordure Se à trois barres d'or, celle du milieu ondovée.

Enfin le Vêlai eut ses poètes provençaux, de même que le Gévaudan.

■ Bibliothèque du roi,iTiss, 7220 ou 804 du fonds ^ Bibliothèque du roi, mss. yzrS ou 854 du fonds

fiançais. français.

' lh\â. 5 IbU.

' Nostradamus, Hïst. des Poètes provençaux, p. 40.

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On parle ' entre autres « de Guérin le Brun, gentil châtelain du Vêlai, dans « révêché du Puy Sainte-Marie, qui fut bon trouveur, non de vers ni de « chansons, mais de tensons, » espèce de poésie par stances, en forme de dialogue, sur divers sujets, entre deux poètes provençaux qui parlent alternativement à chaque strophe^.

LXXXL — Langue provençale.

On voit par ce que nous venons de dire que la langue provençale étoit dans sa perfection au douzième siècle. On la parloit généralement dans toutes les provinces méridionales du royaume. Se même dans le Roussil'lon &. la Catalogne 5 5t c'est à peu près la même dont on se sert aujourd'hui dans le Languedoc, comme il est aisé de le justifier par le recueil manuscrit dont nous venons de parler.

' Bibliothèque du roi, mss, 7226 ou 864 du fonds édition sur la Langue romane, & au même volume français. celle intitulée les Trouhadours a la cour des comtes

' Voyez la Note insérée au tome VII de cette de Toulouse. [E. M.]

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