LIVRE ONZIEME
I. — Louis le Bègue, roi d'Aquitaine, succède à Charles le Chauve son père. Sa conduite envers Bernard, marquis de Gothie, 6- les autres conjurés.
LOUIS le Bègue apprit en Artois la mort de l'empereur Charles le Chauve ^{^n^p^',"' son père , qui , avant son départ pour l'Italie , lui avoit laissé le gouvernement du royaume'. Comme la conjuration que venoient de former quelques-uns des principaux seigneurs , entre autres Bernard , marquis de Gothie, 8c Bernard, comte d'Auvergne, lui faisoit appréhender de n'être pas généralement reconnu pour son successeur, & qu'il vouloit s'attacher ceux qui étoient demeurés fidèles, il disposa en leur faveur de divers fiefs 8c de plusieurs dignités vacantes. Cette conduite fut une nouvelle source de mécontentement pour les conjurés qui se plaignirent hautement de cette disposition faite au préjudice des héritiers de ceux qui les avoient occupées auparavant. Ils prétendirent que ce prince avoit manifestement contrevenu en cela aux articles que Charles le Chauve avoit solennellement promis d'observer dans l'assemblée de Kiersi, peu de temps avant son départ pour l'Italie, 8c ils refusèrent, sous ce prétexte, de reconnoître le roi son fils 8c de lui obéir.
Louis fut informé de ce refus à Compiègne ^, où il s'étoit rendu; il apprit f'^ii®'"'^"; en même temps que l'impératrice Richilde , sa belle-mère 8c sœur du duc
' Annal, Bert'in, p. 262. ' Voyez Mabillon, Ann. Bcned. ad ann. 878, n. 20.
An 877
HISTOIRE GÉNflRALE DE LANGUEDOC. LIV. XL
Eoson, étoit d'intelligence avec les conjurés qui s'étotent avancés jusques à Avenay en Champagne, après avoir ravagé diverses provinces dans leur marche. Dans cette extrémité, il écrivit' à Hincmar, archevêque de Reims, pour lui demander conseil. Ce prélat^ lui répondit par une longue lettre, dans laquelle il lui conseille d'envoyer incessamment des députés au duc Boson, à Bernard, comte d'Auvergne, à Bernard, marquis de Gothie , & aux autres conjurés, pour leur proposer de choisir un lieu commode pour une diète générale, où l'on tâcheroit de les satisfaire sur leurs griefs, 8c où l'on prendroit des moyens convenables pour pacifier le royaume &. faire observer exactement les articles qui avoient été arrêtés dans l'assemblée de Kiersi.
Hincmar écrivit 3 en même temps à l'abbé Goslin, chancelier de France, l'un des chefs de la révolte 8c oncle de Bernard, marquis de Gothie, pour l'exhorter à se reconnoître 8c à faire rentrer ce seigneur dans son devoir, aussi bien que Gosfrid , comte du Maine , son frère, qui étoit aussi du nombre des conjurés 5 mais tous les soins qu'il se donna auprès de Goslin furent"^ inutiles. II paroît qu'il fut plus heureux à l'égard d'une partie des rebelles, qui , s'étant assemblés en un lieu appelé Mont de Vitmar, envoyèrent faire des propositions de paix à Louis. Ce prince les écouta volontiers , 8c après quelques négociations , la plupart prirent le parti de se rendre à Compiègne avec l'impératrice Richilde, qui remit au roi les ornemens royaux avec l'acte par lequel l'empereur Charles le Chauve, son père, avoit disposé avant sa mort de tous ses États en sa faveur. Louis ayant promis ensuite solennellement à tous les grands du royaume, tant ecclésiastiques que séculiers, de les maintenir dans leurs honneurs, dignités 8c privilèges, fut couronné dans le même palais de Compiègne, le 8 du mois de décembre de l'an 877, par Hincmar, archevêque de Reims. Ce prince devint par là paisible possesseur de tout le royaume, 8c fit en même temps la paix^ avec Louis, roi de Germanie, son cousin, auprès duquel il tâcha d'excuser la conduite que l'empereur Charles le Chauve avoit tenue à son égard.
Bernard, comte d'Auvergne, fut du nombre des conjurés qui se réconcilièrent avec le roi Louis le Bègue; il obtint non-seulement le pardon de ce prince, mais il eut encore dans la suite beaucoup de part dans sa faveur. An 878 Quant à Bernard II, marquis de Gothie, il persista dans sa révolte avec quelques autres seigneurs, ce qui causa sa ruine. Il s'empara au commencement de l'année suivante de Bourges; voici, à ce qu'il nous paroît, sous quel prétexte.
n. — Bernard II, marquis de Gothie, continue dans sa révolte ^ s'empare de
la. ville de Bourges.
On a observé ailleurs^ que, sous l'empire de Louis le Débonnaire^ la ville
■ Hincmar, Opéra, t. 2, p. 179 & seq. ^ Annal. Bertin. p. 259.
' Duchesne, Recueil des Hist. t. 2, p. 476 & suiv. ^ Annal. Fuld. p. 571.
Frodoard, I. ,'1, c. 24. 6 Nous avons déjà fait remaïquer, tome II de
An 878
Se le diocèse de Bourges étoient gouvernés par un comte nommé Wifred', nom qui paroît être le même que ceux d'Egfrid 8c d'Humfrid. Ce comté passa dans la suite sur la tête d'un seigneur appelé Gérard ^, qui en étoit paisible possesseur ^ en 867, quand Egfrid , abbé séculier de Saint-Hilaire de Poitiers"^, qui vraisemblablement descendoit du même Wifred dont nous venons de parler, l'obtint de Charles le Chauve à force de présens, sans qu'il paroisse que Gérard eût rien fait qui lui méritât d'en être dépossédé. L'année suivante 5, Egfrid, voulant prendre possession de ce comté, s'avança dans le paysj mais Gérard, qui n'étoit pas d'humeur à le lui céder, se mit en campagne, l'obligea de se renfermer dans un château où il l'assiégea ; Se dans l'impossibilité de le forcer à se rendre, il prit le parti de mettre le feu au château, ce qui obligea Egfrid à l'abandonner. Les gens de Gérard, s'étant alors saisis de sa personne , lui coupèrent la tête qu'ils jetèrent dans le feu avec le tronc. Charles le Chauve, informé de cet attentat, parut vouloir en tirer vengeance. Se il alla pour cela dans le Berri 5 mais il revint bientôt sans avoir puni Gérard, qui demeura <5 paisible possesseur du comté de Bourges jusques à l'an 872, que ce prince en disposa en faveur du duc Boson, son beau-frère, soit que Gérard fût déjà décédé, ou que plus vraisemblablement il soit le même que le duc de Provence de ce nom, qui, l'année précédente, avoit été dépouillé des dignités dont il étoit revêtu ''.
Comme les comtés étoient alors déjà héréditaires, Bernard, marquis de Gothie, avoit des prétentions sur celui de Bourges par la raison qu'il étoit s, à Édit. origin. ce qu'il paroît, de la famille d'Egfrid , que les gens de Gérard avoient fait mourir. Mais ses liaisons avec Boson, l'un des conjurés contre Charles le Chauve, l'empêchèrent sans doute de faire valoir ses droits sur ce comté, jusqu'à ce qu'enfin ce dernier ayant fait sa paix avec Louis le Bègue, il ne garda plus de ménagement avec lui. Il est certain, en effet, que Bernard se saisit de Bourges, peu de temps après la paix de Boson, Se d'une partie des rebelles. Se que pour grossir son parti, il ^ engagea dans sa révolte Emenon, son frère, Gosfrid, comte du Maine, son oncle maternel '°, Se les fils de ce comte. Il défendit'' l'entrée de la ville de Bourges à Frotaire, qui en étoit alors archevêque, après l'avoir été '^ successivement de Bordeaux, Se évêque de Poitiers. Il usurpa les biens de l'église de Bourges, exigea de ses vassaux un serment de
cette édition, que Wifred ou Ecfrld , comte de ^' Annal. Berlin, -p. 243.
Bourges, était un personnage fabuleux inventé par ' Ibid. p. 241.
l'auteur de la translation des reliques de S. Ge- ^ Voyez tome II, Note LXXXVII.
nou. [E. M.] ' Bernard II, marquis de Gothie, était neveu
' Ecfrid, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, dont d'Emenon, comte de Poitiers, mais il n'avait aucun
il est ici question, est celui qui fut comte de Tou- lien de parenté avec Ecfrid qui, comme nous l'a-
louse en 841. Voir au tome II de cette édition la vons déjà dit plus haut, est l'ancien comte de Tou-
Note rectificative LXXXVII, p. 299. [E. M.] louse de ce nom. [E. M.]
" Voyez tome II, Note LXXXVII, n. i5. '" Annal. Berlin, p. 254.
3 Annal. Berlin, p. 229 & seq. " Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 58.
* Voyez tome II, Noie LXXXVII, n. 44. '" Johan. VIII, Epistolae 104, io5 & 120. — Co;2-
5 Annal. Berlin, p. 23o. elles, t. i . — Frodoard, Historia Rem. 1. 3, c. 24.
t. II, p. 3.
An 878
fidélité contraire à celui qu'il devoit lui-même à son roi , commit divers ravages dans le Berri , Se entraîna enfin dans sa révolte la Septimanie, où il paroît qu'on ' ne reconnoissoit pas encore Louis le Bègue, la seconde année du règne de ce prince.
IIL — Invention des reliques de S. Bauslle à Nîmes. — Bertrand, vicomte
de cette ville.
Du Berri, Bernard passa^ en Bourgogne, accompagné de l'abbé Goslin, son oncle, &. ils arrivèrent à Saissi-les-Bois dans le diocèse d'Auxerre 3. S. Romule, abbé de Saint-Bausile de Nimes, qui gouvernoit une communauté de quatrevingts religieux, s'étoit réfugié dans cet endroit avec une partie de ses religieux, au commencement du huitième siècle, ou même, à ce qu'il paroît, dans un temps beaucoup plus reculé, pour éviter les courses des Barbares qui ravageoient la Septimanie, Se il y avoit fondé un monastère. Trutgaud , abbé de Saissi , son successeur, venoit d'en faire réparer & agrandir l'église, lorsque Bernard, prince de Gothie, 8c l'abbé Goslin y arrivèrent. Il pria instamment avec ses religieux le premier de vouloir leur accorder une partie des reliques de S. Bausile, leur patron , qu'on conservoit à Nimes , lieu de son martyre. Bernard , charmé de pouvoir leur faire ce plaisir, qui ne lui coûtoit pas beaucoup, le leur promit j & étant parti peu de temps après pour la Gothie, deux religieux, députés par l'abbé 8c la communauté de Saissi, le suivirent dans cette province.
Bernard, à son arrivée à Narbonne qui en étoit la capitale, présenta à l'archevêque Sigebode les deux religieux de Saissi, Se lui communiqua le sujet de leur voyage. Ce prélat^ également recommandable par sa piété, son zèle Se son autorité, les accueillit très-bien Se promit de les favoriser en tout. Il résolut dans ce dessein d'aller à Nimes; mais une maladie qui lui survint l'en ayant empêché, il y envoya à sa place Théodard, son archidiacre, qui fut ensuite son successeur, Sî. qu'il fit accompagner par les deux religieux ^ après leur avoir donné des relic[ues de S. Paul, premier évêque de Narbonne, Se de S. Amand, évêque. Bernard y envoya , de son côté Se en son nom , un seigneur ou prince appelé Ursus. A leur arrivée , ils trouvèrent la ville de Nimes dans le trouble 8c l'agitation ; le bruit qui s'étoit déjà répandu parmi les habitans du diocèse qu'on venoit pour enlever le corps de leur saint patron, les avoit obligés à s'armer, résolus de s'y opposer de toutes leurs forces.
Cela n'empêcha pas que Gilbert, évêque de Nimes, Wifred, évêque d'Uzès, plusieurs autres évêques Se un grand nombre d'abbés de la province qui s'étoient assemblés dans cette ville par ordre de Sigebode, ne fissent fouiller pour déterrer ces reliques. On les trouva enfin renfermées dans un cercueil de plomb, que l'abbé S. Romule avoit fait enfouir dans la terre, sous une des murailles de Téglise, lorsqu'il avoit été obligé d'abandonner le pays. Les évêques qui étoient
' Voyez tome IV, A^oreXVIII, n. I. ^ Voyez tome I de cette édition, livre VIII,
» Voyez tome V, Chroniques, n. I. n. xvii, & tome V, Chroniques, n. I.
An 873
présens, charmés d'avoir trouvé un si précieux trésor, qui depuis avoit toujours
demeuré caché, entonnèrent alors le Te Deum^ lequel fut alors chanté par
cinq cents ecclésiastiques qui étoient accourus de toutes parts. C'est ainsi que les
précieuses reliques de S. Bausile, martyr de Nimes, furent découvertes le 1 4 d'avril
de l'an 878. Nous tenons cette relation d'un auteur contemporain, qui l'avoit
apprise des ecclésiastiques mêmes qui y avoient assisté j aussi n'y trouve-t-on rien
qui ne s'accorde parfaitement avec les monumens du temps. Cet auteur ajoute
que les évêques qui se trouvèrent alors à Nimes donnèrent une partie considé- Édit. origm.
rable de ces reliques aux deux religieux de Saissi , qui avoient donné occasion à
leur invention.
Le prince Ursus , nommé par le marquis de Gothie pour assister en son nom à cette cérémonie, étoit peut-être vicomte de Nimes; si cela est, il devoit avoir succédé à Bertrand qui " possédoit cette vicomte depuis neuf mois , la première année que Charles le Chauve fut reconnu empereur^ c'est-à-dire en 876, & qui tint alors un plaid dans le château des Arènes , où il fut assisté de deux vicaires ou viguiers , Gisalfred 8c Gautier, 8<. de plusieurs autres juges ; on remit dans ce plaid Gilbert, évêque de Nimes, en possession du lieu de Bisac dans la Vaunage, qu'on avoit usurpé sur son église.
L'auteur anonyme de l'histoire de la translation des reliques de S. Bausile remarque que cette découverte fut avantageuse à la Gothie, alors menacée de très-grands maux; qu'outre les miracles que Dieu opéra au tombeau du saint martyr, on recueillit une abondante moisson dans la province; que ses peuples furent plus dévots Si plus religieux , Se qu'enfin le prince Bernard en usa à leur égard avec plus de clémence 6» de modération : termes qui , joints à un autre endroit où il dit que ce marquis marchoit comme un roi {ut rex ibat) dans son gouvernement, font assez entendre Se l'indépendance qu'il affectoit, & la révolte dans laquelle presque toute sa famille étoit entrée. En effet , Emenon son frère s'étant joint ^ à Hugues, fils naturel du feu roi Lothaire, ils coururent ensemble le pays qu'on appeloit alors le royaume de Lothaire , Se y commirent une infinité d'excès. Emenon se saisit^, quelque temps après, de la ville d'Evreux dont il ravagea les environs. Se s'empara des biens ecclésiastiques en diverses provinces.
IV. — Mironj comte de Roussillon , 6 Lindoin, vicomte de Narhonne, ravagent
la Septimanie.
La Gothie ou Septimanie, dont Bernard étoit gouverneur, fut'^ exposée d'un autre côté aux brigandages de Miron, comte de Roussillon, Se d'Humfrid , son frère, qui abandonna le cloître où il avoit embrassé la profession monastique Se reçu le diaconat. Ces deux seigneurs s'emparèrent, soit par adresse, soit par force, de toutes les places fortes; ils en chassèrent la plupart des ministres des
' Voyez tome IV, Note XVIII, n. 2.' ' Annal. Berlin, p. i54,.— Cont\n.Alm. I. 5,c. 3(3.
=• Johan. VIII, Epist. 23. ■• Johan. VIII, Epist. 102.
autels, leur substituèrent des personnes indignes, & disposèrent à leur gré de tous les bénéfices ecclésiastiques. Lindoin, vicomte de Narbonne, qui s'étoit associé avec eux, ne causa guère moins de maux dans le diocèse de cette ville ; il bannit les curés & les prêtres de leurs églises ; Se usant d'un pouvoir despotique, il donna leurs bénéfices aux créatures de Miron. Pour comble de malheur, les officiers de Bernard, marquis de Gothie,sous prétexte de s'opposer aux entreprises de ce comte & de ses complices , achevèrent , d'un autre côté , de ruiner le pays j en sorte que la province fut réduite à la dernière désolation.
V. Louis le Bègue marche contre Emenon & Gosjrid, comte du Maine , Vun
frère 6* Vautre oncle du marquis de Gothie.
Tous ces maux étoient les tristes suites de la foiblesse du gouvernement & de l'ambition des grands du royaume , qui ne cherchoient qu a se rendre absolus dans leurs gouvernemens , &. qui s'emparoient sans scrupule des biens consacrés aux autels par la piété des fidèles. Le roi Louis le Bègue', naturellement pacifique, se trouvoit d'ailleurs peu en état de réprimer ces désordres au commencement d'un règne agité encore des divers troubles qui avoient précédé. Il tâcha cependant d'y apporter quelque remède, se mit en campagne aussitôt après Pâques, & passa la Seine, tant pour s'opposer aux nouvelles courses des Normands que pour arrêter les entreprises d'Emenon , de Gosfrid , comte du Maine , Se des fils de ce dernier, tous ^ proches parens &. principaux associés de Bernard II, marquis de Gothie. Mais il tomba malade à son arrivée à Tours; il trouva cependant moyen de soumettre Gosfrid Se ses fils, en les laissant paisibles possesseurs des biens qu'ils avoient usurpés sur la succession du feu comte Odon.
VI. — Arrivée du pape Jean VIII à Arles. — Décision d'un dijférend qui étoit entre Vévêque de Nimes 6* Vahhé de Saint-Gilles.
Louis apprit à Tours l'arrivée du pape Jean VIII en France, où il venoii chercher un asile contre la fureur de plusieurs tyrans qui , depuis la mort de Charles le Chauve , désoloient l'Italie. Ce pontife arriva par mer à Arles le II du mois de mai de l'an 878, jour de la Pentecôte; il donna avis de son arrivée à Bozon , duc de Provence , qui commandoit dans le pays^. Ce duc l'alla joindre aussitôt avec la duchesse Ermengarde, son épouse, Se lui fit tous les honneurs dus à sa dignité ; divers prélats des provinces voisines allèrent aussi joindre le pape à Arles durant le séjour qu'il fit dans cette ville , entre autres t.''ii°p'"5". Léon'^, abbé de Saint-Gilles. Cet abbé lui porta ses plaintes contre Gilbert,
■ Annal. Berlin, p. 254. ' Mabillon, ad aan. 878, n. 2. — Ann. Bertin.
M^oyez tome II, Note LXXXVII , n. 67 & p. 264. — Johan. VIII, £pi'5f. 112. seq. ^ Baliize, Miscellanea, t. 7, p. 349. — BoUan-
évêque de Nîmes, qui, sans aucun égard pour les privilèges de son monastère soumis immédiatement au Saint-Siège , s'en étoit rendu maître 8<. avoit surpris des lettres du roi 5c du pape Nicolas I pour se maintenir dans son usurpation. Léon produisit les titres qui exemptoient l'abbaye de Saint-Gilles de la juridiction des èvêques de Nimes, Se Jean VIII, pour juger cette affaire avec maturité, assembla les évêques qui étoient à sa suite &. ceux du voisinage, entre autres Ictérius, évêque de Viviers, avec les jurisconsultes du pays. Cette assemblée ayant ouï les défenses de Gilbert Se examiné ses prétentions, décida que le monastère de Saint-Gilles étoit soumis au pape , qui y envoya Deusdet, duc de Ravenne, pour en prendre possession en son nom. L'èvêque de Nimes parut acquiescer à cette décision j mais le pape fut à peine sorti de France, qu'il envabit de nouveau l'abbaye de Saint-Gilles, en chassa les moines 5c se saisit de leurs biens. Jean VIII, averti de cette entreprise, en témoigna de l'indignation, & écrivit ' sur cela, au mois de juin de l'année suivante, à Rostaing, archevêque d'Arles, à Sigebode, archevêque de Narbonne, Se à Robert, archevêque d'Aix^. Il leur ordonna d'assembler un concile pour obliger Gilbert à remettre les choses dans leur premier état. Se à laisser les moines de Saint-Gilles dans la paisible possession de leur monastère. Se en cas de refus de sa part, de le déposer de son siège Se même de l'excommunier. Nous ignorons les suites de cette affaire j il paroît cependant que Gilbert, évêque de Nimes, restitua les biens usurpés. Se qu'il laissa jouir en paix l'abbaye de Saint-Gilles de ses anciens privilèges. Ce prélat avoit ^ succédé à Isnard, qui vivoit sous le pontiilcat de Nicolas I, Se qui obtint de ce pape, à ce qu'on "^ prétend, la confirmation de la charte par laquelle l'empereur Louis le Débonnaire^ avoit soumis l'abbaye de Saint- Gilles, avec celle de Tornac, à l'église de Nimes. On^ ajoute que le roi Carloman donna à Gilbert celle de Psalmodi.
Un moderne "7 prétend qu'Abbon, évêque de Maguelonne, alla joindre le pape Jean VIII à Arles, Se le pria de venir à Montpellier pour y consacrer l'église de Notre-Dame des Tables j mais ce fait est avancé sans preuve, Se il n'y en a aucune que cette ville. Se encore moins l'église de Notre-Dame, subsistassent dans ce temps-là.
Vit. — Lettre du pape à Miron ^ comte de Roussillon , 6* à Humfiidj sonjrère, sur les violences qu'ils avoient exercées dans la Septimanie.
Ce fut sans doute durant le séjour que le pape Jean VIII fit à Arles, qu'informé des violences que Miron, comte de Roussillon, Humfrid , son frère. Se
distes, Conat. ad catalog. ponîif. part, i, p. 140 ^ Voyez tome V, Chroniques, numéro V.
& seq. 5 Voyez tome II, aux Preuves, Chartes & Diplc-
' Johan. VIII, Epht. 102. mes, n. XXII.
^ Voyez dans Mena rd, Histoire de Nimes, t. i, * Voyez tome V, Chroniques, n. V.
les différentes pièces de ce procès. [E. M.] ' Cariel, Séries praesulum Mag. p. 89, 2'' ce',
3 Voyez au tome IV Note XVIII.
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An 878
Lindoin , vicomte de Narbonne, exerçoient dans la Septimanie, il écrivit une lettre ' qui nous reste, dans laquelle il menace le premier de l'excommunier s'il ne répare incessamment les maux qu'il avoit causés, &. lui ordonne de se rendre à Lyon pour se présenter ensuite au concile général qu'il avoit dessein de tenir, & y rendre compte de sa conduite. Quant à Humfrid, il lui enjoint de rentrer au plus tôt dans son monastère pour y expier par la pénitence ses fautes passées, à moins que , sûr de son innocence, il ne voulût se trouver au concile pour s'y purger des crimes dont il étoit accusé. Il lui déclare enfin qu^en cas de désobéissance, il ne pouvoit s'empêcher de l'excommunier.
VIII. — Concile de Troyes ; plusieurs évêques de la province s'y trouvent.
Le pape se rendit quelque temps après à Lyon ^, où il écrivit au roi Louis le Bègue, encore malade à Tours, pour le prier de lui assigner une ville où ils pussent conférer ensemble. Le roi le fit prier de se rendre à Troyes, où il espéroit l'aller joindre dans peu. Alors Jean VIII convoqua dans cette ville, pour le i^"^ d'août, un concile national de tout le royaume. Il y invita les rois de Germanie, dans le dessein d'obtenir leur protection avec celle de Louis le Bègue contre les factieux d'Italie, 8c de porter ces princes à conclure entre eux une bonne paix qui pût les mettre en état de remédier à un grand nombre d'autres maux qui afiïigeoient l'Église, Se en particulier celle de France.
Dans sa route depuis Lyon jusques à Troyes, le pape invita au concile les divers évêques des Gaules. L^ lettres^ qu'il écrivit sur ce sujet à Sigebode, métropolitain de la province de Narbonne , sont datées de Langres , du 2 de juin. Cet archevêque se rendit à Troyes, accompagné de quatre évêques de sa province, savoir de Walefrid , d'Uzèsj Alaric, de Béziers (il est appelé mal à propos Marie dans l'édition du P. Labbe)} Abbon , de Maguelonne, dans la ^«••jOrigin. Septimanie, &L Frodoin , de Barcelone, dans la Marche d'Espagne. Ce dernier obtint, durant ce concile, du roi Louis le Bègue, un diplôme"^ qui le confirme dans la possession des biens de son Eglise, entre autres de la troisième partie des droits domaniaux du comté de Barcelone , dont Bernard II , marquis de Gothie , lui avoit procuré une autre confirmation du roi Charles le Chauve. Louis accorda aussi alors 5 à Sigebode, archevêque de Narbonne, l'union de quelques bénéfices à son Église, réduite à une extrême pauvreté, sans doute par les vexations du comte Miron & de ses complices.
IX. — Bernard llj marquis de Gothie, cité au concile de Troyes , excommunié