‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 70 sur 227 · XXV. —Prise de Vienne · texte numérisé non relu

XXV. —Prise de Vienne

Carloman n'eut pas plus tôt appris la mort^ du roi Louis, son frère, qu'il partit de Vienne pour aller recueillir sa succession 8c se mettre en état de tenir tête à ces pirates qui continuoient leurs courses. Il chargea le duc Richard, frère de Boson, du soin de continuer le siège, 8c étant arrivé en France, il se fit couronner 3 de nouveau, à Kiersi, le 5 de septembre. Il marcha ensuite contre les Normands"^, 8c il étoit actuellement occupé à les repousser, lorsqu'il apprit que la ville de Vienne, après une défense opiniâtre de près de deux ans, s'étoit enfin rendue dans le même mois de septembre au duc Richard. Ce dernier emmena prisonnières, dans son comté d'Autun, la princesse Ermengarde, sa belle-sœur, qui avoit défendu la place avec une valeur au-dessus de son sexe, 8c une fille qu'elle avoit eue de Boson.

Carloman fut obligé d'interrompre ses conquêtes contre cet usurpateur, soit parla guerre qu'il avoit à soutenir contre les Normands, soit de crainte que l'empereur^ Charles le Gros ne formât quelque entreprise sur ses États. Il y

• Hariulf. 1. 3, c. 20. — Mabillon, ad ann. 88i, ^ Mabillon, ad ann. 882, n. 6i .

n. 41. — Annal. Berlin, p. 420. ■* Ils ravageaient alors les bords de la Loire,

* Annal. Berlin, p. 420. s Annal. Berlin, p. 420.

eut en effet du refroidissement entre ces deux princes, & le dernier ayant repassé les monts pour se mettre en possession de la succession du roi de Germanie, son frère, tint une diète à Worms le i" de novembre, durant laquelle Hugues l'abbé, suivi de plusieurs autres seigneurs, vint le sommer de la part de Carloman de lui rendre, conformément à ses promesses, la partie du royaume de Lothaire qui avoit été cédée au feu roi de Germanie, son frère j mais Charles, qui n'étoit nullement disposé à faire cette restitution, évita de donner une réponse positive aux ambassadeurs françois. Il paroît même qu'il exerçoit alors quelque autorité dans le royaume : il est du moins certain qu'en ce temps-là on y datoit quelquefois les actes par les années de son règne, comme nous le verrons bientôt, ou seulement' depuis la mort de Louis le Bègue j ce qui pourroit donner lieu de douter si Carloman fut généralement reconnu. Il est cependant plus vraisemblable qu'on ne datoit ainsi en France les chartes du règne de l'empereur Charles le Gros, qu'à cause de sa qualité de premier prince de la famille royale, 8c parce qu'on le regardoit comme tuteur^ ou protecteur du jeune roi Carloman. Parmi ces chartes, on en voit une^ de Bernard, comte par la grâce de Dieu, 5c d'Ermengarde, sa femme, datée de la septième année de Charles y roi des François 6* des Lomhards i ainsi elle doit être de l'an 883. Bernard 8c Ermengarde donnent par cet acte à l'abbaye de Conques, située sur les frontières du Rouergue 8c de l'Auvergne, le village de Bautone, dépendant de la viguerie de Sévérac, en Rouergue, qu'il tenoit héréditairement de ses ancêtres. Ce comte est sans doute le même que Bernard III, marquis de Gothie 8c comte d'Auvergne, qui vivoit alors, 8c dont la femme s'appeloit Ermengarde"^. Nous savons d'ailleurs que S. Guillaume, fondateur de Gellone , son aïeul, 8c Bernard, duc de Septimanie, son père, possédoient diverses terres en propriété dans l'Aquitaine 8c la Septimanie.

XXVI. — Plaid tenu à Carcassonne. — Willerandj évêque, 6 Sicfred^ vicomte

de cette ville.

Eniin nous avons ^ un plaid tenu à Carcassonne au mois de février, la troisième année de Vempire de Charles, c'est-à-dire en 883, en présence de Willerand, évêque de cette ville, du comte Acfred , du vicomte Sicfred , de deux abbés 8c de plusieurs autres juges. On y cassa, du consentement des parties, un échange qui avoit été fait quelque temps auparavant , entre Castelan , abbé de Saint-Hilaire 8c ses religieux, d'un côté, 8c un seigneur du pays appelé Ermenards , de l'autre. Recamond étoit alors abbé de Saint- Hilaire. On doit mettre Sicfred au nombre des vicomtes de Carcassonne, 8c

• Capitula'ireSft, 2, p. i5i3. vergne, marquis de Gothie & comte deMâcon, fils de ' Hincmar, Epist. dans Diichesne, t. 3, p. 464. Bernard I,comted'Auvergne,&deLuitgarde. Voir la ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. VI. NoteLXXXVU du tome II de cette édition. [E. M.]

* C'est-à-dire Bernard Plantevelue, comte d'Au- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. V.

An88j

An 883 ^

il devoit avoir succédé dans cette vicomte à Frédarius qui la possédoit vers l'an 873'.

XXVIL — Acfrcd 6' Benc'ion, comtes de Carcassonne 6 de Ra-^ès.

Quant à Acfred, nous savons qu'il étoit comte de Carcassonne & frère d'Oliba II, avec lequel il possédoit par indivis^ ce comté de même que celui de Razès, Se, à ce qu'il paroît, dès l'an 8/3. On croit ^ qu'il descendoit de Wifred ou Acfred, comte de Bourges"^, qui vivoit sous l'empire de Louis le Éd-jOrigin. Débonnaire. On peut^ aussi conjecturer qu'il étoit de la même famille que S. Guillaume, duc de Toulouse 8c fondateur de l'abbaye de Gellone<5, 8c qu'il étoit par conséquent parent, quoique dans un degré éloigné, de Bernard III, marquis de Gothie 8c comte d'Auvergne, dont il épousa une fille nommée Adelinde. On ajoute qu'il fut comte de Bourges "7, 8c quelques modernes ont cru qu'il fut comte d'Auvergne 8c même duc d'Aquitaine; mais tout cela est avancé sans aucun fondement. Il étoit sans doute puîné d'Oliba, son frère, puisqu'il n'est plus fait mention de ce dernier après l'an 877 8c que nous savons qu'Acfred vécut jusque vers l'an 906. Il paroît qu'Oliba^ laissa deux fils dont l'aîné, appelé Bencion, lui succéda dans sa portion des comtés de Carcassonne 8c de Razès. Nous en parlerons ailleurs, de même que des enfans d'Acfred. Comme ces deux comtés dépendoient du marquisat de Toulouse, Acfred devoit être soumis à la suzeraineté d'Eudes ou Odon, alors comte de Toulouse.

XXVIII. — Donation de Berthei-;^, mère dŒudeSj comte de Toulouse^ en faveur de Vahhaye de Vabres. — Garsinde, épouse de ce comte.

Il est fait mention de ce dernier dans une donation ^ que fit à l'abbaye de Vabres en Rouergue la comtesse Berthe ou Bertheiz, sa mère, veuve de Raimond, comte de Toulouse, fondateur de ce monastère, au mois d'avril de Van 883, la première année de la monarchie de Carlomanj qu'on doit compter depuis la mort du roi Louis III, son frère. Bertheiz donne à l'abbaye de Vabres plusieurs biens situés dans les vicairies de Camarès 8c de Brusque, en Rouergue, 8c il paroît par là qu'elle en étoit originaire. Elle fit cette donation pour le repos de

• Voyez tome I, livre X, n.cx. reliques de S. Genou. Voir la Note LXXXVII du

» Voyez tome lï,Note LXXXVII, n. ici & suiv. tome II de cette édition. [E. M.]

î Baluze, Histoire de la. maison. d'Auvergne, t. i, s Voyez tomell, Note LXXXVII, n. loi & suiv.

p. 14 & SUIV. 6 La famille de Guillaume de Gellone est absolu-

^ Acfred, comte de Razès, frère d'Oliba II, ment étrangère aux personnages dont parle ici dom

comte de Carcassonne, était fils d'Oliba I, comte Vaissete. fE. M.l

de Carcassonne. C'est tout ce qu'on peut dire de 7 Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, t. i,

son origine. Nous avons déjà dit que Wifred ou p. i3 & seq.

Acfred, comte de Bourges, était un personnage apo- « Voyez tome II, Note LXXXVII, n. loi & suiv.

cryphe, inventé par l'auteur de la translation des » Ibid. aux Preuves, Chartes & Diplômes, n. CXI.

Rémi, son père, St d'Arsinde, sa mère, de Raimond, son époux, Se de Bernard, son fils, qui étoîcnt alors décédés, 5t pour diminuer les péchés d'Odon C* de Benoît, ses autres fils. Elle en avoit un ' quatrième nommé Fulguald,S(. c'est peutêtre le même que Fulguald qu'on trouve souscrit au bas de cette charte avec plusieurs personnes de considération,entrcautresBernon, évoque de Toulouse, qui ne paroît pas différent de Bernard, cveque de la même ville, dont nous parlerons bientôt. Airbert ou Arbert, qui avoit été nommé Benoît,^ dont on voit aussi la souscription, étoit fils de Raimond &. de Bertheiz 5 il avoit pris sans doute ce dernier nom quand son père l'offrit, encore fort jeune, à l'abbaye de Vabres pour y être religieux.

Il est encore fait mention du même Arbert dans une donation que Frotaire^, archevêque de Bourges, fit vers l'an 876 à l'abbaye de Beaulieu, dans le bas L/imousin, du lieud'Orbessac dans le même pays, qu^ il avoit acquis du comte Odon ou Eudes. Ce prélat fait cette donation pour Vâme de Raimond 6* de ses fils Bernard, Eudes 6* Airbert, dont il y a lieu de croire qu'il étoit parent, 8c qui ne sont pas ^ différens de R.aimond, comte de Toulouse, 8c de ses fils Bernard 8(. Eudes, lesquels possédèrent successivement le comté de Toulouse avec celui "^ de Querci, 8c étendirent par là leur domination jusque dans le bas Limousin, où l'abbaye de Beaulieu est située. Au reste, le même Eudes prend le titre de comte, par la grâce de Dieu, dans l'acte de vente qu'il ^ avoit faite peu de temps auparavant du même lieu d'Orbessac, conjointement avec sa femme Garsinde, 8c avec le consentement de son frère Arihert, à l'archevêque Frotaire. L'acte est souscrit par deux comtes, Garsias 8c Guillaume, qui étoient peut-être parens de cette comtesse.

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