‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 75 sur 227 · XXXVIII. — Mort de Boson, roi de Provence · texte numérisé non relu

XXXVIII. — Mort de Boson, roi de Provence

Boson, roi de Provence, profitant cependant des troubles que les Normands causoient dans le royaume, reprit enfin la ville de Vienne & la partie de ses Etats que Carloman lui avoit enlevée. Il jouissoit actuellement de tous les pays qu'il avoit usurpés, lorsqu'il mourut au commencement de l'an 887 s, à Vienne, où il fut inhumé. Ermengarde, sa femme, l'avoit rejoint alors, soit qu'elle se fût échappée des mains de Richard, duc de Bourgogne, qui l'avoit emmenée prisonnière après la prise de Vienne, soit que ce duc l'eût remise de lui-même à Boson, son frère. Quelques modernes^ ont avancé sans preuve que Charles le Gros le reconnut de son vivant pour roi de Provence, Se reçut de lui l'hommage de ce royaume j mais il paroît, au contraire, par le témoignage d'un historien contemporain '°, « que non-seulement Louis Se Carloman firent « la guerre à Boson, pendant toute leur vie, Se qu'ils employèrent contre lui « leurs meilleurs généraux, entre autres l'abbé Hugues, l'un des capitaines de « son siècle le plus expérimentés, mais encore que leurs successeurs sur le trône (( de France le regardèrent toujours comme un usurpateur, Se le poursuivirent « comme tel pendant tout le temps qu'il vécut, » ce qui doit s'entendre principalement de l'empereur Charles le Gros. D'ailleurs, suivant l'épitaphe de Boson, qu'on voit, dit-on ' ' , dans l'église cathédrale de Saint-Maurice de Vienne, où il fut inhumé, il fit la guerre pendant toute sa vie contre plusieurs rois : enfin l'historien que nous venons de citer ajoute que Boson étoit si habile Se

' Voyez tome IV, Note III. tort que dom Vaissete prétend qu'il y a eu deux

" Mabillon, Annal. Bened. ad ann. 887, n. 21. évêques d'Albi du nom d'Adolenus : l'un qui vi-

— Gallia Chrïst'iana, nov. éd. t. i , p. 7. vait en 876, & l'autre en 891. [E. M.]

' Voyez tome I de cette édition, livrelll, n. Lxiii. ^ Voyez tome IV, Note IX.

* Voyez tome II, Note C ; tome IV, Note IX. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLIV.

^ La Charte de Frotaire n'a pas été donnée, * Voyez tome IV, Notel, n. i5 & suiv.

comme l'a cru dom Vaissete, en l'année 876, mais ^ Voyez tome IV, Note I, n. i3 & suiv.

en l'an 887. (Voir l'Introduction du Cartulaire de '° Reginon, Chronicon, ann. 879, p. 58.

Beaulieu, par M. Deloche, p. 236.) C'est donc à " Castracci, Histoire d'Ayignon, t. 2,1. i, p. lO.

An 887

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si rusé que les princes, ses ennemis, tentèrent toujours inutilement ou de se saisir de sa personne, ou de le faire tomber dans quelque piège 5 Se que les seigneurs qui l'avoient suivi dans sa révolte lui furent toujours si constamment attachés, que malgré leur proscription 5c la confiscation de leurs biens dont ils furent punis, ils n'abandonnèrent jamais son parti, non plus que ses soldats.

XXXIX. — Louis , fils de Boson, ohtlent le duché de Provence, Mort de Charles le Gros.

Éd. origin. Boson cn mourant laissa d'Ermengarde, sa seconde femme, fille de l'empereur

t. II, p. 22. D ' ' ^1

Louis II, un fils nommé Louis, 8c une fille appelée Ingelberge qui épousa • dans la suite Guillaume, surnommé le Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de Gotliie 8c comte d'Auvergne. Quelques auteurs^ prétendent que cette princesse est la même que la fille de Boson, qui fut accordée en mariage en 878 au roi Carloman 5 que ce mariage n'eut pas son effet à cause de la révolte de Boson, 8c qu'elle n'épousa qu'après l'an 886 Guillaume le Pieux. Ainsi Ingelberge auroit été fille de la première femme de Boson, que ce prince fit mourir pour épouser Ermengarde en 876 j mais il paroît, au contraire, qu'elle étoit fille de cette dernière, car outre qu'il n'y a aucune preuve qu'elle soit la même que la fille de Boson qui ne fut pas simplement promise en mariage à Carloman en 878, mais qui l'épousa-^ véritablement alors , nous savons que la mère d'Ermengarde s'appeloit Ingelberge"^, nom qui aura passé à sa petite-fille, femme de Guillaume le Pieux.

Louis, qui par sa mère descendoit de l'empereur Charlemagne , 8c qui par conséquent étoit parent de Charles le Gros, alla, après la mort de Boson , son père, trouver ce dernier prince au palais de Kircheim sur le Rhin, en Alsace, où il étoit alors, dans l'espérance d'en être reçu favorablement 8c d'obtenir sa protection. Son attente ne fut pas tout à fait vaine. Charles^lui fit un accueil gracieux 8c alla même à sa rencontre; il le reconnut ensuite pour son fils adoptif 8c pour son vassal^ c'est-à-dire qu'il l'investit sans doute ^ du duché de Provence, pour le tenir sous l'hommage de la couronne 8c l'obéissance légitime, ainsi que Boson, son père, l'avoit possédé avant son usurpation. Louis ne fut, en effet, élu roi de Provence que trois ans après, 8c Charles le Gros se regarda tout le temps de sa vie comme le véritable souverain de ce royaume, dont les pays d'Uzès 8c du Vivarais faisoient partie. C'est ce qui paroît, entre autres, par un diplôme de ce prince daté du même palais de Kircheim, 8c donné vers le même temps pour l'union du monastère de Don-^ère'^ dépendant de son domaine 6» situé sur le Rhône dans le royaume de Provence 6" le comté de

' Mahûlon, Acta Sanctorum ordinis sancti Bene- '^ Annal. Fui J. -p. 677. — Herman le Contracta

dicti. t. 5, p. 78 & seq. Chronkon, ad ann. 887.

' Baluze, H'tst. de la maison d'Auvergne, t. i , p. i 2. « Voyez tome IV, Hôte I, n. 1 9 & suiv.

' Annal. Berlin, p. 256. ' Chifflet, Histoire de l'abbaye de Tournas, preu-

* Le P. Ange, Histoire généalogique de la maison ves, p. zSp. de France, t. 1 , p. Go,

An 887

Saint-Paul-Trois-Châteaux, à Vahhaye de Tournas, au diocèse de Mâcon. Depuis ce temps-là ' le monastère de Donzère, qui avoit été uni auparavant à l'église de Viviers, de/int un simple prieuré soumis à l'abbaye de Tournus. Il subsista dans cet état jusqu'en 1374 qu'il fut réuni ^ à l'évêché de Viviers. Au reste, il est faux que le lieu de Donzère ait jamais dépendu pour le spirituel de ce dernier diocèse, comme un moderne ^ paroît l'avoir cru.

La plupart des seigneurs 8c des peuples de Germanie, mécontens du gouvernement de Charles le Gros, 8<. de sa nonchalance à repousser les courses des Normands, cabalèrent secrètement contre lui. Enfin, dans le temps que ce prince tenoit une diète au palais de Tribur, au delà du Rhin, le jour de S. Martin, 11 de novembre de l'an 887, Arnoul, son neveu 8c fils naturel de Carloman, roi de Bavière, se mit à la tête des conjurés 8c agit avec tant de bonheur qu'il se fit élire roi de Germanie h sa place. Charles le Gros se donna quelques mouvemens pour se maintenir sur le trône, mais il se vit bientôt après généralement abandonné de tous ses sujets, 8c il survécut peu de temps à son malheur. C'est ainsi que finit le règne de ce prince, qui avoit réuni en sa personne toute la monarchie françoise. Nos historiens modernes n'ont pas daigné le compter parmi nos rois du nom de Charles, quoiqu'il ait été véritablement roi de France.

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