‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 104 sur 234 · LXXIX. — Dédicace de Véglise de Cruas en Vivarais · texte numérisé non relu

LXXIX. — Dédicace de Véglise de Cruas en Vivarais

Nous avons remarqué ^ ailleurs que les archevêques d'Arles avoient obtenu des rois de Provence l'abbaye de Cruas, dans le Vivarais , mais ils n'y avoient proprement que le droit de visite & de protection , & ce monastère continua toujours d'être gouverné ^ sous leur autorité par des abbés particuliers. C'est ce qu'on voit en particulier par l'acte ^ de visite qu'y fit en 970 Ictérius, arche-

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , n. CV ^ Voyez tome I, livre X, n. lxxxvi.

& SUIT. s Voyez tome II, Chartes & Diplômes, nu-

" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CVI. méro LXXX.

' Mabillon, Annales, t. 4, p. 853, col. 1. « Mabilion, ad ann. 970, n. 48.

' An 970

vêque d'Arles, lequel examina, avec Abnaham qui en étoit ahbé, si l'observance y étoit en vigueur. Une dame du pays, appelée Gotolinde, qui avoit fait rebâtir l'église de Cruas, vint alors prier ce prélat de vouloir la consacrer sous l'invocation de saint Michel. Ictérius consentit à sa demande, à condition qu^elle doteroit cette église suivant les canons. Gotolinde donna en conséquence plusieurs biens situés dans le comté de Viviers y entre autres à Bays {Bacxus\ 8c l'archevêque fit la cérémonie de la consécration. L'acte est daté de Cruas le 27 de septembre y la trente 6» unième année du règne de Conrad^ ce qui pourroit donner lieu de croire que ce prince étoit alors reconnu en deçà du Rhône, & dans la partie orientale du Languedoc qui avoit dépendu anciennement du royaume de Provence ; mais cette charte n'est sans doute ainsi datée que parce que l'archevêque Ictérius, au nom duquel elle est expédiée , étoit sujet de Conrad, & en effet nous avons prouvé ailleurs que le roi Lothaîre fut reconnu dans le Vivarais. Ce prélat 8c son chapitre possédèrent ' diverses terres, dans le pays 8c comté d'Uzès, qu'ils donnèrent en fief la vingthuitième année du règne de Conrad.

LXXX. — Entreprises pour soustraire les églises de la Marche d^Espagne de

la juridiction des archevêques de Narbonne.

L'usage de doter les églises à la cérémonie de leur consécration étoit religieusement observé dans ce siècle } on trouve là-dessus, entre autres, un détail très-curieux dans plusieurs chartes^ du Roussillon 8c de la Marche d'Espagne, monumens mémorables de la piété des comtes du pays 8c en particulier de Borrel, comte de Barcelone. Comme ce prince, dont le domaine étoit trèsétendu , 8c qui se qualifioit duc de la Gothique {dux Gothicae) 3^ porta son autorité beaucoup plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs, il souffroit avec peine l'assujettissement des évêques de son domaine à l'archevêque de Nar- u\,p!tôi. bonne qu'il regardoit comme étranger, depuis que par l'usurpation des droits régaliens, chacun des grands vassaux s'étoit formé un état indépendant l'un de l'autre. Borrel ^ sollicité, à ce qu'il paroît, par l'évêque d'Ausone, 8c déjà porté de lui-même à établir un archevêché dans ses États, résolut de rétablir l'ancienne métropole de Tarragone qui avoit été détruite par les Sarrasins. Un voyage de dévotion qu'il fit à Rome sur la fin de l'an 970, lui donna lieu de proposer ce dessein au pape Jean XIII, à qui il représenta que la ville de Tarragone étant détruite 8c sans évêque, 8c que n^ ayant aucune espérance de pouvoir reprendre le pays sur les Infidèles, il conviendroit d'en unir l'archevêché à l'évêché d'Ausone ou de Vie. Le pape, sur ce seul exposé 8c sans appeler l'archevêque de Narbonne qui avoit un très-grand intérêt dans cette affaire, accorda au comte de Barcelone ce qu'il demandoit. Il fit expédier une

' Gallia Christiana, nov. edlt. t. i, p. 55o. ' Marea Hispanica, p. 898 & seq. p. 901.

' 'M.arca Hispanica, p. 872 & seq. 896 & seq. 999 ^ Diego, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2,

8l seq. c. 19. — Marca Hispanica, p. 408 & seq.

An 971

bulle au mois de janviery indiction xiv, c est-à-dire Tan 971, l'adressa aux évêques des Gaules & ordonna que tous les anciens évêchés qui avoient été soumis autrefois à la métropole de Tarragone, le seroient à l'avenir à Aton, évêque d'Ausone, comme à leur métropolitain. Jean XIII, par une seconde bulle, commit l'exécution de la première aux évêques Wisade d'Urgel, Pierre de Barcelone 8c Suniarius d'Elne. Ce projet demeura cependant sans exécution, par l'opposition sans doute d'Aymeri, archevêque de Narbonne, qui, dans une affaire si importante pour les droits de son église, n'avoît été ni appelé ni ouïj &, en effet, les évêques de la Marche d'Espagne continuèrent de reconnoître sa juridiction & celle de ses successeurs jusques au pontificat d'Urbain II, qui rétablit l'ancien archevêché de Tarragone.

Césaire, abbé de Sainte-Cécile de Montferrat, ne fut pas plus heureux dans les démarches qu'il fit vers le même temps pour s'ériger aussi en métropolitain de la Tarragonaise ^ Cet abbé entreprit en 971 un voyage à Compostelle où il se trouva à un concile tenu par les évêques de la Galice , qui , à sa demande , l'ordonnèrent archevêque de Tarragone j mais à son retour dans le pays^ tous les évêques de la Marche d'Espagne refusèrent de le reconnoître pour tel & s'opposèrent à ses prétentions : ces prélats étoient Pierre de Barcelone , Arnoul de Girone, Aton d'Ausone & Wisade d'Urgel. Ils furent appuyés d'Aymeri , archevêque de Narbonne , qui soutint ses droits avec beaucoup de zèle. Césaire se fondoit principalement sur ce qu'il avoit été ordonné devant le corps de saint Jacques, apôtre de l'Espagne. Ces prélats lui nièrent hautement que le saint apôtre eût jamais prêché la foi dans ce royaume £• quH y eût paru autrement qu après sa mort, c'est-à-dire qu'après qu'on y eut apporté ses reliques de Jérusalem. C'étoit, en effet, l'opinion commune en Espagne dans * le dixième siècle. Enfin cet abbé ne pouvant réussir à se faire reconnoître pour archevêque de Tarragone, écrivit au pape, lui exposa ses prétentions & implora son autorité} mais, soit qu'on doive regarder cette lettre comme ^ supposée, ou du moins interpolée, suivant les uns, soit qu'on doive la tenir ^ pour véritable selon les autres, il est certain que les choses demeurèrent sur l'ancien pied.

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