tome IV, Note XIX, n. 5. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXX
sos) ou métairies de leur propre alleu dans le diocèse de Maguelonne, & le district du château de Substantion, l'un dans le territoire du village de Candillargues, & l'autre dans celui de Montpellier^ preuve que vers la fin du dixième siècle cette ville n'étoit encore qu'un village. Cet acte est le plus ancien monument que nous ayons où il en soit fait mention j & ceux qui font remonter plus haut son origine n'en apportent aucune preuve solide ; au reste, ce village s'accrut bientôt à cause de son heureuse situation ; en sorte qu'au douzième siècle c'étoit une ville des plus florissantes de l'Europe.
Ce lieu est appelé Monspistellarius dans l'acte dont on vient de parler, de même que dans les suivans, jusque vers la fin du onzième siècle 5 on l'appela indifféremment, depuis, Monspessulanus ou Monspessullus. Ceci fait voir combien sont vaines les conjectures de quelques modernes qui ont voulu donner l'étymologie du nom de Montpellier, mais surtout de ceux qui Je font dériver du mot Puellay comme qui diroit Mons Puellarum, par allusion aux deux sœurs de S. Fulcrand qu'un de ces auteurs ' prétend avoir consacré leur virginité dans l'abbaye de Saint-Geniès, au diocèse de Maguelonne, dont il fait les comtes de Substantion ou de Melgueil les fondateurs. Mais tout cela est avancé sans preuves , & l'abbaye de Saint-Geniès ne fut fondée que l'an ^ 1019, temps auquel les deux sœurs de S. Fulcrand dévoient être ou déjà décédées, ou du moins dans un âge extrêmement avancé, puisque S, Fulcrand, leur frère, fut ordonné évêque de Lodève en 949. D'ailleurs cette abbaye ne doit pas sa fondation aux comtes de Substantion.
Quant à Gui, en faveur duquel Ricuin, évêque de Maguelonne, inféoda Montpellier, il paroît^ qu'Arnaud de Verdale s'est trompé sur son nom , 8c que ce seigneur n'est pas différent de Guillaume à qui Bernard , comte de Substantion, donna en 986 les deux métairies dont on a déjà parlé. Cela est d'autfii p"fo' ^^^^ P^^^ probable, que tous les successeurs de ce premier seigneur de Montpellier prirent le nomade Guillaume. Si donc celui qui reçut l'inféodation de Ricuin étoit alors en guerre contre le comte de Substantion, il fit sans doute la paix bientôt après avec lui , puisqu'en 986 le comte Bernard fit une donation à Guillaume, à cause des services quil en avoit reçus (y de la bienveillance quil avoit pour lui.
Ce comte étoit fils de Béranger, comte de Substantion ou de Melgueil , qui, selon le même Verdale^, rendit à Ricuin, évêque de Maguelonne, pourVâme de Guisle, sa femme , &» de Bernard^ son fils y le château de Gigean que ce prélat lui avoit donné auparavant. Béranger reconnut en même temps tenir en fief de Ricuin le château de la Verune, ce qui peut servir à fixer à peu près le temps où vivoitce comte 5 car Bernard, son fils, lui avoit déjà succédé en 985. Or, comme ce dernier mourut quelques années après dans un âge avancé, il faut
' Gar'iely Séries praesulum Magalonensium, p. 6i, ^ Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc,
i« éait. & p. 93, 2' édit. p. 658 & seq.
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome IV, ATofe XXX VII.
jnéro CLf ' Labbe, Bibl. nova manusc, t. ly p- 794*
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. Xll. lyS "77^
que Béranger, son père, fût comte de Substantion dès le milieu du dixième siècle } ainsi il est fort vraisemblable qu'il étoit fils de Bernard premier du nom, comte de Maguelonne, de Substantion ou de Melgueil , qui vivoit' sous le règne de Charles le Simple.
On peut encore fixer le temps où Béranger 8c Bernard, son fils, étoient comtes de Substantion, par l'époque de l'épiscopat de Ricuin, à qui le comte Bernard donna, au rapport de^ Verdale, les villages de Prunet, dans le diocèse de Béziers, d'Arboras, dans celui de Lodève, 6c plusieurs autres terres, qu'il reprit ensuite en fief de l'église de Maguelonne. Or, Ricuin n'a rempli cet évêché qu'après l'an 947, puisque Pons, son prédécesseur, l'occupoit alors. Pierre lui avoit déjà succédé en çSS, comme nous le verrons ailleurs j nous n'avons enfin aucune preuve qu'il ait été évêque de Maguelonne avant l'an gSS. Il s'ensuit de là que Béranger aura succédé à Bernard I dans le comté de Substantion vers l'an gSo, 6c Bernard II à Béranger, son père, vers l'an 970. Au reste, il paroît que ces comtes étoient François d'origine, car le comte Bernard II marque expressément dans sa donation en faveur de Guillaume, qu'il ^ la faisoit conformément à la loi salique qui étoit la sienne. Nous verrons cependant ailleurs que les comtes de Melgueil ou de Substantion du douzième siècle , descendans du même Bernard II , prétendoient venir en droite ligne du père de S. Benoît d'Aniane, qui fut comte de Maguelonne ou de Substantion au neuvième, 8c qui étoit certainement de race gothique j mais peut-être n'en descendoient-ils que par femmes.
Telle est la succession des comtes de Melgueil ou de Substantion pendant le dixième siècle; elle est fondée '^ sur divers monumens authentiques, 8c bien différente de ce qu'en rapporte un moderne ^ qui , sans preuves, nous donne, durant ce temps-là, un Adolphe, un Ernest 8c un Evrard pour comtes successifs de Melgueil ou de Substantion. Cet auteur ajoute que le dernier étoit frère de Senegonde, 8c qu'il fut père du comte Bernard, qu'il appelle Bernard I, d'Adélaïde, de Constance 8c de Guillemette. Il est vrai que nous trouvons un Bernard^, comte de Substantion, 8c ses trois sœurs de même nom sur la fin du dixième siècle 8c au commencement du onzième; mais, outre que ce Bernard fut le troisième de son nom, il n'y a aucune preuve que le prétendu Evrard ait été son père , 8c nous verrons plus bas que Senegonde devoit être son aïeule 8c non pas sa tante.
LXXXVI. — Zèle &» charité de S. Fulcrand. — La Province ajffligée de la
famine.
Pour revenir à S. Fulcrand, évêque de Lodève, les comtes de Toulouse 8c de Rouergue lui donnèrent occasion l'un 8c l'autre d'exercer le zèle épiscopal
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLVII. ^ Voyez tome IV, Note XXXVI, n. i & suiv.
* Labbe, Bihl. nova manusc. t. i , p. 794* ^ Gariel, Idée de Montpellier^ p. 120 & suit.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , n. CXX. * Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 1 8t suiv.
qui ranimoît. Le premier ', dont on ne marque pas le nom, mais qui ne peut être différent^ de Guillaume Taillefer, avoit quitté sa femme légitime pour en prendre une autre qui étoît actuellement mariée. Le saint prélat, quoique plein de respect pour l'autorité de ce prince, l'ayant rencontré un jour qu'il s'empressoit de venir l'embrasser, refusa non-seulement son salut, mais lui reprocha publiquement sa vie scandaleuse, aimant mieux courir le risque de sa vie 8c s'attirer son indignation, que de manquer dans cette occasion à son devoir.
Fulcrand usa d'une égale fermeté envers Raimond, comte de Rouergue, dans le temps qu'une cruelle famine désoloit la Province, 8c en particulier le ^^^.origin^ diocèse de Lodève. La charité universellement reconnue de ce saint évêque lui attira un nombre infini de pauvres, qui, dans l'espérance d'en ressentir les effets , se retirèrent dans sa ville épiscopale. Leur attente ne fut pas vaine ; il leur distribua d'abord toutes ses provisions sans se rien réserver, tant il comptoit sur les ressources de la Providence. Il vendit ensuite ses meubles, leur en donna le prix, 8c voyant que tout cela ne suffisoit pas, il parcourut son diocèse, rassembla tout le bétail qu'il put rencontrer 8c le leur partagea. Ayant appris enfin qu'il pourroit tirer des grains du Rouergue, il fit une somme d'argent 8c partit pour ce pays dans le dessein d'en acheter. Raimond, comte de Rouergue, informé de son voyage, conçut aussitôt le détestable dessein de lui dresser des embûches 8c de le détrousser à son passage. Fulcrand en fut averti , ce qui ne l'empêcha pas de continuer sa marche; il tomba peu de temps après dans l'embuscade, mais le comte Raimond fut si frappé de sa présence, qu'il dit aussitôt à ses gens : Retirons-nous, celui que nous poursuivons est un serviteur de Dieu des plus pacifiques. Ce prince se retira ensuite, 8c il ne fut pas plutôt de retour chez lui , que l'horreur qu'il eut de son crime lui causa la fièvre. Le saint prélat continua cependant sa route, 8c acheta suffisamment de grains pour subvenir aux besoins des pauvres jusques à la récolte suivante qui fut très-abondante.
LXXXVII. — Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, épouse en premières noces Arsinde d* Anjou, qui lui donne plusieurs enfans.
On voit par ce récit tiré d'un auteur, qui , quoique du commencement du quatorzième siècle, semble l'avoir pris d'une ancienne vie de S. Fulcrand, que Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, étoit déjà marié vers l'an 976. Ce prince devoit avoir épousé en effet, vers ce temps-là, Arsinde en premières noces. Un historien^ du temps parle de cette comtesse, à l'occasion d'un pèlerinage qu'elle fit à l'abbaye de Conques en Rouergue, où l'on conservoit les reliques de sainte Foy, martyre, qui étoit en grande vénération dans tous les pays voisins. «Arsinde, jQ^mm^ de Guillaume, comte de Toulouse, dit cet auteur,
' VitaS, Fuleranni, BoUand. févr. t. 2, p. 712 ' Berna rdus Scholasticus, de Mirae. S. FUls ,
& suiy. Labbe, BihL nova manusc. t. 2, p. 535. — Voyez
• Voyez tome IV, Note VllI, n. 14. tome IV, îfote VIII, n. 38 & suit. & Note XXIX.
An 975
« n'ayant point d'enfans , résolut d'en aller demander à Dieu par Tinter- « cession de sainte Foy. A son arrivée à Conques, elle lui offrit des bracelets « d or artistement travaillés 6c enrichis de pierreries dont elle avoit coutume de « séparer. Ses prières furent exaucées, 8c après son retour elle accoucha suc- « cessivement de deux fils, dont Tun fut nommé Raimond 8c l'autre Henri. » Au reste, nous avons lieu de croire * que cette princesse étoit fille de Geoffroi Grisegonelle 8c sœur de Foulques Nera, comtes d'Anjou, 8c, par conséquent, nièce d'Adélaïde, comtesse de Gévaudan, 8c de Gui, qui fut ^ élu évêque du Puy vers l'an 976 3.
LXXXVIII. — Evêques du Puy. — Pons 6» Bertrand, comtes de Gévaudan.
Cette église étoit encore gouvernée, en 961, par Gotescalc, qui permit"* alors à Truan, doyen de sa cathédrale, de bâtir une chapelle en l'honneur de S. Michel , sur la cime d'un rocher escarpé, taillé en forme de pyramide, voisin de la ville du Puy 8c nommé l'Aiguille, qu'un auteur^ du treizième siècle a mis au rang des merveilles du monde. On donna le nom de Seguret à cette chapelle, qui a servi autrefois de titre à une des dignités de la cathédrale. Gotescalc étant mort en 962, Begon lui succéda. On croit ^ que c'est sous l'èpiscopat de ce dernier que S. Maïeul, abbé de Cluny, fit à l'église de Notre- Dame du Puy le pèlerinage dont il est parlé dans sa Vie^. Le clergé 8c le peuple allèrent avec empressement au-devant de lui, 8c furent témoins des merveilles que Dieu opéra par son ministère, ce qui a engagé l'église du Puy à le mettre au nombre de ses patrons.
Après la mort de Begon, le clergé 8c le peuple de Vêlai élurent pour son successeur Gui, fils puîné de Foulques le Bon, comte d'Anjou, qui ^ avoit pris dès sa jeunesse l'habit monastique dans l'abbaye de Cormeri, en Touraine, dont il fut élu abbé. Gui avoit aussi obtenu les abbayes de Saint-Aubin d'Angers, de Ferrières 8c de Villeloin qu'il posséda ensemble 8c dont il dissipa les biens. Dieu l'ayant touché quelque temps après, il fit tout son possible pour réparer le mal qu'il avoit fait 8c le scandale qu'il avoit causé par sa conduite peu réglée; 8c il avoit déjà acquis une grande réputation de probité lorsqu'il fut élu évêque de Vêlai. Le crédit qu'avoit dans le pays Adélaïde sa sœur, veuve d'Etienne, comte de Gévaudan, 8c non pas de^ Guillaume, comte de Provence, comme l'ont avancé quelques modernes, ne contribua pas peu à son
' Voyez tome IV, Note XXIX.
* Voyez tome IV, Note XXVIII, n. i.
' Le texte auquel dom Vaissete fait ici allusion est trop éloigné des faits qu'il rapporte pour avoir quelque autorité. Arsinde n'était point sœur de Foulques Nera, ni fille de Geoffroi Grisegonelle. Tout ce que disent ici les Bénédictins à ce sujet ne s*appuie que sur des conjectures. [Voyez notre ad~ dition à la Note XXIX du tome IV.]
^ Gallia Christ'tana, nov. edit. t. 2, p. 694 & seq.
— Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 255.
— Voyez tome IV, Note XXVIII, n. i . '
* Gervais de Tilbéri, de Mirabil. mundi,
* Théodore, Histoire du Puy, p. 178.
' Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 5, p. 796.
* Mabillon, ad ann. 965, n. 98; ad ann. 973, n. 97$ ad ann. 975, n. 34. — Gallia Christiana» nov. edit. t. 2, instrum, p. 223.
» Voyez tome IV, Note XXVI, n.3.
Édj origin. électîon. Guillaumc Taillefer, comte de Toulouse, qui, comme on Ta déjà remarqué, avoit épousé une de ses nièces', 8c qui étendoit son autorité sur le Vêlai, la favorisa aussi sans doute. Enfin le roi Lothaire Tapprouva & obligea Gui, qui faisoit difficulté d'y consentir, à se soumettre. Ce dernier se mit donc en chemin, accompagné de quelques-uns de ses confrères 8c des députés de Téglise du Puy qui étoient venus lui annoncer son élection. Ses deux neveux, Pons 8c Bertrand , qu'un ancien monument qualifie consuls df Aquitaine 8c qui avoient succédé à Etienne, leur père, dans le comté de Gévaudan, allèrent audevant de lui avec Adélaïde , leur mère, 8c l'accompagnèrent le jour qu'il fit son entrée dans sa ville épiscopale.