C. — Études j assemblées^ (yc
Quant aux études, à la politique & au commerce, nous avons peu de monuraens qui puissent nous en instruire en particulier : on sait seulement en général que la Province se ressentit, ainsi que toutes les autres du royaume, de la barbarie qui régna au dixième siècle, durant lequel on négligea presque entièrement les belles-lettres*. Du reste, on y vit quelques évêques édifier
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XXII.
* On se tromperait beaucoup si Ton prenait au pied de la lettre ce que disent les Bénédictins de la barbarie du dixième siècle. Depuis que les études se sont tournées vers le moyen ilge & que Ton a mieux pénétré dans les détails de son histoire, on a compris que le dixième siècle avait pu être une époque de transition, mais qu'il n>n avait pas moins été doué d'une certaine fécondité; que si les monuments de cette époque sont devenus rares, c'est bien moins parce qu'il n'en a pas existé que parce qu'ils ont été détruits. Au dixième siècle, on voit toutes les villes importantes & les abbayes se ceindre de murailles, dans les villages apparaissent les châteaux & les premiers donjons de pierre. Les sciences & les lettres ne furent point non plus si négligées qu'on a voulu le prétendre; c'est ce qui est attesté par le nombre considérable de manuscrits de cette époque qui nous sont parvenus. Pour ne parler que du Languedoc, nous citerons plus particulièrement les abbayes de Moissac, de Gellone, de RipoU & l'église du Puy comme ayant eu alors de belles bibliothèques. Nous emprunterons sur cette dernière, les détails suivants au savant ouvrage de M. Léopold Delisle, membre de l'Institut, le Cabinet des ma^ nuscrits de la Bibliothèque Impériale,
La bibliothèque des chanoines du Puy renfermait de nombreux manuscrits copiés du neuvième au onzième siècle. Comme exécutés ou donnés au dixième à cette église, nous mentionnerons le manuscrit qui porte aujourd'hui le n. 1452 du fond latin de la Bibliothèque Impériale, offert à l'église du Puy par Adelard, évéque de cette ville^ qui vivait en 919, ainsi qu'il ressort de l'inscription suivante qu'on lit au f 2 : Liber oblatus ad altare Sancte Marie Anitiencis eeclesie, dono Adelardi ejusdem se dis episcopi : sic utenti gratta, largi^ fçri ytnia, fraudanti anathema. Le manuscrit latin
n. 2ii3 a été copié vers l'année 988. Il appartenait à l'église du Puy. On lit sur le premier feuillet : Iste liber est eeclesie Podiensis» Le manuscrit 6639 (Bgece) a appartenu à l'église du Puy; mais il a dà primitivement provenir de celle de Lyon. Au bas du r* i5i on a ajouté une précaire dans laquelle les noms d'hommes & de lieux ont été soigneusement grattés, mais que M. Delisle soupçonne émanée de Gui, archevêque de Lyon au dixième siècle. (928-948 ^) -— Le manuscrit 2855 offre un intérêt tout particulier pour l'histoire du Midi.
Dans son pèlerinage en Espagne, Gotescalcus, évêque du Puy, eut l'occasion de voir le traité que saint Hildefonse avait composé en l'honneur de^la sainte Vierge. H pria Gomès, moine de Saint- Martin d'Albelda , de lui en faire une copie qu"*!! destinait à l'église du Puy. Gomès s'empressa de satisfaire à cette demande, comme nous l'apprenons d'une préface qui nous a été transmise par plusieurs manuscrits. La dernière phrase de cette préface atteste que le volume transcrit par Gomès fut porté d'Espagne en Aquitaine au mois de janvier, l'an 989 de Tère, c'est-à-dire l'an 951 de l'Iticarnation, & M. Delisle a établi que le manuscrit original de Gomès n'était autre que la seconde partie du manuscrit latin 2855. On y reconnaît d'une part le travail d'une main espagnole, la Bibliothèque Impériale ne possède peut-être pas un exem plaire aussi pur de l'écriture visigothique; d'autre part, ce manuscrit, qui a toujours appartenu à l'église du Puy, porte, tracée sur un feuillet blanc, une prière qui prouve qu'il a passé par les mains d'Abraham, contemporain de l'évêque Gotescalcus & peut-être chanoine de l'église du Puy. Nous pourrions citer encore beaucoup de faits pour prouver que le dixième siècle n'a point été dépourvu d'initiative, 8c. que si les monuments de cette épo^ que sont rares, ceux qui nous restent démontrent
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. Xll. 187 ~^ — ^
rÉglise, soit par la sainteté de leur vie, soit par leur zèle pour Tobservation des canons. Il y eut même des seigneurs * séculiers qui s'intéressèrent pour procurer la réforme des abus qui s'étoient glissés dans le clergé ; & quoique la plupart ne se fissent pas scrupule de posséder ou d'envahir les biens des églises , ils leur faisoient quelquefois des libéralités si grandes qu'elles tenoient de la profusion. Plusieurs d'entre eux entreprirent divers pèlerinages qui étoient alors fort* à la mode, surtout ceux de Jérusalem, de Saint-Jacques en Galice & de Saint-Pierre de Rome. On appeloit alors ^ Romeux coux qui alloient ainsi par dévotion dans cette dernière ville , & c'est de là qu'est dérivé le mot Romieuy dont on se sert encore dans le pays pour désigner toute sorte de pèlerins. Les seigneurs prenoient souvent occasion des cérémonies publiques, comme de la dédicace des églises, pour s'assembler avec les évêques. Ils assistèrent aussi ordinairement avec les prélats aux divers conciles qui furent tenus dans le pays Se dont les décrets émanèrent par conséquent de l'autorité des deux puissances. Nous voyons enfin dans la Province une troisième espèce d'assemblée au dixième siècle dans les plaids généraux qu'on y tenoit quelquefois^, & auxquels se trouvèrent les évêques, les abbés, les comtes, les vicomtes, &c.
CI. — Division de la monarchie. — La Septimanie conserve son titre de
royaume. — Langue romaine.
A la fin de la seconde race de nos rois 8c au commencement de la troisième, la France, ou cette partie de la monarchie qui après la mort de Louis le Débonnaire échut à Charles le Chauve & à ses successeurs, 8c qui en comprenoit toute la partie occidentale, étoit^ partagée en trois royaumes, savoir : de Neustrieou de France, de Bourgogne 8c d'Aquitaine. La Septimanie ou Gothie, la Marche d'Espagne 8c la Gascogne étoient censées faire partie de celui d'Aquitaine; mais on donnoit souvent aussi le titre de royaume à la première qui renfermoit la Marche d'Espagne, ainsi qu'on l'a vu ailleurs. Le reste de la monarchie comprenoit l'ancien royaume de Lothaire ou d'Austrasie 8c ceux de la Bourgogne Transjurane 8c de Provence, que des princes étrangers envahirent sur nos rois. On divisoit^ aussi, à la fin du neuvième siècle, la monarchie en France latine 8c France tudesque^ par rapport aux différentes langues qu'on y parloit ; en sorte qu'on se servoitde la romaine ou d'un latin corrompu dans la première qui renfermoit le Languedoc , 8c de l'allemande
de la part de leurs auteurs du goût pour les lettres, ' Adhémar de Chabanais, p. 172.
le désir de l'instruire, 8c le besoin de former des ^ Labbe, Bibl, nova manuscriptorum, t. 2, p. 53i.
écoles & des bibliothèques, en un mot tous les si- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CVII.
çnes précurseurs de la magnifique renaissance qui ^ Abbon, de BeUo Paris, 1. 2, p. 620 & scq. —
eut lieu au onzième siècle. [Ë. M.] Frodoard, Chronicon, ad ann. 964, p. 619. — Adrien
' Capitulaires, t. 2, p. 634. — Catel, Mémoires de Valois, Not, in Carm. Adalheronis, p. 264 8c seq.
de l'histoire du Languedoc, p. 775. ^ Pagi» ad ann. 888, n. 5.
An 975
dans Tautre. Il paroît que nos rois parloient encore cette dernière au ' milieu du dixième siècle.