XXIX. — Comtes de Provence
Guillaume I, comte de Provence, étant tombé dangereusement malade la même année à Avignon, fit prier S. Maïeul *, abbé de Cluny, en qui il avoit beaucoup de confiance, de venir le consoler dans cette extrémité. Ce saint se rendit à sa prière, l'exhorta à la mort 8c le revêtit de Thabit monastique qu'il avoit demandé avec beaucoup d'empressement. Ce prince étant mort peu de temps après, son corps fut porté à Sarian, dans le pays Venaissin, où il fut inhumé dans un prieuré de l'ordre de Cluny qu'il avoit fondé.
S. Maïeul étoit sans doute dans le monastère de Saint-Saturnin du Port, aujourd'hui le Pont-Saint-Esprit, où il demeuroit souvent^, lorsqu'il fut appelé par le comte de Provence. Ce monastère étoit recommandable dans ce tempslà par le séjour du bienheureux Guillaume^ qui y vécut quelque temps sous ia discipline de ce saint, 8c qui ayant été élu depuis abbé de Saint-Bénigne de Dijon, réforma, sur la fin du dixième siècle 8c au commencement du suivant, la plupart des monastères de France.
Les auteurs contemporains qualifient indifféremment Guillaume I, comte de Provence, prince des Provençaux^ ou duc d^ Arles ^^ un autre ^ lui donne le glorieux titre de père de la patrie 8c celui de prince très-chrétien qu'il méritoit véritablement, de même que les éloges que font de lui les historiens modernes'7. Il eut entre autres la gloire de chasser entièrement les Sarrasins des montagnes de Provence où ils s'étoient fortifiés depuis longtemps. On prétend^ que le roi Conrad le Pacifique lui donna, 8c à Rotbold, son frère, le comté de Provence à titre bénéficiaire y 8c que leurs successeurs en devinrent in-sensiblement propriétaires ; mais la qualité de princes 8c de ducs que les auteurs contemporains donnent à ces deux frères, fait assez comprendre qu'ils possédèrent héréditairement la Provence, 8c qu'ils y excercèrent la même autorité dont jouissoient alors les grands vassaux d'Allemagne 8c de France : aussi Guillaume 8c Rotbold avoient-ils succédé^ à Boson II, leur père, dans ce même comté qu'ils transmirent à leurs descendans, 8c même à leurs filles. Il est vrai qu'il paroît que le roi Conrad donna à ces deux comtes la partie de la Provence qu'ils délivrèrent de la tyrannie des Sarrasins, 8c qu'ils donnèrent '° ensuite euxmêmes en fief à divers seigneurs; mais si Conrad les investit de cette partie du pays, ce fut sans doute pour la posséder héréditairement comme l'autre 8c avec le même pouvoir; ils y avoient d'autant plus droit, que suivant'' S. Odilon, abbé de Cluny, Guillaume I chassa les infidèles de la Provence
* Vita S, Maioli. —^Acta Sanctorum ordinis saneti ^ Acta Sanctorum ordinis sanet't Benedicti, p. 779 Benedicti, saec. 5, p. 808. & 786.
' Ibidn p. 764 8c 806. ^ Ruffi, Dissertation^ p. 40 8( suiv.
' MabiUon, ad ann. 987, n. 102. * Ibid. p. 6 8c suiv.
* Acta Sanctorum ordinis saneti Benedicti y %aec, 5, ' Voyez tome IV, Note XIV.
p. 808. "* Ruffi, Dissertation, p. 6 & suit.
' Glaber, 1. 1 , c. 4. " Acta Sanctorum ordinis saneti Benedicti, p. 779.
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par sa propre valeur, conquit sur eux un grand terrain Se l'unit à son domaine. Nous avons cru ce détail nécessaire , parce que Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, ou plutôt les fils qu'il eut d'Emme sa femme, fille de Rotbold, entrèrent * dans tous les droits de ce dernier sur la moitié du comté ou duché de Provence renfermé alors entre l'Isère, les Alpes, le Rhône & la mer Méditerranée. Guillaume II succéda à Guillaume I, son père, dans l'autre moitié de ce comté, sous la tutelle ou l'administration * d'Adélaïde, sa mère,& la posséda par indivis comme son père, avec le comte Rotbold, son oncle, qui vécut encore longtemps après.
XXX. — Fondation du monastère de Saint-Pierre du Puy. — Comtes de
Gévaudan. — Vicomtes de Polignac*
Quelques modernes confondent^ cette dernière avec Adélaïde d'Anjou, comtesse de Gévaudan, qui vécut toujours dans une union très-étroite avec "T r~ Gui, évêque du Puy, son frère. Ce prélat fonda en effet, de son avis, en 998, le monastère de Saint-Pierre, dans sa ville épiscopale, a pour l'expiation de ses (c péchés, pour les évêques du Puy ses prédécesseurs & ses successeurs, & tt enfin pour Etienne, son beau-frère {cognatus), Adélaïde, sa sœur, 8c leurs « fils Pons& Bertrand, ses neveux. » Gui dédia ensuite l'église de ce monastère, auquel il donna diverses terres, ou de sa mense épiscopale, ou qui lui appartenoient en propre dans le Vivarais, le Vêlai 8c l'Auvergne , entre autres Éd. origin. une églisc quc les mêmes Pons 6» Bertrand lui avoient donnée en satisfzction de ce quiU avoient amené par force à Mende Gui, prévôt de la cathédrale du Puy, après V avoir fait prisonnier dans cette église. Il donna de plus au monastère de Saint-Pierre le dixième des oblations qu'on feroit à son église, & une des quarante prébendes canoniales. Il fit cette donation avec son chapitre, du consentement de Gui qui en étoit prévôt 8c évêque de Valence , de Truan, doyen; de Pierre, abbé de Saint-Pierre 8c évêque de Viviers, 8c de tous les autres chanoines qui y souscrivirent avec la comtesse Adélaïde'*, Pons & Bertrand, ses fils, Agnus, vicomte de Polignac, 8cc. Le monastère de Saint- Pierre du Puy subsiste encore aujourd'hui sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Chaffre 8c la réforme de l'ordre de Cluny , 8c c'est la principale paroisse delaville^.
Il paroît par ce que nous venons de dire , que Pons 8c Bertrand possédoient encore en commun, en 993, le comté de Gévaudan, sous l'autorité de leur mère Adélaïde. Quant à Agnus ou Annon, vicomte de Polignac, il avoit succédé
* Voyez tome IV, Vote XIV. Adélaïde, sa sœur, & ses neveux Pons & Bertrand,
* Ihid» comtes de Gévaudan, le Cartulaire de Saint-Chaf- ' Labbe, Bihl. nova^ t. 2, p. -jSo & seq. — Acta fre, qui renferme plusieurs actes se rapportant à
Sanctorum ordinis sancti Benedictij saec. 5, p. 836 ces personnages. Voyez aussi notre Introduction
8( seq. aux Chroniques des comtes d'Anjou, publiées par la
■* Voyez tome IV, Note X, n. 6. Société de l'Histoire de France, & notre Addition à
* Voyez sur Gui d'Anjou, évêque du Puy, sur la Note XXVI du tome IV. [E. M.]
dans cette vicomte à Héracle qui étoit vraisemblablement son père , & qui , en 985, fit une donation au prieuré de Chamalières en Vêlai. Agnus vivoit encore vers Tan 1000, sous le règne du roi Robert, & il fit' alors un accord avec Guîj abbé de Saint-Chaffre & évêque de Glandève.