XXXII. — Réforme de plusieurs monastères de la Province
On voyoit alors dans divers autres monastères de France deux abbés réguliers, dont l'un avoit le gouvernement particulier 8c l'autre étoit comme le supérieur général de plusieurs abbayes qui avoient embrassé la même réforme.
• GaUia Christiana, nov. cdit. t, 2, p. 765. — * Mabillon, ad ann. 962, n. 85. Estiennot, Antiquitates dioec, Anic, mss. lat. 12749. * Mabillon, Annal. Benedicf. t. 4, p. 897 8c 780.
• Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- ^ GaUia Christiana, noy, edit. t. 2, p. 764 8c seq. méro CXXXI, la 2* charte citée sous ce numéro. — — Columbi, Episcopi Valent, p. 262. — Mabillon, Mabillon, ad ann. 991, n. 64. ad anh. 1012, n. 7.
» GaUia Christiana, noY. edit. t. 2, p. 764 8c seq. » Mabillon, de Re diplomatica, p. 58o 8( leq,
• J^^^i* * Mabillon, ad ann. 1016, n. 25#
An 99$
An 993
C'est ainsi qu'à la fin du dixième siècle celles de Saint-Pierre de Lézat 8c de Saint-Pierre du Mas-Garnier, dans le diocèse de Toulouse j de Saint-Hilaire, dans celui de Carcassonne 5 de Notre-Dame d'Alet, dans le Razès, & de Saint- Michel de Cuxa, dans la vallée de Gonflant en Roussillon, étoient soumises à labbè Guarin dont on a parlé ailleurs. Il est fait mention de cette soumission dans une bulle du pape Jean XV, qui en 998 confirma* cet abbé dans le gouvernement général de ces cinq monastères, & les abbés Hugues dans l'administration particulière du second, Wifred du dernier, & Benoît des trois autres, du consentement à\x même abbé Guarin. Jean XV, en parlant de ces cinq abbayes, se sert du terme de nôtres ; ce qui prouve que dans le temps de leur fondation elles avoient été mises sous lautorité immédiate du Saint- Siège : aussi ce pape maintient-il leurs religieux dans la possession de leurs t.i?,"p?"Ç".' biens & dans la liberté d'élire leurs abbés, qui doivent être bénis sans rien donner, avec permission aux nouveaux abbés de se faire bénir par le pape, en cas que les éyêques exigeassent d'eux quelque chose. Il défend enfin aux derniers d'exercer aucune autorité sur ces cinq monastères, qu'il déclare être uniquement soumis à la sienne & à celle de ses successeurs. Il paroit que son dessein étoit que ces abbayes fussent toujours gouvernées par un abbé général, mais nous ne voyons pas que cela ait eu lieu après la mort de l'abbé Guarin.
XXXIII. — Abbés de Lé-^at 6» du Mas-Garnier. — Forton Guillaume, vicomte
de Gimoe-^. — Amélius Simplicius, comte de Comminges.
Hugues étoit encore abbé du Mas-Garnier sous le règne du roi Robert*, suivant une donation que le vicomte Forton Guillaume fit à ce monastère de quelques terres situées aux environs & bornées par le ruisseau de Lambon & les chemins publics qui conduisent à Grandselve & à Dieupentale. Nous inférons de là que Forton Guillaume étoit vicomte de Gimoez, pays qui prend son nom de la rivière de Gimone qui le traverse, 8c qui est une portion de l'ancien diocèse de Toulouse , aujourd'hui de celui de Montauban. Cette vicomte s'étendoit en effet jusques auprès de l'abbaye du Mas-Garnier. Forton Guillaume sera donc le premier vicomte de Gimoez dont nous ayons connoissance. Sa donation est inscrite avant les témoins , par une dame nommée Rixende, qui étoit vraisemblablement sa femme.
Benoît 3 étoit déjà abbé de Lézat au mois de janvier de la quatrième année du règne du roi Hugues, ou de l'an 991 . Hugues, qui est peut-être le même que l'abbé du Mas-Garnier dont nous venons de parler, lui avoit succédé sous celui du roi Robert, comme il paroît par une donation^ faite vers l'an looi à l'abbaye de Lézat par Roger, comte de Carcassonne, & Adélaïde, sa femme. Cet
• Marca Hispanica, p. 966 &scq.— Voyez tome IV, ' Mabillon, ad ann. 991, n. 65.
Note XXVII, n. 7. ^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu-
' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu- méro CXXXVI, fl^éro CXLVni, la i*" charte citée sous ce numéro
An 993
acte est souscrit par Raimond, Bernard & Pierre, leurs fils, qui souscrivirent aussi à une autre donation * que Roger, leur père, fit quelque temps après à la même abbaye, avec leur mère Adélaïde, d'un alleu situé dans le comté de Toulouse. Sous le gouvernement de Hugues, abbé de Lézat^, & le règne de Robert, on donna à cette abbaye Téglise de Saint-Béat sur la Garonne , avec celle de Saint-Vincent, située de l'autre côté de ce fleuve. Il y eut depuis dans cette église un prieuré dépendant de labbaye de Lézat ; ce que nous remarquons, parce que nous trouvons ici l'origine de la petite ville de Saint- Béat, située dans la partie du Comminges qui est dans l'étendue du Languedoc. Quanta Guarin, sa mort arriva vers l'an 998, puisqu'il étoit déjà^ décédé l'an 1000 & qu'il vécut jusques au règne de Robert, suivant une donation^ que lui firent, & à l'abbaye de Lézat soumise à son autorité, un seigneur nommé Amélius Simplicius & Guillaume, son fils, hommes très-puissans. Nous conjecturons^ que le premier étoit un des fils d'Arnaud, comte de Carcassonne & de Comminges 5 il possédoit en effet une partie de ce dernier comté avec plusieurs alleux du Toulousain. Nous parlerons ailleurs de sa postérité.
XXXIV. — Mort de Gui d^AnjoUy évêque du Puy, qui choisit de son vivant
Etienne , son neveu, pour remplir son siège.
On prétend^ que Gui d'Anjou, évêque du Puy, profitant du crédit "^ qu'il avoît auprès du roi Hugues Capet, fit élire de son vivant, vers l'an 994, Drogon, son frère, pour remplir son siège après sa mort. Si ce fait est vrai, Drogon mourut bientôt après, car il est certain ^ que Gui , quelque temps avant sa mort , nomma de son autorité Se sans le consentement du clergé &c du peuple, pour son successeur à l'évêché du Puy, Etienne, son neveu, troisième fils de sa sœur Adélaïde 8c d*Etienne, comte de Gévaudan^^. Il paroît même, par un canon '° du concile de Rome de l'an 998, qu'il le fit sacrer de son vivant par Dacbert, archevêque de Bourges 8c Roclenus , évêque de Nevers. Un autre canon du même concile semble dire cependant qu'Etienne ne fut sacré qu'après la mort de Gui, son oncle. Quoi qu'il en soit, ce dernier mourut avant la tenue de ce concile. Il fut inhumé, à ce qu'on assure, dans le monastère " de Saint-Pierre du Puy qu'il avoit fondé. On ajoute qu'il obtint
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu méro CXXXVI.
' Ihid. n. CXXXIX, la 3* charte citée sous ce numéro.
» Voyez tome IV, Note XXVII, n. 7.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro cxxxn.
s Voyez tome IV, Note XXII, n. 27.
^ Mabillon, Aeta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 5, p. 886, ad ann. 996, n. 84. ' Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 1.
• Conciles, t. 9, p. 772 8iseq.
' Les Bénédictins ont raison de réyo<(uer en doute
la nomination de Dreux, frère de Gui d'Anjou, à révéché du Puy. Ce fait n*est avancé que par la Chronique des gestes des comtes d'Anjou & il est contredit par tous les autres documents. Mais il n'est pas aussi certain qu'Etienne, neveu de Gui 81 choisi par lui pour son successeur, soit le troisième fils de sa sœur Adélaïde; nous croyons plutôt qu'il était son petit-neveu 8c fils de Guillaume, frère de Pons 81 de Bertrand, comtes de Gévaudan. — Voyez tome IV, la Note XXVI. [E. M.]
'" Conciles, t. 9, p. 772 8t suiv.
• ' Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 26. — Théodore, Histoire du Puy, p. 2,
kn 998
du roi en 992 des armoiries pour la ville du Puy ; mais la contradiction qui se trouve entre les deux auteurs qui font mention de cette prétendue concession, dont ils n'ont eu garde de produire l'acte, suffit pour en démontrer la fausseté. Selon le premier ', ce fut Geoffroi Grisegonelle, comte d'Anjou, qui, avec Gui , son frère, obtint du roi Lothaire ces armoiries qui étoient, dit-il, une aigle d'argent armée de gueules au champ d'azur semé de fleurs de lys Éd. origin. d'or. L'autre prétend^ au contraire que ce fut à la demande de Foulques, comte d'Anjou & neveu de Gui, évêque du Puy, que le roi Hugues Capet donna pour armes à la ville du Puy une aigle éployée d'argent sur Técu plein de France, alors semé de fleurs de lys sans nombre ; mais c'est trop s'arrêter sur des fables. Après la mort de Gui, évêque du Puy, l'élection d'Etienne, son neveu, fut cassée dans le concile de Rome dont on a déjà parlé.
XXXV. — Robert succède au roi Hugues Capet. — // épouse en secondes noces Constance y fille de Guillaume Taillejer, comte de Toulouse^
Le mariage du roi Robert avec Berthe fut déclaré nul dans le même concile. Ce prince avoit succédé alors au roi Hugues Capet, son père, sur l'époque de la mort duquel nos historiens ne sont pas d'accord. Ils conviennent tous^ cependant qu'il décéda le 23 ou le 24 d'octobre, mais ils varient sur Tannée que les uns mettent en 996, les autres en 997 ou enfin en 998. Nous avons^ divers monumens dans la Province qui confirment le sentiment des premiers, & il est appuyé sur des preuves si solides, qu'il doit passer, ce semble, pour indubitable.
Robert avoit épousé en 996 Berthe, veuve d'Eudes, comte de Blois^ & sœur de Rodolphe III , roi de la Bourgogne Transjurane. Le pape Grégoire V désapprouva fort ce mariage à cause de la parenté & de l'affinité spirituelle qui se trouvoient entre eux ; il résolut de le dissoudre Se assembla dans ce dessein à Rome un concile qui fut tenu au^ commencement du mois de mai de l'an 998. Le mariage fut^ déclaré nul parole premier canon, en sorte que Robert fut obligé enfin de se séparer de Berthe. Ce prince épousa la même année Constance, qui suivant la plupart de nos modernes étoit fille de Guillaume premier du nom , comte de Provence, & d'Adélaïde d'Anjou, sa femme } mais si l'on doit s'en rapporter aux anciens "7, dont l'autorité est sans doute préférable, elle étoit fille de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, 8cd'Arsinde, sa première femme, que nous croyons fille de Geoffroi Grisegonelle, comte d'Anjou; & en effet, Robert avoit déjà épousé Constance avant la fin de l'an 998, & Constance, fille de Guillaume I, comte de Provence, & d'Adélaïde sa seconde femme, n'étoit pas encore mariée trois ans après. Il est enfin certain que Constance, femme du roi Robert, étoit nièce ^ de Foulques Nera , comte
* Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 26. * Baluze, MisceUanea, t. 7, p. 62. ' Théodore, Histoire du Puy, p. 2. • Conciles, t. 9, p. 772.
* Mabillon, ad ann. 996, n. 34. ' Voyez tome IV, Note XXIX.
* Voyez tome IV, Note XVIII, n. 9. • Glaber, l. 3, c. 2.
AnppS
d'Anjou : or, Adélaïde femme de Guillaume I, comte de Provence, étoit à ce qu'on assure tante du même Foulques & sœur de Geoffroi Grisegonelle , père de ce comte ; ainsi elle ne peut avoir été mère de la reine Constance '.
Robert fit de grands préparatifs^ pour la célébration de ce mariage; il se mit à la tête de ses troupes, s'avança vers l'Aquitaine, passa la Loire & alla au-devant de sa nouvelle épouse qui venoit du côté d'Arles^. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, père de cette reine, faisoit alors sa principale résidence aux environs de cette ville, tant à cause de plusieurs terres qu'il avoit en Provence^ & qu'Emme sa seconde femme lui avoit apportées, que parce qu'il possédoit le comté de Saint-Gilles, qui comprenoit la partie du diocèse de Nimes située auprès du Rhône & voisine d'Arles.
Un historien contemporain^ assure que le mariage du roi Robert avec Constance contribua beaucoup à corrompre les mœurs des peuples de France 6» de Bourgogne, par le grand nombre d'Auvergnats 8c d'Aquitains qu'il attira à la cour de ce prince & qu'il représente comme des gens dissolus, vains, légers & également méprisables, soit par leurs manières, soit par leur façon de s'habiller. Ils avoient, dit-il , la barbe 6c la moitié de la tête rasées, â la façon des baladins ^ leurs habits étoient courts; ils portoient une espèce de bottines, 8cc. Cest donc une preuve que la reine Constance amena avec elle en France plusieurs personnes de la cour du comte son père, & que son élévation y en attira un grand nombre d'autres. Le même historien parle^^ trèsavantageusement de cette princesse ^ ; il l'accuse cependant dans un endroit d'avarice & de maîtriser le roi son époux. D'autres anciens ^ qui lui donnent le surnom de Blanche, louent son habileté, sa fermeté & son courage. Il y eut d'abord^ quelque mésintelligence entre elle 8c le roi, causée par les intrigues d'un seigneur nommé Hugues qui fit tout son possible pour la mettre mal dans l'esprit de ce prince. Foulques, comte d'Anjou, oncle de la reine, résolu de la ^^f^ o"»'"venger, envoya alors douze soldats déterminés, qui ayant rencontré Hugues dans le temps qu'il étoit à la chasse avec le roi, l'assassinèrent à ses pieds. Robert témoigna d'abord beaucoup de chagrin de cet attentat , mais il se réconcilia enfin avec la reine, vécut depuis avec elle de fort bonne intelligence 8c en eut quatre fils 8c deux filles. Il est aisé de juger par ce récit, tiré d'un auteur du temps , sur quel fondement un moderne *°, qui traite la reine Constance d'impérieuse jusques à Vinsolence, a pu avancer que ce fut elle-même qui fit assassiner Hugues sous les yeux du roi.
* Voyez notre Addition à la Note XXIX, où nous * Voyez tome IV, Note XXIX. passons en revue les textes qui se rapportent à cette * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nuquestion. Constance, seconde femme du roi Robert, méro CLXXIX. était fille de Guillaume I, comte de Provence, &non ^ Glaber, 1. 3, c. 9. pas de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse. Sa ^ lèid, mère s'appelait Adélaïde & non Arsinde; celle-ci ' Ihid, c. 2.
n'était ni tante ni sœur de Geoffroi Grisegonelle, & * Duchesne , Recueil des historiens de France,
par conséquent n'appartenait point à la maison t. 4, p. 85.
d'Anjou. [£. M.] ' Glaber, 1. 3, c. 2;
' Aimoin, de Mirae, S, Bened. 1. 3, c. 8* '^ Daniel, Histoire de France, t. 1, p. 1022*
An 99S
XXXVL — U archevêque de Narbonne maintenu dans son autorité métropolitaine
sur la Marche d'Espagne.
Après la dissolution du mariage de Robert avec Berthe, on traita dans le concile romain de Tan 998 une affaire qui intéressoit Tautorité métropolitaine des archevêques de Narbonne sur la Marche d'Espagne. Un certain Guadaldus', homme ambitieux, ayant formé le dessein d*envahir Tévêché d'Ausone 6c d en déposséder Froïa qui Toccupoit légitimement, se fit ordonner évêque de cette ville par Odon, archevêque de la province des Gaules, métropolitain étrangery quon croit* être Eudes alors archevêque d'Auch. Froïa, surpris de cette entreprise, eut recours au pape Jean XV qui excommunia Tintrus dans un concile. Celui-ci, pour se maintenir dans la possession de Tévêché, excita une sédition à Ausone durant laquelle il fit assassiner Tévêque. Après la mort de ce prélat, Raimond, comte de Barcelone, & Ermengaud, comte d'Urgel, son frère, avec lequel il partageoit le domaine du comté d'Ausone, firent élire un nouvel évêque. Le choix tomba sur Arnoul qui fut sacré par larchevêque de Narbonne, son métropolitain. Guadaldus lui disputa néanmoins Tévêché & osa porter cette affaire à Rome devant le pape Grégoire V, qui le fit déposer ignominieusement par le concile en présence du même comte Ermengaud, que les actes appellent jf£j de Borrely très-noble marquis des Aquitains (/ des Goths, & qui s'y étoit rendu par ordre du comte Raimond, son frère. Les mêmes actes qualifient ce dernier marquis de cette province. Il avoit succédé depuis Tan gçS, dans le comté de Barcelone, à Borrel son père, l'un des principaux^ bienfeiteurs de l'abbaye de la Grasse.
XXXVII. — Etienne de Gévaudan, évêque du Puy, déposé. — Origine de
Vimmédiation de cette église au Saint-Siège.
Le concile de Rome'^ fit divers canons au sujet de l'intrusion d'Etienne de Gévaudan, qu'il interdit de toute fonction sacerdotale « pouravoirété éluévêque « du Puy sans le consentement du clergé 8c du peuple du vivant de Gui son « oncle, & pour avoir été ordonné après sa mort par deux évêques qui n'étoient (c pas de sa province.» Dacbert, archevêque de Bourges, qui étoit l'un des deux, en étoit toutefois le métropolitain; l'autre étoit Roclenus, évêque de Nevers. Ils furent suspendus tous les deux de la communion jusqu'à ce qu'ils fussent venus faire satisfaction de leur faute devant le siège apostolique. Le concile permit en même temps au clergé & au peuple du Vêlai d'élire un nouvel évêque qui seroit sacré par le pape. Enfin on fit un décret par lequel on pria le roi Robert de ne donner aucune protection à Etienne & de favoriser la nouvelle élection qui seroit faite, sauf la soumission qui lui étoit due.
' Baluze, Miscellanea, t. 7, p. 62 & seq. ' Marea Hispanica, p. 415, 542, 946 8t seq.
■ Marca Hispanica, p. 417. ^ Conciles, t. 9, p. 773.
An 998
En conséquence, le clergé " 8c le peuple du Velaî ayant élu pour leur évêque Théotard, moine d'Aurillac, le pape Sylvestre II, successeur de Grégoire V, confirma cette élection par une bulle du 24 de novembre de la première année de son pontificat, ou de Tan 999. Le pape déclare dans cette bulle qu'il avoit ordonné lui-même ce prélat, & défend à tout autre évêque d'entreprendre de Texcommunier ; précaution qu'il prit sans doute pour le mettre à couvert des entreprises de Dacbert, archevêque de Bourges, qui avoit sacré son concurrent. Ce fut pour la même raison que le concile ordonna que le nouvel évêque du Puy seroit sacré par le pape.
C'est à cette intrusion que les évêques du Puy doivent le privilège singulier d'être exempts de la juridiction de l'archevêque de Bourges, leur ancien métropolitain, & d'être soumis immédiatement au papej car il ne faut pas chercher ailleurs l'origine de l'immédiation de cet évêché au Saint-Siège^ laquelle subsiste encore de nos jours. On* ne doute pas que cette prérogative ne fût expressément marquée dans la bulle du pape Sylvestre dont il ne reste qu'une partie qui soit lisible. Léon IX ajouta^, au milieu du onzième siècle, au privilège accordé par ses prédécesseurs aux évêques du Puy, de n'être ordonnés que [ff^ ^"^^'Jpar le pontife romain, qu'il confirma, celui de se servir du palltum les fêtes solennelles, tant pour honorer, dit-il, la sainte Vierge, patronne de cette église, que pour favoriser la dévotion particulière des peuples du pays envers la mère de Dieu. Enfin les papes Pascal II & Eugène III confirmèrent l'immédiation des évêques du Puy à leur siège.
XXXVIII. — Fondation du monastère de Langogne. — Union de la vicomte
de Gévaudan avec celle de Millau, en Rouergue.
Il paroît, par l'acte de la fondation du prieuré de Langogne, que l'élection de Théotard à l'évêché du Puy se fit sous le pontificat de Grégoire V, quoique ce prélat n'ait été sacré que par Sylvestre IL Etienne^, vicomte de Gévaudan, & Angelmode ou Almodis, sa femme, persuadés que Dieu vouloit qu'ils fissent bâtir une église en l'honneur des SS. Gervais & Protais, partirent pour Rome le 6 de septembre & y arrivèrent vers la mi-octobre. Ils allèrent d'abord faire leur prière dans la basilique de Saint-Pierre, où ils se confirmèrent dans leur résolution, & s'adressèrent au pape qui l'approuva beaucoup. A leur retour en France, ils fondèrent cette église dans le lieu de Langogne, situé sur les bords de l'Allier, qui sépare le Gévaudan du Vêlai, & y joignirent un monastère qu'ils mirent sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Chaffre & qu'ils soumirent spécialement à l'Église romaine. Ils le dotèrent de diverses terres situées dans les comtés de Gévaudan 8c de Vjvarais, ce qu'ils firent du conseil
* Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 262 ^ Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 272.
&sui^. — GaUia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 967 — Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 686, &
& instrum, p. 226. instrum, p. 228.
' Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 272 * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , mi-
& SUIT. — Théodore, Histoire du Puy, p. 187. méro CXXXIII.
An 999
de Matfred, évêque de Mende & de son clergé; de Théotard, évêque du Fuy^ de Pierre, évêque de Viviers; de Rigaud, frère du fondateur; du comte Pons &de Bertrand, son frère; de leurs propres vassaux, &• avec la confirmation du pape Grégoire. Le vicomte Etienne & sa femme firent un second voyage à Rome sous le pontificat de Sylvestre II , pour offrir sur le tombeau de S. Pierre la fondation qu'ils venoient de faire. Ce pontife leur fit présent de quelques reliques, 8c fit expédier une bulle par laquelle il mit le monastère de Langogne sous sa protection spéciale. Pierre, roi d'Aragon, successeur d'Etienne dans la vicomte de Gévaudan, confirma cette fondation en i2o5.
Etienne étoit vraisemblablement fils 8c successeur de Bernard, vicomte de Gévaudan, qui vivoit au milieu du dixième siècle. Il survécut longtemps à cette fondation 8c mourut" sans postérité. Richard II, vicomte de Millau, lui succéda 8c unit à son domaine la vicomte de Gévaudan, ce qui nous fait conjecturer que Rigaud, frère d'Etienne, décéda aussi sans enfens; car il paroîtque Richard hérita d'Etienne par droit de sang, 8c qu'ils descendoient l'un 8c l'autre de Bernard, vicomte de Rouergue, qui vivoit au commencement du même siècle. Nous avons déjà parlé ailleurs de Pons, comte de Gévaudan, 8c de Bertrand, son frère. Quant au monastère ou prieuré de Langogne*, il dépend encore aujourd'hui de l'abbaye de Saint-Chaffre 8c a donné l'origine à une petite ville du Gévaudan.
XXXIX. — Origine 6» rétablissement de Vabhaye de Saint-André d'Avignon*
Les comtes de Toulouse dominent le long du Rhône.
L'abbaye de Saint-André d'Avignon fut rétablie vers le même temps. Son origine 3 ne nous est pas bien connue; on sait seulement qu'elle subsistoit dans les siècles précédens sur le haut d'une montagne appelée Andaon, située vis-à-vis d'Avignon, sur la rive occidentale du Rhône, 8c qu'ayant été détruite par les Sarrasins, elle demeura ensevelie sous ses ruines jusquesà l'épiscopat deWarnérius, évêque d'Avignon, sous lequel elle fut rebâtie vers l'an 980. On y voyoit alors trois églises^, l'une sous l'invocation de saint André, la seconde de saint Michel, 8c la troisième de saint Martin. Celle-ci, de même que la première, subsistent encore 8c n'en forment qu'une ou plutôt deux nefs parallèles qui communiquent par une arcade. Le pape Grégoire V confirma, au mois de janvier de l'an 999, Martin, abbé de Saint-André 8c ses successeurs, dans la possession de ces trois églises 8c du domaine de la montagne d'Andaon sur laquelle elles étoient situées. Comme nous savons d'ailleurs que Raimond de Saint-Gilles 8c Alphonse^, son fils, comtes de Toulouse, confirmèrent à cette
* Voyez tome IV, tfote XX, n. 8, & Note XXVI, ^ Mabillon, ad ann. 999, n. 91 . — GaU'iA Chris-
n. 10 & suiv. tiana, nov. edit. t. 1, p. 807 & seq. 871 & seq.
■ Voyez tome VU, la Note relative au prieure de ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
Langogne, où ont été réunis les faits relatifs à cet mcro CXXXIV.
établissement religieux. [E. M.J ' Ihid. n. CGC, CCCCXXXI.
An 999
abbaye la possession de cette montagne, ainsi que leurs prédécesseurs Vavoient donnée, c'est une preuve que les comtes de Toulouse furent les restaurateurs de l'abbaye de Saint-André, & qu'ils dominèrent par conséquent le long du Rhône, dans la partie orientale du Languedoc qui avoît fait partie du royaume de Provence longtemps avant qu'ils fussent en possession du marquisat de ce nom. Il est marqué en effet dans l'ancien nécrologe de ce monas- t. n, p"^i35. tère, que les comtes de Toulouse en sont les fondateurs. .
L'abbaye de Saint-André devint bientôt considérable après son rétablissement par les diverses ' donations qu'on lui fit. Hildebert, évêque d'Avignon, ses chanoines 8c quelques seigneurs du pays lui donnèrent^ entre autres. Tan 1006, l'église de Saint-Pierre de Liron, située dans la partie du comté d'Avignon qui est en deçà du Rhône. La charte est souscrite par un comte nommé Pons. C'est le même sans doute que Pons, fils de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, & d'Emme de Provence, sa seconde femme, qui pouvoit avoir alors huit à dix ans ; mais peut-être ne souscrivit-il à cette charte que longtemps après pour la confirmer, de quoi nous avons divers exemples. Il avoit droit au comté d'Avignon au nom d'Emme, sa mère, qui posséda^ des biens dans cette ville du vivant de Rotbold, son père & de Guillaume, son frère, dont elle ou ses fils héritèrent entièrement après leur mort.
Nos rois, après avoir réuni le Languedoc à la couronne, acquirent une partie du domaine de la montagne d'Andaon, par le paréage dont les abbés de Saint-André convinrent avec eux. Ces princes ceignirent alors de murs le haut de la montagne & y construisirent une forteresse, à cause de l'importance de ce poste situé sur les limites de leurs États. L'abbaye a donné l'origine à la petite ville de Villeneuve qui est au bas. L'une & l'autre, quoique du diocèse d'Avignon & en quelque manière dans les faubourgs de cette ville, dépendent cependant du Languedoc & du diocèse d'Uzès pour le temporel, parce qu'elles sont en deçà du Rhône, qui sépare les deux provinces.
XL. — Union de Vabhaye de Saint-^Paul de Fenouillèdes à celle de Cuxa,
Vicomtes de Fenouillèdes.
L'abbaye de Saint-Paul, située en un lieu appelé anciennement Monisaterriy dans la province^ de Gothie , le comté de Fenouillèdes &• le diocèse de Narbonne, étoit alors soumise pour le temporel à Bernard, comte de Besalu & de Fenouillèdes, prince quia laissé divers^ monumens de sa piété & qui, touché de voir ce monastère dans le relâchement, résolut de le réformer. Il l'unit dans ce dessein à l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa, dont Guifred étoit abbé, dans l'espérance qu'il y feroit observer dans toute sa rigueur la règle de S. Benoît, suivant la discipline. que Guarin, de vénérable mémoire, sonprédé--
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Spiclleglum, t. 7, p. 2o3. — Voyez tome IV,
Tnéro CXXXVI. — GaUia Christiana , nov. edit. Note XIV, n. j8. t. I, instrum.-p, iSç. * Marca Hispanica, p. 954 8c seq.
* Spicilegium, t 7, p. 197 & seq. * Ibid, p. 961 & sec».
III i5
An 1000
An looo
An 1002
Éd. origin.
cesseury avoit établie. Béranger, évêque d*Eine, & les comtes Guîfred & Olîba, frères du comte Bernard, furent présens à l'acte, qui est daté du 2 5 de mars de Tan 1000 & souscrit par les vicomtes Pierre & Arnaud. Le premier étoît vraisemblablement le même que Pierre I, vicomte de Fenouillèdes, qui vivoit' en 1017.
XLI. — Plaid tenu à Carcassonne. — Anciens vicomtes de cette ville.
L'autre ne paroît pas différent d'Arnaud, alors vicomte de Carcassonne, qui avoit succédé depuis peu dans cette vicomte à Radulfe, son père, & qui étoit sans doute petit-fils d'Amélius, vicomte de la même ville en 961. Le vicomte Arnaud* s'étant laissé persuader par quelques flatteurs que les biens que Roger I, comte de Carcassonne, avoit donnés à l'abbaye de Saint-Hilaire en 981, en action de grâces de la victoire qu'il avoit remportée sur le comte Oliba Cabreta, appartenaient à la vicomte de Carcassonne, s'en saisit sans autre formalité. Gausfred, abbé de ce monastère & ses religieux en portèrent leurs plaintes au comte de qui ils les avoient reçus, & citèrent le vicomte à son tribunal au mois de septembre de la sixième année du roi Robert, c'est-àdire de l'an 1002. Roger, qui étoit sur son départ pour un nouveau voyage de Rome , écouta favorablement leur demande & ordonna qu'on leur rendît justice. En conséquence, Adalbert, évêque de Carcassonne , trois de ses archidiacres, la comtesse Adélaïde, femme du même Roger, leur fils Raimond, une douzaine de seigneurs {seniores) du pays & plusieurs autres personnes de distinction s'assemblèrent à Carcassonne après son départ, & condamnèrent Arnaud à restituer les biens qu'il avoit usurpés, conformément à la loi des Visigoths, dont on rapporte le texte. Nous inférons de là que ce vicomte, qui se soumit de bonne grâce à ce jugement, étoit d'origine gothique. C'est du moins une preuve que le code des lois des Visigoths n'étoit pas encore entièrement abrogé dans la Province au commencement du onzième siècle. Il ne paroît pas qu Arnaud ait laissé aucune postérité, & il y a lieu de croire qu'après sa mort la vicomte de Carcassonne fut unie au comté de cette ville.
Testament de Roger /, comte de Carcassonne.
fille, comtesse de Barcelone.
Ermessinde,
sa
Le comte Roger fit sans doute avant ce second voyage à Rome le testament que nous avons de luij car la date que quelques auteurs donnent à cet acte est^ absolument fausse. Suivant ce testament^, Roger partagea ses domaines aux trois fils qu'il avoit alors d'Adélaïde sa femme : Raimond, Bernard & Pierre. Il donna au premier la ville & le comté de Carcassonne, la part qu'il avoit au
* Marca Hispanica, p. 1009.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CXXXVII.
^ Voyez tome IV, Uote XXII, n. 7.
* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , numéro CXXXVIII.
comté 8c château de Razès, le droit qui lui étoît acquis tant sur le reste de ce dernier comté que sur le pays de Queirecourbe 8c de Queille, en vertu d'un accord qu'il avoit conclu avec Eudes, son frère 8c Arnaud, fils de ce dernier 5 le château de Seissac avec sa châtellenie, les viguerîes 8c les alleux qui en dépendoient, de la manière qu'Arnaud^ son père y les avoit possédés; les alleux du comté de Toulouse qui avoient appartenu à Bernard le Roux, 8c que le vicomte Raimond tenoit de lui en fief; le château de Cintegabelle avec ses dépendances; la moitié du pays de Volvestre ; la troisième partie du comté de Commînges; la part qu'il avoit au château de Minerve 8c à ses dépendances, que le vicomte Rainard lui avoit donnée en mourant; les alleux qu'il possédoit dans le Narbonnoîs , 8c enfin les abbayes de Caunes 8c de Vernasone. Il paroit que cette dernière est la même que celle de Vernosoubre ou de Saint-Chinian. Roger donna à la comtesse Adélaïde, sa femme, la jouissance de la vîguerie de Sabartès qu'il substitua à Bernard, leur second fils, à condition que celui-ci la laisseroit jouir paisiblement de cette viguerie. Il donna de plus à ce dernier le droit qu'il avoit sur le même pays de Sabartès 8c sur le château de Castelpendent, conformément à l'accord qu'il avoit fait avec Eudes, son frère, 8c Arnaud, fils de ce dernier, pour en jouir après leur mort ; le comté de Conserans avec Vévêché ; l'autre moitié du pays de Volvestre; ceux de Dalmazan, de Podaguès &• d'Agarnaguès, avec la moitié du bois de Bolbonne situé entre les rivières de Lhers 6* d'Ariége, &c les alleux qu'il avoit dans tous ces pays, à la réserve des lieux d'Escousse 8c d'Avesac qu'il donne à Adélaïde, sa femme, à laquelle il lègue, 8c à Bernard, leur fils, le château 6* la terre de Foix \
Pierre, troisième fils du comte Roger, eut pour son partage les abbayes du comté de Carcassonne, la part que le même Roger avoit à celles du comté de Razès, de la viguerie de Saissac, du comté de Conserans 8c du pays de Foix ; en sorte que suivant cette disposition, Pierre ne devoit avoir pour sa part que des biens ecclésiastiques. Il paroît aussi qu'on l'avoit destiné à l'Église, 8c il parvint* en effet, en loio, à l'évêchéde Girone.
Roger avoit une fille nommée Ermessinde, dont il ne fait aucune mention dans ce testament, sans doute parce qu'il l'avoit déjà dotée. Elle avoit épousé 3, avant Tan looi, Raimond, comte de Barcelone, qui lui assigna pour son douaire'* le comté 6* Vévêché d'Ausone ou de Vie avec le comté de Manrèse. Nous aurons occasion de parler dans la suite de cette princesse qui se rendit également recommandable par sa piété, sa sagesse &c son habileté dans le gouvernement, lorsqu'après la mort du comte de Barcelone, son mari, elle eut l'administration ^ de ses États, qui consistoient^ dans les comtés 8c évêchés de Barcelone, Girone, Ausone 8c Manrèse. Un moderne ^ donne à Roger I, comte
'Voyez tomeV, Charfes & Diplômes, nu- tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLVIII, la
méro CXXXVIII, 4* charte citée sous ce numéro.
' Voyez tome IV, "Note XXII, n. i8 & suiv. ^ Marc a Hispanica, p. 1 107.
' Diego, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ^ Ibid, p. 642, 101 3, 1107.
c. 27 8k. suiv. — Marca, Histoire de Béarn, p. 701 ^ Ihid. p. 1 106 & seq.
& ^08. «^ Marea Hispanica, p. 1018. — Voyez ' De Vie, Hist, des iyèques de Carcassonne, p. 55.
An 1002
An 1002
de Carcassonne, une seconde fille appelée Étiennette , qui épousa, dît-il, Garcias, roi de Navarre; mais il se trompe : cette reine étoit petite-fille & non pas fille de Roger, comme nous le verrons ailleurs.
Ce comte marque dans son testament qu'il avoît déjà disposé en faveur de diverses églises de plusieurs alleux situés dans le Razès, le Narbonnoîs & une partie du Toulousain. Il confie à Adélaïde, sa femme, pour tout le temps quellevoudroity l'administration & la régie (badliam) de tous ses domaines, Se veut que celui de ses fils qui survivroit aux autres fût chargé de la même administration durant la minorité des enfans de celui qui seroit décédé ; il leur défend de vendre ou d'aliéner, sinon entre eux, les domaines qu'il leur donne en partage; enfin il substitue au dernier survivant les biens de celui qui mourroit sans enfans légitimes, 8c se réserve la liberté de changer dans ce testament ce qu'il jugeroit à propos.
XLIII. — Étendue du domaine de Roger, comte de Carcassonne, &» dŒudes, comte de Ra':[ès, son frère. — Origine du comté de Foix. — Vicomtes de Minerve. &»c.
Éd. origîn. Ouoiqu il paroissc que Roeer ait usé de cette liberté, & qu'il ait fait dans la
t. Il, p. 137. ' A X, ^ A A ' 1- J
suite quelques changemens au partage de ses domaines, on ne laisse pas de tirer de grandes lumières de cet acte, soit pour la généalogie de sa famille, soit pour l'histoire de la Province. On voit d'abord quelle étoit l'étendue de sa domination, & qu'il possédoit les comtés de Carcassonne & de Conserans en entier, une partie de ceux de Razès & de Comminges, le château 8c la viguerie de Saissac dans le Carcasses, une portion du Minervois, avec les abbayes de Cannes 8c de Saint-Chinian, situées dans le même pays, compris dans le comté de Narbonne ; le château 8c le pays de Foix; les pays de Volvestre, de Dalmazan, de Podaguès 8c d'Agarnaguès, avec une partie de la viguerie de Sabartès, dans le Toulousain; 8c enfin Vévêché de Conserans 8c les abbayes de tous ces domaines, avec diverses églises; ce qui demande quelques éclaircissemens.
1° Roger avoit hérité d'Arnaud, son père, des comtés de Carcassonne 8c de Conserans 8c d'une partie de celui de Comminges. Nous inférons de là qu'il avoit une descendance ^ commune avec les autres comtes de Comminges qui vivoient alors.
2^ Il avoit aussi hérité du même Arnaud, son père, d'une partie du comté de Razès; l'autre étoit au pouvoir d'Odon ou Eudes son frère, qui avoit un fils appelé Arnaud. Roger avoit fait un accord avec eux pour leur succéder, lui 8c sa postérité, s'ils mouroient sans enfans, tant dans cette portion du Razès que dans une partie de la viguerie de Sabartès, 8c les châteaux 8c pays de Quei recourbe ou Chercorb, 8c de Queille dans le Toulousain. On voit par là quel avoit été le partage du comte Eudes, frère de Roger.
' Voyez tome IV, Note XXII.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 229 ~~r
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3® L'accord entre les deux frères, dont on vient de parler, étoît une espèce de substitution pour se succéder l'un à l'autre au défaut de descendans mâles. L'usage de ces conventions réciproques étoit alors commun dans les grandes maisons, afin d'y conserver leurs domaines. C'est aussi sans doute dans cette vue que Roger défendit ' dans son testament à ses fils df aliéner leurs biens en faveur des étrangers. Cette remarque est importante pour l'intelligence de ce que nous dirons dans la suite, au sujet de l'acquisition que firent les comtes de Barcelone d'une partie du domaine de la maison de Carcassonne.
4<* Le pays ou viguerie de Sabartès, qui appartenoit à Roger & à son frère, s'étendoit dans la partie de l'ancien Toulousain qui confine avec le diocèse d'Urgel ou le comté deCerdagnej il fut depuis compris dans celui de Foix. Ceux de Queirecourbe 8c de Queille ou Cueille faisoient aussi alors partie du Toulousain 8c tiroient leur dénomination de deux châteaux. Ces deux pays formoient chacun une viguerie particulière. Le dernier comprenoit^ la partie occidentale 8c la plus voisine des Pyrénées du diocèse moderne de Mirepoix à la gauche du Lhers. L'autre étoit composé^ d'une quinzaine de bourgs ou villages dont celui de Chalabre étoit un des plus considérables} il s'étendoit dams la partie orientale du même diocèse de Mirepoix à la droite du Lhers; ainsi le comte Eudes avoit eu dans son partage toute la partie méridionale de ce diocèse compris alors dans celui de Toulouse.
5<> On voit d'un autre côté que Roger possédoit dans le Toulousain les pays ou vîgueries de Volvestre, de Dalmazan, d'Agarnaguès 8c de Podaguès, avec le château 8c le pays de Foix, 8c le bois de Bolbonne. Le premier de ces pays, situé à la droite de la Garonne, aujourd'hui dans le diocèse de Rieux, tire son nom de la petite rivière de Volp, qui le sépare du Conserans : il s'étend depuis cette rivière jusquesà celle de l'Ariége, 8c dépend du Languedoc. Le Dalmazan, ainsi appelé d'un château de ce nom, est arrosé par TArize, au midi du Volvestre, 8c renferme la châtellenie de Camarade dans le comté de Foix. L'Agarnaguès^ étoit situé entre le Lhers 8c l'Ariége, 8c le Podaguès ^ entre cette dernière rivière & la Lèze. Enfin le château &• la terre de Foix, de même que le bois de Bolbonne, sont assez connus. Nous remarquerons seulement que c'est ici le plus ancien monument que nous ayions où il soit fait mention de ce château, dont le territoire particulier comprenoit sans doute alors ce qui a formé depuis sa Éd. orîgîn. châtellenie, composée d'une vingtaine de bourgs ou villages.
6^ L'union de ces divers pays, dont Roger I, comte de Carcassonne, disposa en faveur de Bernard, son fils puîné, 6c qui firent le principal domaine de ce dernier, donna l'origine au comté de Foix j origine qu'il faut prendre, non pas de ce que ce domaine avoit le titre de comté par lui-même ou de ce que les comtes de Toulouse qui en avoient la suzeraineté l'érigèrent en comté, comme
■ Voyez tome V, Chartes & Diplâmes , nu- ■* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. Cil, la
méro CXXXVIII. 3'' charte citée sous ce numéro.
' Voyez tome VIIl, Chartes & Diplômes n. V. * Ibid. n. CXXIV. > Ihid.
t. II, p. i38.
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quelques auteurs se le sont faussement persuadé, mais de ce que le château de Foix en étoit le chef-lieu , 8c de ce que Bernard ou ses descendans qui y fixèrent leur principale demeure, & qui jouissoient d'ailleurs de la dignité comtale, s'en qualifièrent comtes pour se distinguer des comtes de Carcassonne leurs aines.
Un célèbre historien ', qui a traité de l'origine du comté de Foix, l'explique un peu différemment. Il prétend que Bernard, fils puîné de Roger I comte de Carcassonne, ayant eu le comté de Conserans en partage, une partie de ce comté, entre autres sa ville capitale, furent évincées de ses mains par son aîné le comte de Carcassonne, & qu ainsi il se qualifia depuis comte de Foix parce que le château & le territoire de ce nom, avec les autres terres qui lui demeurèrent, faisoient partie du comté & du diocèse de Conserans. Mais cet auteur se trompe* en cela : la ville 8c presque tout le pays de Foix n'ont jamais été compris dans le Conserans ni pour le^ temporel ni pour le spirituel 8c ils ont toujours fait partie du Toulousain jusques à l'érection de l'évêché de Pamiers. De plus, on n'a aucune preuve bien certaine que Bernard ait pris la qualité de comte de Foix, 8c il paroît que Roger, son fils, qui lui succéda vers l'an io36 fut le premier qui se la donna ; ce qui n'empêche pas qu'on ne doive regarder Bernard comme le premier comte de Foix, parce qu'il est en effet la tige des comtes de ce nom.
Le même historien^ se trompe aussi sur deux autres faits ; il dit ; « i© que le ft pays de Conserans, qui auparavant étoit comté, fut réduit au titre de vicomte « par la transaction qu'Ermengarde de Carcassonne passa, en io68, avec Rai- « mond-Béranger, comte de Barcelone; » mais il n'est rien dit dans l'acte ^ de ce changement. Il est vrai que cette vicomtesse vendit^ en 1070 au comte de Barcelone les droits qu'elle avoit sur le comté de Ra-^ès, de Conserans de Comminges, de Carcassonne, ^c, mais il s'agit ici plutôt du comté que de la vicomte de Conserans; 2^ cet auteur reprend Catel d'avoir écrit que le comté de Foix relevoit entièrement des comtes de Toulouse depuis Raimond de Saint- Gilles, 8c prétend au contraire que la partie du même comté située au-dessus du Pas de la Barre, c'est-à-dire le haut Foix, qu'il met sans fondement dans l'ancien diocèse de Conserans, n'a jamais relevé des comtes de Toulouse. Il se fonde 7 pour cela sur quelques hommages rendus à ces derniers au treizième siècle par les comtes de Foix, dans lesquels ceux-ci ne reconnoissent tenir des coiptes de Toulouse que ce qui est en deçà du Pas de la Barre ; mais cela ne décide rien pour les siècles précédens, 8c sans entrer ici dans la raison de cette distinction que nous développerons ailleurs, il est certain ^ du moins que jusques à l'an 1068, tout ce que les comtes de Carcassonne 8c de Foix possédoient dans le Toulousain, 8c par conséquent tout le pays de Foix, en deçà 8c en delà
' Marca, Histoire de Béa m, 1. 8, c. 9 & suiv. * Voyez tome IV, Note XXII, n. 23.
3 Ibid.
** Marca, Histoire de Béarn, c. 10, n. 2.
* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXXVIII. « Ibid. n. CCXLVII.
' Marca, Histoire de Béarn, n. 5 & suiv.
• Voyez tome IV, Note XXII, n. 23.
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du Pas de la Barre, relevoit des comtes de Toulouse à qui ils en faîsoîent hommage. Reprenons la suite de nos observations sur le testament de Roger I, comte de Carcassonne.
70 Ce comte disposa par cet acte de la châtellenie & de la viguerîe de Saissac & des alleux que possédoit Arnaud, son père, à cause du château de ce nom^ d'où J on doit inférer qu'Arnaud, comte de Carcassonne, père de Roger, avoit possédé cette viguerie. Nous voyons cependant que Hugues, évêque de Toulouse, donna vers Tan 960, par son testament', le château de Saissac à ce dernier 8c à la comtesse Arsinde sa mère, & qu'en çSS il y avoit un vicaire ou viguier dans ce château; mais celui-ci tenoit sans doute cette viguerie en fief, ou d'Arnaud, ou de Roger son fils. A l'égard de Hugues, évêque de Toulouse, cela nous donne lieu de croire qu'il étoit de la maison des comtes de Carcassonne; il ne posséda d'ailleurs qu'une partie du château de Saissac, qu'il laissa à Roger, ^^- °"«ydont il étoit vraisemblablement oncle paternel.
8® Ce comte disposa aussi de plusieurs alleux qu'il tenoit dans le Narbonnois de la succession de son père, 8c de la part qu'il avoit au château de Minerve 8c dans ses dépendances, que le vicomte Rainald lui avoit donnée. Ce dernier étoit donc vicomte du Minervois, pays qui s'étend dans la partie septentrionale de Tancien diocèse de Narbonne, 8c qui comprend aujourd'hui presque tout celui de Saint-Pons. Rainald est le plus ancien vicomte de Minerve dont nous ayons quelque connoissance. Il paroît cependant que le vicomte Béraudy qui présida à un plaid tenu * dans le château de Minerve à la fin du règne de Charles le Chauve, étoit un des prédécesseurs de Rainald, qui descendoit peut-être d'un vîcomte de Béziers de même nom, lequel vivoit au milieu du dixième siècle. Quoi qu'il en soit, il y a apparence'que les ab^ bayes de Caunes 8c de Vernasone ou de Saint-Chinian, dont Roger disposa en faveur de Raimond, son fils, venoient du même vicomte de Minervois, car elles sont situées dans ce pays. Nous conjecturons aussi de cette donation, qu'Adélaïde, femme de Roger, étoit ou sœur ou fille du même Rainald ; n'étant pas naturel que celui-ci, qui laissa des successeurs dans sa vicomte, eût donné à Roger une portion de son domaine s'il n'eût été son allié ou son proche parent. Ce dernier fait encore mention d'un vicomte Raimond qui tenoit de lui divers alleux dans le Toulousain ; nous ne savons pas le nom de la vicomte de ce dernier.
9^ Roger laissa à Adélaïde, sa femme, la baillie ou administration des biens de ses fils pour tout le temps qu'elle voudroit; preuve qu'elle pouvoit la garder jusques après leur majorité, 8c en effet, on a déjà vu dans la Province d'autres exemples d'une pareille administration. Il s'ensuit de là que cette clause ne sauroit servir à fixer l'époque du testament de Roger, ni à prouver que ses fils fussent alors en bas âge, comme un célèbre historien ^ a voulu l'inférer. Cet auteur conclut aussi, de ce que ce comte déclare que si ses fils ve-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- * ArchÎTes de l'abbaye de Caunes.
méros XCV, LXXXIX. ^ Marca, Histoire de Béam, p. 709.
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noient à avoir des enfans d'un légitime mariage ils auroient Tadministration de leurs biens, que pas un d'eux n etoit alors marié ; on peut seulement inférer de là qu'ils n'avoient pas encore d'enfens. Il paroîten effet que Raimond qui étoit l'aîné avoit épousé dès lors, ou qu'il épousa bientôt après ' Garsinde, fille aînée 8c héritière de Guillaume, vicomte de Béziers 8c d'Agde,
10° Enfin on ne doit pas croire que Roger, en disposant par son testament en faveur de ses fils àes évêchés 6» des abbayes de son domaine, ait prétendu leur donner le titre épiscopal ou abbatial, mais seulement l'avouerie ou le patronat laïque. Nous avons en effet la suite des évêques de Carcassonne 8c des abbés des monastères dépendans du même domaine, pendant la vie des fils de Roger. Cette remarque peut servir également pour l'intelligence de semblables termes qu'on trouve dans divers monumens de ce siècle 8c du précédent.
XLIV. — Assemblée pour le rétablissement de la paix dans la Province.
Roger survécut plusieurs années à son testament 8c il fut peut-être du nombre des seigneurs de la Province qui assistèrent à une célèbre assemblée tenue* vers l'an 1004, par les soins de Gui, évêque du Puy. Ce prélat que nos modernes ont confondu ^ avec Gui d'Anjou son prédécesseur, 8c qui fut le troisième évêque du Puy de son nom , avoit succédé à Théotard depuis environ l'an 1001 que celui-ci décéda, à ce qu'iM paroît. Gui III touché^ de voir la licence des mœurs régner partout impunément 8c les désordres affreux qu'occasionnoient de son temps la tyrannie des seigneurs séculiers 8c leurs guerres particulières, résolut d'apporter quelque remède à ces maux, qui troubloient la paix de son diocèse.
Dans ce dessein, il engagea plusieurs évêques, entre autres Pierre de Viviers, Gui de Valence, Begon de Clermont, Raimond de Toulouse, Deusdet de Rodez, Frédelon d'Elne, Fulcrand de Lodève, 8c Gui de Glandève, qui étoit en même temps abbé de Saint-Chaffre, à s'assembler avec plusieurs seigneurs 8c notables personnages dont on ne marque pas le nom, pour chercher les moyens de rétablir la paix 8c la sûreté publique. L'assemblée écouta favorat% p' r o blement sa proposition, 8c l'on dressa divers règlemens par lesquels on défendit entre autres aux clercs de porter les armes, 8c aux laïques d'usurper les droits 8c les biens ecclésiastiques 8c de troubler les gens de la campagne dans la culture des terres. On défendit aussi aux prêtres de rien exiger pour le baptême, 8c l'on déclara enfin excommuniés tous ceux qui violeroient ces décrets, que Dacbert, archevêque de Bourges 8c Thibaut, archevêque de Vienne, approuvèrent dans la suite.
* Voyez tome IV, Note XX, n. lo. * MabiUon, ad ann. looi, n. iS.
' Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 3 & suiv. * Mablllon, de Re diplomaticd, p. 677. — Gallia,
^ Ihid, Christiana, nov. edit. t. 2, instrum» p. 125.