LXV. — Raimond II, vicomte de Narbonne, &» ses enfans
Raimond, fils aîné de Béranger, vicomte de Narbonne, avoit trois enfans dans le temps de- la mort de son père. Nous avons en effet un acte* suivant lequel « Raimond-Béranger avec ses fils Béranger clercy & Bernard Pelet, & M sa fille Richarde, donne à Raîmond-Bernard, vicomte (d'Albi & de Nimes), « à sa femme Ermengarde 8c à ses enfans, le château de Mèze avec ses dépen- « dances, ce qu'il avoit à Florensac, le village de Veirac^ le château de Saint- « Pons de Mauchiens, 8c enfin toutes les autres terres qu'il possédoit ou qui « dévoient lui revenir dans les diocèse 8c comté d'Agde, avec la liberté den « disposer à leur gré, supposé que lui ou ses descendans vinssent à acquérir « une portion de la ville de Narbonne. Il ajoute que si lui ou ses enfans re- « nonçoientà leur droit sur cette ville en faveur de Bernard-Béranger (son frère) « ou de ses enfans, il donneroit alors au vicomte Raimond-Bernard, à sa femme a ou à ses enfans deux cents onces d or pur 8c reprendroit les biens qu'il « leur avoit donnés dans le comté d'Agde. Il s'oblige en même temps de ne « vendre ou engager ces biens qu'en faveur du même Raimond-Bernard ou de « ses proches, 8c qu'en cas que lui ou ses enfans vinssent à recouvrer dans la « suite une partie de Narbonne, ils restitueroient alors les mêmes terres du « comté d'Agde à Raimond-Bernard, à Ermengarde sa femme, à leurs enfans « ou à leurs plus proches, lesquels lui donneroient, ou à ses héritiers, deux t( cents onces d'or. » L'acte est souscrit par divers seigneurs du pays 8c paroît avoir été dressé à Nimes. Il est marqué à la fin « que si le vicomte Raimondu Bernard venoit à mourir, celui qui épouseroit Ermengarde, sa veuve, 8c t ilp"!!"'. <( posséderoit la ville de Béliers, seroit obligé de donner du secours à Raimondtt Béranger 8c à ses enfans, 8c que si Raimond-Bernard 8C' Ermengarde, sa Ci femme, décédoient sans héritiers, tous ces domaines retourneroient aux enti fans de Raimond-Béranger, »
Ce fut sans doute par une suite de cet accord que « le même Raimond- « Bérduigcr y fils de Garsinde , promit* par serment au vicomte Raimond, jf/j « de Rangarde, 8c à la vicomtesse Ermengarde, sa femme, de les servir contre <t tous, excepté contre Raimond, comte de Rouergue, Guillaume son frère, a comte de Toulouse, l'archevêque Guifred, le comte de Barcelone, le comte
■Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro CCXLI. méro CCXLIL
An 1067
36o HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.
w de Carcassonne, Frotaire, évêque de Nimes, Pierre de Minerve & ses proie près vassaux, avec promesse de leur faire justice de ceux-ci. ))
Ces deux actes sont sans date, mais il paroît qu'ils furent passés peu de temps avant ou après la mort de Béranger, vicomte de Narbonne, père de Raimond. Ils nous donnent lieu de conjecturer : i^ que ce dernier avoit épousé Garsinde ', sœur aînée d'Ermengarde de Carcassonne & fille du comte Pierre- Raimond & de Rangarde de la Marche, sa femme , 8c que la même Garsinde étoit alors décédée puisqu'il n'en est rien dit dans l'acte. Il est certain, en effet, que les châteaux de Mèze, de Florensac, de Vairac, de Saint-Pons de Mauchiens, &c., avoient été^ du domaine de Pierre-Raimond, comte de Carcassonne & vicomte de Béziers 8c d'Agde, père d'Ermengarde ; ainsi il les aura donnés à Raimond-Béranger de Narbonne, pour la dot de sa femme} 2® que Béranger, vicomte de Narbonne, disposa de son vivant de cette vicomte en faveur de Bernard, son fils puîné, à l'exclusion de Raîmond, son aîné ^, ou que s'il la leur partagea également durant sa vie, comme il est plus vraisemblable, Bernard s'en empara entièrement après sa mort. Raimond aura pris de là occasion d'avoir recours à la protection de Raimond-Bernard, vicomte d'Albi 8c de Nimes, son beau-frère, 8c d'Ermengarde, femme de ce dernier, pour rentrer dans la possession de la moitié de cette vicomte que Bernard, son frère, lui aura cédée enfin par le traité de partage dont on a déjà parlé. Au reste, on voit par la suite que le vicomte Raimond-Bernard demeura^ paisible possesseur du château de Mèze 8c des autres domaines que Raimond-Béranger de Narbonne lui avoit donnés, 8c qu'il les transmit à ses descendansj preuve que ce dernier jouit paisiblement de son côté^ de la moitié de la vicomte de Narbonne.
LXVI. — Ermengarde de Carcassonne vend à Raimond-Béranger /, comte de Barcelone^ ses droits sur les comtés de Carcassonne &» de Ra-^ès.
Le comte de Carcassonne que Raimond-Béranger excepte dans la promesse qu'il fit au vicomte Raimond-Bernard, n'est pas différent de Raimond- Béranger, fils de Raimond-Béranger premier du nom, comte de Barcelone, 8c d'Almodis, sa seconde femme. Ceux-ci avoient acquis alors depuis peu ce comté, avec celui de Razès, 8c la plus grande partie des domaines de la maison de Carcassonne : acquisition sur laquelle les* comtes de Barcelone fondèrent dans la suite leurs prétentions sur une partie de la Province.
Pour mieux entendre ce fait important de notre histoire, que divers auteurs tant espagnols que françois ont enveloppé de beaucoup de fables faute d'avoir eu connoissance des actes originaux, il faut remarquer que les descendans de Roger I, comte de Carcassonne, étoient partagés^ en trois branches en 1066.
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Spicilegium, t, 9, p. iSy. —Voyez tome V,
méro CCXLII. Chartes & Diplômes, n. CCCCLVIII.
" Ibid. n. CXCII. « nid, CCLXXIII.
» liid. * Voyez tome IV, Note XXII.
Le comte Roger III, arrière-petit-fils de ce prince par son père le comte Pierre- Raimond, étoit chef de la branche aînée 8c possédoit la plus grande partie du comté de Carcassonne, celui de Razès & les vicomtes de Béziers 8c d'Agde, Pierre 8c Bernard, ses cousins, fils de Guillaume, son oncle paternel, faisoient la seconde branche 8c avoient succédé à leur père dans une portion du même comté de Carcassonne. Enfin la troisième branche étoit celle des comtes de Foix, descendans de Bernard, fils puîné de Roger I. Roger III étant décédé sansenfans vers la fin de la même année, Ermengarde, sa sœur, femme de Raimond-Bernard, vicomte d'Albi 8c de Nimes, qu'il avoit faite ' sa principale héritière, Adélaïde, son autre sœur 8c Rangarde de la Marche, sa mère, prétendirent recueillir toute sa succession. Il n'y avoit aucune difficulté pour les vicomtes de Béziers 8c d'Agde dont Roger III avoit hérité de Garsinde de Béziers, son aïeule maternelle} mais il y en avoit beaucoup^ pour les comtés de Carcassonne 8c de Razès, 8c les autres domaines qui avoient appartenu à Éd. origin. Roger I. Outre que ce dernier paroissoit les avoir substitués aux mâles de sa maison, par la défense qu'il avoit faite ^ à ses fils de ne les aliéner qu'en faveur l'un de l'autre, ceux-ci ou leurs descendans^ avoient fait différens accords pour se succéder les uns aux autres au défaut d'hoirs mâles ; ainsi il étoit fort à craindre que le comte de Foix ne disputât à Ermengarde ces deux comtés sur lesquels il avoit d'ailleurs^ de grandes prétentions dont nous aurons occasion de parler dans la suite.
Dans ces circonstances Ermengarde 8c Adélaïde, sa sœur, prirent la résolution d'aliéner ces comtés en faveur de quelque prince assez puissant pour les protéger contre les entreprises de leurs cousins. Elles choisirent pour cela Raimond-Béranger premier du nom, comte de Barcelone, leur parent 8c leur allié. Ce prince étoit en effet petit-fils d'Ermessinde de Carcassonne, sœur du comte Raimond, aïeul paternel d'Ermengarde 8c d'Adélaïde, 8c il avoit épousé Almodis, sœur de la comtesse Rangarde, leur mère. Il paroît par la suite qu'Almodis, princesse fort ambitieuse, voyant que le comte de Barcelone, son mari, avoit un fils du premier lit qui devoit lui succéder dans ce comté, porta ce prince à faire cette acquisition en feiveur du fils aîné qu'elle avoit de lui.
Ermengarde qui se portoit pour principale héritière de Roger III, son frère, 8c Raimond-Bernard, son mari, qui l'appuya dans toutes ses démarches, eurent une entrevue avec le comte 8c la comtesse de Barcelone, 8c passèrent un accord avec eux le 2 de mars de Tan 1067 ^. Suivant cet acte ils leur vendirent, pour la somme de onze cents onces d'or de monnoie de Barcelone, la ville de Carcassonne avec sesÉaubourgs i^urgos)^ les droits de leude, de monnoie, de justice, de marché, de dîmes Se de prémices, la vicomte de cette ville^,révêché,
■Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro CCLXVII. méro CLXX.
• Voyez tome IV, Hôte XXII. * IhU,
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- « Iii*<£. n. CCXXXV.
méro CXXXVU. ' Ihii.
An io<57
la cathédrale & leurs dépendances ; Tabbaye de Sainte-Marie située dans un des faubourgs 6c toutes celles qui étoient dans les autres ; le château de Coufoulens, le village de Casillac, les abbayes de la Grasse & de Saint-Hilaîre ; tous les fiefs que le comte de Carcassonne tenoity de quelque manière que ce fùty du comte de Toulouse dans le comté de Carcassonne ; tous ceux que le comte Pierre- Raimond avoit tenus du comte de Toulouse dans le Carcasses 6» le Toulousain^ 6» enfin tout le domaine que Roger, comte de FoiXy ou ses vassaux, avoient possédé du vivant du comte Pierre-Raimond 0 de Roger, son fils. Ce qui prouve : I® que les comtes de Toulouse avoient encore la suzeraineté sur le comté de Carcassonne ftç que le comte de Barcelone, par Tachât qu'il en faisoit,devenoit vassal de ces princes ; 2^ qu'Ermengarde vendit non-seulement la portion du même comté qu'avoit possédée le comte Roger III , son frère, mais encore celle qui avoit appartenu à Roger I, comte de Foix, lequel avoit laissé des héritiers légitimes en la personne de Pierre, son frère, & des fils de ce dernier.
Le même jour le vicomte Raimond-Bernard & Ermengarde, sa femme, vendirent * au comte & à la comtesse de Barcelone, par un acte différent, « le comté « de Razèsavec ses dépendances, les deux châteaux de Ra-^ès, tous les autres « châteaux de ce comté, les abbayes qui en dépendoîent, avec leurs alleux, c( dîmes, prémices, oblations des fidèles, &c., & enfin tous les droits seigneuc( riaux 8c le domaine du comté £» de la vicomte de Ra'^ès, bornés, suivant « l'acte, par le comté de Narbonne au levant, ceux de Roussillon, de Conc( fiant 8c de Cerdagne au midi , celui de Toulouse au couchant 8c enfin V. celui de Carcassonne au nord. » Raimond-Bernard 8c Ermengarde, sa femme, vendirent ce comté en alleu au comte 8c à la comtesse de Barcelone, à qui ils donnèrent pouvoir d^en disposer à leur gré, ce qui semble supposer que les comtes de Toulouse ne jouissoient plus alors de leur ancienne suzeraineté sur ce pays. Pour la sûreté de cette vente, le vicomte 8c la vicomtesse donnèrent en otage deux* de leurs principaux vassaux qui se rendirent prisonniers k Girone,
Par un troisième acte ^, « le comte de Barcelone 8c Almodis, sa femme, donce nèrent le même jour au vicomte Raimond-Bernard, à Ermengarde, sa femme, Éd. origin. « 8c à Icurs enfans, tous les domaines que le comte Pierre-Raimond, son fils « Roger 8c leurs vassaux avoient possédés 6» tenus des comtes de Toulouse dans « les comtés de Carcassonne 6» de Toulouse, à la réserve de la ville de Carcas- « sonne, de ses faubourgs8c de ses églises ; des terres qui dévoient à ces dernières « des dîmes 8c des prémices, 8c enfin de Tévêché de Carcassonne. Ils convinrent « cependant que l'évêque de cette ville seroit vassal de Raimond-Bernard tx. lui c< prêteroit serment de fidélité, sans préjudice de celui qu'il prêteroît aussi au « comte 8c à la comtesse de Barcelone, &• à Raimond, leur fils. » Ainsi ce prélat devoit tenir à l'avenir son évêché en arrière-fief du comte de Barcelone 8c de
* Voyea tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Voyex tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro CCXXXV , la 2« charte citée sous ce nu- méro CCLXVIII. méro. » Ihid. n. CCXXXVn.
t. II| p. 310.
Raîmond son fils * , 8c ce dernier devoit succéder par conséquent à son père dans le comté de Carcassonne. Il est marqué de plus dans cet acte u que, supposé que « le nommé à Tévêché de Carcassonne donnât une somme pour l'obtenir, le a vicomte Raimond-Bernard, sa femme & ses enfans ne pourroient en aucune « manière prétendre la moitié de cette somme, » preuve sensible du progrès étonnant qu'avoit fait alors la simonie, puisqu'on ne rougissoit pas d'insérer de pareilles clauses dans les actes publics. Le comte &c la comtesse exceptent encore de cette donation « les abbayes de la Grasse &c de Saint-Hilaire, 6c la u vicomte de Carcassonne. Ils ajoutent qu'en cas qu'eux, leur fils Raimond Se « leurs descendans vinssent k établir un vicomte dans cette ville, ce dernier Ci deviendroit alors vassal du vicomte Raimond Se de sa femme Se leur prêtece roit serment de fidélité, outre celui qu'il devoit prêter au comte &c à la c( comtesse & â Raimond, leur fils / en sorte que le vicomte de Carcassonne c( tiendroit la moitié de cette vicomte du vicomte Raimond- Bernard & ce d'Ermengarde sa femme, ou de leurs descendans, sans y comprendre toutece fois la ville ni les faubourgs de Carcassonne, que le comte 6c la comtesse se « réservèrent. »
Ces derniers 6c leur fils Raimond f( cédèrent en même temps au vicomte c( Raimond'Bernard, à la vicomtesse sa femme 6c à leurs descendans, V abbaye c< de Saint'-Jean de Valseguier o\x de Montolieu, l'élection de l'abbé, les fiefs c( 6c les dépendances de ce monastère, à la réserve du service auquel le vicomte ce 8c la vicomtesse étoient tenus envers eux, c'est-à-dire que cette abbaye leur fut ce donnée en fief. Ils leur donnèrent aussi la moitié de la justice, du péage 6c ce des autres droits qu'on levoit dans le comté de Carcassonne, excepté dans la ce ville 8c ses faubourgs, 8c sur les habitans qui y étoient domiciliés, à condice tion cependant que la justice seroit rendue au nom du comte de Carcassonne^ ce Le comte 6c la comtesse de Barcelone promettent enfin que si eux ou leur ce fils y ^ui devoit hériter du comté de Carcassonne, venoient à acheter V abbaye de ce Cannes du comte de Rouergue, ils la donneroient au vicomte Raimondce Bernard, à sa femme 6c à leur postérité, de même que l'élection de l'abbé 6c ce le droit d'albergue, avec clause expresse que le vicomte 6c la vicomtesse ic n'empêcheroient pas le comte de Rouergue de donner cette abbaye au comte ce &c à la comtesse de Barcelone, ou à celui de leurs fils qui seroit comte de Cara cassonne. » Nous verrons bientôt que Raimond de Saint-Gilles, qui étoit le comte de Rouergue dont il est fait mention dans cet acte, vendit ou céda peu de temps après l'abbaye de Caunes au comte de Barcelone, puisque le vicomte Raimond-Bernard 8c sa femme la prirent en fief en 1070 de ce dernier. Tels sont les premiers titres de l'acquisition que firent, des comtés de Carcassonne 8c de Razès, Raimond-Béranger I, comte de Barcelone &c Âlmodis, sa femme, titres qui furent suivis de plusieurs autres.
' L*histoire des comtes de Barcelone, publiée par rer d'un nou'veau ]oor les questions traitées ici I>. Prospère BofaruU y Mascaro, sous le titre de par les Bénédictins. On trouvera dani cet ourra^ hùs condes de Bareelona yindic^doi, est Tenue éclai-< un grand nombre de pièces inédites. JE. M.J
An 1067
LXVII. — La comtesse Rangarde dispose du comté de Ra-^ès en faveur d'Adélàidey safille^ (/ de Guillaume, comte de Cerdagne, son gendre, qui le vendent ensuite, avec leurs droits sur le comté de Carcassonne, au comte de Barcelone. — Comtes de Cerdagne.
Il ne paroît pas que la comtesse Rangarde, mère d'Ermengarde, ait eu d'abord aucune part à cette aliénation ; il semble au contraire qu'elle y étoit opposée, puisque onze jours après * elle donna au comte Guillaume, son gendre, à sa fille Adélaïde, femme de ce dernier & à leurs enfens, le comté de Raies avec tous les châteaux qui en dépendoient. Rangarde se réserva en même temps l'usufruit de ce comté pendant sa vie avec le droit de réversion, en cas que Guillaume n'eût point d'enfans d'Adélaïde. L'acte fut passé au village d'Avejan dans le Termenois & le diocèse de Narbonne, le i3 de mars de l'an 1067, en t^ii *'"'22Ô présence de Guifred, archevêque de cette ville, oncle du même Guillaume; des vicomtes Udalgarius & Béranger, (le premier étoit sans doute vicomte de Fenouillèdes & l'autre de Narbonne ; ) d'Udalgarius, vicomte de Castelnau, de Henri, fils de Raimond, comte de Cerdagne, & de plusieurs autres seigneurs.
Dans le même acte, Guillaume promet à la comtesse Rangarde sa belle-raère de ne pas aliéner sans sa participation le comté de Razès ; mais c'est de quoi il paroît qu'il se mit peu en peine : il n'est du moins rien dit du consentement de Rangarde dans l'acte de vente qu'il fit^ de ce comté & de ses autres droits sur le domaine de la maison de Carcassonne, le 27 de septembre suivant, à Raimond-Béranger, comte de Barcelone, &c à la comtesse Almodis, sa femme. Guillaume, qui se dit fils d* Adèle, comtesse de Cerdagne, déclare dans cette vente « qu'il avoit épousé Adélaïde, fille de Pierre-Rai mond, comte de Béliers K (y de la comtesse Rangarde, laquelle, en considération de ce mariage, lui « avoit cédé tous ses droits sur la ville, le comté & l'évêché de Carcassonne, 81 <( sur tout le comté de Razès, avec ceux que la même Adélaïde avoit sur ces ce comtés &• évêchés & sur les abbayes qui en dépendoient. » Il vendit tous ces droits, de concert avec cette dernière, au comte Se à la comtesse de Barcelone, pour quatre mille mancuses de Barcelone, espèce de monnoie d'or dont les sept ^ pesoient une once 5 de sorte que le comte Guillaume & sa femme Adélaïde vendirent leurs droits sur le domaine de la maison de Carcassonne pour environ cinq cent soixante & onze onces d'or.
Il paroi t par ce que nous venons de dire que Guillaume n'épousa Adélaïde de Carcassonne qu'en 1067. Il avoit succédé dès lors à Raimond, comte de Cerdagne , son père, puisqu'il prend la qualité de comte dans la cession que la comtesse Rangarde, sa belle-mère, lui fit du comté de Razès. On prétend^ cependant que Raimond, comte de Cerdagne, ne mourut qu'en 1068 ; mais il
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Diago, Histoire des comtes de Bûreelone, 1. 2,
méro CCXXXVII. c. 5o.
* Ibid. n. CCXXXVIII. « M^rca Hispanica, p. 546.
pouvoît avoir cédé quelque temps auparavant à son fils Guillaume ce comté, qui comprenoit le Capcir & le Donazan en deçà des Pyrénées. Raimond eut * d'Adèle, sa femme, un autre fils nommé Henri, qui prit * la qualité de vicomte de Cerdagne & se rendit également recommandable par sa probité & par sa valeur. Il eut deux filles dont on ignore le nom ; Taînée épousa le comte de Pailhas, & l'autre le vicomte de Landres.
LXVIII. — Nouvel accord entre le comte àe Barcelone 6» la vicomtesse Ermengarde sur le domaine de la maison de Carcassonne.
Le comte & la comtesse de Barcelone firent un nouvel accord, le i«' de mars ""777^68" de l'an io68, avec le vicomte Raimond-Bernard & Ermengarde, sa femme, touchant les domaines de la maison de Carcassonne. Suivant cet acte les premiers cédèrent aux autres & k leurs enfans « tous ^ les villages, châteaux 8c alleux « que le comte Pierre-Raimond, Roger, son fils & leurs vassaux avoient posu sédés dans les comtés de Carcassonne & de Razès, dans ceux de Toulouse & « de Narbonne, & dans le Minervois. « Pierre , Raimond & Béranger, fils du comte de Barcelone, souscrivirent k cet acte 8c le confirmèrent. Les deux derniers étoient fils d'Almodis, seconde femme de ce comte, qui avoit eu l'autre d'un premier lit. Guifred, archevêque de Narbonne, les évêques Frotaire de Nimes, Durand de Toulouse 8c Elefant d'Apt, Guillaume, seigneur de Montpellier, Matfred, abbé de Saint-Paul de Narbonne, 8c quelques autres seigneurs furent aussi présens à cette nouvelle cession, en vertu de laquelle 8c de la précédente, Ermengarde 8c le vicomte Raimond-Bernard, son mari, rentrèrent dans la possession de tout le domaine utile de la maison de Carcassonne qu'ils avoient aliéné en faveur du comte de Barcelone : ainsi il ne resta proprement à ce dernier que la simple suzeraineté sur ce domaine.
Le comte, la comtesse de Barcelone 8c leurs enfans convinrent par un autre acte ^, avec le vicomte Raimond-Bernard, la vicomtesse Ermengarde, sa femme, 8c leurs enfans : i^ que si ces derniers venoient à décéder sans postérité, les domaines du Ra'^èsy du Carcasses, du Narbonnois, du Minervois & du Toulou^ sain qui avoient appartenu au comte Pierre-Raimond &» à son fils Roger leur reviendroient 8c à leurs descendans; 2<> que si au contraire le comte de Barcelone ou ses enfans mouroient sans postérité légitime, ces mêmes domaines reviendroient alors en entier au vicomte 8c à la vicomtesse 8c à leurs descendans j 3® ils convinrent enfin de ne rien vendre ni engager de part 8c d'autre t^u^^fiTr de ces biens, 8c de ne pas racheter ce qui avoit été déjà aliéné en faveur de leurs vassaux. Guifred, archevêque de Narbonne, Matfred, abbé de Saint-Paul, Guillaume de Montpellier, Béranger-Miron, évêque, Bertrand-Rostaing de Posquières, Pierre-Guillaume de Montpellier 8c plusieurs autres seigneurs
^ Marco, ffispanîca, 'p, 1187. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
* Ihid, p. 472,477, II 53, 1175, 8cc. méro CCXXXIX, la 2*^ charte citée sous ce nu<-
' Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCXXXIX. méro.
Aiiio68
souscrivirent à cet accord qui n'est point daté; mais comme la plupart d'entre eux furent présens à la nouvelle cession que fit le comte de Barcelone à Ermengarde, c'est une preuve que ces deux actes sont à peu près du même temps.