‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 186 sur 234 · XXXVI. — Septième concile de Toulouse · texte numérisé non relu

XXXVI. — Septième concile de Toulouse

La bulle d'Urbain n'eut pas été plutôt rendue publique en deçà des Alpes, que Dalmace, archevêque de Narbonne, résolut de faire un voyage à Rome ^^ pour en obtenir la révocation & y soutenir les droits de son église. Il assista

auparavant à un concile qui fut tenu à Toulouse* au printemps de l'an logo & auquel se trouvèrent, avec les èvêques de la Gaule gothique, ceux de diverses provinces. Le pape avoit ordonné à ses légats de le convoquer pour la correction des mœurs & pour la discipline. Isarn, évêque de Toulouse, y fut accusé de divers crimes; mais il se justifia si bien, qu'il fut pleinement absous. Bernard, archevêque de Tolède, se trouva à ce concile; il revenoit alors de Rome où le pape lui avoit accordé la primatie sur l'Espagne. Alphonse VI, roi de Léon & de Castille, y envoya de son côté des ambassadeurs & demanda des légats apostoliques pour rétablir le christianisme dans la ville de Tolède qu'il avoit enlevée depuis peu aux infidèles. Raimond* de Saint-Gilles s'y trouva aussi, car nous savons qu'il abandonna à l'abbaye de ce nom, en présence des prélats assemblés dans le concile, la part des offrandes qu'on faisoît à l'autel de ce saint, & dont ses prédécesseurs s'étoient emparés. C'est tout ce que nous savons de ce concile de Toulouse, qui fut le septième de cette ville dont nous ayons quelque connoissance.

Nous ne doutons pas cependant que ce ne fût aux évêquès qui le composoient que s'adressèrent^ les chanoines de l'église de Béziers, pour se plaindre de quelques seigneurs du diocèse qui s'étoient emparés de leurs biens. En effet, l'ana thème qui fut prononcé en conséquence de cette plainte contre les usurpateurs est au nom de Richard & d'Ame, vicaires de VÈglise romaine, de Dalmace, métropolitain de Narbonne, &c des èvêques Matfred de Béziers, Éd. origm^ Godefroy de Maguelonne, Pierre de Nimes, Pierre de Carcassonne, Bernard de Lodève, Béranger d'Agde, 8c Guillaume d'Albi. L'époque de leur épiscopat convient très-bien, d'ailleurs, avec la date de ce concile. Le cardinal Richard, abbé de Saint- Victor de Marseille & Amé, archevêque de Bordeaux, y auront donc présidé en qualité de légats, & non pas le cardinal Râynier, comme on le prétend^ sans aucune preuve.

* Bertol. Chronieon. — Conciles^ t. lo, p. 479 & * Martènc, Thésaurus noy, Anecdotorum , t. 4, suiv. — Roder'tc de Tolède, 1. 6, c. 26. p. 120.

* Baluze, MisceUanea, t. 6, p. 382 & seq. ^ Ruinart, Fita Urbatii papae II, n. yS & seq.

" / An 1091

XXXVII. -^ Accord entre Vévêque de Maguelonne (y Guillaume V^ seigneur de Montpellier, qui lui fait hommage. — Agrandissement de cette dernière ville.

L'église de Maguelonne n'étoit pas moins vexée alors par les puissances séculières que celle de Béziers. Guillaume V, seigneur ' de Montpellier, refusoît non-seulement de se reconnoître vassal de Tévêque, mais il avoit encore usurpé l'église de Notre-Dame de Montpellier & divers fiefs qui étoient du domaine de Tévêché, entre autres celui de Montpellieret, Godefroy, évêque de Maguelonne, soutint de son côté avec tant de vigueur les droits de son église qu'enfin il obligea Guillaume à remettre leur différend à l'arbitrage de Pierre, archevêque d'Aix, de Hugues, évêque de Grenoble, de Didier, évêque de Cavaillon, & de quelques autres ecclésiastiques & séculiers qui jugèrent que Guillaume, par ses usurpations & le refus qu'il faisoit de reconnoître l'évêque pour son seigneur, devoit perdre son bénéjficey c'est-à-dire les domaines qu'il avoit reçus en fief de l'église de Maguelonne. Ces arbitres portèrent en même temps les parties à s'accommoder. Suivant l'accord dont elles convinrent & qui est daté du 20 de décembre de l'an* 1090, 8c non de Tan iog3 comme l'a avancé un moderne ^, Guillaume laissa à la disposition de l'évêque l'église de Notre-Dame de Montpellier avec ses clercs, & la troisième partie des dîmes, les autres églises, les clercs, 6» la justice des clercs, pour en disposer selon les canons, 8c enfin les deux tiers du fief que tenoit Pierre de Liée as } il acheta de ce prélat l'autre tiers de ce que le même Pierre de Liecas avoit dans Montpellier pour la somme de treize cents sols melgoriens, 8c promit par serment de laisser jouir paisiblement le même prélat de tous les domaines de son église 8c de ceux qu'il acquerroit dans la suite avec son conseil, ainsi que les chanoines de Saint-Pierre, de ce qu'ils tenoient en commun. Il chargea ses héritiers qui posséderoient son domaine de faire un semblable serment aux successeurs de Godefroy 8c à la communauté {communia) de chanoines. Quant au lieu de Montpellieret, dont Guillaume s'étoit emparé, Tévêque en retint deux tiers dont il en donna un en fief à quelques seigneurs, avec le conseil de Guillaume. Celui-ci garda le troisième qu'il reçut en fief, à condition qu'il ne s'opposeroit pas à l'agrandissement de ce lieu : en sorte que Godefroy ne retint dans sa main que le tiers de Montpellieret, avec le pouvoir d'y mettre un vicaire ou viguier.

En conséquence de cet accord , Guillaume prêta serment de fidélité à Godefroy 8c à son chapitre. Il demanda ensuite à ce prélat de lui donner le fief de Saint-Pierre que lui &» ses prédécesseurs avoient tenuy parce qu'il avoit mérité d'en être dépouillé par sa conduite, suivant le jugement des arbitres.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCIII. ' Gariel, Séries praesulum Magalonen, p. iiS,

^ Ih'id, — Arnaud de VerdaUj Séries prâesulum 2' édit. Magalon, p. 799-

lui dît alors : Ne reconnoïsse-^-vous pas que vous tene^ plutôt ce héni- Pierre £- de moi que de tout autre seigneur (senior), £■ qu'il vous m avantageux d'être mon vassal 6- de S. Pierre que d'un autre? Gull- >ondit qu'il le reconnoissoit. L'évêque ajouta ; « N'abandonnez-vous )ieu , à S. Pierre 6t à moi , l'église de Notre-Dame de Montpellier, etières, son alleu & ses dépendances, la troisième partie de la dîme, . clercs de la ville & les deux tiers du fief de Pierre de Liecas situé au ' » Guillaume ayant répondu oui, Godefroy lui donna tout le fiei édécesseurs de ce seigneur avoient eu de S. Pierre, excepté l'église Dame de Montpellier, celle de Montpellieret, les autres églises, les is les clercs & la Justice des clercs. Il lui donna aussi le tiers du ierre de Liecas possédoit hors la ville, entre autres à Montpellieret, lisième partie des édifices qu'on y avoit construits ou qu'on y consens la suite, à la réserve de l'église & de ce que l'évêque Arnaud, :esseur, avoit possédé dans le domaine de ce lieu avant qu'il plaidât ïme Guillaume. Enfin Godefroy pardonna à ce dernier tous les griefs

contre lui, à. condition qu'il ne lui manquerait plus de fidélité comme iàfaitf qu'il le serviroit, ainsi qu'il y étoît obligé, & que lui 6i ses s seroient fidèles à l'église de Maguelonne. Guillaume exécuta de

cet accord, & rendit entièrement à l'évêque, le 34 d'avril de l'an tes les églises &( les dîmes qu'il possédoit en propre, ou que d'autres e lui. Il prêta un nouveau serment de fidélité vers l'an 11 10 à Gau- :sseur de Godefroy, St à l'église de Maguelonne, Se ses successeurs }as difficulté d'en faire de même dans la suite.

DUS sommes un peu étendus sur cet événement, parce qu'il nous apat où étoit la ville de Montpellier à la fin du onzième siècle. Nous ; ici quelques remarques à ce sujet, i" On distinguolt alors la ville ellier du lieu de Montpellieret, situé au voisinage, dans lequel on is les jours de nouveaux bâtimens. C'est donc là proprement l'époque dissement de Montpellier, qui devint dans peu une ville des plus lies de France. Le lieu de Montpellieret, qui est depuis longtemps enceinte, s'étendoit depuis la porte du Pilé-Saint-Gilles, jusques Lates ; i° il paroît que Guillaume V, seigneur de Montpellier, avoit ques alors de se reconnoître vassal de l'évêque de Maguelonne; il est marqué dans l'acte qu'il s'étoit soumis à d'autres seigneurs, faire croire qu'il avoit fait hommage de son domaine à Raimond de :s, qui en qualité de marquis de Gothle, ou de duc de Narbonne, 1 suzeraineté sur toute la Province. On peut appuyer cette conjeci que le même Guillaume s'étoit mis ' dans sa jeunesse sous la proce prince, qui s'étoit engagé de lui conserver ses domaines & avec 'ut toujours lié très-étroitement ; 3" c'est là le plus ancien hommage

t V, Cbart« Si DJpIâmtj, numéro CCLXVI,

que nous ayons des seigneurs de Montpellier aux évêques de Maguelonne 5 ainsi il est assez vraisemblable que les prédécesseurs de Guillaume V s'étoient tenus dans l'indépendance de ces prélats durant le onzième siècle j 4*^ nous trouvons ici lorigine des différentes justices de Montpellier, qu'on distinguoit anciennement en trois, savoir : en rectorie ou part antique, en seigneurie ou baillie, &en baronnie. La première, qui appartenoità levêque, s'étendoit sur les deux parties de Montpellieret, que Tévêque Godefroy se réserva par laccord dont nous venons de parler & dans lesquelles il fit administrer la justice par un viguiery qui dans la suite prit le nom de recteur, ce qui fit donner à cette partie le nom de rectorie; elle eut celui de part antique parce que ce fut la première qui fut réunie à la couronne, La seconde, dont les seigneurs de Montpellier étoient les maîtres, comprenoit toute cette ancienne ville 8c le tiers de Montpellieret & s appeloit la baillie, à cause que le chef de la justice des seigneurs de Montpellier prenoitle titre de bailli. Enfin la justice delà baronnie setendoit sur tout le reste du domaine de ces seigneurs situé hors la ville. Nous expliquerons ailleurs de quelle manière ces différentes portions ont été enfin réunies au domaine de nos rois. Reprenons l'affaire de la métropole de Tarragone.

XXXVIII. — Vains efforts de Dalmace, archevêque de Narbonne, pour empêcher le rétablissement de la métropole de Tarragone.

Peu de temps ' après le concile de Toulouse, Dalmace, archevêque de Narbonne, s'étant rendu à Rome, représenta vivement au pape Urbain II le tort qu'il feroit à son église s'il retiroit les évêques de la Tarragonoise de sa juridiction métropolitaine. Il se plaignit aussi de la primatie qu'il avoit accordée sur cette province à l'archevêque de Tolède au préjudice de la sienne. Mais toutes ses remontrances furent assez inutiles : les instances du roi de Castille 8c du comte de Barcelone avoient entièrement prévenu le pape en faveur de l'archevêque de Tolède 8c de l'évêque d'Ausone. Béranger, comte de Barcelone, pour gagner de plus en plus les bonnes grâces d'Urbain, avoit fait donation ^ depuis peu à l'Église romaine, entre les mains du légat Raynier, de tous les domaines qu'il avoit hérités de son père &» quil avoit partagés avec Raimond- Béranger son Jrère^^ 8c en particulier de la ville de Tarragone, avec promesse^ tant pour lui que pour ses successeurs, de tenir le tout en fief du Saint-Siège, sous le cens annuel de vingt-cinq livres d'argent. Il s'étoit engagé encore de favoriser de tout son pouvoir le prompt rétablissement de Tarragone 8c de permettre à tous ceux qui y contribueroient^de posséder en alleu &» en aprision les biens qu'ils avoient aux environs. L'acte est souscrit par Béranger, arche-

' Conciles, t. i o, p. ^55 & suiv.} 1840 & suit. ' Conciles, t. 10, p. 426 & suiv,

— Marca Hispanica, p. 470 & seq. — Ruinart, Vita ' Ibid,

Urbani papae II, n. 65 8t scq.

ae de Tarragone, Béranger, évêque de Girone, & plusieurs seigneurs iliers î ce qui fait voir que quoique le pape n'eût pas encore prononcé nitivement, l'évêque d'Ausone, sûr de réussir, se regardoît déjà comme levêque de Tarragone.

Quelque favorable que fût le pontife à ce prélat, il n'osa cependant coniner sitôt l'archevêque de Narbonne, & pour garder au dehors quelque ne de justice, il écrivit ' au cardinal Raynier, son légat en Espagne & s la Gaule Narbonnoîse, & le chargea « d'ordonner aus évêques de la Tarigonoise d'obéir à Dalmace comme à leur métropolitain jusques à ce que église de Tarragone fût rétablie; mais qu'ils eussent en même temps à re- )nnoître l'archevêque de Tolède pour leur primat, jusques à ce que le même rchevêque de Narbonne eût fait voir par des titres qu'il avoit la primatie ir eux} car, ajoute-t-il, vous savez que lorsque nous avons accordé la rimatie à l'archevêque de Tolède, nous l'avons fait sans préjudice des priléges des autres métropolitains. Enfin, continue-t-il, l'archevêque de arbonne m'ayant assuré que son église avoît pour cette primatie des priiléges que son prédécesseur avoit égarés, mais qu'il espéroit retrouver, je sus charge d'examiner cette affaire & de m'en faire votre rapport, pour orter ensuite moi-même un jugement définitif. Que si on ne peut trouer ces privilèges, vous n'avez qu'à travailler toujours avec les principaux u pays au rétablissement de Tarragone, dont les évêques seront tenus, 1 attendant, d'obéir à l'archevêque de Narbonne comme à leur métropotain »

XXXIX. — Plaintes contre les ahbés de Saint-Pons 6- de la Grasse.

uivant un autre article de cette lettre, Dalmace s'étoit plaint au pape tre Frotard, abbé de Saint-Pons de Thomières, qui, appuyé des puis- :es du siècle, envahissoit les églises de son diocèse, admettoit à la commu- 1 ceux qu'il avoit excommuniés avant que d'avoir reçu leur absolution , & it fait sacrer un évêque à Jacca sans sa participation. Sic. Urbain renvoie aynier, son légat, la décision de ces différends & lui mande d'ordonner à bé de Saint-Pons, homme, ajoute-t-il, qui est dans une grande réputation ainteté, de faire satisfaction à l'archevêque, de ne plus user sans sa permisi du droit épiscopal, en un mot de le respecter comme son évêque & d'enenir la paix avec lui. On croit* que cet abbé avoit abusé d'un privilège I avoit obtenu du pape, le i" de juillet de l'année précédente. Si pour lel il avoit fait un voyage à Rome. Urbain par cette bulle avoit exempté lonastère de Saint-Pons de la juridiction épiscopale 6t lui avoit accordé Tses autres prérogatives.

•me'iUt, t. lo, p. iS^o&lutr. * Iluinarl, r.'la Vritni papae lt,n. 4S & é6.

' T^ An lopo

Bertrand, évêque de Barcelone, forma aussi quelques plaintes ' contre le même abbé de Saint-Pons qu'il accusa d'avoir chassé de Tabbaye de Saint- Cucufat, dépendante de son église, un abbé qu'il y avoit établi. Le pape renvoya encore la discussion de cette affaire, que Frotard lui avoit exposée tout autrement, au cardinal Raynier auquel il ordonna par une lettre particulière de porter là-dessus un jugement équitable 8c définitif, de même que sur celle de 1 église de Saint-Sylvestre, que les religieux de Psalmodi avoient usurpée, disoit-on, sur ceux de Saint-Ruf. Il écrivit aussi à l'abbé Frotard, pour lui faire part des plaintes que l'archevêque de Narbonne & l'évêque de Barcelone formoient contre lui j il lui marque qu'il avoit renvoyé la décision de ces affaires à son légat, auquel il lui ordonne d'obéir sans appeler de nouveau au Saint-Siège. Il l'exhorte à la fin de rendre à l'archevêque de Narbonne le respect qui lui étoit dû, & d'honorer ce prélat comme son évêque & son père spirituel.

Dalmace avoit encore avec l'évêque d'Elne & les religieux de la Grasse quelque démêlé * dont il demanda justice au pape, qui en renvoya la décision sur les lieux à son légat. Ce pontife, pour consoler en quelque manière Dalmace de ne lui avoir pas accordé les principaux chefs de ses demandes, écrivit en sa faveur^ à Raimond, comte de Narbonne^ au vicomte Aymeri, au clergé, & au peuple de cette ville, pour les exhorter à lui obéir, lui rendre le respect & la soumission qui lui étoient dus, lui payer les dîmes, & restituer à son église les biens usurpés sur elle. Peut-être que Pierre de Narbonne, ancien compétiteur de Dalmace à l'archevêché de cette ville, vivoît encore alors, & que celui-ci voulut se prémunir contre ses entreprises par cette lettre, dans laquelle le pape fait un fort grand éloge de sa personne.

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