LXXVIII. — Mort de Richard, comte de Rode
Le comte Richard, dont nous venons de parler, n'est pas différent du comte de Rodez de ce nom, qui par conséquent vivoit encore en 1124. Il prenoitMe titre de comte de Rode-^ en 1 1 19 , qu'il confirma , avec son fils Hugues, qualitie aussi comte dans l'acte, l'abbaye de Saint- Victor de Marseille dans la possession de l'église de Saint-Amand de Rodez que son père Béranger lui avoit donnée autrefois. On ne trouve plus rien depuis du comte Richard qui mourut^ avant l'an ii35 & transmit à Hugues I, son fils unique & d'Adélaïde sa uu%?^395. f^ïTiîTiCj les domaines qu'il avoit eus par son partage avec Gilbert, son frère, & qui consistoient dans la moitié de la vicomte de Carlad & celle de Lodève. II lui laissa de plus le comté de Rodez qu'il avoit acquis des comtes de Toulouse^ à condition de leur en faire hommage. Hugues I, comte de Rodez, sa femme Ermengarde Se leur fils Raimond reçurent^, en ii35, l'hommage de Frotard, vicomte d'Eyssène en Rouergue.
LXXIX. — Guerre entre Bernard, comte de Substantîon, 6» Guillaume Fi, seigneur de Montpellier. — Ils font la paix par V entremise des arlitra nommés par le pape.
La guerre étoit aussi allumée en 11 24 dans le diocèse de Maguelonnc, entre Bernard, comte de Substantion ou de Melgueil, & Guillaume VI, seigneur de Montpellier, son beau-frère. Ce seigneur y donna occasion^ en détournant l'eau d'un moulin qui appartenoit à un nommé Bernard Guandalmar, vassal du comte, lequel prit les intérêts de ce vassal & s'opposa à cette entreprise. Guillaume, voulant éviter toute contestation, se rendit d'abord sur les lieux, accompagné de Bernard d'Anduze 8c de plusieurs de ses amis, & dit au comte : « J'offre de vivre avec vous comme mes prédécesseurs ont vécu avec « les vôtres, & comme vous avez vécu vous-même avec mon père, & de me « soumettre à la justice de votre cour, lorsque j'aurai été fait chevalier. » Sui
na-
* Tome V, Chartes 81 Diplômes, n. CCCXCVI, 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, la 3' charte citée sous ce numéro. méro CCCCXXXVI, la i** charte citée sous et n
* Ihid, méro.
* Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXXI. * Voye* tome V, Chartes & Diplômes, n- — Voyez tome IV, ^^ote XLII , n. 7. méro CCCCI. — Voyex tome IV, U^u XXXVI
* Ibïd, n. 7.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 65q "T
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cette offre, Bernard promit de demeurer en paixj mais peu de temps après, Bernard Guandalmar étant sorti du château de Melgueil à la tête des çheyatiers de ce comte , alla insulter la ville de Montpellier 8c fit le dégât aux environs. Guillaume se mit aussitôt en campagne, repoussa l'attaque, & ayant rencontré le comte, il le pria de discontinuer ses hostilités, avec offre de réparer le dommage qu'il pourroit avoir causé. Guandalmar continua néanmoins ses courses & ses ravages. Guillaume, après avoir fait pour la paix de nouvelles tentatives qui ne lui réussirent pas mieux que les premières, usa de représailles, assiégea le château de Melgueil, l'emporta 8c ravagea le domaine du comte, ce qui causa une extrême désolation dans le pays. Gautier, évêque de Maguelonne, prélat très-respectable par sa piété 8c par ses lumières, ne put voir de si grands maux dans son diocèse sans chercher à y remédier : comme il n'avoit pas assez de pouvoir par lui-même sur l'esprit du comte de Substantion 8c du seigneur de Montpellier, il interposa l'autorité du pape Callixte II, qui le nomma avec Pierre, archevêque de Vienne, Oldegarius, archevêque de Tarragone, Hugues, évêque de Grenoble, 8c Arnaud, évêque de Carpentras, pour terminer ce différend en qualité d'arbitres. Le pape écrivit en même temps au comte de Substantion 8c au seigneur de Montpellier pour les exhorter à s'en rapporter au jugement de ces prélats.
En conséquence, l'évêque de Maguelonne 8c ses collègues s'étant assemblés
après la mort de Callixte II, dans l'église de Saint-Martin de Crez, située à
une lieue de Montpellier, ils rendirent une sentence arbitrale le samedi 9 de
mai de l'an 11 25. Guillaume de Montpellier fut condamné à rétablir le lit de "TnTîTT
la rivière, qu'il avoit détourné, 8c à réparer tous les dommages qu'il avoit causés
à Bernard Guandalmar 8c à tous les autres vassaux du comte, qui de leur côté
furent condamnés à une semblable réparation envers Guillaume 8c ses vassaux.
L/Cs arbitres décidèrent ensuite quelques autres différends qui étoient entre le
comte de Substantion 8c le seigneur de Montpellier touchant la justice, la
leude ou péage, 8cg. Quant au domaine dont le comte avoit la propriété, 8c
la comtesse, son aïeule, l'usufruit, il fut dit que tout ce que cette dernière
avoit engagé ou aliéné reviendroit à son petit-fils, à moins que ceux qui étoient
en possession des biens ne fissent voir qu'ils les avoient acquis du comte
Pierre, ou de son fils le comte Raimond, lorsque ce dernier eut atteint Vâge
de majorité. Les arbitres déclarèrent que Guillaume de Montpellier prêteroit
serment de fidélité au comte, lorsque celui-ci seroit en possession de ses
domaines après la mort ou la cession de la comtesse (Almodis de Toulouse),
son aïeule ^ à condition toutefois que le comte prouveroit par témoins dignes
de foi que Guillaume V, seigneur de Montpellier, père du même Guillaume,
avoit prêté un pareil serment 8c reconnu tenir ces domaines des comtes de
Melgueil 8c de Substantion. On régla enfin le poids 8c l'aloi de la monnoie
cle Melgueil que le comte feroit fabriquer à l'avenir; après quoi le comte
Kernard, le seigneur de Montpellier 8c les principaux vassaux jurèrent de
part &c d autre d'observer tous ces articles.
An 1 1 23
LXXX. — Gautier, évêque de Maguelonne, légat du Saint^iége. — Ses
différends avec les seigneurs de Montpellier.
t n,*p!Ç96. Gautier, évêque de Maguelonne, parle de ce traité dans une lettre^ qu'il écrivit à Robert, prévôt du chapitre de Lille en Flandres* « La paix, lui dit-il ce dans cette lettre, a été rétablie par la grâce de Dieu entre nos princes, après c< beaucoup de soins & de travaux de notre part, en sorte que tout le pays en « a une très-grande joie. » Un célèbre critique* rapporte ces paroles à la paix qui fut conclue la même année entre les comtes de Toulouse & de Barcelone, 8c dont nous parlerons bientôt} mais comme il ne paroît pas que Tévêquede Maguelonne ait eu la moindre part à cette dernière, 8c qu'il est certain qu'il eut toute la gloire de celle qui fut faite alors entre le comte de Substantion & le seigneur de Montpellier, c'est certainement de celle-ci, 8c non pas de I autre, que ce prélat a voulu parler dans sa lettre au prévôt de Lille.
Gautier se qualifie légat de la sainte Église romaine dans cette lettre, ce qui nous donne lieu de croire que le pape, en le nommant principal arbitre des différends qui s'étoîent élevés entre le comte de Melgueil 8c le seigneur de Montpellier, l'honora de ce titre, tant pour donner plus de poids 8c d'autorité au jugement qu'il porteroitsur cette affaire, qu'afin qu'il eût la préséance sur les archevêques de Vienne 8c de Tarragone, & les autres évêques ses collègues. Nous voyons 3 cependant que ce prélat fit en d'autres occasions les fonctions de légat apostolique, 8c ce fut en cette qualité qu'il excommunia les religieux de la Chaise-Dieu qui avoient renouvelé leur ancienne querelle contre ceui d'Aniane, au suj^et de la dépendance du monastère de Goudargues dans le diocèse d'Uzès. L'évêque de Maguelonne eut lui-même^ quelques différends dans la suite avec le seigneur de Montpellier, touchant l'étendue de leur domaine 8c l'hommage que ce seigneur lui devoit. Il paroît qu'ils eurent d'aborJ recours aux armes pour soutenir leurs droits; mais ils s'accordèrent enfin Se la paix fut rétablie parmi eux.
Au reste, il y a lieu de présumer que Callixte II ne s'intéressa si fort au rétablissement de la paix entre le comte de Substantion 8c le seigneur de Montpellier, que parce qu'il se prétendoit suzerain dans le diocèse 8c le comté de Maguelonne. Il semble du moins que ce fut en conséquence de cette prétendue suzeraineté qu'Honoré II écrivit^ l'an 11 27 à Bernard, Comte de Substantion, pour lui mander que s'il vouloit mériter la protection du Saint- Siège, il eût à faire fabriquer la monnoie de Melgueil du même aloi quelle étoit sous le pontificat de Callixte, son prédécesseur, avec défense de l'altérer.
' Mabillon, AnaUcta, t. i, p. 189. * Ganel, Séries praesulum Magalonensium, p. i^i,
* Pagi, ad ann. 1 1 25, n. 4. 2^ édit.
^ MabtUon, ad ann. 1114, n. 83. ' liid.
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Alphonse, comte de Toulouse, renonce au droit de nommer un abbé séculier à Moissac.
Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, donnoit cependant tous ses soins au gouvernement de ses ttats. Il autorisa ' en 1 1 26 rengagement que Gauzbert de Fumel, abbé séculier de Moissac, fit à ce monastère, du droit qu'il avoit d y être logé 8c défrayé deux fois Tan, moyennant la somme de douze cent vingtcinq sols monnoie de Cahors, dont les trente-cinq pesoient un marc d argent. Après la souscription de ce comte qui approuva &» confirma t engagement, on voit celle de Roger, abbé régulier de Moissac, d'Emenon de Sabran, d'Engelbert, viguier de Toulouse, &c.
Gauzbert de Fumel est sans doute le même que cet abbé chevalier^ qu'Alphonse avoit établi à Moissac durant sa minorité, malgré la renonciation que les comtes de Toulouse, ses prédécesseurs, avoient feite auparavant à ce droit. Ce prince en eut du repentir, 5c reconnoissant qu'il avoit agi en cela contre le droit &» la justice, il se reconnut coupable devant Amélius, évêque de Toulouse, 8c Roger, abbé de Moissac, se départit solennellement de cette nomination 8c déclara qu'à l'avenir aucun comte de Toulouse n'en pourroit faire de semblable sans le consentement de Vabbé moine (ou régulier) de Moissac Se des religieux de la maison. L'acte n'est pas daté, mais il est antérieur à l'an 1 i3i, puisque Roger n'étoit^ plus alors abbé de Moissac. Il est souscrit par Roger, comte de Foix, Guillaume, abbé de Lézat, 8cc. Nonobsfant la nouvelle renonciation du comte Alphonse, l'abbaye de Moissac^ eut encore pendant longtemps des abbés chevaliers ou séculiers, soit que les abbés réguliers 8c la communauté y aient consenti conformément à cet acte, soit qu'Alphonse 8c ses successeurs se soient mis peu en peine de tenir leurs promesses.
LXXXII. — Il fait la paix avec le comte de Barcelone &» partage la Provence avec lui.
Ce prince termina enfin, en 11 25, les différends qu'il avoit avec Raimond- BérangerlII, comte de Barcelone, au sujet du partage de la Provence. Ils avoient également^ droit à cette province, 8c leurs prédécesseurs l'avoient possédée jusques alors en quelque manière par indivis ; mais le dernier en avoit envahi la plus grande partie sur l'autre, durant la guerre qui s'étoit élevée entre eux à cette occasion, 8c s'étoit emparé, outre cela, du château de Beaucaîre 8c de la terre d'Argence, c'est-à-dire de cette portion du diocèse d'Arles qui est en deçà du Rhône. Ces deux princes, résolus de vivre en paix à l'avenir, s'abouchèrent en Provence, le 16 de septembre de la même année, 8c de concert
éd. oricin.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCIU.
' Ibid.
^ GaUia Christiana, noT. edit. t. i , p. i65.
* Baluze, Historia Tutelensis, p. 5o.
* Voyez tome IV, Ifote XIV.
avec les comtesses, leurs épouses, convinrent du traité suivant : i** Raimond- Béranger', la comtesse Douce, sa femme, leurs fils 8c leurs filles, cédèrent au comte Alphonse le château de Beaucaire, la terre d'Argence, toute la partie de la Provence qui se trouvoit entre l'Isère 8c la Durance, 8c enfin le château de Valabrègues, situé dans une île du Rhône, au-dessus de Beaucaire, avec tout ce que leurs vassaux possédoient dans ces pays, soit villes, châteaux, évêchés, Sec, à l'exception toutefois de la moitié de la ville d'Avignon 8c des châteaux du Pont de Sorgues, de Caumont 8c de Tor qu'ils se réservèrent; 2® Alphonse 6» sa femme Faydide cédèrent de leur côté au comte de Barcelone, à sa femme 8c à leur enfans, la moitié d'Avignon 8c des châteaux du Pont de Sorgues, de Caumont 8c de Tor, 8c toute la terre de Provence depuis la source de la Durance, le long de cette rivière, jusques au Rhône 8c à la mer, avec tout ce que leurs vassaux possédoient dans ce pays, les villes, les châteaux, lesévêchès qui en dépendoient, 8cc., en sorte que la Durance devoit faire à l'avenir la séparation des domaines de ces deux princes en Provence; 3® ils s'obligèrent mutuellement de ne rien aliéner, excepté en faveur de leurs propres enfans, du domaine de ce pays, qu'ils se substituèrent les uns aux autres, au défeut de postérité; 4® ils convinrent qu'Aymeri, vicomte de Narbonne, qui tenoit auparavant en fi-ef Beaucaire 8c la terre d'Argence du comte de Barcelone, les tiendroit à l'avenir du comte de Toulouse, 8c que Bernard d'Anduze les tiendroît lui-même en fief de ce vicomte, qui fut présent à ce traité, ainsi que le même Berna/d d'Anduze, Éléazar d'Uzès, Rostaing de Posquières 8c divers seigneurs des deux cours. Tel fut le partage de l'ancien comté de Provence entre les comtes de Toulouse 8c de Barcelone, partage qu'ils firent en qualité de descendans 8c d'héritiers des anciens comtes du pays, ce qu'il est à propos d'éclaircir par quelques réflexions.
i^ On voit d'abord par cet acte* l'étendue qu'avoit le comté de Provence dans le temps qu'il étoit possédé par indivis, à la fin du dixième siècle, par les comtes Guillaume I 8c Rotbold, son frère, de qui les comtes de Toulouse 8c de Barcelone tiroient leur droit, 8c que ce comté étoit borné au levant par les Alpes, au nord par l'Isère, au couchant par le Rhône, 8c au midi parla mer Méditerranée.
2^ Le droit du comte de Toulouse sur tout ce comté devoit être égal à celui du comte de Barcelone, puisque la portion qui échut à chacun d'eux avoit à peu près la même étendue; en sorte que depuis, le premier domina soit directement, soit indirectement, à l'exclusion de l'autre, sur toute la haute Provence, située entre l'Isère au nord, les Alpes au levant, la Durance au midi, 8c le Rhône au couchant, pays qui comprenoit une grande partie Ju diocèse d'Avignon, avec ceux de Vaison , Cavaillon , Carpentras, Orange, Saint-Paul Trois Châteaux, Valence 8c Die. Tous ces diocèses composoieni ce qu'on appela depuis le marquisat de Provence^ qui passa aux successeurs
• Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCII. • Voyez tome IV, Note XV.
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d'Aflphonse-Jourdain, & que quelques modernes ont confondu avec le comté Venaîssin qui n'en étoit qu'une portion.
3° On devroit y ajouter, ce semble, les diocèses d'Apt 8c de Sisteron, avec la plus grande partie de ceux de Gap 8c d'Embrun, c'est-à-dire tout le reste du pays qui est situé à la droite de la Durance vers les Alpes. Mais comme les* prédécesseurs du comte de Barcelone en avoient déjà disposé, dès le milieu du onzième siècle, en faveur de leurs puînés, à qui ils l'avoient donné en partage 8c qui prirent depuis le titre de comtes de Forcalquier, château qui étoit le chef-lieu de leur domaine, il n'est pas bien certain que les comtes de Toulouse aient acquis la suzeraineté sur tout ce canton en vertu du même traité.
4^ Il paroît que les prédécesseurs du comte de Barcelone avoient donné aussi en partage aux comtes de Forcalquier, leurs cadets, la moitié du comté t. ii\**p.'^3y8. d'Avignon, que les comtes de Toulouse s'étoient assurés entièrement de ce * * comté durant leurs différends pour le partage de la Provence, 8c qu'enfin le comte de Barcelone ne se réserva la moitié d'Avignon &c de quelques châteaux du diocèse, par le traité dont on vient de parler, que pour rendre ce domaine aux comtes de Forcalquier qui en avoient été dépossédés 8c envers lesquels il en étoit garant. Ces derniers prirent, en effet, depuis la qualité de comtes de Forcalquier &» d'Avignon*
5® On a vu ailleurs que la terre d'Argence, qui comprenoit la ville de Beaucaire avec la partie du diocèse d'Arles qui est en deçà du Rhône, appartenoit aux comtes de Toulouse, du moins dès l'an io37, 8c que les vicomtes de Narbonne,la tenoient d'eux en fief: or, comme ceux-ci la tenoient des comtes de Barcelone avant le traité de l'an iiîS, il faut que durant la guerre 8c les différends qui s'élevèrent entre Alphonse 8c Raimond-Béranger, Aymeri II, vicomte de Narbonne, frère utérin du dernier 8c son allié dans cette guerre, lui eût livré ce pays 8c lui en eût fait hommage. Quant à Bernard d'Anduze, qui le tenoit en fief des vicomtes de Narbonne, lui ou ses ancêtres l'avoient acquis sans doute par quelque alliance avec la maison de ces vicomtes.
6® La portion de l'ancien comté de Provence qui échut par ce partage au comte de Barcelone, 8c qui comprenoit la basse Provence, fut nommée communément dans la suite comté d'Arles ou de Provence, 8c ce prince, de même que ses successeurs, prirent indifféremment tantôt la qualité de marquis ou de comtes de Provence, 8c tantôt celle de comtes d'Arles } au lieu qu'Alphonse 8c ses successeurs ne se qualifièrent jamais que marquis de Provence, ainsi qu'avoient fait les comtes de Toulouse, ses prédécesseurs, depuis Raimond de Saint-Gilles.
LXXXIII. — Mariage d^ Alphonse^ comte de Toulouse^ avec Faydide d'U-^ès. Mort de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, compétiteur de ce prince.
70 Cet acte prouve qu'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, étoit déjà
■ Voyez tome IV, Note XIV, n. 27 8c $uiv.
An 1 125
marié dès lors avec Faydide. Plusieurs auteurs ont prétendu que cette comtesse étoit sœur de Douce, femme du comte de Barcelone, & que c'est par elle qu'Alphonse avoit droit sur la moitié de la Provence j mais de savans critiques* ont démontré la fausseté de cette généalogie. Il est certain d'ailleursque Faydide, femme d'Alphonse-Jourdain, étoit fille de Raimond Decan, seigneur d'Uzès Se de Posquières. Ce prince l'avoit épousée sans doute quelque temps auparavant, durant son séjour aux environs du Rhône.
Après ce fameux partage, Alphonse-Jourdain, âgé alors de vingt-deux ans, domina paisiblement sur tous ses États, qui s'étendoient depuis les deux cotés de la Garonne jusques aux* Alpes, 8c depuis les montagnes d'Auvergne jusques à la mer Méditerranée & aux Pyrénées. La mort de Guillaume IX, comte de Poitiers & duc d'Aquitaine, son compétiteur au comté de Toulouse, laquelle arriva^ le 10 de février de l'an 1126, ou de l'an 11 27 suivant notre manière de compter, ne contribua pas peu à l'affermir dans la paisible possession de tous ces domaines.
Ce duc laissa à sa mort trois fils & cinq filles de Philippe de Toulouse, sa seconde femme, savoir : Guillaume X, qui lui succéda dans le comté de Poitou &c dans les duchés d'Aquitaine & de Gascogne ; Raimond, qui devint dans la suite prince d'Antioche, & Henri, qui fut religieux de Cluny. Les deux premiers étoient nés à Toulouse, ainsi qu'on l'a déjà remarqué. Guillaume IX fut^ un prince qui se rendit également célèbre & par ses vices & par ses vertus. Son amour excessif pour les femmes le précipita entre autres dans des désordres qui déshonorent sa mémoire. Du reste, il étoit brave, bien lait, spirituel, poli, gracieux, enjoué 6c d'une conversation fort agréable. Nous avons parlé ailleurs de son talent pour la poésie provençale dont il fut un des premiers inventeurs. Un auteur^, qui, vers le milieu du treizième siècle, a recueilli les ouvrages des poëtes provençaux qui l'avoient précédé & auxquels il a joint un abrégé de leur vie, qualifie le comte de Poitiers bon troubadour &• bon chevalier d'armes y 8c ajoute que ce prince courut longtemps le monde pour tromper les dames. Guillaume est représenté, dans la vignette du manuscrit de cet auteur, portant un aigle en ses armes^. Il fut inhumé dans l'abbave de Moûtier-Neuf de Poitiers qu'il avoit fondée;
* Ruffi, Dissertation sur les comtes de Provence & • Voyez, au tome VII de cette édition, la Vcif du Venaissin, sur les troubadours 8c la poésie romane ou provn-
' Voyez tome IV, Vote L, n. 14. cale. Les Bénédictins avancent ici plusieurs choses
^ Chronicon MaUeacense, dans Labbe, Bihliotheca qu'il ne faut pas prendre au pied de la leurt.
nova manuseript. p. 220. Guillaume IX est loin d*avoir inTcnté la poésie
* Ibid, — Guillaume de Malmesbury, 1. 5. — > dite proTcnçale, & on ne peut admettre les concl.- GeofTroi de Vendôme, I. 5, ép. 19. sions qu^ils semblent Touloir tirer de ce «jue i.
' Manuscrit de U Bibliothèque du Roi, n. 7226, rignette d^un manuscrit le représente aTec uiiâijic
aujourd'hui n. 864 du Fonds français. dans ses armes. [K. M.J