XV. — Évêques du Fuy &• d'Agde
Humbert, évêque du Puy, avoit succédé^ depuis peu à Pons-Maurice ou de Montboissier. Ce dernier eut beaucoup à souffrir^ de la part du peuple 8c des principaux de son diocèse qui lui disputèrent les droits de son église 8c excitèrent une cruelle guerre dans le pays. Pons ayant eu enfin le bonheur de le pacifier, entreprit le voyage de Jérusalem où il employa deux ans 8c demi. A son retour, il fut attaqué d'une longue maladie qui le mina insensiblement ; en sorte qu'après avoir demeuré deux mois au Puy, s'étant fait transporter à Montboissier, en Auvergne, dans le patrimoine de sa famille, il y mourut le 20 d'avril de l'an 11 28. Son corps fut inhumé dans l'abbaye de la Chaise-Dieu.
Innocent II étoit encore le 29 de novembre de Tan ii3o à Clermont, d'où il écrivit^ alors aux évêques Raimond de Maguelonne, B. de Béziers, P. de Lodève, Jean de Nimes, 8c Raimond, élu d'Agde, en faveur de Pierre, abbé d'Anîane 8c de ses religieux, au sujet d'un domestique de cette abbaye que quelques chevaliers des diocèses de ces prélats avoient tué. Ce bref nous donne l'époque de l'élection de Raimond, évêque d'Agde, qui succéda à Aldebert. Raimond étoit ^ de la maison de Montrond ou Montredon dans le diocèse de Nîmes. Ses parens l'avoient offert^ dans sa jeunesse à la cathédrale de cette ville, où il embrassa l'institut des chanoines réguliers. Il fut ensuite archi- t5up"*07.
' Balure, Mi5ce/Ztf«etf, t. 9, p. 74. * Voyer tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Catei, Mémoires pour V histoire du Languedoc, m^ro CCCCXXI.
p. 864 & SUIT. • GaUia Christiana, t. 2, p. Sp; & nov. edit. t. i,
^ Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 1 i . p, 56o & seq.
* Voycx tome V, Chroniques, n. IV. ' Petrus Cluniaccnsis, 1. 5, ep. 4.
An I i3o
diacre * de Béziers & parvint enfin à Tévêché d'Agde. Il fut élu archevêque d'Arles à la fin de Tan 1142, 8c mourut * en 11 55.
XVI. — Mort de Béranger ///, comte de Barcelone, — Partage des iomaim
quil avoit dans la Province entre ses fils.
Raimond-Béranger m, comte de Barcelone, fut atteint au mois de juillet de Tan ii3o d'une maladie mortelle. Ce prince, qui avoit étendu considérablement ses domaines, en fit le partage entre ses deux fils, le 8 de ce mois, par un testament, suivant lequel ^ il nomme pour ses exécuteurs testamentaires Aymeri II, vicomte de Narbonne, son frère utérin, l'archevêque de Tarragone, les évêques de Girone & d'Ausone, 8c huit de ses principaux vassaux. Il donne à Raimond-Béranger, son fils aîné, qui fut le quatrième de son nom, les comtés de Barcelone 8c de Tarragone, avec tout ce qu'il possédoit dans Us Marches d'Espagne^ savoir : les comtés 8c évêchés d'Ausone 8c de Girone; h domination ou suzeraineté qu'il avoit sur Pierrelate; les comtés de Besalu, de Valespir, de Fenouillèdes, de Pierrepertuse, de Cerdagne 8c de Gonflant; le comté 8c l'évêché de Carcassonne, 8c enfin le cointé de Razès 8c toutes leurs dépendances. Il laisse à Béranger-Raimond, son fils puîné, le comté de Provence, avec tout ce qu'il possédoit dans ce pays, soit archevêchés, soit évêchés, abbayes, 8cc., tout le domaine qu'il avoit dans le Rouergue, le Gévaudan &le pays de Carlad, avec ses dépendances, les villes, archevêchés, évêchés, &c.,a condition qu'il mariera honorablement ses sœurs, de l'avis des archevêques, des évêques 8c des grands (^magnatum) de Provence. Il substitue ses deux filslunà l'autre 8c déclare invalide l'aliénation qu*ils pourroient faire de leurs domaines avant que d avoir atteint l'âge de vingt-cinq ans. Il veut enfin que si ses diux filles de Castille 6» de Foix reviennent dans ses États après la mort de leurs maris, son fils aîné les marie 8c les dote de son propre bien, avec le conseil de ses principaux vassaux, 8c qu'en attendant, celle de Castille fasse son séjour à Lggostère, 8c celle de Foix, à Rives. Il substitue enfin la première à l'aîné de ses deux fils, supposé que le puîné vînt à décéder, 8c toutes ses autres filles conjointement, à ce dernier.
Six jours après, Raimond-Béranger III, par un acte'* dans lequel il se qualifie comte &» marquis de Barcelone 6» de Provence, s'offrit pour chevalier aux frères de Sainte-Marie du temple de Salomon, entre les mains de Hugues Rigaldi l'un d'entre eux. Il promit de leur rendre obéissance £• de vm sans propre sous leur ordre } en sorte qu'il embrassa dès lors l'institut des templiers. Il leur donna, du consentement de son fils Raimond, un château sur la frontière des Sarrasins, prononça ses vœux 8c pria ses confrères de lui
' Tome V, Chartes & DiplAmes, n.CCCCXXXlV, * Marca Hispanica, p. 1271 & seq.
la 2'' charte citée sous ce numéro. ^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone,! i^
* Voyez, au tome IV de cette édition, la suite c. ii5. — Martène, CoUeetio amplissimû, i. ii
des évêques du Puy & celle des évêques d'Âgde. p. 706 & seq.
An I i3o
accorder, après sa mort, le même secours qu'ils clonnoieiit à leurs autres frères. Cet acte est souscrit, comme le testament précédent, par Aymeri II, vicomte de Narbonne. Le comte de Barcelone ne survécut pas longtemps à sa profession & mourut à la fin du même mois de juillet, âgé de quarante-huit ans, après s'être' rendu célèbre par la sagesse de son gouvernement, sa piété, sa générosité & ses exploits contre les Maures d'Espagne. Il fut inhumé, comme il Ta voit ordonné par son testament, dans* l'abbaye de Ri poil. Le vicomte de Narbonne, son frère, demeura quelque temps ^ à Barcelone, après sa mort, pour faire exécuter sa dernière volonté.
Raimond-Béranger III disposa donc en faveur de son fils aîné d'une partie des domaines qu'il possédoit dans la Province & en deçà des Pyrénées, savoir : des comtés de Carcassonne, de Razès & de Fenouillèdes, & du pays de Pierrepertuse. On doit y ajouter le Capcir & le Donazan qui dépendoient des comtés de Besalu Se de Cerdagne dont il disposa aussi en sa faveur. On voit en effet, par le testament de ce prince, qu'il dominoit sur Formiguera, chef-lieu du Capcir} mais il n'est pas également certain qu'il eût alors quelque autorité dans les comtés de Carcassonne & de Razès. Il paroît au contraire que le vicomte Bernard-Aton, & son fils Roger après lui, jouirent pendant trèslongtemps, de ces deux pays, sans aucune dépendance des comtes de Barcelone. Il est du moins certain qu'ils en possédèrent tout le domaine utile.
Quant à Béranger-Raimond, fils puîné de Raimond-Béranger III, son partage comprenoit, outre le comté d'Arles ou de Provence, la vicomte de Millau en Rouergue, celle de Grèzes ou de Gévaudan & une partie de celle de Carlad en Auvergne, c'est-à-dire tous les pays que Douce de Millau, seconde femme de ce dernier, lui avoit apportés en mariage. Nous comprenons ^^f^ origm. que cette princesse étoit alors décédée par le silence que le comte de Barcelone, son mari, garde sur elle dans son testament. Ils avoient donné^ en fief, au mois d'avril de Tan 1126, conjointement avec leurs fils Raimond & Béranger, le château de Randon en Gévaudan & le fief de Guillaume de Peyre, à Garin & Odilon, leurs vassaux. Ces deux seigneurs, qui, à ce qu'il paroît, étoient frères, ont donné Torigine à la maison de Châteauneuf de Randon, l'une des plus illustres de la Province, laquelle se partagea dans la suite dans les différentes branches d'Apchier, de Tournel, de Joyeuse, 8cc.
XVII. — Roger III , comte de FoîXy épouse Ximène, fille de Raimond- Béranger III, comte de Barcelone. — Vicomtes de Sault.
Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, ne marque, dans son testament, le nom d'aucune de ses filles. Il se contente dé parler d'elles en général &
' Marca Hispantca, ^. 491 81546. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
* I6id. p. 46. méro CCCLXXXIV, U i'« charte citée sous ce nu-
' Diago, Hist, des comtes de Barcelone, 1. 2, c. 1 1 5. méro.
An 1 1 3o
680 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIî.
d'insinuer qu'il y en avoit alors deux de mariées, Tune au roi de Castillc, & l'autre au comte de Foix. Nous savons d'ailleurs le nom de ces deux dernières. La première s'appeloit Bérengère & avoit épousé en 11 24 Alphonse VU, roi de' Castille 8c de Léon. Divers auteurs ont avancé que l'autre se noinmoit Cécile & qu'elle fut mariée à Roger-Bernard, comte de Foix; mais ils se trompent également sur le nom de l'un & de l'autre. Il est certain, en effet, que la seule comtesse de Foix qui vivoit dans le temps du testament de Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, s'appeloit* Ximène ou Chimène Se qu'elle étoit femme de Roger III, comte de Foix. Le comte de Barcelone Tavoit eue de Marie Rodriguez, sa première femme, & non pas de Douce de Millau ou de Provence, comme un généalogiste^ moderne le prétend : en voici la preuve.
Roger III, comte de Foix, dota Braidimène, sa fille, femme de Guillaume d'Alone,, par un acte^ du mois de mars de l'an ii3i, c'est-à-dire au plus tard du commencement de l'an ii32 suivant notre manière de compter, & non pas de l'an 1162 comme le même auteur l'a avancé. Braidimène de Foix ne peut avoir été petite-fille de Douce, comtesse de Barcelone, puisque celle-ci ne se maria qu'en 11 12. Il faut donc que la comtesse Ximène, mère de Braidimène, fût fille de Marie Rodriguez, première femme de Raimond-BérangerlII, comte de Barcelone, & que le comte de Foix l'eût épousée vers l'an 11 18. Quelques auteurs espagnols ont prétendu faussement qu'Ermengarde, femme d'Aymeri II, vicomte de Narbonne, étoit fille du même comte de Barcelone. Du reste Guillaume d^Alone, mari de Braidimène de Foîx, n'est pas différent de Guillaume d^Àlanian, vicomte de Sault, petit pays qui faisoit anciennement partie du Razès 8c qui dépend aujourd'hui du diocèse d'Alet. Ce Guillaume eut un neveu nommé Udalger, fils de sa sœurGile, lequel lui céda^, en 1145, moyennant un cheval du prix de deux cents sols de Carcassonne, toutes ses prétentions sur l'hérédité de sa mère, tant dans le territoire de Niort que dans le reste du pays de Sault.
XVIII. — Le comte Alphonse-Jourdain tient un plaid à Toulouse,
Divers modernes ont avancé^ que Guillaume X, duc d'Aquitaine, fit la guerre en ii3oà Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, au sujet du comte de cette ville, qu'il prétendoit lui appartenir en qualité d'héritier de Philippe de Toulouse, sa mère. Us rapportent à ce sujet que le premier ayant attaqué les domaines de l'autre, celui-ci appela à son secours le roi de Castille (d'autres disent le roi d'Aragon) qui, dans le dessein de faire diversion en sa faveur, assiégea Bayonne sur Guillaume & obligea par là ce prince à aban-
' Pagi, ad ann. 1 129, n. 19. ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXn*.
* Marea Hispanica, p. 493. * ïhii, n. CCCCLXII, la 2* charte citée sous »
* Le P. Ange, Histoire génial, des pairs de France, numéro.
t. 3, p. 343. * Voyez tome IV, Note L, n. lo.
An iiSo
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 68l
donner son entreprise pour marcher à la défense de ses propres États, mais quenfin le roi Alphonse moyenna la paix entre les deux princes. D'autres ajoutent que le comte de Toulouse alla servir sous ce roi, au siège de Bayonne, à la tête de ses troupes 8c qu'il y tua le comte Pierre de Lara, seigneur espagnol qui s'y rencontra & qui l'avoit appelé en .duel. Mais tous ces feits sont • également fabuleux', à la réserve du siège de Bayonne que le roi d'Aragon entreprit en ii3o ou ii3i, sans que nous sachions ni le motif ni le succès de cette entreprise. Ce qu'il y a de certain, c'est que le comte Alphonse-Jourdain tint à Toulouse*, au mois de mai de l'an ii3o, un plaid dans lequel il jugea un procès qui étoit entre Roger, abbé régulier de Moissac & les bourgeois de cette ville, d'un côté, 8c Bertrand de Monte Incenso, abbé séculier du même monastère, de l'autre. Cervian, vicomte (vraisemblablement de Caussade t.^iVp.^. en Querci), Rostaing de Posquières, Bertrand de Villemur, Arnaud de Durfort 8c plusieurs autres chevaliers furent présens à ce jugement.
XIX. — Il juge à Montpellier un dijjerend qui étoit entre tévêque 6» le
vicomte de Bé-^iers. — Consuls de Bé-^^iers.
Alphonse, comte de Toulouse, tint un autre plaid ^ à Montpellier, en i i3i , au sujet d'un différend qui s'étoit élevé entre Bermond, évêque de Béziers, 8c les vicomtes Roger 8c Raimond-Trencavel. Bermond se plaignoit ; i® de ce que les bourgeois qui demeuroient dans ses faubourgs avoient prêté serment de fidélité aux deux vicomtes 8c à leur mère, 8c de ce qu'ils refusoient de le suivre dans ses expéditions^ 2^ de ce que les deux vicomtes exerçoient la justice dans ses faubourgs 8c y exigeoient divers droits qu'il prétendoit ne pas leur appartenir. Le comte de Toulouse, après avoir ouï les parties, condamna avec son conseil les deux frères à laisser jouir paisiblement l'évêque de Béziers du domaine épiscopal, comme en avoit joui Arnaud, archevêque de Narbonne, son prédécesseur; à absoudre de leur serment 8c à faire absoudre /^ar les consuls de Bé-^^iers tous ceux qui demeuroient dans les faubourgs de Téglisej 8c enfin à laisser l'évêque paisible possesseur de tous les droits qu'il avoit dans le faubourg de Saint-Jacques 8c dans le faubourg épiscopal, entre autres de la justice, de la défense de vendre d'autre vin que le sien pendant tout le mois d'août, du droit d'avoir les lits des morts, 8cc., avec ordre à tous les bourgeois de la ville, tant ceux de l'évêque que ceux du vicomte, de suivre le premier à l'armée quand ils en seroient requis. Roger 8c Raimond-Trencavel son frère acquiescèrent à ce jugement en présence d'Arnaud, archevêque de Narbonne, légat de l'Église apostolique, de Rostaing de Posquières 8c de plusieurs autres seigneurs. Les deux vicomtes promirent en même temps de ne plus exercer la justice civile 8c criminelle dans le domaine de l'église de
* Voyez tome IV, N^ote L, h. lo. * Voyez tome V, Chartes 8i Diplômes, nu-
• Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXX. méro CCCCXXIl.
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An I f 3 1
Béziers. L#e comte de Toulouse se réserva la décision d'un autre article qui regardoit Talbergue que Tévêque faisoit aux deux vicomtes, que ceux-ci prétendoient devoir être de cent chevaliers, 6c que ce prélat disoit n'être que de cinquante. Cet acte, qui prouve la suzeraineté des comtes de Toulouse sur tout le diocèse de Béziers, est le plus ancien monument que nous ayons trouvé où il soit fait mention des consuls des villes de la Province, c'est-à-dire de leurs magistrats municipaux, dont nous développerons ailleun l'origine.
Peu de temps après, Cécile^ vicomtesse de Bé^^iers^ & ses trois fils Roger, Raimond-Trencavel & Bernard-Aton engagèrent cette albergue à l'évêquedc Béziers 6c à son clergé pour la somme de cinq mille sols melgoriens, avec Talbergue qu'ils avoient sur l'abbaye de Saint-Aphrodise, 8c sur la dame de Lignan, la justice criminelle qu'ils prétendoient sur les ecclésiastiques 6c leun familles dans tout le diocèse de Béziers, 6c celle qu'ils exerçoient sur les villages de Lignan 6c d'Aspiran. Ils donnèrent dix de leurs principaux vassaux pour garants de cet engagement, qui est daté du 18 de mai de l'an ii3i. II est marqué, à la fin de l'acte, que si la monnoie de Melgueil venoit à être altérée, on payeroit soixante-cinq sols melgoriens pour chaque livre dargent fin du poids de Béziers.