‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 70 sur 234 · XXXVI. — Premier concile de Port, dans la Septimanie · texte numérisé non relu

XXXVI. — Premier concile de Port, dans la Septimanie

Quoique la réponse que nous avons de ce pape ' soit généralement reconnue pour une pièce supposée, il paroit cependant qu'elle a été fabriquée sur une lettre véritable ; & on a lieu de présumer, par ce que nous savons de la suite de cette affaire, qu Etienne manda à Théodard d'assembler le concile des évêques de sa province & des autres les plus voisines, pour déposer les deux intrus 8c punir les évêques de Barcelone & de Girone qui avoient ordonné Hermeninire. Quoi qu'il en soit de la réponse du pape, il paroît du moins que Théodard assembla un concile le 17 de novembre de Tan 887*, à Port, lieu situé sur les frontières des diocèses de Maguelone & de Nimes. Il est vrai que les actes de ce concile rapportés dans la Vie de S, Théodard ^ passent également pour supposés, mais ils nous paroissent vrais pour le fonds, & seulement interpolés dans quelques circonstances ; en effet, l'auteur marque les noms de tous les évêques qui assistèrent à ce Concile de Port, & qui siégeoient véritablement alors, ce qu'il n'au roi t pu deviner. Ces prélats étoient Théodard, archevêquede Narbonne, & onze évêques de sa province, savoir : Gilbert de Nimes, Willeran de Carcassonne, Amélius d'Uzès, Abbon de Maguelone, Boson d'Agde, Agilbert de Béziers, Riculphe d'Elne, Bernard de Toulouse & Macaire de Lodève, dans la Septimanie, Ingobert d'Urgel dont Selva avoit usurpé le siège, & Servus-Deî, nouvel évêque de Girone dans la Marche d'Espagne. Godemar d'Ausone, l'un des consécrateurs d'Hermenmire, s'y trouva aussi avec plusieurs autres évêques des provinces voisines, entre autres les archevêques d'Arles, d'Aix, 8c d'Embrun, & Éloi évêque d'Albi, de la province de Bourges ou première Aquitaine.

Les mêmes actes ajoutent que Selva, Hermenmîre & Frodoin de Barcelone furent cités au concile, mais qu'ils refusèrent de comparoître, & qu'après ce refus Ingobert d'Urgel & Servus-Deî de Girone portèrent leurs plaintes contre les deux premiers pour avoir usurpé leurs sièges, que Godemar d'Ausone avoua publiquement la faute qu'il avoit faite de consacrer Hermenmire, qu'il en demanda pardon au concile, & qu'il s'excusa sur ce que Suniarius, comte d'Urgel, l'avoit forcé de la commettre ; que le concile lui pardonna, à condition qu'il ne communiqueroit plus avec les intrus , & qu'on déclara ceux-ci excommuniés, s'ils ne rentroient dans leur devoir avant le carême suivant, & s'ils ne fdisoient avant ce temps-là une satisfaction convenable à l'archevêque Théodard. Enfin il est dit dans ces actes que ce dernier, par ménagement pour le comte Suniarius, ne voulut pas permettre qu'il fût compris dans la sentence d'excommunication, comme il le méritoit,& qu'on se contenta de lui envoyer

* Vlta S, Theodardiy — BoUandistes, \" mai, * Voyez tome IV, Note II.

p. i52. — Conciles, t. 9, p. 374 & seq. — Labbe, * Vita S, Theodardi, — BoUandistes , i" mai,

Bihliotheca noya manusc, p. 802 & seq. — Marcd p. 141, i5i & 162. «-Voyez aiusî Marca Hispanica^

Hispanica, p. 869, 8l3 & seq. p. 369*

LII, p. 21.

Godemar, évêque d'Ausone, pour l'informer des égards qu avoît eus pour lui le concile, dans lespérance qu'il rentreroit en lui-même, qu'il répareroit le scandale qu'il avoit causé, & qu'il reconnoîtroît l'autorité de l'église métropolitaine de Narbonne.

Suniarius répondit très-bien à la condescendance & aux égards que le concile eut pour lui, & ayant consulté les seigneurs & les peuples de son comté, il reconnut sa faute & demanda une conférence à Théodard, Ce prélat, accompagné de plusieurs autres évêques, se rendit à Urgel. Aussitôt après leur arrivée, le comte obligea les deux intrus, Selva 8c Hermenmire, & Frodoin de Barcelone de comparoître devant les prélats, qui, s'étant assemblés dans l'église de Notre-Dame d'Urgel, firent apporter, en présence des plus notables du pays, les canons & les décrets des conciles qui ordonnoient la déposition des évêques qui recevoient l'ordination sans le consentement de leurs métropolitains; on en fit la lecture, & on déchira ensuite les habits pontificaux dont Selya & Hermenmire étoient revêtus; on cassa leurs crosses sur leurs têtes, & on leur arracha l'anneau pastoral des doigts, conformément à l'usage de l'Eglise ro- Éd.orîgin. maine ', 8c enfin on les priva ignominieusement de la cléricature. Quant à Frodoin de Barcelone, il demanda pardon de sa feute à genoux, en chemise &c nu-pieds, ce qui fit qu'on le lui accorda.

Tels furent les deux conciles de Port 8c d'Urgel, qui durent se tenir à peu de distance * l'un de l'autre 8c dont les actes paroissent à la vérité supposés, mais pris cependant sur d'autres plus anciens, au sentiment d'un habile ^ critique qui en rapporte le précis à peu près de la même manière : nous avons seulement redressé quelques faits, tant sur des monumens plus authentiques 8c plus certains, que sur ce qui nous a paru de plus vraisemblable. Au reste le lieu de Port, oii l'on tint le premier, étoit alors, à ce qu'on prétend^, une ville considérable du diocèse de Nimes, composée de deux paroisses dépendantes de l'abbaye de Psalmodi, l'une sous l'invocation de la Vierge, 8c l'autre sous celle de saint Pierre. Ce lieu étoit situé sur la côte de l'étang de Mauguiooude Melgueil, vers l'embouchure du Vidourle dans cet étang, qui communique avec la mer ; il tiroit son nom d'un port qu'on y avoit pratiqué. Il n'en reste aujourd'hui d'autre vestige que l'église de Notre-Dame d'Aspor^ située dans le même endroit sur les frontières des diocèses de Montpellier 8c de Nimes, 8c à deux milles au midi de Lunel vers la mer, 8c dans le territoire de -cette ville. L'église de Saint-Pierre est comprise à présent dans le territoire de Massillargues, au diocèse de Nimes.

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