‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 76 sur 234 · LX. — Union des vicomtes de Béjiers &• d'Agde · texte numérisé non relu

LX. — Union des vicomtes de Béjiers &• d'Agde

Tructarîus, que d'autres appellent Fructuarius, évêque de Béziers, fit en effet un échange ' avec Rainard ou Réginald, vicomte du comté de Bé-^ierSj & Dide, sa femme, le samedi i6 juillet de Van 897, indiction xv. Ce Rainard n'est pas différent du seigneur de ce nom qui servit au siège de Vienne, Tan 881^, sous le roi Carloman, & à qui ce prince confirma alors la possession des terres d'Aspiran & d'Alignan, dans le diocèse de Béziers, qu'il tenoit des Espagnols réfugiés dans la Septimanie, ses ancêtres. Comme ces terres étoient à la bienséance de l'église de Béziers, le vicomte Rainard & Dide, sa femme, les donnèrent en échange à l'évêque Tructarius, à l'exception d'une partie dont ils avoient déjà disposé en faveur d'un certain Walcheron, & qui fut nommée pour cela la terre de Walcheron. On prétend ^ que c'est aujourd'hui le lieu de Villenouvelle. L'évêque de Béziers donna à Rainard, en contreéchange, du consentement de ses chanoines Se au nom de son église, le village de Tavels, en deçà du Rhône, avec la somme de deux cents sols.

Cet acte est souscrit, après le vicomte & Dide, son épouse, par Arsinde &: par Boson. Ce dernier se qualifie vicomte de Bé-i^iers 6» d'Agde^ dans un titre^ postérieur de six mois, ce qui fait voir que Rainard décéda dans l'intervalle de ces deux actes. Il paroh^ qu'il n'eut qu'une fille nommée Adélaïde, qui hérita de lui de la vicomte de Béziers j qu'elle épousa le même Boson, vicomte d'Agde, qui unit par là ces deux vicomtes à son domaine, &c qu'enfin celui-ci étoit fils d'Arsinde, qui souscrivit avant lui à l'échange dont on vient de parler. L'acte où Boson ^ est qualifié vicomte de Béziers & d'Agdeestune enquête qui fut faite le 14 décembre de l'an 897, au sujet d'un différend que l'évêque Tructarius 6c un certain Amalric avoient à l'occasion de cet échange. Boson possédoit^ la vicomte de Béziers les années dix, onze & douze du règne de Charles le Simple depuis la mort d'Eudes y c'est-à-dire qu'il en jouit du moins jusqu'en 920. Quant à Tructarius, il mourut sans doute peu de temps après son échange ; car Matfred ^ lui avoit déjà succédé au mois d'octobre de l'année suivante. Il est à remarquer que cet acte, quoique daté du 16 de juillet de l'an 897, n'est cependant que de la neuvième année du règne du roi Eudes, ce qui confirme ce que nous avons dit ailleurs, que ce prince ne fut pas généralement reconnu dans la Septimanie aussitôt après son élection ; car on auroit dû compter alors la dixième année de son règne, qui fut la dernière de sa vie.

' Voyez tome V, Chartes & Dipl6niei, n. XVll. » Voyez lome IV, Uote XX.

* Voyez cUdessus, n. xxiii. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XVIIL ^ GaUia ChristiaHû, nov. edit. t. 2, p. 410. ' Archives de Téglisede Béziers.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XVIII. • Andotjue, Histoire de Béliers, p. 48. — Andoque^ Histoire de Béziers j p* 43.

An 897

^^ g g 58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XI.

LXI. — Mort du roi Eudes. — Charles le Simple lui succède dans une portion

du royaume.

Ce prince' mourut en effet au commencement du mois de janvier de Tan 898. Si Ton en croît un auteur* qui a écrit dans le commencement du onzième siècle, il laissa un fils nommé Arnoul , qui lui succéda dans la partie de la France que Charles lui avoit cédée, & qui mourut peu de temps après. On^ donne aussi à Eudes une fille appelée Oda, laquelle épousa Zuentibold, roi de Lorraine, & dont les généalogistes de la maison de France ont omis de faire mention. Au reste, un célèbre critique'* se trompe, lorsqu'il dit qu'Hugues le Grand, père d'Hugues Capet,étoit fils du roi Eudes. Hugues le Grand étoit certainement fils de Robert, frère du roi Eudes. ^. origin. Après la mort de ce dernier, les principaux seigneurs du royaume s étant assemblés à Reims, reconnurent de nouveau Charles le Simple pour leur roi, & Foulques, archevêque de cette ville , Vy couronna pour la seconde fois. Cet événement, qui rendit ce prince maître de près des deux tiers du royaume, c'est-à-dire de toutes les provinces situées à la gauche de la Loire où il n'avoit pas encore régné, fut si mémorable pour lui', qu'il en data la plupart des chartes qu'il donna dans la suite. C'est aussi à la^ même époque, ou à la mort d'Eudes, qu'il faut rapporter la date de tous les actes de l'Aquitaine, de la Septimanie 8c de la Marche d'Espagne, dans lesquels le règne de Charles le Simple est marqué.

LXn. — Guillaume le Pieux y marquis de Gothie, reconnoît Charles le Simple.

Ce prince ne fut pas même généralement reconnu dans ces provinces d'abord après la mort d'Eudes; car nous avons un titre^ de l'abbaye de Montolieu au diocèse de Carcassonne, daté du 22 de Jëvrier, la première année après la mort du roi Eudes^ J.-C. régnant, &* dans t attente d'un roi, & Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de Gothie & comte d'Auvergne, date^ une de ses chartes du mois de mai de Vannée de la mort d'Eudes y roi des François 6» des Aquitains.

Guillaume prend dans cet acte les titres de duc, de comte £» de marquis, ce qui prouve qu'il possédoit alors le duché d'Aquitaine, dont il étoit par conséquent redevable au roi Eudes, qu'il appelle aussi son seigneur dans plusieurs autres^ chartes postérieures. Il étoit en même temps abbé^ séculier de Saint-

' Annal. Mettens, p. 829. ' Baluze, Histoire génial, de la maison d*Auver^

* Adhémar de Chabanaîs, p. 164. gne, t. 2, p. 10. 3 Mabillon, ad ann. 897, n. i3. * Ihii, p. 9 8t suiv.

^ Pagi, ad ann. 888, n. i. ' Ihid, p. 1 1 & suir. — Voyez aussi le Cartalaîre

^ Marca Hispanica, p. 874 & seq. — Voy.cz au imprimé de Saint- Julien de Brioude, %L notre a'ddi-

tome IV, iVofe XVIII, n. 5. tion à la Ifote LXXXVII du tome II. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XIX.

Julien de Brioude, comme il paroit par divers monumens , abus alors assez commun qui s^étoit introduit sous le règne de Charles le Chauve & qui continua dans le siècle suivant, où les abbayes les plus considérables du royaume furent occupées par des seigneurs séculiers, ce qui affoiblit extrêmement la discipline régulière. Nous apprenons cependant par une charte * de Guillaume le Pieux, datée du mois d'août, la première année du règne de Charles, roi des François 6* des Aquitains, qu'il reconnut bientôt après ce prince, & nous savons d'ailleurs que s'étant rendu l'année suivante à sa cour, Charles accorda alors, à sa recommandation^, un diplôme en faveur de l'abbaye d'Aurillac.

LXIII. — Abbaye de Saint-Martin de Lej dans le pays de Fenouillèdes.

Si Charles ne fut pas sitôt reconnu dans une partie de laSeptimanie, le reste se soumit du moins à son autorité dès la mort du roi Eudes. C'est ce qui paroit, entre autres, par une donation ^ faite au mois de mars, la première année du règne du premier, c'est-à-dire deux mois après la mort de l'autre , au monastère de Saint-Martin, dans le pays de Fenouillèdes, &' à Basile, son abbé. C'est le plus ancien monument que nous connoissions de cette abbaye, qu'on appeloit Saint-Martin de Lez {de Lenis) & qui subsistoit sans doute longtemps auparavant ; elle étoit située^ dans la partie de l'ancien diocèse de Narbonne, qui compose aujourd'hui celui d'Alet, près de la rivière d'Aude, dans un vallon nommé Valcarne, à une demi-lieue de Quillan. Elle fut florissante pendant le neuvième siècle & dans les suivans; mais enfin, les seigneurs séculiers ayant envahi ses biens, elle tomba peu à peu par là dans le relâchement. Bernard, comte de Besalu&de Fenouillèdes, la donna^ en 1070 à celle de Saint-Pons de Tomières pour la réformer, 8c elle n'eut plus depuis que le titre de prieuré conventuel : on y voyoit encore des religieux au seizième siècle, avant les guerres des religionnaires, qui la ruinèrent de fond en comble. Les anciens^ monumens mettent au nombre de ses abbés ; Arnaud, qui avoit succédé à Basile la trentième année du règne de Charles le Simple ; Séguier qui la gouvernoit la quatrième du roi Lothaire, 8c Raoul qui vivoitla huitième du règne de ce dernier prince.

LXIV. — Chartes de Charles le Simple en faveur des églises de la Province,

Charles le Simple, après son nouveau couronnement à Reims, résolut de conquérir '^ le royaume de Lothaire, dont ses deux frères Louis 8c Carloman

' Baluzc, Histoire généal. de la maison d'Auver- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XX 8c

gne, t. 2, p. lo. n« LXXXIII.

' Mabillon, Annales Bened, ad ann. 899, nu- ^ Ihid» n. CCXLVI.

méro 24. * Archives de TarcheTêchc de Narbonne.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XX. ' Reginon, Chrontcon,— Annal, Mettens.f, 33g.

An 898

avoient été injustement dépouillés. Dans ce dessein, il déclara la guerre à Zuentibold qui le possédoit & qui se mit en état de défense. Les deux armées étant en présence n attendoient plus que le signal pour en venir aux mains, quand enfin les deux rois convinrent d'un traité de paix dont nous ignorons les articles.

On auroit sujet de croire que Charles tourna ensuite ses armes contre Louis, ^<J- o"gjn roi de Provence, s'il étoit constant que deux diplômes ' qui nous restent du premier, & qui sont datés de Vienne y le i" de novembre de Tan 898, eussent été donnés à Vienne en Dauphiné, plutôt que dans quelque palais royal ou maison de campagne de même nom *. Par Tun de ces diplômes 3, Charles confirme en faveur d'Arnuste, archevêque de Narbonne, 1 église de cette ville dans la jouissance de ses privilèges & des domaines quelle avoit reçus des rois ses prédécesseurs 5 il lui donne labbaye de Cubières dans le comté de Razès, le fief de Juvignac dans le comté de Substancion, & un village situé dans le territoire du château de Sauve, dans le comté de Nimes, pour en employer les revenus à la réparation de l'église cathédrale & des autres églises de Narbonne qui tomboient en ruine. Cette charte nous donne lieu de remarquer: I® que le comté de Maguelonne avoit pris alors le nom de Substancion, lieu où les évêques 6c les comtes du pays avoient établi leur demeure depuis la ruine de la ville de Maguelonne. Les premiers conservèrent cependant toujours leurs anciens titres, les autres se qualifièrent indifféremment comtes de Substancion 8c de Melgueil ou Mauguio ; ils prirent ce dernier nom d'un château qui étoit le chef-lieu de leur domaine ; 2^ que c'est ici le plus ancien monument de notre connoîssance où il soit fait mention de la petite ville de Sauve dans lesCévennes, autrefois de l'ancien diocèse de Nimes 8c aujourd'hui de celui d'Alais. Au reste, il paroît qu'il y a quelque chose à corriger dans la date de ce diplôme, qui est du premier de novembre indiction I, la sixième année du règne de Charles, &• la deuxième depuis qu*il avoit succédé à Eudes ^ car l'îndîction & l'année du règne prouvent qu'il appartient à l'an 898. Or, Charles n'étoit alors que dans la première année de son règne depuis la mort d'Eudes.

L'autre charte datée de Vienne regarde ^ l'église d'Elne ou de Roussillon 8c Riculfe son évêque, à qui Charles donna, à la prière de la reine Adélaïde sa mère, pour la réparation de la cathédrale de cette ville 8c des autres églises du diocèse, quelques bénéfices ecclésiastiques 8c la moitié des droits domaniaux du comté de Roussillon. Ces deux diplômes sont datés de l'indiction première, ce qui prouve que nos rois n'employoient pas toujours l'indiction grecque au neuvième siècle ^.

Ces actes prouvent aussi que Charles le Simple régnoit alors sur la Septima-

• Voyez tomt V, Charte» & Diplômes, n. XX. — * Marca ffispanica, p. 83o & seq.

Marea Hispanica, p. 83o 8c seq. « Voyez dans les Mémoires de la Société des Anti^

■ Adrien de Valois, Notitia Gaîliarum, p. 608 quaires de France, i855,iin travail de M. Auç. Ber-

& seq. nard, sur les indictions 8c sur les différentes maniè-

» Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XX. res dont on les comptait. [E. M.]

nie & la Marche d'Espagne; ce qu'on voit encore par une donation " faite à l'abbaye de Cuxa, dans le diocèse d'Elne, la première année du règne de ce prince, de plusieurs terres 8c églises situées dans la vallée de Conflans, par la comtesse Ermessinde, les comtes Rodulfe & Miron, 8c la comtesse Quixilo, qui y souscrivirent avec le comte Wifred *. Ce dernier est^ le même que Wifred le Velu, comte de Barcelone, frère de Rodulfe, comte de Conflans, 8c de Miron, comte de Roussillon. Ils étoient tous trois fils d'Ermessinde, qui est peut-être la même qui fit cette donation. Quant à la comtesse Quixilo, elle étoit femme sans doute de l'un de ces deux derniers.

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