‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 88 sur 234 · tome II la Note additionelle à la Note LXXXVII. [E. M · texte numérisé non relu

tome II la Note additionelle à la Note LXXXVII. [E. M

' Voyez tome H, Note iXXX.

* Les Bénédictins sont revenus d'eux-mêmes sur ce qu'ils disent au sujet de l'église du Puy. Voyez au tome II de cette histoire la Note LXXX, & son addition. Il est démontré que dès le septième siècle l'église de Vêlai était transportée au Puy. [E. M.]

-": q8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.

de Saint-Paulhan, ancienne capitale du pays, qu'à la fin du siècle précédent; 40 que c'est le plus ancien monument où il soit parlé de la célèbre église de Notre-Dame du Puy qui, par conséquent, étoit déjà bâtie dans ce temps-là; 5° que par le droit de monnoie que Raoul accorda à Adalard, évêque de Velai, il lui donna sans doute celui d'en faire battre à son profit : or, comme ce prince déclare en même temps que ce droit appartenoit auparavant au domaine du comte ^ qu*il étoit en son pouvoir y c'est une preuve que les comtes étoient Éd. origîn. alors en usage de faire battre monnoie, privilège qu'ils avoient usurpé, ou que nos rois leur avoient accordé depuis la mort de Charles le Chauve ; car, encore sur la fin du règne de ce prince ', la monnoie étoit un droit royal, & il n'y avoit que le roi seul qui pût en faire fabriquer dans tout le royaume. On appela podienses les sols ou la monnoie que les évêques du Puy firent battre dans la suite, & dont les vicomtes de Polignac partagèrent le droit; 6*> enfin que Guillaume II, duc d'Aquitaine, avoit succédé vraisemblablement à Guillaume le Pieux, son oncle, dans le comté particulier de Velai, puisque la donation dont nous venons de parler fut faite pour le soulagement de l'âme de ce dernier. On prétend^ qu'Hector, petit-fils de Berlion, vicomte d'Arles, succéda^ immédiatement à Adalard, évêque du Puy.

Il s'ensuit de ce que nous venons de rapporter, que Raoul étoit reconnu dans le Velai en 924, ce qui paroît encore par une autre charte de ce prince datée de Châlons-sur-Saône, le 9 d'avril de la même année, pour^ confirmer l'abbaye de Tournus dans la possession de tous ses biens, entre autres, du prieuré de Godet en Velai. Ce fut le seul des pays qui composent aujourd'hui le Languedoc qui se soumit alors à ce nouveau roi.

XI. — Irruption des Hongrois dans la Province. — Leur défaite par Raîmond

Pons.

Cette province se vit inondée, vers le même temps, d'une multitude de barbares qui y portèrent la désolation. Béranger^, empereur & roi de Lomhardie, ayant fait, par sa mauvaise conduite, un grand nombre de. mécontens, les principaux seigneurs de ses États, résolus de le détrôner, offrirent sa couronne à Rodolphe II, roi de la Bourgogne Transjurane, qu'ils appelèrent à leur secours. Ce prince, ayant accepté leurs offres, passa les Alpes en 928, livra bataille à Béranger, le défit entièrement, se fit couronner à Pavie & repassa les monts bientôt après. D'un autre côté, ce dernier, pour se soutenir sur le trône, se ligua avec les Hongrois.

Ces peuples <^, originaires de la Scythie, s'étoient déjà rendus formidables

' Capituîaires,iiu 3i,€. 12. s Luitprand, 1. 2, c. i5 8c suiv. — Frodoard,

* Voyez tome IV, Note XVII. Chronicorij p. 694 & seq.

* GaUia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 694. « Luitprand, 1. 1, c. 5; 1. 2, c. 1 & suit. — ^ Chi filet, Histoire de Tournus, p. 275. — Ma- Annal, Metiens, p. ^24 & seq.

billon, ad ann. 924, n. 67.

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dans une partie de TEurope. La férocité de leurs mœurs, la difformité de leurs visages Se leur manière de combattre inspiroient également la terreur. Les enfans étoient à peine sortis du sein de leurs mères, qu'elles leur déchiquetoient le visage pour les accoutumer de bonne heure à souffrir, ce qui les rendoit extrêmement hideux & plus terribles à leurs ennemis. Ils coupoient leurs cheveux jusques au sommet de la tête, se nourrissoient ordinairement de chair crue & buvoient le sang des animaux; ils étoient, en un mot, cruels, vains, perfides, sans foi & sans religion. Les femmes, également féroces, faisoient, comme leurs maris, leur principal métier de la guerre & du brigandage. Ces barbares étoient moins propres à former des sièges qu'à courir & à ravager les campagnes. Se cherchoient plutôt à se battre de loin que de près, parce qu'ils n'étoient pas si adroits à manier l'épée qu'à décocher des dards ; ce qu'ils faisoient avec tant de justesse, qu'ils ne manquoient jamais leur coup, même en fuyant devant leurs ennemis. Ils combattoient toujours à cheval, qu'ils poussoient avec une extrême vitesse ; & quand au premier choc ils trouvoient de la résistance, ils feignoient alors de prendre la fuite; mais faisant aussitôt volte-face, ils revenoient à la charge avec plus de fureur.

Tel est le portrait que les anciens historiens nous ont laissé de ces peuples qui, sous l'empire de Charles le Gros, s'emparèrent de la Pannonie à laquelle ils donnèrent leur nom, après en avoir chassé les Huns leurs anciens compatriotes. De là ils étendirent leurs courses dans les provinces voisines, & après avoir ravagé la Germanie, ils passèrent dans l'Italie en 900 & y établirent leur demeure. Béranger, qui régnoit alors dans la Lombardie, auroit pu traverser leur établissement dans ce royaume & les chasser de ses États; mais, dans le. dessein * de s'en servir, soit contre ceux qui lui disputoient la couronne, soit contre ses sujets, dont la fidélité lui étoit suspecte, il jugea à propos de les ménager, 8c eut recours à leur protection pour se soutenir sur le trône. Il eut cependant le malheur de tomber enfin dans les embûches d'un traître qui lassassina vers le commencement de mars de l'an 924, dans le temps qu'il alloit le matin faire ses prières à l'église^.

Les Hongrois, qui avoient toujours été attachés à ce prince, résolurent de venger sa mort. Ils prirent les armes sous la conduite de Saler, leur roi, ou leur général, assiégèrent Pavie, capitale du royaume de Lombardie &, s'en Éa.ori^o. étant rendus maîtres, ils livrèrent cette ville au feu 8c au pillage. Ils coururent ensuite toute l'Italie, 8c tournant du côté des Alpes^, ils passèrent ces montagnes 8c entrèrent dans les Gaules, dans le dessein, sans doute, d'attaquer les États de Rodolphe, ennemi 8c concurrent de Béranger. Ce prince, averti de leur marche , courut en diligence au-devant d'eux pour s'opposer à leur passage, 8c s'étant joint à Hugues, comte de Vienne ou duc de Provence, aussi intéressé que lui à les repousser, ils les obligèrent enfin de s'en retourner sur

' Luitprand, 1. 2,c. ii, i6 & suit. * Frodoard, Chronicorij p. 694 & seq. — Du-

* Ihid, ihid, chesne, t. 3, p. 340. —Tome V, Chroniques, n. 5.

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leurs pas. Ces barbares, résolus cependant de pénétrer dans les Gaules, cherchèrent alors un autre passage, & ayant fait un détour, ils descendirent enfin dans les plaines de Provence & s'avancèrent vers le Rhône. Rodolphe & Hugues en ayant été informés, se mirent aussitôt en marche pour leur courir sus, mais ils arrivèrent trop tard : les barbares avoient déjà passé ce fleuve 6c étoient entrés dans la Gothie où ces princes ne jugèrent pas à propos de les poursuivre. Ils se contentèrent de faire main basse sur ceux de leur arrièregarde qui étoient demeurés derrière.

Les Hongrois eurent à peine passé le Rhône, qu'ils s'étendirent, à leur gré, dans toute la Gothie, y portèrent le fer & le feu, 8c s'avancèrent jusque dans le Toulousain. Leur irruption jeta l'alarme dans tous les esprits, & ceux qui furent assez heureux pour éviter leur glaive, prirent le parti de la fuite, ce qui rendit la Province presque déserte. Par bonheur, une maladie épidémique se mit quelque temps après parmi les barbares, dont elle fit périr un grand nombre. Elle consistoit dans une enflure extraordinaire de la tête, jointe à la dyssenterie. Raimond-Pons, comte de Toulouse 8c marquis de Gothie, profita de ce moment favorable pour achever d'exterminer le reste des Hongrois, ou du moins pour les expulser de ses États. Il ramassa tout ce qu'il put de troupes, 8c s'étant mis à leur poursuite, il fit passer les uns par le fil de l'épée 8c obligea les autres à sortir du pays.

Il est fait mention de ce célèbre événement dans une lettre ' que les évêques de la province de Narbonne écrivirent quelque temps après au pape Jean X. Ils lui marquent que le pays avoit été si cruellement ravagé par les Hongrois, que quoique très-fertile 8c très-abondant par lui-même, il se trouvoit réduit à la dernière misère, 8c que ces barbares avoient fait périr la plupart de ses habitans j en sorte que la Province, oii l'on voyoit auparavant un grand nombre d'illustres personnages, surtout dans Tordre ecclésiastique, en étoit alors entièrement dépourvue. Ils ajoutent qu'enfin par la grâce de Dieu 6» le secours du jeune prince le marquis Pons y ces barbares avoient été entièrement chassés du pays. Il est aisé de juger par cette lettre jusqu'à quel excès les Hongrois portèrent leur fureur 8c leur barbarie dans tout le Languedoc. Aussi peut-on dire que si leur irruption fut la dernière que cette province éprouva en différens temps de la part de divers peuples barbares, elle fut peut-être la plus funeste. Ces peuples renouvelèrent leurs courses en deçà des Alpes 8c désolèrent l'Aquitaine les années suivantes ; mais il paroît qu'ils ne mirent plus le pied dans la Gothie. Ce fut* durant quelqu'une de ces irruptions qu'ils détruisirent la ville de Javoux, ancienne capitale du Gévaudan, dont la ruine donna occasion à la translation du siège épiscopal du pays dans la ville de Mende.

Suivant un critique ^ moderne, la lettre des évêques de la province de Narbonne au pape Jean X dont on vient de parler 8c qui est sans date, doit être postérieure à l'an 982, par la raison que Pons ne fut pas comte de Toulouse 8c

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , * Voyez tome II, Note XLII, n. 8.

p. 56o & suIt.; 778 & suW. ' Pagi) ad ann. 932, n. 4.

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An 924

marquis de Gothie avant cette année. Cet auteur suppose donc que cette lettre fut écrite au pape Jean XI, ce quî prouveroit que Raimond-Pons ne chassa les Hongrois de la Gothie ou Septimanie qu'après Tan 982, & qu'ainsi ces barbares, qui entrèrent certainement dans la Province en 924, y firent un long séjour. Mais outre que Frodoard, auteur contemporain, fait entendre assez clairement que les Hongrois périrent ou abandonnèrent tout à fait la Gothie en 924, rien ne nous oblige à renvoyer cette lettre jusques en 982, puisque Raimond Pons étoit véritablement marquis de Gothie dès l'an 924.

XIL — Eudes succède à Francoriy son père, dans la vicomte de Narbonne.

Nous en avons la preuve dans un acte' par lequel « Odon ou Eudes, Mi,^p!^6Î'. « vicomte par la grâce de Dieu, & Richilde, sa femme, donnent le 17 de détt cerabre de la vingt-septième année de Charles le Simple en Aquitaine, ou « l'an 924, à l'abbaye de Montolieu & à Alphonse qui en étoit abbé, un alleu « aux environs de Sallèles , dans le comté de Narbonne, du consentement « d'Aîgon, archevêque, & du comte Pons, son seigneur y qui dans sa souscrip- « tion se qualifie comte 6» marquis. Le vicomte Eudes déclare qu'il avoit « hérité de cet alleu de son père Francon, à qui Charles le Simple l'avoit « donné, 8c d'Ersînde, sa mère, qui étoient alors décédés. Il fait cette donaci tion, tant pour lui que pour le soulagement de ses frères. Il ajoute enfin « que si quelqu'un venoit à s'emparer de ce domaine, l'usurpateur, après que tt le vicomte de Narbonne en auroit été averti une ou deux fois, seroit conu damné, par le prince de Narbonne qui seroit alors , à une amende de vingt « livres d'or Se à la restitution du double. » L'acte est daté de l'ère espagnole, & souscrit par le vicomte, par le comte Pons, qui consentit à la donation & la confirma, par Érifons & Aigon, évêquesjAymeric, archevêque; Raynal, évêque, 8cc., sur quoi on peut faire les réflexions suivantes :

lo Le prince de Narbonne, dont il est parlé dans l'acte, ne peut être différent de Raimond-Pons, marquis de Gothie, qui le souscrivit. Les marquis de Gothie étoient donc alors comtes particuliers de Narbonne; 2® Eudes, qui fit cette donation, étoit* certainement vicomte de la même ville, & comme nous savons d'ailleurs que Francon, son père, avoit été aussi vicomte, & que les dignités étoient alors héréditaires, ce dernier devoît avoir possédé cette vicomte. Il est vraisemblable que Francon descendoit d'un vidame ou vicomte de Narbonne de ce nom, qui vivoiten 85 1, & qu'il avoit par conséquent une descendance commune avec Maïeul, vicomte de cette ville au commencement du dixième siècle. Richilde, femme d'Eudes, vicomte de Narbonne , se dit dans un acte 3 de l'an 986, fille du comte Borrel & delà comtesse Garsinde. Nous ne doutons pas que ce Borrel ne soit le même que Borrel, fils de Wifred le Velu, comte de Barcelone, qui eut sans doute en partage quelque comté de la Marche

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLIX. ^ Marca ffispanica, p. 847. — Voyez tome IV,

* Voyez tome IV, Note XI, n. 1 & suit. Note XI, n. i & suit.

An 924

éd. origin.

t II, p. 63.

d'Espagne ' ; 3^ dans la donation du vicomte Eudes, Tévêque Érifons souscrit avant Aigon, archevêque de Narbonne, ce qui nous donne lieu de conjecturer qu'il étoit parent du vicomte Eudes & de la même famille : conjecture qu'on peut appuyer sur ce qu'Érifons, après s'être démis de l'évêché de Venasque ou de Carpentras, s'étoit retiré à Narbonne où il desservoit l'église* de Saint- Quentin, ce qui semble supposer qu'il étoit natif de cette ville} 4° la' souscription d' Aigon est suivie de celle d'Aymeric, archevêque de Narbonne, son successeur, d'où l'on pourroit conclure que celui-ci avoit dès lors été élu son coadjuteurj mais il est plus vraisemblable qu'Aymeric signa cette charte, pour la confirmer, quelque temps après sa date, & depuis la mort d'Aigon, qui décéda vers la fin de l'année 926 ou au commencement de la suivante. On a plusieurs exemples 5 de pareilles signatures. Enfin l'évêque Réginald ou Raynald, qui souscrivit aussi, étoit évêque de Béziers.

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