‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 44 sur 186 · GÉRARD, COMTE D'AUVERGNE. — SA FA- MILLE. — LES RANULFE · texte numérisé non relu

GÉRARD, COMTE D'AUVERGNE. — SA FA- MILLE. — LES RANULFE

Lorsque le roi Pépin I mourut, en 838, il se forma deux partis chez les Aquitains : celui de l'indépendance qui voulait avoir pour roi le jeune Pépin, fils de Pépin I,

' Chronïcon S. Maxentii, édit. de la Société de l'Histoire de France, p. SyS.

" Odo Cluniacensis, VitaS. Geraldi.

& à la tête duquel se trouvaient Emenon, comte de Poitou, & son frère Bernard', &

' Conf. Hincmar, Annal, Rem, — Pertz, t. i, p. S06, & la table du volume. — Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer que les éditeurs du Recueil de M. Pertz avaient eu trop souvent recours aux annotations de dom Bouquet & de ses successeurs & qu'ils étaient tombés dans les mêmes erreurs au sujet des personnages de l'époque carlovingienne.

' Conciles, t. 8. p. 3o6.

^ Chronïcon Adhemar'i Cahan. — Recueil de dom Bouquet, t. 7, p. 224. — Consultez aussi le récit de l'Astronome, Vlta Hludovici, Pertz, t. i, p. 644.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

celui des hommes ralliés à la conquête, qui avait pour chefs Ebrouin, évoque de Poitiers, Gérard, comte d'Auvergne, & le comte Ratier. Ce dernier parti était le moins nombreux; il ne se composait guère que des leudes & des Francs qui avaient obtenu des bénéfices en Aquitaine; aussi la révolte contre l'autorité impériale devenaitelle sérieuse, & ilfallutpourla conjurer que Louis le Débonnaire fît une expédition en Aquitaine & vînt aux fêtes de Noël de l'année 839, à Poitiers, faire couronner roi son fils Charles. Ebrouin, évêque de Poitiers, & Gérard, comte d'Auvergne, furent les hommes qui le servirent le plus utilement en cette occasion.

C'est en 834 qu'apparaît pour la première fois le « noble & fidèle Gérard, » comme l'appellent ordinairement les chroniqueurs. Il était un des deux ambassadeurs que Louis le Germanique envoya alors à Aix-la-Chapelle, pour voir son père retenu prisonnier par Lothaire'. Peu de temps après, lorsque Louis le Débonnaire eut été rendu à la liberté, le fidèle Gérard est encore cité comme un des plus intimes conseillers de ce prince'. Laissé en Aquitaine après le couronnement du roi Charles, avec un corps d'armée, il fut chargé de maintenir la tranquillité dans le Limousin & dans les provinces limitrophes. Il prit part à la bataille de Fontenay, & y trouva la mort parmi les plus fidèles défenseurs de Charles le Chauve'.

Le duc Gérard avait un frère appelé Guillaume, qui fut son successeur au comté d'Auvergne*; il avait épousé une fille de Pépin I , roi d'Aquitaine , mais c'est d'un premier lit qu'il eut Ranulfe, nommé, en 889 par Louis le Débonnaire, comte de Poitou à la place d'Emenon révoqué^. On voit par un diplôme de Charles le Chauve que Ranulfe était, en 862 ^, abbé laïc de Saint- Hilaire de Poitiers ; il fut tué avec Robert

' Thegan, Pertz, t. 2, p. 600.

' Ibidem, Pertz, t. 2, p. 602.

' Astronome, Pertz, t. i, p. 646.

* Chronicon Adhemari. — Recueil de dom Bouquet,

^ Recueil de dom Bouquet, t. 8, p. 224. « Uid. p. 576.

le Fort en 867, à la bataille de Brissarthe, livrée contre les Normands. Dom Vaissete, s'appuyant sur un passage assez obscur d'Hincmar', prétend qu'après la mort de Ranulfe I, ses fils furent privés des bénéfices de leur père, & que le comté de Poitiers fut donné par le roi à Bernard , fils de Blichilde, nommé marquis deGothie depuis deux ans. Mais cette assertion du savant historien de la province de Languedoc est contraire à la vérité, & cette première erreur l'a conduit à en commettre une autre plus grave. Il prétend que Ranulfe II & Eble, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, étaient l'un fils & l'autre frère de Bernard, & que Ranulfe II succéda à ce dernier en 880 seulement , confondant ainsi deux familles bien distinctes, deux familles ennemies , celle d'Emenon & celle de Ranulfe. De telle sorte que, d'après son système, c'est de Bernard, frère d'Emenon, & non du comte Gérard, que descend la puissante famille qui a possédé le Poitou pendant près de quatre siècles , en se continuant jusqu'à la reine Eléonore d'Aquitaine. Nous verrons plus loin le cas qu'il faut faire du passage d'Hincmar, où il est dit que les enfants de Ranulfe II furent privés de la succession de leur père. Cet auteur n'a pas toujours été bien renseigné sur les hommes & les choses de l'Aquitaine.

Il est certain que Ranulfe II n'est pas fils de Bernard , qui mourut en 879 ou en 880 sans enfants. Deux chartes transcrites dans la Pancarte noire de Saint-Martin" établissent sa véritable origine : il était fils de Ranulfe I. La première de ces chartes est une donation faite vers l'an 888 par Ranulfe II à Saint-Martin de Tours , de certains biens situés dans le pays de Briou sur la Charente , & dans laquelle il se dit fils de Ranulfe I, & nomme ses frères Gauzbert & Eble : Ego, Ramnulfus cornes, tractans cotidie molem mearum nequitiarum, pro remedio animae genitaris mei Ramnulfi ac genitricis meae ac

' Hincmar, dans Pertz, t. i, p. 476.

' Voyez l'ouvrage que nous avons publié sous le titre : La Pancarte noire de Saint-Martin de Tours, brûlée en 1793, restituée d'après les textes imprimés & manuscrits. Paris, Hénaux, 1866, i vol. in-8.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

fratrum meorum Gau'{berti S'EboU, offero omnîpotenti Deo & sancto JSAartlno.... proprium alodum meum noncupatum Aleriacum, situmque înpago Briocense, in vîcarîaSaviniacense, super Jluvium Carantum, cum ecclesia quae fuit constructa in honore sancti Pétri, &c. ' » La seconde est une confirmation de cette donation faite le 10 octobre 890 ou 891 par le jeune Eble , fils de Ilanulfe II , dans laquelle il nomme son père Ranulfe I , & ses oncles Gauzbert & Eble. « £g"o, Ebolus, juvenili adhuc aetate florens... quatenus propitium habere merear Creatorem meum, ejusque omnes sanctos , maximeque beatum JVLartinum adjutorem, pro remedio animae genîtoris mei Ramnulfi, cujus mercede hujus rationis exordia obtinui, ac avunculorum meorum Gaw^^berti &■ Eboli 6- pro

remedio animae meae offero omnipotenti

Deo & sancto TAartino , donatumque in perpetuum esse volo alodum meum proprium, quem hereditate paternali hereditavi, nuncupatum Aleriacum in pago Briocense, in vicaria Saviniacense , super fiuvium Carantum, &c'.

Ainsi Ranulfe II ne descendait point de Bernard, fils de Blichilde, comme le disent dom Vaissete & les auteurs de VArt de vérifier les dates.

Gauzbert & Eble, l'abbé, étaient ses frères^ donc ce dernier n'était point frère de Bernard, fils de Blichilde, ainsi que le croit dom Vaissete.

Ranulfe II mourut en 890, comme le marque du reste la Chronique de Saint-Maixent; il ne fut donc pas empoisonné en 893, ainsi que l'affirment tous les historiens , sur la foi d'Adhémar de Chabanais; tels sont les faits établis par les deux chartes que nous venons de citer.

Eble, dit l'abbé, a été l'objet d'une autre méprise de la part des auteurs de l'Histoire de Languedoc. Ils l'ont confondu avec Eble, abbé de Saint-Germain des Prés & de Saint-Denis , chancelier de France , sous le roi Eudes, mort à peu près vers le même temps. Il est vrai que dom Vaissete n'est pas l'auteur de la confusion dont il s'agit :

' Voyez ci-après, aux Preuves, Chartes 81 Diplômes.

' Ibid.

c'est Réginon qui, le premier, dans sa Chronique , n'a fait qu'un seul personnage des deux abbés de Saint-Hilaire & de Saint- Denis. « Post haec in Aquitaniam , dit-il, proficiscitur contra Ramnulfum & fratrem ejus Go-^^bertum, & Ebulonem abbatem de Sancto Dyonisio £• alios nonnullos , qui ejus imperiis obtemperare renuebant , ut eorum insolentiam reprimeret\ » Et plus loin : » Ebulo abbas de Sancto Dyonisio, cum quoddam castrum in Aquitania situm ardentius expugnaret, ictu lapidis periit \ Mais il est facile de voir que Réginon s'est trompé ou que les manuscrits qui nous restent de cet auteur ont été interpolés en cet endroit. L'auteur des Annales de Saint-Waast, bien mieux renseigné , dit qu'en 892 Ranulfe II était déjà mort; qu'Eble & Gauzbert, son frère, s'étant révoltés contre le roi Eudes, celui-ci fit une expédition en Aquitaine pour les réduire à l'obéissance ; qu'Eble , apprenant son arrivée , prit la fuite & mourut devant un château , atteint par une pierre , & que Gauzbert , serré de près, mourut aussi. « Franci vero, qui dudum Odoni régi infesti fuerant, sociatis sibi aliisj ut passent camphre quae volebant, suaserunt régi, ut relicta Francia, hiemandi gratia peteret Aquitaniam, ut Francia, quae tat annis afflicta erat reçuperari posset ; & quia Ramnulfus obierat, &■ quia Ebulus & Goc^bertus ab illo desciverant , eos aut sibi resociaret aut de regno suo pelleret, aut vitaprivaret. Ille credulus factus cansilio adquievit eorum, nescius quae sibi parabant. At ubi fines attigitAquitaniae, Ebulus ejus adventum praesciens in fugam versus , interfectus est juxta quoddam castellum lapide ; frater ejus Go^bertus, post haec obsessus, atque in brevi vitam finivit^ . Comme on le voit, il n'est nullement question ici de l'abbé de Saint-Denis.

Eble, fils de Ranulfe II, succéda à son père en 890J c'est ce qui est prouvé par la charte que nous avons citée plus haut.

Chassé de Poitiers par Adhémar, en 898% il

' Chron'icon Reg'inonis, Pertz, t. i , p. 604.

" Ihid. Pertz, t. 1, p. 6o5.

' Annales Veiastin. Pertz, t. i, p. 628.

^ Chron'icon Adiiemari, — Recueil de dom Bouquet, t. 6, p. 236. — Voyez aussi Chron'icon S, Maxentii, à la page 872 des Chroniques des églises d'Anjou,

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