‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 4)Chapitre 46 sur 186 · GUILLAUME, FRERE DU DUC GERARD, COMTE D'AUVERGNE. — SA FAMILLE · texte numérisé non relu

GUILLAUME, FRERE DU DUC GERARD, COMTE D'AUVERGNE. — SA FAMILLE

Rien n'est plus confus que l'origine & la filiation des comtes d'Auvergne avant Guillaume le Pieux, telles qu'elles ont été établies par Justel, par Baluze, par dom Vaissete & par les auteurs de l'Art de vérifier les dates. Les ouvrages de ces historiens sont remplis d'assertions contradictoires ou d'allégations qui ne comportent point l'examen ni le contrôle des textes. La publication du Cartulaîre de Saint-Julien de Brioude ' est venue depuis lors jeter quel-

' Ce cartulaire a été publié en 1861, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Clermont- Ferrand. Consultez aussi VEssai sur la chronologie du cartulaire de Brioude, publié par M. Bruel, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, volume de I 866, p. 4.ij5

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KECTIF.

NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

que lumière sur cette question, & grâces aux textes de ce recueil, nous pouvons aujourd'hui mettre un peu d'ordre dans la suite de ces comtes & nous faire une idée plus exacte de leur origine.

Les premiers comtes d'Auvergne descendent de Guillaume, nommé comte d'Auvergne par Charles le Chauve, à la place de son frère Gérard, tué à la bataille de Fontenay. Guillaume était oncle de Ranulfe I, comte de Poitiers'. Ainsi s'expliquent naturellement les liens de parenté signalés par différents chroniqueurs comme existant entre Ranulfe II & Eble son fils, d'une part, & Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, de l'autre. Ils étaient cousins.

Il paraît que Guillaume I ne vécut pas longtemps. On voit qu'il était remplacé, dès le mois de mai 846, par un comte nommé Bernard \ Aucun texte ne dit expressément que ce Bernard soit son fils, mais s'il ne l'était pas, on ne pourrait expliquer la parenté de ses descendants avec les comtes de Poitou, à moins de confondre des familles trèsdistinctes, comme l'a fait dom Vaissete, ou de recourir à des suppositions qui ne peuvent être admises. Bernard premier du nom est le successeur immédiat de Guillaume j ses descendants, à ce qu'affirment les auteurs contemporains, ont une communauté d'origine avec les comtes de Poitou 'j un de ses fils nommé Bernard comme lui se signala par sa fidélité envers Charles le Chauve & Louis le Bègue, vertu qui était héréditaire dans la famille de Gérard, &

' Et Ramnulfum, filium Girardi comitis Arvernensis, nepotem Willelmi fratris Girardi comitera Pictavis praefecit. [Chronicon Adhemari. — Recueil de dom Bouquet, t. 6, p. 224.)

* Cartulaire de Saint- Julien de Brioude publié par l'Académie des sciences, belles -lettres & arts de Clermont-Ferrand, 1861, Charte 172.

^ Hic vero Ramnulfus ex conjuge légitima cum non haberet prolem, suscepit ex concubina filium Eblumnomine; summamque habuit amicitiam cum propinquo suo Willelmo , comité Arverni j cum Rolo principe Rodumi pactum firmavit, propter metum Adhemari. — Il s'agit dans ce texte de Ranulfe II & de Guillaume le Pieux. [Chronicon Adhemari dans Labbe, Biblioth. nova mss, t. 2, p. i63. — Voyez aussi Chronicon S. Maxentii, dans les Chroniques des églises d'Anjou, p. 372.)

fort rare à une époque où les comtes de l'Aquitaine étaient presque tous en révolte ouverte contre le pouvoir royal, ou en guerre les uns avec les autres; lui & ses descendants furent toujours les défenseurs de la royauté en Aquitaine & les alliés des Ranulfe qui soutenaient la même cause j toutes ces raisons nous portent à regarder Bernard I, comte d'Auvergne, comme le fils de Guillaume.

Bernard I est cité pour la première fois dans une charte du mois de mai 846 ' ; il fut marié deux foisj il fit avec sa première femme Liutgarde ou Letgarde, au mois de mai 849 , une donation à Saint-Julien de Brioude'. Ermengarde, sa seconde femme, figure avec lui dans un acte d'échange du mois de janvier 864% fait entre les religieux de Saint-Julien de Brioude & ceux de Mausay, près de Riom. Il vivait encore au mois d'avril 868^, mais il était mort au mois de septembre de la même année ' & était remplacé à cette époque , comme abbé de Saint-Julien, par le comte Warin que nous croyons être son fils. Warin, du reste, ne porta le titre de comte qu'un ou deux ans tout au plus j il est cité seulement par trois chartes : en septembre & octobre 868^ & en mars 869^5 il eut pour successeur, comme abbé de Saint-Julien de Brioude, Frothaire, archevêque de Bourges % & comme comte Bernard deuxième du nom, comte d'une partie de l'Auvergne % qui devait être son frère & qui, dans tous les cas, est bien certaine-

' Cartul. de Saint Julien de Brioude, Charte 176. ' Idid. Charte 95.

3 Ibid. Charte 172.

•* Ihid. Charte 804.

^ Ibid. Charte 267.

6 Ibid. Charte 267 & \5z.

7 Ibid. Charte 56.

8 Ibid. Charte 182.

^ Il est cité en 668 par Hincmar, en ces termes : Sed & eodem placito rex markiones Bernardum scilicetTholosae &iterum Bernardum Gothiae, itemque Bernardum alium suscepit. (Pertz, t. i, p. 480.) — Et en 869 : Ipse rex ad Conadam vicum perrexit, ubi quosdam Aquitanos obvios habuit, sed markiones très videlicet Bernardos, quos sibi occurrere putavit non habens obvios... ad Silvanectem rediit (Hincmar, Annal. Remens. Pertz, t. i, p. 481.) — Ces trois Bernard étaient Bernard, comte de Tou-

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

ment le fils de Bernard I^ nous en trouvons la preuve dans une charte du mois de juin 883, par laquelle un nommé Pierre donne au monastère de Saint-Julien une vigne située dans le comté de Brioude, pour le repos de l'âme du glorieux comte Bernard & de celles du comte Bernard actuellement vivant & de sa femme Ermengarde.

« Cedo supranominato loco, pro remedio animarum. Bernardi glorîosîssîml comîtîs nec non exîmli atque praeexcellentîssîmi superstitis Bernardi comitîs, ejusque conjugis Imengardis, gratta Dei comîtissae horumque prolîs,

sîve pro me vîneam unam, fi-c' » Le

comte Bernard, que l'on dit ne plus exister, est Bernard premier du nom, mort en 868. Celui que l'on dit vivant & mari d'Ermengarde, est le père de Guillaume le Pieux, que dom Vaissete a confondu avec le fils de Dodane, mais qui, comme nous l'avons vu, doit en être distingué, Bernard, fils de Dodane, surnommé le Veau, VitelluSj n'ayant jamais eu de possessions en Auvergne, & ayant été tué en 872 par les soldats de Bernard, fils de Blichilde, marquis de Gothie. Bernard II, comte d'Auvergne, est donc fils de Bernard I.

Lorsque Charles le Chauve, en 872, confia l'administration de l'Aquitaine à son fils Louis, Bernard II, comte d'Auvergne, fut un de ceux qui furent chargés de l'accompagner dans son nouveau royaume avec la mission de lui servir de conseil & d'appui'. En 878, il fut nommé, par Louis le Bègue, marquis de Gothie à la place de Bernard, fils de Blichilde, privé de tous ses bénéfices pour crime de félonie', tandis que le comte

louse, Bernard, fils de Blichilde, marquis de Gothie, & Bernard, fils de Letgarde, comte d'Auvergne.

' Cartul. de Saint Julien de Brioude^ Charte i3r.

' Carolus autem filio suo Hludovico Bosonem fratrem uxoris ejus, camerarium & hostiariorum magistrum constituens, cui & honores Girardi comitis Bituricensis dédit, eum cum Bernardo, itemque cum alio Bernardo markione in Aquitaniam misit, &dispositionem ipsius regni ei commisit:Bernardo autem Tholosae comiti, post praestita sacramenta Carcassonem & Redas concedens, adTolosam remisit. (Hincmar, Ann. Remens. — Pertz, t. i , p. 493.)

^ 878. In crastina (id. septemb.) Ludovicus rex, invitatus a Bosone ad domum illius perrexit, cum quibusdam primoribus consiliariis suis, & pastus

Théodoric, qui partagea avec lui les dépouilles du marquis de Gothie, eut pour sa part le comté d'Autun, possédé par le fils de Blichilde depuis l'année 872, c'est-àdire depuis la mort de Bernard, fils de Dodane. C'est à lui & à Boson que ce prince confia, avant de mourir, la tutelle de son fils, le jeune Louis"; & lorsque, à la fin de l'année 879 , les rois Louis & Carloman se brouillèrent avec Boson, roi de Provence, Bernard II embrassa leur parti , il les accompagna dans l'expédition qu'ils dirigèrent, en 880, contre ce prince & les aida à s'emparer de la ville & du comté de Màcon \ Après la prise de cette ville, le comté de Mâcon lui fut donné pour récompense.

Ainsi donc Bernard II, comte d'Auvergne, marquis de Gothie en 878, est le même que Bernard Plantevelue , nommé comte de Mâcon en 880 ; il doit être distingué de Bernard, fils de Dodane, comte d'Autun, qui n'eut jamais aucun bénéfice en Auvergne ni en Septimanie, & qui fut tué en 872; il était fils de Bernard I & de Letgarde. Nous croyons que le comte Warin, qu'on voit figurer en 868 & en 869 dans les chartes % était son frère. Il est probable,

& honoratus ab illo, sed & ab uxore ipsius, desponsavit filiam Bosonis Carlomanno, filio suo, & cum consilio ipsorum consiliariorum suorum dispartitus est honores Bernardi Gothiae markionis, per Theodericum camerarium, & Bemardum comitem Arvernicum , & per alios secreto dispositos. (Hincmar, Ann. Remens. Pertz, t. i, p. 5o8.)

' Ludovicus.., volens ire in partes Augustoduni ad comprimendam rebellionem Bernardi markionis... longius ire non potuit, filium & aequivocum suum Ludovicum bajulationi Bernardi, comitis Arvernici specialiter committens... (Hincmar. — Pertz, t. I, p. 5io.)

' 880. Reges Ludovici quondam filii, ordinatis qui regnum suum contra Nortmannos in Gante résidentes custodirent, in Burgundiam versus Bosonem per mensem julium a Trecas civitate perrexerunt, Carolo rege illuc cum exercitu suo in Bosonem venturo, in quo itinere, ejectis de castro Matiscano Bosonis hominibus, ipsum castellum coeperunt & eum comitatum Bernardo cognomento Planta Pilosa dederunt & perrexerunt ad obsidendam Viennam. (Hincmar. — Pertz, t. i, p. 5i3.)

^ Cartul. de Saint-Julien de Brioude, Chartes 25/, i52 & 56.

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NOTES SUR L'HISTOIRE DE LANGUEDOC

en effet, qu'à la mort de Bernard I, ses deux fils Bernard & Warin se partagèrent l'Auvergne; Warin eutpour sa part le comté de Brioude ou du Puy, c'est-à-dire l'ancien comté de Vêlai, avec l'abbaye de Saint- Julien, & Bernard le comté de Clermont ou de Iliom. C'est ce que paraît vouloir dire Frodoard dans son Histoire de l'église de Reims. Il appelle Bernard, tantôt comte d'Auvergne, tantôt comte de Riom « cornes Rodomensis ou Rodonensis\ » Dom Vaissete n'a pas compris ce passage; il a cru qu'il s'agissait ici d'un comte de Rouen, mais indépendamment de ce qu'on ne voit guère ce qu'aurait pu faire un comte de Rouen dans la circonstance à laquelle Hincmar fait allusion, il n'y a pas eu à cette époque, à Rouen, de comte du nom de Bernard.

La femme de Bernard II s'appelait Ermengarde% comme la seconde femme de son père, & cette circonstance n'a pas peu contribué à jeter de la confusion entre ces deux personnages. Quelques auteurs, entre autres Baluze, veulent que la femme de Bernard II soit la fille de Warin, comte de Vêlai ou d'Auvergne en 819, qu'ils identifient avec Warin, comte de Mâcon, mort en 854. Mais ils n'appuient cette allégation d'aucune preuve & se trompent certainement, car les temps ne sauraient s'accorder. Il ne serait pas impossible cependant qu'une fille du comte Warin eût épousé un Bernard, comte d'Auvergne, mais alors ce serait Bernard I & non Bernard II. La présence du nom de Warin, porté successivement par plusieurs descendants de Bernard I, donne un certain poids à cette hypothèse. Dans ce cas , la fille du comte Warin ne serait pas Ermengarde, mais Letgarde ; car ni Bernard II,

' Scripsit [Hincmarus] Bernardo comiti Tolosano, propinquo suo, pro rébus ecclesiae in Aquitania conjacentibus, quas ille in praestariam sibi concedi petebat... unde alteri quoque Bernardo comiti Rodomensi [alias Rodonensi] scribit, ut loquatur cum hoc Bernardo, ne res ejusdem ecclesiae suis hominibus in beneficium donet. — Frodoard, Hlstor'ia Kemcnsis ecclesiae, 1. 3, c. 26.

' Cartul. de Saint-Julien de Brioude, Chartes i3i

ni Warin, son frère, ne peuvent être les fils de la seconde femme de Bernard I. Letgarde vivait encore en 849, & quand bien même elle serait morte cette année-là, ce qui n'est pas prouvé, Bernard, s'il était fils d'Ermengarde, n'aurait pu naître qu'en 85o ou 85i au plus tôt. Il aurait donc eu moins de dix-huit ans en 868, époque où il occupait en Aquitaine une position trop importante pour cet âge'.

Bernard II eut plusieurs enfants de sa femme Ermengarde, savoir : Garin & Guillaume, morts jeunes; Guillaume dit le Pieux qui lui succéda; Adalinde , qui épousa Acfred ou Aifroi , comte de Razès , fils d'Oliba ï & frère d'Oliba II, & Ave qui se fit religieuse. Il mourut en 885. En 886% il était remplacé dans le comté d'Auvergne & dans le marquisat de Gothie par Guillaume le Pieux, son fils , qui prit le titre de duc d'Aquitaine en 898 & épousa, vers l'année 898, Ingelberge, sœur de Louis l'Aveugle, roi de Provence; il n'en eut qu'un fils, mort jeune, nommé Boson. A sa mort, arrivée le 6 juillet 918, le duché d'Auvergne passa à son neveu, Guillaume dit le Jeune, fils de sa sœur Adalinde. Quant au marquisat de Gothie, ce fut la maison des comtes de Toulouse qui en hérita'.

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