LXXIX. — Raimond soumet le comté de Melgueil
Le comte de Toulouse avoit remis sous son obéissance le comté de Melgueil , dont les habitans lui avoient prêté serment de fidélité. Le pape Honoré'^, informé de cette démarche, écrivit à la noblesse 8c au peuple de ce
' Guillaume de Puylaurens, c. 34. ■• Guillaume de Puylai^rens, c. 34. — Albéric,
° Voyez tome VIII, Chartes, n. CL, c. 783. Chronicon.
' Voyez tome V'III, ut supra, & Guillaurat de ' Raynaldi, nnn. i223, n. 4. — La lettre du
Puylaurens, c. 34. P''P'^ est du 23 décembre 1 2j3 ; Potthast, n. 7127;
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIIL Syi
comté pour leur ordonner de retourner incessamment sous l'autorité de Tévêque de Maguelonne, leur seigneur, sans aucun égard au serment qu'ils avoient prêté à Raimond, « n'étant pas permis, ajoute-t-il, de garder les serti mens qu'on a fait mal à-propos, d II les menace de les punir sévèrement s'ils n'obéissent promptement. Dans une autre lettre qu'il écrivit à l'évêque de Maguelonne il confirme la sentence prononcée par ce prélat contre le comte Raimond pour s'être emparé du château de Melgueil, qui appartient, dit-il, à l'Eglise romaine; il donne pouvoir au même prélat de faire une collecte modérée sur les églises de son diocèse pour l'employer aux affaires de la foi, avec permission d'absoudre les liabitans du comté de Melgueil qui retourneroient à l'obéissance de l'Église. Enfin le pape, par une troisième lettre' adressée à l'archevêque de Narbonne, lui ordonne d'engager le comte de Toulouse à restituer le château de Melgueil à l'église de Maguelonne S< à réparer tous les dommages qu'il lui avoit causés.
LXXX. — Le pape sollicite le roi de marcher en personne au secours
d'Amauri
Cependant le cardinal Conrad', étant arrivé à Rome, y rendit compte au pape Se au sacré collège du succès de sa légation. Il assura que le roi Louis VIII avoit promis, le jour de son couronnement, de poursuivre l'affaire des albigeois 5t d'en préférer le soin à tout autre; qu'il avoit permis aux prélats de son royaume & à tous ceux qui avoient abandonné cette expédition pour les intérêts de l'Etat, de les laisser pour la reprendre, 8< qu'enfin il avoit envoyé dix mille marcs d'argent pour la continuer. Sur ce rapport, le pape écrivit une lettre de compliment à Louis, le i3 de décembre, dans laquelle il l'exhorte à s'engager en personne dans cette entreprise, & pour la lui faciliter il déclare qu'il est résolu de prolonger la trêve entre la France S<. l'Angleterre. Le pape ^chargea en même temps l'archevêque de Bourges S< l'évêque de Langres, qui se trouvoient alors à Rome, & il leur enjoignit en vertu de sainte obéissance, de se rendre à la cour de France pour solliciter le roi de lui accorder les demandes qu'il lui faisoit, de l'avis des cardinaux, touchant l'affaire d'Albigeois. Il écrivif* encore, le lendemain 14 de décembre, à ce prince, 8<., après lui avoir représenté les maux 8< les progrès que les hérétiques faisoient dans le pays d'Albigeois, & l'obligation où il étoit d'y remédier, il le prie de prendre les armes & de se charger personnellement l'e la poursuite de cette affaire. « Au reste, ajoute-t-il, comme nous avons appr's
le même jour le pape assure révéque de Mague- 'Duchesne, Scrïptores, t. 5, p. 86?. — Pottfi;ist,
lonne que la sentence d'excommunication pro- n. 7118; le même jour, le pape informe Am.uiri
noncée contre le jeune comte ne seia rapportée de Montfort de ces nouvelles démarches, n. 71 17.
qu'après restitution du château de Melgueil, ik':,!. [A. M.J
n. 7126. Cette dernière lettre ne paraît pas être ^ Duchesne, t. j, p. 858. — [Potthast, n. 7r 1 2.]
celle que dom Vaissete a analysée. [A. M.J ■* Duchesne, t. 5, p. 857 & scq. ^- [Potthas-,
' Tome VIII, Chartes, n. CXLV'II, ce. 774, 77.J. n. 7120.]
An I2i3
lid. Ori^iil, t. 111, p. .i:l;
An i:
bj2 HISTOIRE GÉNÉRALK DE LANGUEDOC. LIV. XXIII.
<i qu'Âmauii, comte de Toulouse, est prêt à vous oftrir tous les droits qu'il a « sur ce pays pour l'unir à votre domaine, recevez ces offres, & possédez-le u à perpétuité, vous 8<. vos héritiers. Nous avons excommunié depuis long- <( temps Raimond, autrefois comte de Toulouse, son fils 8<. leurs fauteurs 5 i. mais, loin de se corriger, quoique nous les ayons avertis avec douceur, ils !■ persévèrent avec obstination dans leur malice, Jkc. « Le pape prie ensuite le roi d'écouter favorablement l'archevêque de Bourges 8c les évêques de l,angres & de Senlis, qu'il avoit nommés pour aller à sa cour lui faire des propositions de sa part. Il ordonna' la levée du vingtième surtout le clergé, même sur les exempts pour l'employer à la continuation de la guerre contre les hérétiques,
LXXXI. — Âmauri convient d'un traité avec les comtes de Toulouse (S" de Foix, & quitte le pays pour toujours.
Toutes ces précautions n'avancèrent pas davantage les affaires d'Amauri de Montfort qui *, abandonné de ses troupes 81 environné de ses ennemis, étoit obligé de se tenir renfermé dans Carcassonne avec le peu de chevaliers qui lui restoient. U étoit d'ailleurs hors d'état de conserver longtemps cette place jiar le défaut de vivres. Dans cette extrémité il eut recours à Arnaud, archevêque de Narbonne, 8c à l'abbé de Fontfroide, 8c les pria instamment de ménager une trêve ou une paix entre lui 8c les comtes de Toulouse Se de Foix. Arnaud, ne voulant rien faire par lui-même, convoqua les évêques de Nimes, d'Uzès, de Béziers 8< d'Agde pour les consulter là-dessus.
Durant cet intervalle les comtes de Toulouse &c de Foix engagèrent dans leurs intérêts Aymeri, vicomte de Narbonne, qui fit hommage 8c prêta serment de fidélité au premier, qu'il reconnut pour duc de Narbonne, avec promesse de lui remettre cette ville; mais l'archevêque, qui s'v rendit bientôt après l'en empêcha 8c appela à son secours Amauri de Montfort. Ce comte se mit aussitôt en marche 8c se présenta aux portes de Narbonne; Avmeri lui en refusa l'entrée pendant deux jours; à la fin il la lui accorda, à la prière de l'archevêque, des autres prélats qui s'y étoient assemblés 8c des habitans. Ces prélats 8c le clergé de Narbonne firent ensuite tout leur possible pour ramasser une somme en faveur d'Amauri, afin qu'il pût conserver Carcassonne au moins jusqu'à Pâques. Ils cherchèrent à emprunter 8c offrirent de demeurer en otage Se d'engager tous leurs domaines pour la sûreté du payement; mais ils ne trouvèrent personne qui voulût leur prêter. Amauri offrit,
■ Rayiirildi, ann. 1223,11.41. — \ oir Pottliast, courante clans sa province 2c dans celle de Tours ;
n. 7111, lettre du 11 déceinbre 1223, à l'arche- le pape écrivit en même temps dans les mêmes
vêque de Sens pour le prier d'emprunter de suite termes aux archevêques de Reims & de Sens.
cinq mille marcs d'argent & de les faire passer à N. 7122; commission aux abbés de Saint-Victor
Amauri de Montfort, qui, sans ce prompt secours, de Paris & de Vaux-Cernay pour forcer au paye-
va se voir obligé de quitter le Midi. — N. 7121; ment du vingtième les exempts de la province de
lettre du 16 du même mois, à l'archevêque de Sens. [A. M.]
Bourges, pour la levée du vingtième de l'année ' Voyez tome VIII, Chartes, n. CL, c, 783 & 5uiv.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXllI, SyS
de son côté, d'engager tous ses domaines de France Se même sa propre personne, si on vouloit lui prêter trois mille livres, qu'il devoit à ses chevaliers pour le service qu'ils lui avoient rendu pendant quelques semaines. Il offrit de plus de demeurer en otage à Narbonne jusqu'à la fin du payement, pourvu que les habitans le reçussent sous leur foi & sous leur sauvegarde. Se que le vicomte, qu'il regardoit comme son ennemi capital, ne demeurât pas dans la ville; toutes ces offres furent rejetées, 6c il ne trouva pas un sol à emprunter. L'archevêque Arnaud voyant cependant que le comte ne pouvoit quitter le pays sans un péril évident, à cause du grand nombre de femmes 6c d'enfans nui seroient obligés de le suivre, de la difficulté de passer les rivières qui Éd.origin.
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étoient inondées ck du peu d espérance de trouver des vivres dans un pays entièrement soulevé contre lui, se donna enfin tant de soins qu'il trouva à engager une partie des domaines de son église pour une certaine somme qu'il lui remit 6c dont Amauri se servit pour soudoyer ses troupes pendant quelques jours, afin d'avoir le temps de chercher quelque expédient; puis tous les prélats 6c ce comte, suivi de ses stipendiaires, se rendirent à Carcassonnc 8c examinèrent ensemble les moyens qu'on pourroit prendre pour conserver cette place jusqu'à Pâques. Amauri offrit alors de nouveau à ses chevaliers de se remettre en otage 8c de leur engager ses domaines de France, pour la sûreté de leur payement, s'ils vouloient continuer de le servir jusqu'à ce temps-là. L'archevêque fit les mêmes offres si on vouloit lui prêter mille livres pour entretenir cent chevaliers à Carcassonne jusqu'à Pâques, en attendant qu'on pût avoir recours au roi ; il ne se trouva que vingt chevaliers qui voulussent rester, entre lesquels furent Gui de Montfort, oncle' d'Amauri, le maréchal de Lévis 8c Lambert de Turey..
Amauri de Montfort, se trouvant ainsi sans ressource, fut obligé de traiter avec les comtes de Toulouse 6c de Foix, qui se rendirent devant Carcassonne &c convinrent^ avec lui des articles suivans, le 14 de janvier de l'an 1228 (1224) : 1° Il promit de consulter ses amis de France; de suivre l'avis qu'ils "ÂnTïH" lui donneroient au sujet de la paix que les comtes de Toulouse 8c de Foix souhaitoient de conclure avec lui 8c avec l'Eglise romaine; de s'employer de bonne foi à la conclusion de cette paix, 8c de rendre réponse au plus tard à la Pentecôte prochaine. 2° On convint que, durant cet intervalle, toutes les églises denieureroient en l'état où elles étoient 6c qu'elles conserveroient en paix tout ce qu'elles possédoient, spécialement l'archevêque de Narbonne, ses suffragans, l'évêque d'Agen 8c tous les autres prélats du pays. 3° On convint d'une trêve, pendant les deux mois suivans, pour toutes les places qui restoient dans le pays à Amauri de Montfort, savoir : pour Narbonne, Agde, Penne d'Albigeois, la Roque de Valsergue, en Rouergue, 8c le château de Termes, dans le diocèse de Narbonne, 8c on excepta Carcassonne, Minerve Se Penne d'Agenois. Les comtes de Toulouse 8c de Foix promirent de ne pas attaquer les six premières places pendant les deux mois de la trêve 6c de ne
' Voyez toiTit VU, Note XXV, n. ii, p. 72. ' Tome VIII, Chartes, n. CXLVIII, et, 779, 780,
An I 224 ' ~
pas s'en rendre maîtres, à moins que ceux qui y étoient en garnison ou leurs habitans ne se soumissent volontairement à eux. 4° Ces deux comtes se réservèrent la permission d'entrer durant cet intervalle dans Narbonne & dans Agde, quand ils le jugeroient à propos, avec promesse de ne donner aucune atteinte aux droits des églises Si des peuples de ces deux villes j de ne leur faire aucune violence, & de n'exercer les droits qu'ils y prétendoient qu'après l'expiration de la trêve. 5° Ils promirent de rendre aux chevaliers 8t aux autres les biens dont ils avoient été dépouillés pour avoir suivi le parti d'Amauri, 81 en particulier aux habitans de Béziers, Narbonne & Carcassonnej à Amanieu d'Albret, Raimond de Capendu, Roger-Bernard de Rovignan, Bérenger de Montlaur, la comtesse de Rodez 8c son fils, Raimond- Arnaud de Saissac 81 généralement à tous les autres, pourvu qu'ils leur promissent fidélité 8c qu'ils leur demeurassent fidèles. 6° Enfin ils promirent de donner dix mille marcs d'argent à Amauri, à condition qu'il moyenneroit leur paix 8c celle de leurs associés avec l'Eglise.
Amauri, voyant qu'il ne lui étoit plus possible de garder les domaines que lui ou son père avoient acquis dans la Province, en fit diverses libéralités. Il donna' le même jour, du conseil de Gui de Montfort, son oncle, 8c de quelques autres de ses amis, à l'abbaye de Fontfroide les pâturages des montagnes du Minervois; &c le lendemain il fit donation à Bernard, évêque de Béziers, du château de Casouls, 8c à Arnaud^, archevêque de Narbonne, de celui de Termes. Il sortit ensuite de Carcassonne avec tous ^ les François, le mardi i5 de janvier de Van 1223 (1224), abandonna pour toujours le pays, que sa maison avoit possédé pendant près de quatorze ans, 8c prit la route de France. L'archevêque de Narbonne 8c les évêques de Nimes, d'Uzès, de Béziers 8c d'Agde se retirèrent de leur côté à Montpellier, d'où ils écrivirent huit jours après au roi, pour lui rendre compte de tout ce qui s'étoit passé, faire l'apologie d'Amauri, qui avoit été forcé malgré lui de prendre ce parti, 8c exhorter ce prince à reprendre le pays sur les ennemis de l'Église.
LXXXII. — Le jeune Trencavel rentre en possession de Carcassonne & des autres domaines de sa maison.
Aussitôt qu'Amauri fut sorti de Carcassonne, les comtes de Toulouse 8c de Foix s'assurèrent de cette ville 8c la remirent au jeune Trencavel auquel elle appartenoit par droit de succession. Ce vicomte rentra ensuite en possession de presque tout le patrimoine de ses ancêtres, 8c tout le pays se soumit à son autorité, de gré ou de force. Il assiégea 8c prit'*, en effet, vers ce temps-là, le château de Lombers, en Albigeois; 8c les habitans de Béziers l'ayant reconnu pour leur seigneur, ils rasèrent le palais que Simon de Montfort y avoit fait
• Voyez tome VIII, Chartes, n. CXLIX, ce. 781 M'oyez tome VIII, Chartes, n. CL, c. 785,
& 781- & tome V, c. 3"). — Gesta Ludovici l'III, p. 285.
' Archives de l'église de Narbonne. [Catalogue, ■• Voyez tome VIH, Chartes, n. CCCXLIV, &
n. ïoâj. tome VII, Note XXII, p. 6û.
l'-d. oiigin.
t. 111, p. yiT.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XXIII. . Syâ
construire Si dont le roi donna ensuite l'emplacement' aux jacobins pour y bâtir un couvent. Trencavel s'assura^ aussi, ou le comte de Foix en son nom, de la ville de Liinoux, ([u'il fit rebâtir & fortifier sur la colline où elle étoit située avant que Simon de Monttort l'eût fait transférer dans la plaine. Il se qualifioit alors Trencavel par la grâce de Dieu vicomte de Bé-^iers, seigneur de Carcassonne, de Rajès & d'Albi, comme on voit entre autres dans un acte^ daté de son palais de Carcassonne, au mois de février de l'an 1224, par lequel, en reconnoissance du soin que Roger-Bernard, comte de Foix, son cousin, St Rainiond-Roger, père de ce comte, avoient pris de son éducation, & des services qu'ils lui avoient rendus, il confirme en faveur du même Roger-Bernard, en présence de la principale noblesse du pays & des habitans de Carcassonne, la donation que le vicomte Raimond-Roger, son père, avoit faite autrefois au père de ce comte de tous ses domaines, en cas qu'il vint à décéder sans postérité légitime.
LXXXIII. — Evêques de Carcassonne. — La ville d'Albi iS- le Querci se soumettent au comte Raimond.
Gui, évêque de Carcassonne, partisan zélé de la maison de A-lontfort, ne survécut pas longtemps à la perte que les François firent de cette ville, 5; il mourut le 21 mars'* suivant. Bernard-Raimond de Roquefort, son prédécesseur, qui vivoit encore & qui avoit été obligé de se démettre de cet évêché malgré lui, s'en remit alors en possession; on prétend même qu'il agissoit, depuis l'an 1220, comme s'il avoit été véritablement évêque de Carcassonne.
D'un autre côté Raimond, comte de Toulouse, rentra en possession de la ville d'Albi, dont le principal domaine lui appartenoit en qualité de comte d'Albigeois, Si il confirma les^ privilèges de cette ville sous la caution des consuls Se des habitans de Toulouse. Il recouvra aussi tout le Querci, à la réserve de la capitale du pays qui demeura à Guillaume de Cardaillac, son évêque, sous le titre de comté de Cahors. Ce prélat''' en fit hommage, au mois de février de la même année, au roi Louis VIII, qui promit de ne jamais aliéner de la couronne l'iiommage des évêques de Cahors 61 leur évêché.
liXXXlV. — Amauri cède sous condition ses droits sur les conquêtes des croisés
au roi Louis VllI,
Amauri ne fut pas plutôt arrivé à la Cour qu'il céda au roi ses droits sur les domaines conquis par les croisés, par un'^ acte conçu en ces termes ;
• Archives des jacobins de Béziers. — [Conférez * De Vie, Chronlcon episcoporum Canasscnenslum,